Lost Kingdom  :: Nueva :: Les Lacs Infinis

Discrètement, certains se réjouissent de la nuit la plus longue [Rane]

Voir le sujet précédentVoir le sujet suivant
Cela avait été la première fois que que Solstice se confrontait à l'expérience du voyage. Il était devenu évident qu'il s'agissait d'une nécessité. Le démon avait beau être ancien à un point difficilement saisissable, de tout ce qu'il pouvait se rappeler, il s'était toujours éveiller et épanouit dans une solitude certaine mais plus encore dans une immobilité absolue. Si ce monde matériel avait un avantage, ce n'était pas qu'il soit particulièrement grand - le monde offert pas Obscural étant finalement infini- mais qu'il était diversifié et se particularisait dans un constant mouvement. L'art était ici possible dans le changement et l'évolution, et ainsi le démon devait s'y adapter et lui même se jeter, comme une pierre lancée dans l'étang, pour absorber et renaître dans la mobilité. C'était cohérent, c'était artistiquement sensé et logique. Il y trouvait une réponse satisfaisante.
Son espoir reposait ainsi sur ce raisonnement: pour s'extraire de sa condition, il fallait cette fois tendre de l'ombre à la lumière en allant concrètement de sa maudite et naturelle fixité au courant du fleuve.
Ce n'était pourtant pas un fleuve qu'il avait trouvé comme première étape de son périple.
Peut-être n'était-ce pas de bonne augure. Car il n'y avait rien de plus immobile que les lacs de Nueva.

Comme cela était encore difficile pour le chansonnier amateur de donner un sens à sa route et à ses vagabondages, il avait dû confier au hasard et à l'inspiration première l'orientation de ses pas.
Légèrement équipé de sa cape et de maigres affaires, il s'en était allé au cœur de la nuit, pour que son corps et son essence soit fraîche et lucide. Afin d'aller loin, d'un seul premier trajet.
Il trouva accroché sur un mur public, dans un hameau, quelques annonces, informations, et nouvelles de ci et de ça, à l'attention de passants ou autre. Quelques artistes semblaient aussi profiter de la chose pour s'y exprimer, dans le but d'avoir la chance d'être lu. C'était un désir noble et pour lequel Solstice pouvait encore ressentir une certaine sympathie, même si cela le rendit d'abord confus comme la plupart des similitudes qu'il pouvait trouver entre des existences récentes et éphémères, et lui même. Cela attira donc particulièrement sa curiosité et il y trouva ce qu'il commençait à peine à chercher: de l'inspiration et un sens. Une invitation au voyage.

Saut-de-lac; excellent séjour qui s'éternise un peu.
Maison grise; on retient au vent carpettes et linges étendus. On s'y cache par de là la belle horizon sans craindre, sans espérer non plus.
Tout est juste, ici.
Tout vient de là. Oui tout. Même toi.


Solstice cilla, sans tenir compte des saisons, de l'espace, du temps. Il eu le déclic. Il comprit ce qu'était une certitude artistique. La lueur de vérité dans l'espace sans lumière.
Il tourna ses pas vers une route et demanda son chemin, une fois, deux fois, trois fois.
On s'écarta de lui et il peina à savoir. Mais, car une once d'abnégation le possédait désormais, il parvint, déjà à la moitié de parcours - même si il l'ignorait alors - à trouver la bonne indication. Il cherchait Saut-de-lac, non comme une destination, mais comme une première étape. Il eu la prémonition que ce n'est que de cette façon qu'il comprendrait ce qui signifiait voyager, et qu'ensuite il gagnerait la force et l'habitude du changement; l'essentiel qui mue, l'éther qui pense à son futur.
Il pu atteindre les lacs infinis, splendides et larges; glorieux car ils sont la turquoise patientes du pays, discret comme un souvenir qui ne revient que lorsque le silence règne.
Solstice Evyld'hen était emporté, hanté même, par les mots du panneau. Il rêvait d'une maison grise, d'un linge étendu, et d'une fuite par delà l'horizon. Là alors il trouverait Saut-de-lac.
Malheureusement pour lui; il ne vit pas le voyage passer; il songeait moins au monde qui l'entourait qu'aux mots, à l'art, qu'au chant et qu'à, bien sûr, la poésie. C'était un manque cruel.
C'était le cœur de l'hiver. Sans même s'en rendre compte, on approchait de son solstice.

Quel curieux événement qu'un démon, incarnant les sentiments et le noyaux de la saison la plus sombre et la plus envoûtante, ne sachant plus ce qu'il est, et qu'il arrive bientôt à la place exacte au moment précis de son apothéose. Le moment où tout prend sens. Du moins, pour les autres.

En effet, les circonstances étaient troublantes.
La nuit même du solstice d'hiver, Solstice Evyld'hen atteignait Saut-de-lac, petit hameau doux et humide de pêcheurs, au pied d'une des fameuses étendues placide de Nueva, scintillant presque même lors des nuits sans étoiles. Un havre de silence où le climat acéré de la saison n'était qu'une gêne à peine visible.
Le démon se sentait toutefois différent. Plus calme, moins hésitant. Il pensait nettement plus au monde réel, plus sensible à ce qui l'entourait, et l'esprit quelque peu plus protégé des idées nébuleuses et fantaisistes du lyrisme.
Cette nuit, et cette nuit seulement, son corps rayonnait presque. Le démon cilla, ressentant un souffle le traverser, sa poitrine bondir. Il comprit ce qui clochait: il avait l'air vivant.
Il était à son paroxysme le plus total; ce qui lui arracha presque l'expression de jouissance du visage qu'il contenait dans l'éther excité animant son enveloppe. D'un revers de la main; Solstice désira appeler à lui un de ses familiers papillons, et en évoqua une dizaine à la place; bien vivant, tournoyait gaiement autour de lui comme le festoyant. Le célébrant.
Il écarquilla les yeux. Un frisson le traversait.

-Ô joie, s'exclama t'il avec un soupçon d'étonnement, c'est ma fête.

Et comme il n'était pas convenable pour la nuit la plus longue et la plus froide de se réjouir toute seule, Evyld'hen se trouvait bien sûr à Saut-de-lac, rare endroit à Nueva où l'on trouvait quelques gais lurons pour fêter celle-ci.


*


Le lac n'était pas gelé, mais l'air demeurait si glacial cette nuit que l'idée de se jeter à l'extérieur, loin de l'hospitalité d'un bon feu, aurait parue bien folle.
Pourtant des villageois, ivres mais plus encore passionné dans leur ronde, trouvaient grâce et chaleur dans leurs danses, chants, et amours - il fallait bien le dire.
La nuit la plus longue pouvait en affliger quelques uns, mais elle appelait pour d'autres le retour aux longues journées et l'approche de l'équinoxe du printemps, future étape importante des saisons.
Et donc, comme ces derniers, les villageois s'affolaient avec plénitude et sérénité.
Quelques dissidents non moins festifs s'écartaient de la place centrale du hameau pour aller se fourrer dans les recoins traditionnels où il devenait agréable de se réchauffer.
Parmi ceux là, on croisa un étranger errant dans les ruelle avec une forte aura, transmettant la sensation de venir de bien loin, tout en étant ici parfaitement à sa place. On l'accueillit donc sans sourciller, le tirant, l'amenant, pour faire partager ses chansons avec le reste des joyeux drilles.
Personne ne s'offusqua des papillons vivaces, tangibles, et phosphorescents qui l'entourait et le suivait comme une cohorte loyale. Au contraire; tout ceci s'accordait si bien avec l'ambiance surnaturelle appréciée et déployée à l'occasion des réjouissances.

Solstice Evyld'hen laissa ses animaux s'évader et danser avec les habitants. Il se laissa traîner et emporter. On ria. Il ne pu dire si lui aussi riait. On conversa. Il ne pouvait dire si il parla.
Il se sentait bien. Ici. Heureux. Il chanta mais puisque personne ne l'écoutait, le démon n'eut le temps de ne rien briser ou saccager dans les cœurs ardents, et il s'en lassa.
La nuit commençait à tourner autour de l'aura fabuleuse qui émanait du démon, à l'occasion de sa fête. Chacun se fascinait et était absorbé par lui. Saut-de-lac tournait bientôt dans son sens.
Mais il demeurait encore fixe, comme un point d'attraction. Le centre d'une fête ne bouge pas.

Et ce jusqu'à qu'il pu s'éloigner. Là une main féminine le tira dans les ruelles.
Plus tard on chercha à se saisir de son corps, de le toucher, l'embrasser peut-être. Mais au contact de l'hiver, l'on repart aussitôt. Il ne resta bientôt des flammèches enivrées, que des fuites vers autre part, ressentait bientôt la fin des célébrations, et se sentant séduit par demain; lorsque le jour arrivera. Que le printemps se mettrait en marche. Tandis que Solstice resterait planté ici. Fixe.

Il s’affaissait contre un mur et s'assit. La tête vide. Confus. Il faisait encore nuit.
Mais cela serait bientôt achevé. Pourquoi cela était il désagréable ?
Le démon ne ressentait finalement pas dans ce hameau ce qu'il était venu comprendre.
Au lieu de la sérénité et de l'apprentissage; c'était l'extase puis la déception.
Voilà ce que signifiait vivre. Ou plutôt vivre pour un être tel que lui.

La bise froide la lacéra. Il n'avait jamais froid. Même recouvert de neige, il n'aurait pas froid.
Mais pendant un instant précis, il sentit qu'il eut froid. Juste cette nuit.
Les papillons se turent et s'estompèrent dans le même élan de la bise.


C'est ainsi que quelqu'un vint le trouver.



La nuit la plus longue
ft. Solstice

Lacs infinis (saut-de-lac) - Nueva
_ J'en ai entendu parler. Mais c'est perdu d'avance. Sais tu combien de fêtes d'Obscural il y a en ce monde ? Non ? Moi non plus. personne ne le sait. C'est un oublié. Laisse tomber.

Elle était une femme blanche, d'environ la trentaine, postée en Fhaedren, en l'Île des Morts. Sa voix était assez roque, et sa race était elfe, ce qui semblait assez étrange, car personne ne pouvait le deviner, ses cheveux cachant les dernières traces de sa nature. Dans une robe pourpre, elle semblait presque irréelle, alors qu'autour de ses cheveux de jais gravitaient ses amis, des sortes d'esprits. Ils étaient à la fois ses protecteurs, ses camarades, et ses espions. les esprits des bêtes qui avaient passé un contrat avec elle. Car elle parlait aux animaux. Et s'amusait à converser avec un certain faucon, lorsque la Sombre avait le dos tourné.

_ Il m'a donné un cadeau. COmment veux tu que je l'oublie ?

L'Hérétique posa son doigt sous son oeil droit, désignant l'udjat dessiné, tatoué, marquant sa belle peau de basanée.

_ Rane... Tu ne sais même pas si c'est vraiment lui qui a insufflé de la magie dans ta rune.

_ Ce que je sais, c'est que ce symbole appartient au Culte de ma famille, au Culte d'Obscural, et que les légendes en parlent comme d'un lien avec le dieu sombre. Et étrangement, au moment où j'en ai eu le plus besoin, il m'a donné la possibilité d'étouffer la magie.

Ingrid n'avait rien contre Obscural. Rien contre les anciens dieux. Rien contre les nouveaux de Mearian. EN soit, sa raison pour rejoindre le groupuscule des Noirs était surtout la possibilité, possiblement, de retourner dans le temps, pour réparer une erreur qui pesait sur elle. Malheureusement pour la Voleuse en armure, elle ne croyait absolument pas en la théorie du réveil de son dieu, qui l'avait apparemment "privilégiée de sa magie".

_ Bon... écoute... Je n'y crois pas, mais qu'à cela ne tienne... Comme je t'en parlais plus tôt, durant mes jours en ma terre natale, j'ai entendu parlé des villages des Lacs infinis. Cherche là bas, si tu le souhaites. Certains disaient qu'il existaient des fêtes en le solstice d'hiver, qui rendaient grâce à la plus longue nuit de l'année, celle de ton dieu.

_ Merci.

Tyrion, sur son épaule, l'Impie s'inclina respectueusement envers son ainée, avant de passer dans son armure, la bête à plumes décollant pour s'élever dans le ciel.

_ Sois prudente.

_ Oh, je te manquerais sinon ?, sourit l'ancienne gamine des rues, tandis que l'armure s'allumait, et que les ailes et leurs réacteurs chauffaient.

_ Oh non non, tu n'y es pas Rane. Sois prudente, car si tu meurs, je sais que Tyrion périra aussi. Et je l'aime bien.

Un sourire illustra le visage de la fille d'inceste, avant que son majeur parvienne à s'élever, dans son gant d'acier.

_ Et je ne serais plus capable d'orienter l'Ordre.

_ Oh, ça je m'en fiche. Toute cette gueguerre avec l'Ordre me passe par dessus la tête.

_ Beaucoup de choses te passent au dessus de la tête, chère Ingrid.

_ Allez, va. Si tu reviens avec un sourire, tant mieux. Mais pas de faux espoirs, je te l'ai dit.

_ Oui oui.

Et l'armure décolla, suivant le rapace qui était déjà haut dans le ciel.

***

Le trajet fut long. Normal. Les aléas du vent, de la météo. Les turbulences causées à l'armure en plein vol, et les arrêts multiples pour recharger les batteries. Voyager était plus simple dans le proto_raptor que pour de nombreux autres véhicules et moyens de transport, mais cela restait un long chemin. Basé sur rien d'autre que la spéculation et les rumeurs entendues des décennies auparavant. Mais le besoin de savoir, de connaissance, de découverte, de l'enfant d'un culte la poussait à prendre de lourds risques, et à voyager des jours, des semaines, dans l'unique but de se rapprocher un peu plus d'une vérité qu'elle n'était même pas sûr de réellement chercher. Partie à l'aventure dans les contrées de l'Est, sans même être sûre que cela paierait, le tout avec si peu d'informations... C'était assez... fou. Mais ce n'était pas la première fois que la marquée se lançait dans de tels voyages.

Un jour qu'elle était en un village de la contrée de la nature, arrivant après de longues heures de vol, et ayant failli s'écraser, la batterie de l'armure étant complètement à plat, elle se fraya un chemin parmi les soiffards de la taverne du coin, après avoir payé pour avoir une chambre à l'étage. Elle avait été accueillie par des fourches et les seuls deux soldats du coin, ressemblant à un automota lors de son atterrissage peu concluant, et il avait fallut qu'elle retire son casque pour être acceptée. Certains pensaient encore qu'elle venait d'Ellgard, mais après l'avoir écoutée, parlant de son histoire au sein de la Résistance, et du vol de son armure, ils avaient conclu qu'elle n'était pas une ennemie. Ils l'avaient laissé avoir la chambre du grenier, et alors que son armure se rechargeait, la belle passait du bon temps à boire. Sa marque et sa peau foncièrement différente de celles des habitués et des pêcheurs du coin la rendaient intéressante.

_ Et qu'est-ce qu'une donzelle de l'ouest vient faire en ces terres ? demanda l'un des pêcheurs.

_ Je recherche les Lacs infinis. Pourriez vous m'aider ? Je n'ai pas vraiment d'idées sur leur localisation.

_ Et ta machine peut pas t'aider ?

La belle sourit, avant d'avaler la fin de sa boisson.

_ Nope. Elle ne fait que voler.

Ce qui était déjà bien, et impressionnant. Après tout, les humains ne naissaient pas avec les dons des créatures ailées, et le fait d'avoir le ciel à sa disposition était une idée si belle.

_ Si tu cherches les Lacs, il faudra continuer vers le nord.

_ Merci. Et connaissez vous un village qui fête le solstice d'hiver ?

Il y eut un silence. Il paraissait gênant. La réponse fut négative. Ainsi, dépitée, le lendemain, elle reprit la route, par la voie des cieux. Disparaissant de leur champ de vision, elle soupira, alors que Tyrion prenait de la hauteur.
Ils avaient un long chemin à faire.

***

Alors que la demoiselle marquée d'Obscural se rapprochait, les rumeurs devenaient plus grande. Elle put parfois les entendre, ces dires qui parlaient de la fête hivernale, alors que le solstice approchait. Bientôt, un hameau apparu nettement dans les paroles des personnes interrogées. Saut-de-lac. C'était peut-être infime, mais bien plus grand et important que toutes les rumeurs qu'elle avait écouté. Elle y avait passé un mois. un long mois, loin de tout, loin de sa moitié, loin des mages noirs - dieux, qu'elle regrettait que Viladra n'eut pas été là en ce jour où elle quitta l'île des morts -, mais ses informations se concrétisaient. Elle avait remercié le ciel à de nombreuses reprises d'avoir dans ses connaissance une ex nuevienne qui l'avait aiguillée. ELle aurait pu y passer des années, sinon, sans jamais obtenir ne serait-ce qu'une réelle aide.
Ainsi, en un soir, quelque peu avant la fête, elle était parvenue en ce lieu, ce village. Elle s'était faite une petite place provisoire, résidant à l'auberge. Son armure était encore source de problèmes, mais enfermée et chargeant, elle avait promis de ne plus la sortir avant de partir. AInsi, elle déambulait entre les maisons, accompagnée de son fidèle ami, et posait des questions, apprenait la culture des habitants.
Lors de la fête, elle était, durant la plus longue partie de la nuit, assise sur le toit de l'auberge, sa tête reposant contre le bois, son regard perdu dans les étoiles. Tyrion virevoltant au dessus des habitants, elle regardait par ses yeux, parfois, et remarqua quelqu'un qui attirait l'attention, dans cette pénombre festive. Aussi, lorsqu'il se retrouva seul, elle descendit de son perchoir, pour venir à sa rencontre. Elle était habillée d'une veste en cuir brune, et d'un pantalon noir. Des bottines faisaient office de chaussures, et elle avait le collier en or de feu sa grand mère autour du cou, ainsi que son alliance en or blanc qu'elle caressait de son pouce, pour se rassurer, ou lorsque ses pensées allaient à son aimée. Elle avait aussi un bracelet noir, et des bijoux dans ses nattes, couleur or, bien que contrefaçons. Son udjat se voyait à peine. Uniquement lorsqu'une lueur éclairait son visage.

_ Une nuit plutôt froide. Pourquoi ne rappelez vous pas ces demoiselles qui vous accompagnaient ? Elles vous porteraient chaud, monsieur l'attraction ambulante.

La belle tendit son bras gauche, et le faucon vint enserrer ce dernier de ses serres, le cuir du blouson pouvant facilement éviter à la sombre d'avoir des séquelles. Et sa main droite fut alors tendue à l'étranger.

_ Je suis Rane. Rane Kaagahri. Et voici Tyrion. ENchantée.

Elle sourit, avant de proposer :

_ Besoin de chaleur ? Vous voulez retourner près d'un feu ? Et puis-je vous tenir compagnie ?

Tyrion poussa un petit cri, comme pour affirmer qu'il proposait la même chose, avant de laisser sa reine continuer.

_ Dîtes moi... VOus avez attiré l'attention ce soir... Pourriez vous m'aider ? Je me renseigne sur cette fête... J'aimerais savoir ce qu'elle signifie.

Ayant été au centre de celle ci, il était sans doute le plus à même de répondre. Et bien qu'elle aurait pu demander quel était le lien avec Obscural, elle s'était dit que, peut-être, les gens d'ici n'adoraient pas le dieu, mais la nuit. Et que prononcer son nom était alors dangereux.
ELle avait promis d'être prudente, après tout.
HRP
Si tu veux voir l'armure de Rane, elle est celle de Pharah d'Overwatch. Tu la vois aussi sur l'un de ses deux vavas.

Concernant Tyrion, le voici en compagnie de Rane

Enfin, je parle de sa marque (la marquée). Il s'agit de son "udjat", allias l'oeil d'horus (ça s'appelle vraiment un udjat) sur l'oeil droit de Pharah/Rane 
Il jeta un regard à celle qui s'était présentée; la première cette nuit à s'être présentée. La première, également, à ne pas le tirer vers elle dans une sarabande nocturne mais à se joindre à lui. Elle s'appelait Rane. Il remua les lèvres en silence presque en même temps qu'elle parlait de façon imperceptible dans la faible visibilité qu'offrait les ténèbres. Rane Kaagahri. Un nom qu'il entendait pour la première fois mais qui sonnait comme une évocation passée. Telle un fugace rumeur s'étant colporté d'une oreille à une autre et ayant effleurée la sienne. Sauf que dans le vide dont il provenait, il n'y avait rien de pareil. Seul une connaissance égarée d'Obscural avait pu lui insuffler ce type de rémanence.

Un oiseau de proie enserrait fidèlement et sans une once d'inquiétude le bras solidement protégé de Rane; il était évident à ses yeux qu'elle et lui étaient en profond accord dans la collaboration des deux êtres. Il admirait une telle alliance et cela lui remémora l'espace d'un temps furtif ce en quoi il pouvait placer des espoirs et rêves. Mais comme toujours, ce fantasme fut limé et emporté comme l'écriture désespérée sur la sable arrachée par la marée montante; encore durant cette longue nuit dans laquelle Solstice était supérieur à ce qu'il était hier et à ce qu'il sera demain, il n'avait guère le pouvoir de trancher sa nature inerte.

Lorsque Rane lui proposa de retourner vers un feu il secoua la tête. La basse température qu'il avait éprouvé tout à coup s'était dissipé aussitôt qu'il avait retrouvé de la compagnie. Quant à la proposition de celle-ci, il hocha à peine la tête en se décalant tandis qu'elle approchait doucement.

-Dites moi...démarra t'elle, vous avez attiré l'attention ce soir... Pourriez vous m'aider ? Je me renseigne sur cette fête... J'aimerais savoir ce qu'elle signifie.

C'était une question légitime et peut-être bien posée à la meilleure personne possible. Mais Solstice, si ce n'était chanter ou répondre à des demandes pragmatiques, se trouvait toujours face à une impasse quant il s'agissait de réunir ce qu'il pouvait savoir et de le transmettre. Ce qu'il considérait comme ses connaissances et son érudition lui avait toujours parut comme un miroir de givre dans lequel ses perceptions étaient prisonnières, et dont les descriptions se trouvaient aussi complexes que de parler à un aveugle des reflets du crépuscule, de faire comprendre à un sourd la profondeur d'une mélopée cristalline.
La conscience d'Evyld'hen avait été sculpté dans les ténèbres, son existence dans le souhait d'un dieu intangible et immense. Tout ce qui émanait de lui transmigrait par des éclats de volupté lumineuse ou par des obscures tentations. Depuis le moment où il conversa longuement avec Nadjet, il saisit qu'il n'y aura rien à tirer de lui à propos d'une quelconque cohérence des choses matérielles, quand bien même il pourrait être un puits de savoir sans fin. C'est de là que naquit sa volonté d'apprendre plutôt que d'enseigner. De plus, lui était éternel, et pourrait progresser. Y avait il un avantage quelconque à instruire un individu mortel et périssable ? C'était une véritable question ? Mais cela n'était pas la bonne car il ne s'agissait pas de la difficulté que rencontrait le démon pour trouver les mots. Pour répondre.
Il avait fini par percer ce qui se cachait dans la nuit la plus longue. Ce qu'elle voulait dire de lui et des autres. Il comprenait le sens de la fête et la raison pour laquelle son incarnation était si rayonnante et parfaite en cet instant. Et il en avait pesé silencieusement et gravement les conclusions qu'il en tirait. Et puis il se trouva seul. Vint l'amertume. Et vint Rane. Au nom familier et agréable.
Que pouvait il lui expliquer de tout ce qu'il savait ? Devait il parler de lui ? De la nuit ? Du solstice d'hiver ?
Les mots ne venaient toujours pas. Chaque tentative d'effleurer le miroir revenait à le briser.

-C'est la nuit la plus longue, déclara t'il avec la voix éteinte. A Saut-de-lac on la fête tandis que partout ailleurs on s'en détourne avec crainte. Mais bientôt les jours vont se rallonger et tout ceci ne sera qu'un mauvais souvenir.

C'était cela il pouvait désormais le dire. Le fait de l'exprimer et de ne pas le garder simplement en tête lui permettait de se gagner peu à peu un langage. Il comprenait pourquoi ce monde était bruyant: pour se dégager l'esprit et le rendre clair, les êtres mortels hurlaient à tout instant ce qui trouvait dans leur âme et plaçaient alors des mots sur ce qui leur restait. Au risque de se vider jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien. Mais à l'instant, en parlant, Solstice perçut un mot qu'il avait déjà entendu et qui lui paraissait idéal. La peine. Plus profond que juste la mélancolie, plus pressant que la nostalgie, plus sombre que la tristesse. C'est exactement cela.
Il avait cru pouvoir commencer à être enivré par les festivités, et jouissait de son aura et de l'attention qu'on lui portait. Il oublia ce qu'il était car il était pour une fois incarné dans ce monde, durant cette nuit, ici à Saut-de-lac. Mais c'était déjà terminé. La peine le saisissait et s'agrandissait lorsqu'il sentait la fraîcheur matinale chargée l'air. Pour lui, la nuit la plus longue lui semblait la plus courte. Car il s'agissait de la seule où il devenait vivant.
Tout est fatalement court lorsque l'on vit.

La lucidité l'apaisait un soupçon. Il lui plaisait de ne plus être seul et de poser malgré tous des phrases et des sons sur cette fameuse peine. Il tourna de nouveau ses yeux noirs comme l'ébène vers la femme et son oiseau, l'attardant cette fois avec douceur.

-J'apprécie que vous vouliez me tenir un peu compagnie. Je partirais bientôt d'ici. De ce village. Demain. Ou tout à l'heure. Ou je dormirais avant. Où ? Je ne sais pas. Peut-être devrais-je partir tout de suite. Tant que l'on entend encore chantonner.

Il était vrai que l'on pouvait encore, en tendant l'oreille, percevoir quelques contines joyeuses célébrant le creux de l'hiver. Dès que la bise et le vent s'amoindrissaient, elles revenaient atténuer les sentiments du démon et ils ressassaient pour s'en inspirer et rechanter quand le jour reviendrait. C'est ce qu'il pouvait attendre de mieux pour l'avenir. Croiser des chemins où il exercerait sa voix, son inventivité et se heurterait au mur impavide de ses échecs. Et ce jusqu'à la fin. La sienne ou celle de ce monde tel qu'il est.

Le faucon était étonnamment calme en le toisant. C'était l'un des rares animaux à se tenir si calme en sa présence.
Encore une fois, l'on pouvait en dire autant de sa maîtresse. Le démon eut une intuition soudaine à leur propos. Il la tut.

-Vous savez, marmonna t'il le visage froid mais le regard chaleureux, le Solstice d'hiver c'est moi.