Lost Kingdom  :: Fhaedren :: Terres désolées

Ce qui était

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Voilà près d’un mois qu’Amalia avait débuté sa mission. Occupée avec ses nouvelles responsabilités, elle avait finalement été contrainte de repousser jour après jour sa recherche d’informations à propos des Séraphs. La chose n’était pas aisée et le peu de connaissances qu’elle avait au sujet de cette race venaient de la bibliothèque sacrée de Mearian.

Ici, à Ellgard, c’était pratiquement comme s’ils n’avaient jamais existé.

Elle avait fini par se résoudre, toutefois, après avoir réglé pendant des jours des problèmes administratifs à droite à gauche et chapeauté personnellement plusieurs laboratoires, à aller à la pêche aux informations. C’était uniquement car les informations étaient, en un sens, venues lui tapoter le visage qu’elle s’était réveillée et s’était rappelée de sa mission. Elle n’avait pas avancé et savait que le temps jouait en sa défaveur : à l’impératrice, elle avait suggéré un philtre de courage pour ses soldats, mais ce n’était pas ce qu’elle comptait lui apporter au final.

Les délais, eux en revanche, restaient les mêmes, immuables et la date limite approchait à grand pas, alors qu’elle venait tout juste de s’installer dans son nouveau rôle de directrice des recherches biologiques et génétiques. C’étaient de gigantesques complexes de laboratoires et d’industries pharmaceutiques qu’elle devait désormais piloter : par chance, elle avait pour cela les anciens directeurs qui étaient désormais ses subordonnés. Et le plus dur avait été de le leur faire comprendre, parfois à l’aide de menaces bien placées.

Après plus de dix ans de travail à Ellgard, Ama’ n’était pas méconnue, elle n’était pas vu comme une opportuniste car ce n’était pas l’image qu’elle véhiculait. Mais tout le monde n’était pas forcément d’accord avec ses manières de faire. Et certains qui l’avaient connue dix années plus tôt avaient tendance à la soupçonner de quelque chose, surtout lorsqu’ils notaient qu’elle faisait toujours la vingtaine physiquement.

« - Tu es sûr de ce que tu affirmes ?

- À peu près sûr, ma bichette, ça aurait été bien plus cher sinon » répondit le vieillard tout en triturant l’une des curieuses sculptures en métal rapiécé qui gisaient sur la commode à l’entrée de sa maison. Malgré son assurance et le ton de sa voix, il ne souriait pas, ce qui laissait entendre qu’il était très sérieux dans son propos.

Flottant dans son long manteau, la rousse replaça le chapeau qui lui servait à masquer ses mèches rousses et une partie de son joli minois. Elle avait bien fait de se rendre à la Casse, voir son vieil ami dealer de lyrium. De toute manière, ses réserves d’oplium étaient pratiquement épuisées, elle avait ainsi pu faire d’une pierre deux coups.

Qu’il était bon, décidément, d’avoir un pied dans le marché noir.

Le vieux Alfredo n’y connaissait bien évidemment rien en matière de Séraphs, toutefois il savait où il était possible de réunir ce genre d’informations. La mèche, il la lui avait vendue à un prix exorbitant ; la scientifique espérait juste ne pas être déçue. Mais dès ses premiers mots, Amalia avait su qu’elle était sur la bonne piste : il lui avait parlé d'hommes de l'ombre bercés dans des sciences occultes et interdites.

Quittant alors l’odieux terrier de l’olibrius, la directrice envisagea de gagner son laboratoire personnel pour y déposer les prescriptions de ses cobayes adorés.

Le laboratoire d’Amalia se trouvait en plein centre de la Basse-Ville, dissimulé plusieurs mètres sous terre, dans les caves d’un immeuble résidentiel désaffecté qu’elle avait, à terme, acheté. Malgré son emplacement dans une zone densément peuplée, elle s’était assurée que l’on ne pourrait jamais entendre ses patients crier depuis l’extérieur. Les murs blanc, complètement matelassés, étaient de ce fait parfaitement hermétiques, tout comme les lourdes portes en acier qui barricadaient les cellules et fermaient les cloisons des cinq ou six pièces que comprenait le complexe. En plus d’une dizaine de cellules étriquées, Amalia avait installé quatre salles d’opérations et un petit bureau où elle entreposait ses recherches dans de nombreux dossiers.

Globalement, l’endroit était donc blanc comme un hôpital et d’une salubrité exceptionnelle : Ama n’était pas une folle de ménage, mais lorsqu’il s’agissait de son laboratoire, elle ne laissait pas une poussière ni une tâche de sang passer. Les rares meubles étaient d’ailleurs recouverts d’un film plastique, comme les tables sur lesquelles végétaient ses cobayes. Seules les cellules de ces-derniers pouvaient pâtir d’un manque d’hygiène : même si elle ne les nourrissait pratiquement pas, sinon en intraveineuse, elle ne s’occupait pas non plus de leurs déjections. En somme, c’étaient comme des rats de laboratoire : elle ne les valorisait pas en tant qu’êtres humains, mais uniquement en tant qu’animaux.

Lorsqu’ils mouraient, elle nettoyait leurs cages avant d’y installer un nouvel arrivant. Et elle incinérait les corps.

Depuis dix ans qu’elle faisait ça, la scientifique s’est habituée à sa petite routine diabolique de fine scientifique psychopathe rejetant la moindre éthique. Empruntant l’ascenseur de l’immeuble, qu’elle avait fait réparer et dont elle seule avait la clé, elle rejoignit ce soir-là encore ce qui, pour elle, était son petit paradis. Rapidement, elle se délesta de ses affaires dans son bureau, se servit un verre de whisky et se mit au travail.

En moins d’une heure, elle avait déjà administré les doses nécessaires pour garder ses cobayes mutilés, opérés à cœur ouverts et déformés dans un état de semi-conscience. Elle ne pouvait pas garantir qu’ils ne souffraient pas, mais au moins pas assez pour en succomber. Ainsi, ils continuaient à se tenir tranquilles, prisonniers de leurs propres corps. Généralement elle se servait des hybrides pour noter les améliorations physiques extérieures, tandis que les lycanthropes, plus solides, lui permettaient de déceler les changements internes. Elle n’avait pas le moindre remord du monde à faire souffrir longuement et continuellement ces derniers : c’était son petit plaisir coupable.

Ce soir-là, elle dût toutefois déplorer la disparition de l’un de ses cobayes : une hybride belette chétive, probablement une junkie ramassé dans la rue, victime d’un arrêt cardiaque. C’était l’une des conséquences les plus courantes à ses terribles expériences, notamment chez les hybrides. Un vieillissement accéléré pouvait aussi survenir ou alors simplement une diminution drastique de l’espérance de vie, comme d’autres l’avaient démontré avant elle. Mais jamais personne n’avait été aussi proche du but qu’elle : car dans certaines cellules gisaient, endormis, des sujets pratiquement humains qui l’étaient depuis des semaines. Et pour l’un d’entre eux, depuis plusieurs mois désormais.

Elle espérait beaucoup de ces résultats.

Sitôt sa routine monstrueuse terminée, la scientifique gagna alors son bureau pour déplier le bout de papier fourni par Alfredo qui renseignait les coordonnées de son contact. Figuraient simplement un nom, un lieu et une heure, aucune date. La jeune renarde pouvait supposer que c’était aujourd’hui et, le temps de s’y rendre, elle pourrait même arriver à temps.


***

Le point de rendez-vous avait longtemps semblé désert, alors que le soleil était lentement descendu à l’horizon. Voilà près d’une heure que la scientifique attendait et elle le faisait désormais difficilement, de plus en plus persuadée qu’Alfredo l’avait bernée ou que ses informations étaient périmées. Elle doutait clairement de la présence d’un messager dans les environs, même les environs de l’Usine étaient connus comme particulièrement malfamés. Elle n’était pas si loin de la Casse, après tout, dont elle pouvait voir les lumières des moissonneurs balayer l’horizon.

Une fois de plus, elle balaya du pied le même caillou sur lequel elle s’acharnait depuis un moment désormais. Cette occupation ne lui fit même pas remarquer la paire d’yeux qui l’observait dans l’obscurité. Elle ne sentit même pas la présence de la silhouette avant que celle-ci prenne la parole.

« - Pourquoi cherchez-vous à nous contacter ? »

Amalia sursauta tout en saisissant soudainement le poignard à sa ceinture, avant de finalement noter l’ombre se détachant des ténèbres. C’était vraisemblablement une jeune personne encapuchonnée, elle laissait paraître peu de détails de sa physionomie. La scientifique comprenait, elle avait fait sensiblement la même chose.

« - Je suis à la recherche d’informations concernant les Séraphs.

- Ca ne sera pas gratuit.

- L’argent n’est pas un problème, contentez-vous de me fournir ce que je demande.

- Avez-vous au moins la moindre idée de qui nous sommes ? répondit brusquement le disciple, sans la moindre once d’empathie et en se rapprochant dangereusement. Sous sa capuche, Amalia pouvait désormais discerner des traits féminins. Je ne parle pas d’argent, il existe d’autres prix. Jusqu’où seriez-vous prête à aller ? »

La directrice sourit, elle sourit de toutes ses dents et dévoila sa magnifique dentition à son invitée qui saisit le message. Peu de personnes étaient capables de sourire en ce genre de situation.

« - Parfait. Nous avons ce qu’il vous faut. Nous vous recontacterons.

- Vous ne savez pas-

- Nous savons parfaitement qui vous êtes, Miss Blackwood. Nous reviendrons vers vous, » signa la silhouette sombre avant de disparaître soudainement, tout sourire à son tour. Amalia, elle, ne souriait plus.

Avait-elle été suivie ? Alfredo l’avait-elle trahie ? Elle ne saurait dire, toutefois son pied dans le marché noir l’avait visiblement menée à ce risque. Elle n’était plus aussi blanche désormais. Et quelque chose là-dedans lui plaisait atrocement. Son sang bouillonnait et son cœur battait la chamade, tandis que des dizaines de questions lui traversaient l’esprit.

Elle sentait à présent qu'elle avait affaire à quelque chose de plus grand qu'elle, quelque chose qui dépassait son imagination. Quelque chose de tapi dans l'obscurité qui l'appelait...




Délicate Attention


Un bon joueur d’échec sait se renseigner. J’ai toujours eut le  gout de la stratégie et surtout de fourrer mon nez là où il n’a pas à être fourré. En même temps avec autant de pays et d’individus il serait bête de louper une perle rare sur une erreur. J’ai mes informateurs comme tout le monde, et même si les trois quarts des mages noir ne connaissent pas mon existence, j’ai quand même avec les années fait quelques efforts et soudoyer certains d’entre eux pour obtenir les informations dot j’ai absolument besoin. Je ne cache pas que la plupart du temps ils ne m’apportent franchement pas des choses pharamineuses. M’enfin.
La bonne surprise s’était faite attendre mais avait bien fini par arriver, bien sûr je ne me réjouissais pas trop vite, j’ai quand même toujours l’ordre aux fesses, avec une jolie petite mise à prix et tout le tralala qui ne circule que dans les cercles très fermé de l’ordre.

Pour en revenir, c’est une lettre assez vide qui m’est parvenu, m’informant qu’une scientifique de Ellgard cherchait à contacter les mages noirs à la recherche d’informations sur les Seraphs, des gens qui s’intéressent aux Seraph on ne peut pas dire que ce soit rare, bien sur les raisons divergent entre ceux qui croient aveuglément que l’on soit des dieux, bonjour les dieux si vous voulez mon avis, ceux qui révoquent notre existence, ceux qui s’en foutent, ceux qui voudraient faire des nous des cobayes. A dire vrai c’est surement cette dernière catégorie, parce qu’ils ont tendance à chercher à voir plus loin que ceux qui nous connaissent véritablement, disons que généralement leurs idées me plaisent bien t sont en accord avec ce que je cherche.

Bon des tarés lubriques il y en a mais cette fois-ci j’avoue que je suis un peu plus intéressée. Ellgard est probablement une des nations qui est le plus avancées dans les technologies et la recherche en général, et on ne peut pas dire qu’ils portent Mearian dans leur cœur, donc j’ai moins de risque de me faire vendre à l’ordre. Bon on est à l’abri de rien, mais il va bien falloir que je finisse par me mettre en danger si je veux que mon plan finisse par avancer dans le bon sens, sans que les mages noirs ne remarquent à quoi je joue.

J’ai pensé évidemment à envoyer Exil en éclaireuse, mais là ça ne me parait pas adéquat, surtout que le monstre ne connait pas les détails du plan, n’est pas Seraph et ne connait pas ce que j’ai prévu, du moins elle a tout de caché dans sa tête mais elle n’y a pas accès, avec un invocateur comme le sien, la mettre au courant serait pire que de me livrer moi-même à l’ordre. Si vous voulez un peu une idée.

Je reviens donc à mes affaires principales, cette scientifique d’Ellgard. Apparemment spécialisé en génétique et biologiques, cette femme avait définitivement de quoi avoir un intérêt à mes yeux, après difficile de savoir si elle aurait les connaissances nécessaires pour m’aider sur mon projet. Faudra-t-il déjà que j’arrive à amener cette femme à faire ce que je veux en échange d’informations. Il va surtout falloir que je lui montre que j’ai le meilleur atout dans ma manche sans perdre de vue que je dois rester maitresse de mon jeu et de l’échange.

Je renvoyais donc une lettre parfaitement écrite à la dite Scientifique, Amalia Blackwood, passant par mon bas réseau pour ne pas être doublée ni espionnée par mes comparses ou autre. Je lui donnais donc rendez-vous sur Fhaedren, pas chez moi évidemment, c’était une inconnue et un piège arrive parfois bien trop vite. J’avais proposé un emplacement précis, pile à l’entrée d’une de mes grottes de réserve, peu de risque qu’on la vende, pas grave si je la perds. Au moins si ma cachette est trahie, je saurais de qui cela vient.

*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*

J’attendais donc cette fameuse Amalia, j’avais choisi une cape noire avec une délicate avec une capuche bien large, du genre classe mais surtout bien utile pour cacher  temporairement mes cornes, on ne peut pas dire que cela soit la chose la plus pratique quand j’y réfléchis, bien sûr cela n’a jamais été un caprice esthétique mais j’aurais peut-être du pensé à voir pour quelque chose de moins imposant ou du moins visible. En dessous de cela j’avais opté pour une longue robe couleur rouge sang, assez princière que j’aurais eu le plaisir de porter à la Cour des Cendres si j’avais eu la possibilité d’y posé le pied. Enfin quoi que vu le décolleté, pas sûr que tout le gratin aurait aimé ça. Enfin les messieurs probablement mais les dames m’aurait trouvé bien vulgaires. Je retiens un petit rire, plaçant par reflexe mes doigts sur mes lèvres.

J’espérais qu’elle serait à l’heure. J’avais toujours détesté les gens en retard et cela n’avait définitivement pas changé si je puis dire, et ce en 400 ans et plus de vie. Surement un des nombreux tocs qui avait fini par me faire vriller, ils sont nombreux. J’observais d’un œil l’horizon, veillant à chaque bruits chaque chose pour ne pas être par surprise, peu importe la manière, préparant déjà ma main au cas où qu’il faille que j’invoque mon dévoreur.

Bon. Elle arrive ?

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Robe :
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Codage par Libella sur Graphiorum
Retour à Fhaedren, ces sectateurs ne faisaient clairement pas dans la dentelle, même pour un simple rendez-vous. Alors qu’il aurait été beaucoup plus aisé pour la mage de demeurer à Ellgard, elle avait cette fois-ci été obligée de trouver une excuse à son absence, le temps du voyage et de l’entretien. Elle avait compté cinq jours, voire sept grand maximum.

Vêtue de ses habits amples et frais de voyageuse, la haute scientifique se dégagea maladroitement du cockpit de son véhicule amphibien qu’elle avait brutalement échoué sur la berge pour accoster le continent désolé. Par chance, le point de rendez-vous ne se trouvait qu’à quelques kilomètres et ses bottines confortables lui assureraient un trajet pas trop désastreux. Par chance, la zone était sablonneuse et la terre sèche, les rochers n’étaient pas légion. Elle détestait abimer ses vêtements et encore plus ses chaussures dans de telles conditions.

Tout en notant ses déplacements sur une carte pour retrouver son sous-marin plus tard, la jeune femme zigzagua dans le désert, au gré des dunes et des vallées qu’elles creusaient, pour enfin gagner une zone plus rocailleuse, bien moins à son aise. Obligée de faire attention aux moindres endroits où elle posait les pieds, à la fois pour éviter les serpents et ne pas s’empaler sur un rocher effilé en pointe, elle dût freiner considérablement sa progression avant d’enfin atteindre l’entrée de la grotte où attendait son contact.

La nuit tombait et un vent froid s’était levé, emportant dans son sillon des grains de sable et de poussière.

Une tempête n’allait clairement pas tarder à frapper la zone et la scientifique se désolait désormais d’avoir été assez bête pour suivre le plan des « disciples des ombres ». Toutefois, contrairement à ce qu’elle avait pu imaginer, ces-derniers ne lui avaient clairement pas posé un lapin, tandis que devant l’ouverture de la bouche terrestre patientait, elle le voyait déjà, une silhouette noire que le vent ne parvenait pas à souffler, figée dans l’horizon.

« - Nous y voilà, » murmura la renarde tout en pressant le pas, quitte à abimer ses bottines et à s’écorcher les pieds. Elle avait trop hâte de savoir ce qu’ils pouvaient lui apprendre ; désireuse de faire la connaissance de cet inconnu qui en savait long sur les dieux autoproclamés.

Savaient-ils seulement ce qu’elle comptait leur faire ? Comment cela provoquerait la fin des Seraphs une fois ses recherches terminées ? Peut-être le désiraient-ils, peut-être entreprenaient-ils les mêmes recherches qu'elle et voulaient collaborer... ou bien le contraire. Amalia se tenait donc prête à voir de la réticence dans les yeux de ses alliés, elle était même prête à se défendre s’il le fallait. Même si cela devrait la conduire à sa perte.

Elle s’y était engagée lorsqu’elle avait conduit jusqu’à Fhaedren, seule, pour cette mission.

Finalement elle rejoignit son contact, dont les traits demeuraient en partie masqués par son épaisse capuche. Toutefois la jeune femme pouvait aisément reconnaître la douceur et la grâce d’une mâchoire inférieure féminine, sans pilosité ni os saillants. Toutefois, ce n’était pas la même femme que la dernière fois, ça elle en était certaine.

« - Une tempête se lève, mieux vaut ne pas faire de vieux os ici. Oh, et passons les salutations, votre collègue semblait tout savoir de moi, je suppose qu’il en va de même pour vous. »

Elle n’exprimait aucun intérêt pour celle qui l’avait attendue, car ce que voulait la scientifique était seulement ses informations. Ama allait droit au but et ne montrait aucune preuve de politesse ni d’empathie ; elle voulait savoir, toujours savoir, ceci bien souvent au prix de son amabilité.

« - J’ose espérer que vous avez un meilleur endroit pour que nous puissions nous entretenir confortablement ? Je ne remets pas vos goûts du luxe en cause mais… bah, vous êtes probablement une voleuse ou un assassin, je suis en droit de m’interroger sur votre professionnalisme. »

Douce, délicate, petite Amalia Blackwood.




Délicate Attention


Tout vient à point à qui sait attendre comme disait l’autre. Et on n’est jamais au bout de nos surprises. Un plan peut se passer sans accroc, être rudement mener ou tout simplement prendre fin avant même d’avoir débuté. A voir ce que cela donnerait avec cette demoiselle de science. Je la regardais arriver, chevelure rousse flamboyante pour le coup, seule. Bon point pour elle, en plus d’être parfaitement à l’heure. Néanmoins, les bonnes manières en Ellgard semblait s’être perdue avec les années, le bonjour avait été en option semblait-il, la courtoisie aussi. Rustre personnage. Désopilant si je puis presque dire. Je n’étais qu’un outil dans sa courses aux informations, traitée comme une vulgaire moins que rien, un meuble parlant tout au plus. Et ça ne plaisait pas.

« Peu importe ce que je sais, je sais m’acquitter des convenances. Qu’espérez-vous donc obtenir en ne mettant pas un minimum de forme ? »


Je levais les yeux au ciel, retenant un soupir qui fut mal venu.

« Bonjour Mademoiselle, j’eusse espéré que vous avez fait bon voyage. Je me nomme Ellyn, enchanté de faire votre connaissance. Maintenant si vous voulez bien vous donner la peine ? »


J’ouvrais délicatement le bras vers la grotte, une des miennes, assez en retrait pour ne pas risquer des oreilles indiscrètes, et puis si cette jeune femme vendait l’endroit ce ne fut pas spécialement grave, j’en avais tellement d’autres des cachettes du type. Je me stoppais néanmoins en entendant la suite de ses paroles. J’éclatais de rire, d’où elle sortait celle-là tient. Mademoiselle se pense donc trop bien pour la grotte ? Elle s’attendait à quoi, que je lui déroule le tapis rouge, des fauteuils moelleux et un thé chaud avec ça ? Que dans toute mon infinie bonté, je me laisse traité comme le dernier des meubles à lui donner des informations, à tenir le crachoir comme une vulgaire table ? J’avais beau avoir besoin de ses connaissances, aucune chance que je m’abaisse à cela, des solutions je pourrais parfaitement en trouver d’autres sans être réduite de la sorte.

« J’aime autant être directe et honnête avec vous. Si Mademoiselle ne se voit poser son impérial petit fessier sur de la pierre, vous pouvez aussi bien repartir sans vos réponses vous savez. Je n’ai pas de temps à perdre avec des caprices sans intérêt d’une enfant. Je laisse volontiers ça, à mes collègues. »

Je ne riais plus. Je n’avais pas que ça à faire, ni de temps à perdre avec ce genre de conneries.

« A vous de choisir. Soit vous et vos manières entraient avec de meilleures dispositions dans cette grotte, soit considérer que l’entrevue se termine ici. Je n’ai pas de temps à perdre avec un tempérament de princesse. Ne vous trompez pas, il n’y aura ni fauteuil, ni thé ni confort dans cette grotte. D’autres Mages Noirs auraient peut-être la bonté de vous inviter chez eux, bandes d’irresponsables qu’ils peuvent être mais ce n’est pas mon cas. Faites-vous à la pierre Mademoiselle Blackwood où rentrez dans vos pénates jusqu’à ce qu’un de mes collègues ait l’immense plaisir de faire affaire avec vous. »
J’étais ce que j’étais et je n’étais pas toujours à prendre avec des pincettes. J’appréciais les manières, et la considération naturelle. Et ce n’était surement pas parce que j’avais rejoint les mages noirs que j’allais me laisser traiter comme une esclave ou que j’allais perdre ce que j’avais appris de la bienséance en plus de quatre cents ans. Tant pis pour elle si son égo était touché, ou bien si elle ne voulait pas faire l’effort, je trouverais bien ailleurs ce que je cherchais.

Cette entrevue commençait définitivement mal, et ne me donnait pas envie d’être poursuivie. Soit elle se montrait à un minimum convaincant, soit les choses se stopperait purement et simplement ici. Pas question de faire affaire avec quelqu’un qui ne sait pas être un minimum aimable.

Codage par Libella sur Graphiorum
La rousse appréciait désormais avec une amertume rare le juste retour de bâton de sa propre impertinence. Visiblement, la disciple avec laquelle elle devait s’entretenir n’était pas personne à passer sur les détails superflus et encore moins à réagir docilement comme les petits soldats Ellgardiens ou les timides scientifiques sous les ordres de la belle. Elle avait d'ailleurs laissé transparaître, pour la première fois, l'ordre secret au quel elle appartenait : les « Mages Noirs ». Cela ne disait rien à Amalia, mais laissait toutefois paraître quelque chose de mauvais, de néfaste, avec quoi il valait mieux ne pas trop plaisanter.

Un choix s’imposait désormais pour la délicate jeune femme : préférer l’inconfort mais l’obtention de ses informations ou la recherche d’un autre correspondant. Au moins ne l’avait-on pas menacée de mort, ce qui était finalement très positif.

Elle sourit, du sourire d’une personne camouflant la douleur de son égo froissé et d’une forme de frustration pour bien servir ses objectifs.

« - Je ferai selon vos désirs, Madame, » coula-t-elle sur un ton doucereux, presque écœurant. Elle ne savait donc jamais être sociable, c’était là son vilain défaut.

Cette part du marché ayant donc été remplie, l’impériale invita sa potentielle associée à reprendre leurs quelques pas en direction des profondeurs de la grotte. Là où, elle supposait, elles seraient à l’abri du vent et des grains de sables que ce-dernier projetait. C’était toujours cela de pris, au risque de devoir souffrir de quelques douleurs au postérieur et dans le dos. Cependant, après quelques minutes, la renarde eut soudain un frisson en réalisant qu’elle n’avait aucune idée de ce vers quoi elle se dirigeait.

Elle avait bien tracé son chemin jusqu’ici, mais désormais qu’elle avançait dans la semi-pénombre, le dédale de tunnels et de grottes l’avaient rapidement perdue. Et qu’est-ce qui l’attendait à son extrémité ? Un banc en pierre, vraiment ? Sans vraiment se contrôler, elle grogna et jappa de peur, dévoilant pour une fois et depuis longtemps ce qui se cachait au fond d’elle.

Le renard en elle était effrayé par cette soudaine perte de repères.

« - C-c’est encore loin ? tenta finalement Ama, non sans interrompre leur progression. L’air devenait désormais de plus en plus froid et un filtre de buée se formait sur ses lèvres. Je suis sûre que nous pouvons nous entretenir à profondeur raisonnable de la surface, ce n’est pas comme si la zone était très… habitée. »

Elle espérait. Elle espérait qu’elles s’arrêteraient bientôt et que son indicatrice dévoilerait le pot aux roses. Ses questions étaient déjà prêtes…

…sa seringue dans sa poche aussi.




Délicate Attention


J’arque un sourcil à ce soudain ton doucereux, notifiant le sourire particulier qu’elle abhorrait, apparemment son égo en avait pris un coup. Elle devrait faire avec. Avec cette hypocrisie de mise, la confiance n’était définitivement pas établie et une part de mon instinct de fuyarde de première me hurlait de planter la renarde ici et de rentrer chez moi. Je retenais un soupir, essayant de me convaincre d’au moins essayer un peu. Toute ma vision de cette discussion me semblait partir bien loin de mes espérances. J’entrais dans la grotte, passant devant, seule maitresse des lieux après tout. Je connaissais ces grottes par cœur, pour m’y être cachée à bien des reprises. Alors je déambulais, prenant presque tel un robot les bons embranchements, aucun doute. Seuls ceux vivants ici connaissaient les lieux, les autres se perdaient aussi simplement que des enfants dans la capitale d’Akantha.

Je l’entends japper, grogner derrière moi, comme une proie coincée. En d’autre circonstances j’aurais probablement fait le nécessaire pour la rassurer, ou bien tenter une conversation, mais au-delà du fait que je pouvais être agréable et bien au courant des convenances, je n’en restais pas moins quelqu’un d’imbuvable.

« Nous y sommes Mademoiselle Blackwood, rassurez-vous, vous pourrait entrevoir la surface de là. »

Les grottes de Fhaedren avait leur magie, ce côté majestueux inégalé, et quand je prenais à contempler tout ceci, je ne pouvais que vouloir de voir cette ville prendre vie à nouveau. Comme dans le passé. Notre long couloir de pierres nous avait mené à un vaste espace, aussi grand qu’une arène, les crevasses au-dessus de nos têtes suffisant à illuminer l’espace et entrevoir la surface. Découvrant aussi d’anciennes fresques sculptées, des restes de la destruction de Fhaedren, des restes, des souvenirs. Je laisse mes doigts glisser sur l’une d’elle, tout semblait presque intact, comme figé dans le temps, je n’avais jamais trop su si c’était atterri là, où si une sorte de culte ou de secte avait élu domicile ici pendant un temps, à l’abri des regards et des jugements.

« Installez-vous ou bon vous plaira. »

J’attendais qu’elle s’installe pour me placer distance raisonnable, je ne suis pas à l’aise au corps à corps alors mieux valait rester sur mes gardes. Je calculais la distance nécessaire pour avoir le temps d’invoquer mon dévoreur si cela tournait mal mais assez près que nous nous entendiez. Chose peu complexe puisque nous étions seules ici. Je retirais doucement ma capuche, laissant apparaitre mes cornes et mon visage, avant de retirer complètement ma cape que je déposais près de moi, m’asseyant confortablement contre le mur de pierre, me détendant un peu.

« Bien. Je serais honnête Mademoiselle Blackwood, je ne répondrais pas aux questions trop personnelles ou qui risquerait de me faire pendre haut et court. Je vous aiguillerais probablement cela dit. »

Je souris doucement.

« Ne prenez pas mal la distance que j’instaure, mais nous nous ne connaissons pas et j’aime protéger mes arrières au cas où »

Je restais quelqu’un de prudent en plus d’être parano au possible. J’époussetais ma robe, le sable s’étant accroché dessus. Avant de retourner mon attention sur la jeune rousse.

« Mais je vous en prie, je vous écoute quelles sont vos questions. »

Je jaugeais, je testais, la première impression n’avait pas été des plus glorieuse, néanmoins je lui laissais de quoi se rattraper, voir peut-être même de m’impressionner. On n’était jamais à l’abri de rien, je l’avais appris bien trop de fois à mes dépends ça d’ailleurs.


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. . . Grotte . . .:
 


Codage par Libella sur Graphiorum
Sous terre, le temps semblait s’écouler plus lentement.

Ils avaient finalement trouvé un lieu où effectuer leur petit entretien et Amalia avait pris place sur un bloc de pierre qu’elle assumait être le plus confortable au vu de sa forme rectangulaire. C’était finalement assez proche de ce qu’elle avait craint : les disciples du culte dont elle faisait partie, les Mages Gris ou Noirs peu importe, n’avaient décidément aucune tenue et ne soignaient pas leurs invités. Ce n’était pas bien grave, elle ferait sans tant qu’elle parviendrait à avoir ses réponses.

La jeune femme prenait ses distances : une sage décision qui permit par ailleurs à Amalia de desserrer l’étreinte sur sa seringue d’anesthésiant, dissimulée dans sa poche. Elle n’en aurait peut-être pas besoin tout compte fait, si la conclusion de cette entrevue se faisait dans de bonnes conditions. Elle doutait toutefois de plus en plus d’avoir les réponses à ses questions, notamment car l’inconnue n’avait pas encore évoqué le moindre marché possible, la moindre négociation en échange de ses connaissances.

Quelle assurance pouvait-elle avoir ? N’était-ce qu’une perte de temps ?

« - Eh bien, mon objectif n’est pas de vous mettre en péril ni de me faire des ennemis de vos alliés, si c’est ce que vous inquiète. Je viens simplement m'enquérir d'informations au sujet des Séraphs comme le stipule notre marché : la guerre s’éternise et des actions doivent être entreprises contre ces entités pour les mettre à terre, tout simplement. S’il s’agit bien de dieux, je suppose que ça ne doit pas être aussi facile… »

Elle n’avait aucun intérêt à mentir sur ses motivations : c’étaient bien elles qui l’avaient amenée ici et non un désir soudain de faire ami-ami avec des criminels. Elle espérait que la clairvoyance de son interlocutrice dépassait aisément la crainte et la peur d’accueillir dans son antre une scientifique « sans défense ».

« - L’objet de mes recherches, actuellement, est donc de réaliser un poison ou une arme pouvant tuer les Dieux, comme ils aiment se nommer. Je dispose pour cela de nombreux laboratoires remplis de scientifiques qui m'obéissent aux doigt et à l'oeil ; tout ce qu'il me manque est des informations sur le sujet de l'expérience que je compte mener et éventuellement des échantillons. Vous voilà bien au courant de mes objectifs désormais, non ? La renarde marqua une pause, cherchant à déterminer la position favorable ou non de la hors-la-loi. Indéchiffrable. Elle poursuivit donc : En échange de vos informations je suis d’ailleurs bien décidée à vous rétribuer gracieusement. Sachant tout cela, seriez-vous prêts à collaborer ? »

Les informations étaient une chose, mais Amalia savait que cela ne suffirait pas. Même si l’inconnue acceptait, tôt ou tard elle devrait trouver un Seraph qui lui fournirait du matériel nécessaire pour effectuer des analyses et travailler sur leur génome. À cela, elle ne pouvait miser que sur une seule chose : la haine ancestrale qu’avaient les corrompus envers leurs confrères et qui n’était pas un secret.

Plongée dans ses pensées, perdue dans un plan labyrinthique aux solutions indéchiffrables, elle attendit alors la réponse de son intermédiaire.




Je la regarde s’installer et prendre place, et énoncer. Au final même si le départ devant la grotte fut plus que mauvais, elle avançait plusieurs points des plus intéressants et qui me rassurait autant sur ses compétences que sur son professionnalisme. Elle donnait clairement ses objectifs sans détour et j’appréciais cela au moins je savais à quoi m’en tenir, et je ne pus réprimer un sourire presque moqueur quand elle parla des Seraphs comme des dieux. Si le monde savait à quel point ils ne le sont pas. Toute une supercherie présente depuis bien trop d’années. J’attendais qu’elle ait finie pour répondre.

« Je suis prête à collaborer, néanmoins je souhaite quelque chose en échange. Si vous réussissez à créer le dit poison, je veux un antidote, une seule dose, je ne veux pas sauver les seraphs rassurez-vous mais j’aime mieux avec une solution en cas d’erreur. »

J’étais sérieuse. J’attendais sa validation pour poursuivre, tant pis si elle me mentait.

« Sachez tout d’abord Mademoiselle Blackwood que les Seraphs ne sont pas des dieux et n’en n’ont jamais été. Ce sont des faux dieux, de faux prophètes, des imposteurs. Dont la corruption et la vanité dépasse l’entendement. Vous pouvez ne pas croire ce que je vous dis, mais c’est la vérité, sachez aussi que personne ne vous croira. »

Oh je n’étais pas dupe que les Seraphs « purs » avaient bien assez d’influence pour que mes mots n’aient que la valeur d’un reste de poussière.

« Si vous souhaitez faire un poison réfléchissez le bien. Les Seraphs qui se font tuer renaissent automatiquement à ce qu’on appelle la Source de vie. Sans souvenirs cela dit. Mais ils reviennent donc quitte à ce que vous les tuiez réfléchissez à ce paramètres c’est surement le plus désagréable de tous. »

Je soupirais doucement. Elément qui avaient contrecarré bon nombre de mes plans et ce n’était pas faute d’en avoir déjà tué des Seraphs lors du putsch.

« Mais si j’étais vous, je réfléchirais à un moyen de les approcher quitte a faire un poison. Tout le monde sait que vous ne portez pas Mearian dans votre cœur. Alors si j’aurais un conseil sur ce point, flattez leur égo ~ Enfin surtout à certains. »

Je ramenais mes cheveux en arrière délicatement laissant le temps à la jeune femme de dire un mot si elle le souhaitait.

« Ensuite, tout Seraph n’est pas toujours sous cette forme si proche de divin comme dirait certains. Ils sont tous caché sous une forme humaine aussi faible que le premier péon venus. Petit mot, méfiez-vous de ceux qui semblent trop bien connaitre un Seraph ~ »

Pour avoir été Seraph tu savais vos points forts et vos points faibles. J’hésitais encore à parler des corrompus. Parlez d’ennemi commun m’allait par contre parler des miens beaucoup moins.

« De quoi avez-vous besoin pour faire votre poison ? Ce que j’ai dit est utile, mais ne suffit probablement pas non ? »

Comment faire un poison sans étude de spécimen. J’avais plusieurs hésitations en tête à cet instant. Parce que je jouais gros.
Durant les revelations de la Mage Noire, le visage d’Amalia avait transité par un bon nombre d’expressions. D’abord la perplexité et le doute, sceptique des assertions que pouvait avoir l’inconnue. Puis l’étonnement, la contrariété et finalement l’interrogation.

Finalement la contrepartie à tout cela n’était pas cher payée… en apparence. La Mage Noire désirait un antidote, quelque chose qui pourrait devenir très précieux pour la suite si jamais les plans de la renarde étaient correctement mis à exécution. Si les Seraphs commençaient à disparaître à cause de son poison, ils viendraient probablement à rechercher un remède. Elle avait toutefois répondu positivement à sa demande et ne regrettait pas de l’avoir fait.

« - Tout ce que vous me dites là, si c’est bien vrai, m’avance déjà beaucoup… »

Toutefois un grand nombre de questions restaient encore en suspens. Si les Seraphs n’étaient pas des dieux, d’où venaient-ils alors ? Et pourquoi ces informations de valeur, pouvant alimenter la propagande Ellgardienne, n’étaient pas encore parvenues à l’Empire ? Était-elle la première à entrer en contact avec les Mages Noirs et en apprendre plus à ce sujet ?

Mais parmi cela une question la taraudait plus que les autres.

« - Je trouverai bien un moyen de les approcher. Il me faudra effectivement un échantillon de leur ADN pour produire une enzyme capable de stopper leur régénération. Je ne sais pas si le phénomène est biologique, je ne sais même pas comment leurs corps fonctionnent… Toutefois, grâce à tout ce que vous venez de me dire, nous devrions pouvoir mener des enquêtes plus approfondies et tenter de capturer un spécimen. Cela ne sera pas chose aisée… dénota sombrement la scientifique tout en baissant la tête, avant de la redresser avec une lueur d’espoir dans les yeux. Mais… vous m’avez dit de me méfier de ceux qui semblent trop bien connaître les Seraphs, non ? Et pourquoi auriez-vous besoin d’un antidote alors que vous ne me semblez pas les porter dans votre cœur ? »

Les intentions de l’inconnue semblaient effectivement opaques. Quelque chose clochait : était-elle liée à un Seraph ? Existait-il certains de ces êtres énigmatiques en dehors de l’Ordre qu’elle désirait protéger ? Amalia ne pensait pas qu’il s’agissait d’un espion de l’ennemi, sinon elle serait déjà morte, mais la confiance n’était pas entièrement installée.

« - Pour pouvoir me dire tout cela, je suppose que vous en connaissez au moins un, mais je doute qu’il soit fidèle à l’Ordre… Je sais que ma requête peut sembler un peu incongrue, mais mes recherches avanceraient probablement plus rapidement si votre ami Seraph pouvait me confier un prélèvement de son sang. »

Elle possédait une seringue remplie de liquide anesthésiant qu’elle pouvait vider à tout moment, après avoir rassuré sur sa contenance. Et elle serait patiente ; tout le temps qu’il faudrait en réalité. Mais à présent la question demeurait en suspens et elle voyait bien qu’elle venait de toucher une corde sensible qui laissait son interlocutrice coite.




Il y a bien une chose que j’ai pu dire à mes enfants et que j’ai pu écrire bien des fois dans mon journal. Je sais que je ne sais rien. J’écoute sagement cette renarde rousse, je sais qui je met en danger ici et qui je protège. La partie d’échec ne fait à ce moment que commencer, elle est un pion autant que j’en suis un. Notre valeur dépendant seulement du jeu que l’on regarde.

Capturer un spécimen hein. Si dans mon plan de base je comptais me laisser attraper, son attitude avait eut de quoi me refroidir, et sans aucune confiance établie aucune chance que je me laisse torturer à des fins scientifiques. Néanmoins, rien ne m’empêchait de l’aiguiller vers un être qui saurait surement se laisser tenter par une telle proposition de réduire à néant chacun d’entre nous. Le destin du monde ne m’appartenait de toute façon pas.

Je ris doucement.

« Il n’y a pas qu’une face sur une pièce mademoiselle Blackwood. Le fait que je ne les porte pas dans mon cœur, ne signifie pas que je les déteste tous. Ou du moins que je ne saurais pas tirer parti d’un tel antidote. Tout est monnaie d’échange dans ce bas-monde. Je récupère simplement les éléments nécessaires à la propre construction de mon nouveau monde. »

Au pire les mages noirs réussiraient à revenir dans le temps, et tout ceci n’aurait probablement jamais lieu.

« Ne vous détrompez pas, je n’en connais pas un. Je les connais tous, enfin je les ai tous connu, il fut un temps. Je suis une ancienne résidente de l’ordre. Je faisais partie d’un temple qui aujourd’hui n’est plus que poussière. Le temple d’une Seraph qui n’existe plus et dont plus personne n’a de souvenir. Elle est morte. »

J’étais Empathie mais plus désormais cette partie de moi était morte avec ma corruption, et le monde m’avait oublié.

« Le monde a oublié Mademoiselle Blackwood. Quant à votre demande de sang, je ne suis amie avec aucun Seraph, j’ai fait partie de leur sphère, d’où mes nombreuses connaissances mais eux et moi ne sommes plus en contact. Mais j’ai un contact auprès d’eux. Je ne vous promets rien, mais si vous recevez un colis de ma part, vous saurez de quoi il s’agit. »

Je soupire légèrement, je verrais si ma fille se sent de récupérer cela, sinon tant pis. Je ne mettrais pas en danger sa couverture ou sa vie. Vie que j’ai déjà bien assez bousillée.

« Avez-vous d’autres questions ? Ou pouvons-nous en rester là pour aujourd’hui ? »
Le concours de réponses données par la Mage Noire laissa la scientifique pantoise et soudainement déçue. Mais les informations confiées en amont suffisaient déjà à éclairer sa lanterne, pour peu qu’elles soient vraies. En rentrant, elle ferait un rapport à l’Impératrice, faute d’avoir pu développer entre temps son remède au désespoir des soldats sur le front, qui aurait probablement un impact plus important pour la suite. On vérifierait ces informations, même si cela nécessitait de mettre d’autres personnes dans la boucle. Les inquisiteurs probablement, Guerre étant le premier. Mais aussi les autres scientifiques du Ragnarok.

Bien entendu, elle n’évoquerait pas son petit marché noir à la Casse mais placerait les prémices de cette rencontre sous le signe de la providence, ou presque.

« - Aucune autre question. Il me tarde toutefois de recevoir des nouvelles de votre part, aussi je saurai vous recommander de vous presser si vous souhaitez avoir un antidote rapidement. »

Alors, une fois le dialogue définitivement terminé, les deux femmes regagnèrent prestement l’entrée de la grotte où elles s’étaient d’abord rencontrées et sans plus de cérémonies se séparèrent comme si elles ne s’étaient jamais parlées.

Les sentiments, d’un côté comme de l’autre, ne semblaient pas positifs et au vu de la première impression qu’Amalia avait eu de ce groupuscule sinistre, elle s’avérait finalement peu encline à en découdre une nouvelle fois avec eux. Mais au moins pouvait-elle apprécier la gratuité des renseignements qui, au moins, nourriraient la propagande d’Ellgard.

Après une nouvelle marche pénible dans le désert, car le vent était tombé, elle finit enfin par regagner son véhicule avec lequel elle se rendit à l’un des campements militaires installés par l’Empire à l’est, pour bénéficier du confort d’un plus large navire que la coque de noix mécanique qu’on lui avait prêtée. Et on ne lui demanderait rien de plus, car son appartenance au Ragnarok lui donnait carte blanche pour se déplacer sur Fhaedren sans demander l’avis de quiconque, sinon peut-être de répondre aux inquisiteurs lorsque ça les intriguait.