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A la Croisée du Chemin [feat Solstice]

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ft.Solstice

   
A la Croisée du Chemin

   
   

   

   La végétation s’ouvrait dans un chemin étroit de terre, jalonné de cailloux. Il s’ouvrait entre la végétation épaisse, presque imperceptible pour les yeux mal avisés. Il coupait dans la forêt et permettait de la traverser sans se perdre et en évitant les principaux obstacles, qu’il fut végétaux ou organiques. Il n’était pas aisé pour autant d’emprunter ce chemin que seuls les voyageurs habitués et surtout peu chargés utilisaient.
C’était le cas du Simurgh. Celui-ci, alourdi par la pluie drue et lourde habituelle à cette période de l’année, se sentait trop fatigué pour traverser l’entièreté de la forêt à coups de battements d’ailes. Cela faisait un moment qu’il n’avait pas repris sa forme originelle et cela lui manquait peu à peu. Il voulait sentir l’air entre ses plumes et le monde s’ouvrir à toutes les possibilités. Ce devait être une des rares choses qui étaient dans sa liste de choses agréables et réchauffant légèrement son coeur.

Le Simurgh, alors dans sa forme humaine féminine, était emmitouflée dans une large cape brune, la capuche ramenée sur sa tête ruisselait de pluie. Elle portait une tenue assez légère afin que l’eau ne l’alourdît pas plus que de raison. Un pantalon serrant qui disparaissait dans ses bottes de cuir, un chemisier court de couleur blanche qui dénudait à moitié ses épaules ainsi que des brassières renforcées de cuir et rien d’autre. Son épée pendait mollement dans son dos. Son sac de voyage était dissimulé sous la cape et aidait l’épée à rebondir à chaque pas. Il avançait doucement, le chemin était boueux et glissant. Chaque pas devait être prudemment posé. Une blessure n’aurait pas ralenti Faörih plus de quelques secondes mais il aurait été bien ridicule d’user de l’énergie pour guérir une blessure évitable.

La pluie tombait et rendait la visibilité incertaine. On ne distinguait pas le chemin à plus de dix mètres. Le rideau d’eau formait un brouillard désagréable. Le froid s’infiltrait dans ses vêtements, une goutte d’eau coulait de temps en temps le long de sa peau, si bien que son chemisier avait bien vite été trempé malgré la cape. Celle-ci n’avait en effet pas réussi à contenir les flots d’eau qui martelait ses épaules et sa tête. Faörih avançait, lentement mais sûrement, en route pour le prochain hameau qui se situait à l’orée de la forêt. Il était difficile de donner une approximation de l’heure mais il devait être fin d’après-midi. Le soleil ne tarderait pas à se coucher et il fallait se rendre au plus vite là-bas. La créature pressa encore un peu le pas. Il aurait bien sûr pu simplement reprendre sa forme et simplement dormir dans la cime des arbres mais il ne voulait pas tremper ses plumes. Les plumes mouillés se révélaient profondément désagréables, surtout pour une être aussi grand que le mythologique.

La forme humaine tendait l’oreille. Elle guettait le moindre bruit à travers le son de la pluie qui ricochait dans les flaques, sur les feuilles et dans les fougères. Rien n’était sûr, dans la forêt. Les prédateurs avaient tendance à chasser pendant les temps humides afin de dissimuler leur odeur plus facilement. Il fallait rester attentif afin de ne pas se faire surprendre par l’une ou l’autre créature. Les pas du Simurgh étaient discrets et se voulaient le plus silencieux possible. Il guettait. Il ne réfléchissait plus au chemin qu’il connaissait par coeur. Il ne comptait plus depuis longtemps le nombre de fois qu’il l’avait emprunté. Il était même possible qu’il aie contribué avec le temps à en faire un chemin. Il se souvenait, des premières fois, guidé par des dryades. Il se souvenait de tout.

Faörih soupira doucement. A la pluie s’ajouta le poids de la triste nostalgie. Il aurait voulu retourner en arrière, recommencer tout. Il se disait qu’il aurait du mourir dans l’explosion de l’ancienne nation, mais son destin avait été autre. Il devait continuer d’avancer, coûte que coûte. Avancer jusqu’au hameau et enfin sécher ses os qui semblaient être mouillés depuis déjà des semaines.


   
- Adrenalean 2016 pour Bazzart.
   
Comme les sommeils lourds et sans rêve, il y a des rêves légers et sans sommeil.
Au bord de l'un ou de l'autre, gisait les aspirations nouvelles d'un démon plus étranger que qui que ce soit d'autre à cette jeune réalité encore balbutiante.
Solstice Evyld'hen avait désiré pouvoir voyager un peu, à peine longtemps, pour voir de ses yeux empruntés et entendre, sentir, toucher son monde d'accueil temporaire. Il souhaitait ainsi pouvoir y puiser une inspiration neuve et différente, y déceler la lumière camouflée dans le désordre et se rapprocher d'un autre désir encore trop flou pour lui appartenir.

En cet instant il avait déjà traversé de nombreux paysages, longé des routes et des chemins sans destination, contemplé avec lenteur et attention tout ce qui l'entourait, se mouvait; naissait pour vivre et mourir afin de répéter un cycle inlassable. Un cycle qui perturbait sans faillir l'harmonie de l'immobilité, et donc l'équilibre idéal de la clarté et de l'ombre.
Cette idée l'obsédait parfois lors de la journée au point où ses sentiments s'embrasaient surnaturellement et qu'il dû se résoudre à tout faire pour s'en éloigner le plus possible; il apprit donc à se distraire, à s'occuper l'esprit, et enfin à oublier. Il passait donc le temps à chanter, admirer la nature, et chercher quelques oreilles pour l'entendre bien qu'il n'avait jusque là franchit en majorité des espaces sauvages et des décors vides de toute sensibilité consciente.
Il s'en accommodait toutefois. Il n'était qu'un démon encore égaré, car loin de chez lui. On ne pouvait guère s'étonner que son corps ne cherche naturellement que le vide.

Nueva était grande, humide et végétale. Elle ressemblait à une mousse ou a du lichen qui se répandait en se nourrissant de l'eau et du soleil afin de croître, tout en élevant des villes d'argents et de nacres scintillants. Tous les reliefs, toute la nature, évoquaient à Solstice un bourgeon imposant et terriblement orgueilleux, capable peut-être un jours de défier les astres, tout en étant l'enfant de la terre la plus basse. La traverser semblait lui apprendre plus sur la nation même que si il s'adressait et rencontrait ses habitants. L'âme des lieux émanaient jusqu'à lui et il pouvait presque s'imprégner des espoirs et rêves marqués sur le sol et dispersés dans l'air.
Tout s'envole au vent. Plus encore les rêves légers et sans sommeil.

Il était depuis un temps dans la grande forêt, fourmillante de vie, sculptée dans le cœur même du pays, injecté et enivré de toute sa fierté. Elle s'accordait merveilleusement avec une giboulée de fin d'hiver, la pluie arrosant gracieusement et implacablement le macrocosme dans lequel le démon n'était que de passage. La scène valait tout Nueva. Solstice remuait les lèvres, humant avec une langoureuses appréciation le senteur de terre fertile mêlée à l'eau du ciel. Se lèvre remuaient silencieusement en rythme, la respiration pourtant lourde.
Le soleil n'allait pas tarder à se coucher mais le démon avait enduré sans sourciller la lumière toute la journée, jusqu'à réduire au minimum possible sa vigueur et les défenses de son maigre corps.
Le climat humide et le vent peu clément avait eu finalement raison de sa santé et une forte chaleur envahissait son crâne, rendant dissonant son chant et désagréable les efforts qu'il fournissait pour le composer. Sous sa fine cape, il se croisait les bras remontant le tissu contre sa poitrine.
Il devait inexorablement attendre la nuit et l'ombre pour regagner ses forces et se remettre en état, car en ce moment il n'était pas improbable qu'un simple mauvais rhume puisse le tuer.
Il redescendit encore sa capuche sur le front, serrant la mâchoire, se dirigeant vers un chemin jalonné de cailloux plus empruntable pour poursuivre la marche forestière.

*

Des pas rebondissaient dans les flaques. Des présences s'approchaient venant des fourrés jusqu'au chemin sur lequel progressait le démon; à vive allure.
Sa dernière rencontre remontait à quelques jours et il ne s'agissait alors que d'un homme à cheval ayant croisé sa route le temps d'une seule seconde. Même pressé par la maladie, Solstice ressentit un peu de satisfaction de pouvoir être entendu et d'entendre lui même autre chose que ses propres pensées. Il entonna, ne s'attendant pas à avoir la voix aussi faible.

Au crépuscule, jaillit les flammes,
Non de la fin, mais de la nuit, sa femme,
Et meurt...


Aussitôt démarré, il entendit à peine une onomatopée violente qui le fit tressaillir. Il senti un danger envers lui, ce qui ne fit naître aucune peur mais une grande surprise.
Il releva les yeux alors qu'une silhouette bondit devant lui pour lui saisir le bras. Solstice eu presque l'air de se laisser faire, mais il était juste bien trop faible pour pouvoir agir de n'importe quel façon efficace. Il sentit un choc réfrigérant dans une de ses côtés, ce qui contrasta tant avec la chaleur qui régnait dans son enveloppe charnelle depuis un moment qu'il tourna presque de l’œil.
Le démon posa un genoux à terre, toussant nerveusement; se sentit arracher sa cape puis ce qu'il avait reconnu comme une lame, hors de lui. Le sang coula lentement de la plaie qui était exposée, comme le reste de son anatomie à la pluie cinglante et désormais bien moins amicale.

-Il avait que ça ? Demanda une voix.

Après un pesant silence il sentit sa cape lui être jeté sur la carcasse, celle là même qui se laissa retomber sur le sol boueux. Les pas repartirent dans un autre sens, toujours à vive allure.
Aucune rencontre depuis longtemps. Et voilà qu'il se faisait attaquer sans ménagement. Pour rien.
Il ne ressentait pas de colère ou d'effroi. Mais comme toujours, depuis qu'il avait connu Nadjet, il ne pu s'empêcher d'être perplexe devant une telle situation. Il ouvrit la bouche pour effectuer un son, mais rien ne pu sortir. Il avait mal. Chaud. Il palpa sa blessure. Il saignait encore.
Il cilla en tournant la tête doucement autour de lui. Il avait de quoi être inspiré.

Il était à la croisée du chemin.


   
ft.Solstice

   
A la Croisée du Chemin

   
   

   
Quand l'attention du Mythologique fut attirée par des bruits de combat à travers la pluie, il ne paniqua pas. Il n'y avait pas lieu de paniquer. Le Simurgh avait eu affaire à des bandits, voleurs, tueurs et autres dangerosités humanoïdes depuis des centaines, peut-être des milliers d'années. Il s'était fait violenté, presque capturé, volé, frappé, il avait tout vécu. Il s'était battu, presque fait tuer, il avait du user de la force. Il serait mort sans ses pouvoirs de guérison. Il ne comptait plus les fois où il gisait dans la boue, celle-ci se mélangeant au sang qui s'échappait d'une grave blessure. Il pouvait mourir en quelques minutes, si il ne pouvait pas se guérir. En réalité, son pouvoir de guérison ne marchait aussi bien que sur lui, même s'il se devait de prendre du repos après.
Ainsi, lorsque ces sont caractéristiques d'une attaque parvint à ses oreilles, il s'arrêta. D'un coup d'oeil plissé vers l'avant, il aperçut des silhouettes s'agiter dans la pluie. Ils ne se trouvaient pas loin, ils auraient pu le détecter en étant attentif. Pourtant, quelque chose retenait leur attention, ou plutôt quelqu'un. Quelqu'un se faisait agresser.
Ni une, ni deux, le Simurgh, et cela sans aucune hésitation, se mit à couvert dans les fourrées. Silencieux et lent comme une anguille, il s'accroupit derrière un arbre, tous les sens en alerte. Les fougères finirent de tremper ses vêtements et voilà que le Simurgh ne ressemblait qu'à une vieille loque mouillée. Il soupira, son esprit s'était déjà détourné de l’événement qui se déroulait pourtant à quelques mètres de lui. Il soufflait sur une des mèches blanches qui collait avec obstination sur son front. Il ne redressa la tête que lorsqu'il sentit les brigands passer juste à côté de lui. Ils pressaient le pas, ils maugréaient. Faörih ne bougea pas jusqu'à ce que les bruits de pas ne fussent plus qu'incertains sons à ses oreilles. La créature se redressa alors, avec précaution, et regagna le chemin. Il se secoua légèrement. Il valait peut-être mieux aller voir ce que la pauvre personne avait subi. Autant, la créature n'appréciait pas intervenir, d'autant plus qu'il ne savait pas se battre, et surtout qu'il n'aimait pas ça, mais elle savait faire une chose mieux que les autres : soigner. Il se promenait toujours avec sa trousse de soin, elle prenait le plus de place dans son sac. Il continua d'avancer à pas de loup sous la pluie jusqu'au lieu de l'escarmouche. Il y vit un corps gisant dans la boue. Le pourpre du sang formait une flaque infâme autour du corps. Une cape recouvrait le potentiel cadavre. Le Simurgh inspira longuement, était-il arrivé trop tard? Cela ne le dérangea pas plus que ça. Depuis longtemps, les morts ne l'émouvaient plus. Rien ne pouvait être pire que ce qu'il avait vécu lors de l'explosion. Rien ne pourrait plus jamais le surprendre.

Dans un visage neutre, dissimulé par la faible luminosité et sa capuche affaissée par la pluie, il se saisit de la cape et la rejeta sur le côté d'un geste unique pour dévoiler le corps. C'était un homme. l bougeait faiblement. Son visage n'était même pas déformé par la douleur, et pourtant. Et pourtant une profonde entaille barrait son flanc et laissait doucement échapper le précieux liquide vital sur le sol. Il n'était pas mort. Et devant la blessure, le Simurgh se devait d'intervenir. Tel était son destin, tel était son instinct : sauver. Même s'il n'en recouvrait aucun plaisir, il se devait de le faire, car il devait le faire et il le savait. C'était ainsi, et n'en avait jamais autrement.

Sans plus tarder, le Simurgh saisit sans ménagement le corps par les bras et le tira hors de la boue, vers la forêt. Il ne voulait pas être interrompu par des voleurs ou de simples passants. Il ne pipait mot. Il faisait. Quelques mètres plus loin, il laissa le corps sur le sol de feuilles mortes humides. Il posa son sac juste à côté. Il ne pouvait pas travailler dans de telles conditions. La pluie allait rendre la chose bien plus difficile. Il regarda autour de lui, se saisit d'une grande branche morte qu'il planta verticalement dans le sol D'un geste rapide, il défit le lacet qui retenait sa cape et l'attacha à un tronc,assez bas. Il tira ensuite les pans du tissu jusqu'au bois afin de se fabriquer une tente de fortune. Les arbres coupaient le vent et la pluie transperçait par endroit le cuir, mais le plus gros était arrêtée par le vêtement.

Il s'agenouilla sur le corps. Il ne lui restait plus beaucoup de temps. Il sortit ses affaires médicales rapidement. D'un lingue blanc cassé, il essuya d'abord la boue ainsi que le sang. Il pressait la blessure d'une main tandis qu'avec l'autre, il se saisissait d'un flacon de liquide blanc: de l'alcool.
Il jeta un coup d'oeil au visage de son patient. Si il avait été aussi neutre depuis tout ce temps, il n'allait pas avoir besoin de mordre dans quoique ce soit. Le Simurgh haussa les épaules et versa de l'alcool sur la plaie sans modération. Il s'appliqua alors à recoudre la chose. Son calme restait à toute épreuve malgré la tempête qui faisait rage. Ses mains ne tremblaient pas, sa précision était parfaite. Il savait ce qu'il faisait, il n'avait pas peur. Pas peur de la mort.
Car la vie de cette personne ne lui était d'aucune importance.
Et pourtant il s'appliquait à la sauver.
- Adrenalean 2016 pour Bazzart.
   


Aussi vite que l'absurde violence s'était abattue sur lui, un secours inespéré s'en suivit.
Tout ceci rendait aussi confus que songeur Solstice à propos de l'ordre des choses et de la force des circonstances.
Une silhouette fine et vagabonde était venue s'agenouiller près de lui et avait commencé avec un soin minutieux à appliquer sa médecine savante sur le corps du démon. Sans hésitation, sans doute, sans crainte. Solstice observa la scène d'un œil mi-clos, et perçut avec intérêt une lumière évidente. Une très ancienne clarté contenu, comme dans son cas, dans une enveloppe trompeuse.

Il ne savait pas si c'était le choc, l'affaiblissement considérable de sa carcasse terrestre, ou simplement la discorde entre son esprit et son corps, mais Solstice ne sentait plus la douleur ni même aucune sensation. Lorsque la silhouette déversa une rasade de liquide à la senteur acerbe sur sa plaie, il ne dit rien et n'émit même pas un soupir douloureux. Il n'était qu'absorber par la série de gestes de son sauveur. Une ombre les recouvrait tous deux et il entendant la pluie s'abattre sur une surface plane et souple; le son régulier sonnait comme en harmonie avec le calme apparent et l'aura de la silhouette.
Sa peau frissonna tandis qu'il ressentait peu à peu de nouveaux quelques impressions tactiles: une aiguille et du fil sous peau. Il se faisait recoudre. C'était bien évidemment la première fois.
L'ensemble de la situation; pluie, soin, douceur implacable, repos inespéré tandis que le soleil allait bientôt se coucher dans la splendeur arborescente des confins d'une forêt paisible.
Même la placidité de plus en plus évidente de son guérisseur lui paraissait concorder avec tout le reste comme lui offrir un instant de toute allégresse. Comme si le mal qui lui était arrivé avait eu pour conséquence un certain bien. Il en avait attendu parler au par avant, mais cela était, pour le peu qu'il puisse en vivre, était bien plus concluant. Cela était même inspirant.
Toute la douleur était encore balayée, non par son corps affaiblit, mais par les soins et l'aspiration spirituelle à se perdre dans un présent doux heureux. Son voyage dans la forêt, ou plutôt à la croisée du chemin, apportait finalement quelques péripéties propices à la composition poétique.
Cela lui rappelait les sentiments qu'il avait ressentit cette nuit là.. sous la neige à Izrheron.
Il cilla.

-M-mon c... c...

Il se rendit compte qu'il avait du mal à articuler; sa bouche était totalement sèche, presque sans salive, et son souffle était encore court. Il chercha tout de même les moyens de parler. Il savait bien que malgré l'occasion et son sentiment, il ne pourrait déclamer ou tenter d'atteindre la lumière de cette personne avec la sienne; mais il voulait juste parler. Simplement.

-M-mon... le corps... fragile. Pardon.

Il articulait un peu mieux.

-Pardon. Merci. Vos gestes sont...

Beaux.
Il chercha à déclamer même intérieurement. A composer tant qu'il avait encore la force de profiter de l'instant, de conserver en son coeur cette sensation, la seule qui avait une chance de le faire s'approcher de ce qu'il voulait, de le rapprocher d'elle. Mais il n'y parvint pas. Il n'y arrivait plus.
Ses paupières se fermaient d'elles même, son piètre corps encore terriblement faible. Bien trop affligé en ce moment même pour supporter l'efforts, pour supporter la violence.
Les ténèbres totales, il connaissait. Le chaos, il en était issue. Mais la secousse du corps mortel éclatant en plein jours, dans un ordre abscons, cela il n'y pouvait rien. Cela le dépassait finalement.
Les limites du matériel rattrapèrent la profondeur de l'âme. Même celle si ancienne du démon.
La nuit arrivait bientôt. Si il tenait jusque là il serait sauvé; si il était sauvé il tiendrait. Son enveloppe régénérerait et pourrait reprendre sa route. Son voyage. Sa quête. Le chemin vers elle.
Mais la poésie en ce moment s'éteignait au profit du néant. Comme à chaque fois.
Il était bercé par l'absolue régularité du battement de la pluie, bordé par le fumet de la terre trempée. Tout était là, tranquille et voluptueux. La nature.

-La nature... est elle ici... toujours... ainsi ?

Ces mots les avaient ils prononcés ? Chantés ? Pensés ?
Qu'importe.
C'était le dernier songe qui le traversa avant qu'il ne perde conscience. Juste le temps que la nuit vienne l'éveiller.

   
ft.Solstice

   
A la Croisée du Chemin

   
   

   
Le Simurgh, appliqué dans ses gestes, n'avait que peu prêté attention aux marmonnements endoloris de son patient. Il était rare que ces paroles soient d'une importance capitale. Le bruit de la pluie et celui des alentours accaparaient son audition. Il n'était pas naïf de croire que les bandits pouvaient retourner sur leur pas ou que d'autres ne les suivent plus loin. Bien que la pluie et la pénombre grandissante les dissimulaient de manière assez efficace, les bêtes sauvages avaient tendance à rôder au crépuscule et il ne fallait pas non plus les oublier. Aussi le Simurgh jetait-il de discrets regards vers les alentours, sans pour autant interrompre ses gestes précis.

Quand le temps de la surveillance prit place au sauvetage, le Simurgh put enfin se détendre. Il prit place à côté de l'homme blessé, assis dans l'herbe mouillée. Faire un feu était imprudent et le bois mouillé prendrait trop de temps à s'allumer. Il se fit une place dans la boue sans se soucier de ses vêtements tâchés de rouge et de marron, replia ses genoux contre lui et les entoura de ses bras. Il posa son menton sur ses genoux, son regard se perdit dans le paysage. Il ne savait combien de temps il allait le surveiller, jusqu'à ce qu'il reprît conscience, certainement, et qu'il put se lever pour reprendre la route. Avec un peu de chance, cela ne durerait pas très longtemps. Le Simurgh rêvait de chaleur et de manger à nouveau quelque chose de gras et de consistant. La forêt commençait doucement à le lasser.
Mais pourtant, il était là. Il attendait, assis dans la boue et le sang. Et pourtant il attendait, les yeux quelque fois posé vers cet homme qui l'avait vaguement remercié avant de plonger dans un sommeil réparateur. Le Simurgh n'avait rien répondu. Il n'avait pas sorti un mot de sa bouche. Cela faisait bien longtemps qu'on le remerciait. Avant, cela le faisait toujours sourire, il se sentait flatté, le compliment gonflait son coeur de joie. Tout cela avait disparu. Seule la douleur de l'ignorance et de l'imprudence des mortels étouffait ses tripes. Pourquoi tout cela, quand ils se contentaient de repartir aussitôt risquer leur vie pour des sottises, aveuglés par quelques monstres venant d'un autre monde ou par le premier dirigeant charismatique venu ? A quoi pouvait servir de sauver de jeunes naïfs qui préféraient se battre pour une cause qu'ils n'avaient jamais remises en question parce qu'ils ne veulent pas risquer leur vie contre ? Le Simurgh soupira. Il ne comprenait pas. Pourquoi mourir pour une cause stupide, pour ne pas mourir pour une cause juste ? Si cela pouvait sembler étranger aux oreilles de certains, cela raisonnait longuement dans celles de la bête mythologique.
Mais pourtant, il continuait. Il soignait toute personne en danger, quelque fut son origine ou ses convictions. Telle était sa nature à laquelle il ne savait déroger.

La pénombre envahit les alentours, engloutit les fourrées et les arbres, fit disparaître les feuilles dans une masse incertaine qui mouvait au gré du vent. La nuit était tombée et par chance, la pluie s'était calmée. Quelques gouttes, roulant sur les feuilles, s'écrasaient encore sur le sol mouillé. Bientôt, les oiseaux nocturnes débutèrent leur chant harmonieux pour combler le silence. Faörih tourna la tête vers son patient. Ne comptait-il pas se réveiller un jour ? La bête n'ouvrait toujours pas la bouche. Son visage, neutre et humide, s'était penché près du corps. Ses doigts frôlèrent ses lèvres. Il respirait encore.
- Adrenalean 2016 pour Bazzart.
   


A son réveil, Solstice respirait encore.
C'était la nuit et la nature l'accueillait avec les chants et le bruissement du fourmillement de la vie perpétuelle et harmonieuse. Cela raviva de nombreux sentiments et de souvenirs familiers.
Une musique agréable lui traversa l'esprit. Il sentit qu'il n'avait pas mal mais avait tout de même une certaine difficulté à se redresser.
Il cilla.
Dans la pénombre il pouvait discerner rapidement l'être qui l'avait secouru; qui avait sauvé sans une once d'hésitation son enveloppe corporelle. Il fit un geste maladroit de la tête et continua de toiser cet être à la forme humaine curieuse, dissimulant une magie plus ancienne. Immédiatement il repensa à cette même impression qu'il avait eu avec Alexander Wrath: une fausse entité mortelle cachant une force ancienne et sage. Mais ici c'était différent. Ce n'était pas une énigmatique piste qu'il pouvait emprunter avec l'enthousiasme démoniaque qui l'avait prit alors; c'était plutôt une relique incrustée dans ce monde comme un témoin de l'existence même, sous toutes ses formes. Il sentit une certaine familiarité et sympathie envers cette sensation qu'il pouvait avoir pour son sauveur; mais il ne dit rien.
Il la décrivait des yeux sans trop se fier à cette superficielle enveloppe - qui l'était sans doute au même titre que la sienne. On aurait bel et bien dit une jeune femme. Une jeune médecin itinérante. C'était probablement une image amenant à la confiance pour ceux dans le besoin. C'était une idée intelligente et intentionnée de la part de l'être. Solstice hocha la tête.

Les deux demeuraient figés. La nuit et sa chorale faisaient leurs œuvres. L'esprit et le corps du démon s'en gorgeaient allègrement; il regagnait en lucidité et vélocité. Son corps regagnait en vigueur peu à peu, tandis qu'il retrouvait une allure plus énergique et moins maladive.
Solstice respira un grand coup, appréciant le confort d'une enveloppe lentement régénérée.
Il se demandait toutefois si son médecin l'avait veillé jusque là. Était-ce une pure intention de bienveillance ? Ou autre chose ?
Peu importait. Comme Nadjet l'avait été autrefois pour quelque chose qu'il ne comprenait pas, il serait reconnaissant envers l'entité pour quelque chose que peut-être elle ne comprendrait pas non plus.


Le démon se redressa encore un peu et commença à brièvement chercher autour de lui, l'esprit et les gestes vifs, tout en n'étant pas embarrassé par l'obscurité. Au contraire, il lui semblait voir avec plus de précision dans ces circonstances. Toutefois il ne trouva pas ce qu'il cherchait.

-Ma peldinata, dit-il, j'ai du la perdre dans la forêt.

Il cilla. Son expression resta neutre mais il fut parcouru par un frisson de déception.

-Je voulais te jouer quelque chose, ajouta le démon. Tu n'aurai sans doute pas aimé. Mais si j'avais pu te jouer quelque chose...

Il ne termina pas. Il ne savait pas comment achever sa phrase.
Solstice se demandait si à présent l'entité ancienne allait partir et que cette nouvelle rencontre extraordinaire se terminerait sur ce sentiment abrupt de frustration. Il pouvait aussi reprendre sa route; au risque d'être encore poignardé plus loin ou de perdre autre chose même si il ne lui restait presque rien. Il se prit à soupirer.
Soudain son œil fut attirer par la course d'un oiseau nocturne d'une branche à une autre. Un autre frisson le parcouru. Il ne voulait pas chanter; pas tout de suite. Mais autre chose l'inspirait; quelque chose qui, à l'inverse de sa poésie, avait tendance à bien mieux plaire. C'était peut-être la seule chose qu'il avait tout de suite pour marquer sa reconnaissance.
Il fit s'agiter ses doigts et sa magie, au contact de l'obscurité, revint et scintilla de quelques perles dorées en un rien de temps. Une seconde après l'autre, des étincelles se propulsèrent de la friction de son pouce, son index et son majeur. Il jeta un regard innocent et attentif au médecin, toujours silencieux. Il cilla.

Enfin, il ouvrit la paume et fit apparaître une forme dense et informe qui se changea bientôt dans le moindre détail en un petit geai piaillant et tournoyant qui fit plusieurs fois le tour de leurs deux têtes avant de se reposer sur son épaule. Il n'y prêtait pas attention mais la lumière magique et merveilleuse qui émanait de sa création se reflétait sur ses joues froides et grises. Il demeurait immobile un temps, guettant une réaction; puis se décida finalement à porter sur son doigt l'oiseau de lumière jusqu'à son médecin, non comme un cadeau, mais une manifestation animiste et confuse de ce qu'il cherchait à lui dire. Merci.