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Une vie, amies... [Cérès] - TERMINE

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Syrinx de Fensalir
NAISSANCE : 313
MORT : 389
ÂGE  : 76 ans
RACE : dryade
ARBRE TOTEM : If


Automne 373

« Le grondement chaotique de la cité résonne à ses oreilles comme le vol d'un bourdon, erratique mais sans le côté apaisant. C'est loin d'être sa première venue en la capitale mais plus les années passent et plus Syrinx se sent étrangère à une telle concentration d'agitation. Oh, elle apprécie Lelanaserine, son ouverture et sa culture, mais à chaque fois qu'elle s'y rend elle s'y sent comme un peu plus étrangère, un peu plus éloignée. Les bruits, les odeurs, les cris. Partout la foule et le mouvement incessant d'un va et vient sans début ni fin. Tout ceci la laisse sceptique, parfois nerveuse ou un peu mal à l'aise. À force de fréquenter les siens elle en oublie presque l'existence d'autres que les dryades et les elfes. Elle ressent les choses de la vie, elle ressent la forêt. En ce lieu, il n'en est presque rien, et seul le murmure tout juste audible des arbres d'agrément, ici et là, lui susurrent à l'oreille. Dans la ville, les rues sont étroites et de pierre, pittoresques, et bien que cela ait son charme, elle marque une nette préférence pour les espaces sauvages et indomptés, sans maîtres, où ne chantent que le bruit des bêtes de l'herbe dans la chaleur de l'été, des oiseaux et le froissement du vent dans les arbres.

Et parfois la percussion brutale et répétitive d'une arme automatique qui abat l'une des leurs, violant le calme serein qui règne sur le royaume de l'est.

C'est pour ça que c'est important pour elle de venir de temps en temps. Pour savoir pourquoi elle se bat. Pour se rappeler que la vie fourmille et que, quelque part, son combat n'est pas vain. Quand sa volonté vacille, elle vient trouver refuge dans la ville, pour voir tous ces visages inconscients du drame qui se joue aux frontières, de la lente mais inexorable extinction de leur espèce. Elle ne leur en veut pas. Elle essaie, mais certaines nuits elle sent monter en elle le cri d'une impuissance terrible, un quelque chose qui la perturbe et la rend folle, une colère primordiale qui monte et ravage, détruit tout sans distinction. Une constatation cruelle qui s'étale sur plusieurs vies et qu'elle redécouvre une fois de plus aujourd'hui : ce qu'elle avait juré de protéger voilà des siècles, peut être plus, se délite un peu plus à chaque vie.

Et tandis que l'automne bat son plein, que se termine la saison de Terraris pour bientôt laisser place à celle du redouté Obscural, elle sent cette colère qui s'installe, farouche, et qui en appelle à l'éveil du dieu cornu. Voici venu le temps du déclin avant le froid, le temps d'organiser une gigantesque et dernière chasse avant l'engourdissement de l'hiver. Une offrande pour abreuver la terre du sang et de la force vitale des ennemis. Pour que les racines se nourrissent des cadavres encore chauds. Son humeur change, subtilement, avec les saisons, et elle a conscience que ça l'influe parfois beaucoup plus profondément que ce qu'elle ne veut admettre. Elle est encore jeune et il lui a manqué de temps pour apprendre à apprivoiser tout ceci, mais face à ce massacre méthodique et organisé, qui ronge doucement les enfants de terraris, elle risque de perdre pied tôt ou tard, si ce n'est dans cette vie dans une future. Les rumeurs parlent de la disparition presque totale des forêts d'Ellgard, et cette possibilité la terrifie. Elle est presque sûr que s'y rendre et entendre l'agonie de la terre la changerait à jamais.

Et c'est aussi pour ça qu'elle s'en vient aujourd'hui à Lelanaserine. Sa venue est prédictible, bien que toujours incertaine, mais les célébrations de l'automne sont imminentes et elle s'en vient voir son amie de toujours, Cérès. Sa présence est comme un baume, le cataplasme apaisant qui endort la colère tapie en elle. Elle ne l'a pas prévenue, elle ne la prévient presque jamais, et elle se dirige vers le temple de Terraris, lieu de lumière en ces temps troublés, dans lequel elle sait que ne résonne plus qu'une foi sans réponse mais qui la réchauffe néanmoins. Elle s'y sent bien, c'est tout. Marchant dans la rue, les regards se tournent vers elle, la dévisagent. Son allure est atypique, sauvage, mais ce qui marque le plus ce sont ces cornes et ces oreilles d'animal. La couleur d'une peau qui tire vers l'écorce et une chevelure rousse s'étant assombrie avec l'automne, emmêlée de feuilles et de brindilles. Outre un sac de voyage, elle porte un arc dans le dos et une lance à la main. D'aucun peuvent la prendre pour un démon, d'autre pour une créature étrange et barbare. Certains l'auront peut-être reconnue et compris qu'il s'agit de l'être à qui les hommes de Nueva ont donné de nombreux noms. Toujours est-il qu'elle attire l'attention, mais elle marche prestement jusqu'à sa destination. Habituellement elle préfère garder l'allure de dryade qui est la sienne, ce qui est plus sûr, mais en ces temps de troubles elle n'a pas envie de se cacher. Elle veut afficher fièrement ce qu'elle est, que tous puissent contempler ces vestiges qui se meurent et qui un jour auront définitivement disparus dans ce qu'elle estime, malheureusement, une vie ou deux.

Parvenue aux pieds du temple, elle s'arrête un instant pour le contempler. Il est toujours là, de pierre et de bois, dans une modestie toute majestueuse et pleine de vie. Les ronces qui grimpent le long de la façade lui laissent un frisson le long de son échine. Elle reconnaît cette vitalité, le murmure chatoyant de Cérès qu'elle salue en silence. Elle a peur qu'un jour elle ne revienne et que tout ceci ait disparu.

Elle grimpe les quelques marches qui mènent à l'entrée, dont les portes sont ouvertes pour accueillir les croyants, et ralentit quelque peu l'allure au moment de passer le seuil. Un sentiment de solennité qui l'assaille, une chose qu'il lui semble avoir fait des milliers de fois, et les lieux résonnent en elle, son agitation s'éparpillant contre l'impression de sérénité que dégagent l'endroit. En silence elle admire les fresques et les statues, ignorant les autres personnes présentes venues par curiosité ou par habitude. Elle prend un peu de temps, quelques instants, quelques minutes, pour sentir tout le poids d'un âge indéterminé sur ses épaules. Elle a officié plusieurs fois en tant que prêtresse, dans d'autres vies, régulièrement. Elle le sait, intimement à l'intérieur, et aussi parce qu'elle l'a vu en flash dans les visions de Lúthien. Et ces lieux, toujours, imposent à son âme comme une quiétude pleine de douceur.

Elle avance ainsi jusqu'à parvenir devant l'autel, restant toutefois un peu en retrait. Une certaine nostalgie l'étreint tandis qu'elle se demande, sincèrement, si les dieux reviendront un jour, avec l'espoir de ceux qui croient, mais qui pourtant n'est pas sans être teinté d'un peu d'amer. Elle se défait de ses pensées, au bout d'un temps, et se met en quête de la silhouette familière de Cérès, avec l'espoir impatient de la trouver ici, craignant qu'elle ne soit à l'université ou n'importe quel autre endroit de politique qui n'aurait fait que retarder ces retrouvailles auxquelles elle n'a cessé de penser depuis plusieurs semaines maintenant. »





Syrinx & Cérès



" Oh Terraris, je chante ton nom.  "


L'automne touche à sa fin et les préparatifs de l'Adieu ont déjà commencé, bientôt Terraris laissera sa place au terrible Obscural et à son voile obscur, concluant avec lui la fin des fêtes et des hommages jusqu'à la renaissance du printemps. Une période sombre dans le coeur de ceux pour qui vibre encore l'ancienne religion. L'Adieu était certainement l'une des célébrations les plus importantes de l'année, envahissant la capitale et les campagnes environnantes pour ceux croyant encore, pour ceux gardant la foi. Elle peut le sentir jusque dans ses tripes, elle lutte, lutte de toutes ses forces mais maintenir le culte de Terraris n'est pas chose aisé, même ici en ces contrées de forêts et de nature préservée les seraphs s’infiltrent leur foi terrible corrompant les êtres, usurpateurs avides de pouvoir. Dans le silence du temple improvisé quelques croyants rendent hommage au dieu de la terre en déposant pain et miel, prient pour un hiver clément et que leurs cultures survivent à un nouvel hiver. Quelques curieux également, admirant les statues et fresques de scènes de chasse ou de vie, de naissance et de mort, un personnage cornu revenant sur plusieurs d'entre elles.

La porte de bois de l'arrière salle s'ouvre pour laisser apparaître la silhouette svelte et sauvage de la propriétaire des lieux qu'elle a entièrement dédié à son dieu tutélaire, dans ses bras une caisse de bois contenant encens, bougies, plantes séchées et ce qui ressemble étrangement à des masques de créatures créatures variées, animaux, mais aussi démons et vampires, progéniture maudite du sixième s’apprêtant à prendre la place dans le calendrier. Vêtue de ses vêtements typique de prêtresse, une longue robe blanche laissant ses bras nues où trônent bracelets d'argent et de bois, sa longue chevelure écarlate paré d'une couronne de ronces chutant en cascade jusqu'à ses reins. Dryade dans toute sa simplicité et sa splendeur.
Elle se fige dans son mouvement alors que la silhouette familière se dessine devant elle prêt de l'autel, sous le choc de l'émotion la caisse manque de chuter alors qu'elle se contient de ne pas tout lâcher pour courir retrouver son amie de toujours. Un immense sourire qui vient trôner sur ses lèvres couleur de mousse alors qu'elle dépose son fardeau au sol prêt de l'autel pour se diriger d'un pas rapide avec sa chère amie et la prendre dans ses bras avec l'affection d'une soeur.

" Syrinx ! Ta venue me comble de joie. "

Elle reste ainsi un moment malgré le regard surpris des quelques âmes présentes dans la salle avant de finalement la libérer de son étreinte, son regard d'azur presque transparent se plongeant dans celui de son interlocutrice, une pointe de chaleur dans sa voix gracieuse d'habitude si froide.

" Es-tu venue participer aux préparatifs de l'Adieu ? "

 

©️ Bebebe ♠️


code couleur : silver


Syrinx de Fensalir
NAISSANCE : 313
MORT : 389
ÂGE  : 76 ans
RACE : dryade
ARBRE TOTEM : If


Automne 373

« Elle est là, éthérée et délicate, altière et rayonnante, le sourire dans la voix. Le cœur de Syrinx fait un bond dans sa poitrine, un léger picotement frémissant sur sa nuque, ses yeux accrochant le regard de son amie avec l'éclat d'un quelque chose de naissant et chaleureux. Un sourire timide fleurit sur ses lèvres de Syrinx tandis qu'elle laisse Cérès venir à elle, ouvrant les bras dans un geste de retrouvailles. Un contact physique qui lui fait du bien tandis qu'elle a l'impression qu'une parcelle du poids dont elle semblait accablée vient de disparaître soudainement. Un contact physique qui l'apaise et la rassure un peu. Parfois, elle redoute le jour où Cérès viendra à disparaître. Que laissera-t-elle derrière elle ? Assurément un bel héritage dans ce qu'elle a exhumé des anciens temps pour le faire revivre. Mais qui, alors, prendra la relève ? Dans ses rêves les plus fous, Syrinx voit la frontière vierge de tous troubles et son temps occupé ici, aux côtés de son amie, l'aidant dans sa tâche et veillant silencieusement. Mais il n'en est rien et l'ampleur de la tâche lui semble parfois titanesque et infranchissable, ne pouvant que retarder l'inexorable et ce moment fatidique.

_ Cérès ! »

Troublante sincérité entre filles de Terraris, entre sœurs, entre complices. Entre dernière représentantes de leur peuple et amies de longue date. Et, lentement, Syrinx s'inspire de cette chaleur pour réaligner ce trouble dans son âme, impulser un quelque chose de positif. Lentement, les cornes se rétractent, la chevelure se fait un peu plus vive et les oreilles redeviennent humaine. Le parfum envoûtant de quelques fleurs d'if dans sa chevelure venant s'élever subtilement dans l'atmosphère. Elle reste plongée dans le regard de Cérès, profitant de ces quelques trop rares moment pour se souvenir de la couleur de ses yeux, avant de finalement lui répondre.

_ Oui ! Je suis heureuse d'être arrivée à temps. Pour rien au monde je n'aurais voulu manquer ça quand j'ai su que tu préparais l'Adieu. »

Montrant son sac, le tapotant de la main, elle sourit avec un peu plus d'assurance devant la prêtresse.

_ Je t'ai amenée des plantes et des mousses, des racines, et quelques sucs. Et aussi... »

Elle baisse un peu la voix, pour se faire plus discrète, coup d’œil rapide à droite et à gauche.

_ ...Des pétales d'hellebores pourpres. »

Composant excessivement difficile à trouver, elles ne poussaient plus que dans certaines régions précises, un peu plus sauvages et dangereuses. Leurs propriétés particulières les rendaient précieuses si on savait les traiter, mais aussi potentiellement dangereuses pour qui auraient eut de mauvaises intentions.

_ Est-ce que tu vas bien ? Il me semble que c'était il y a si longtemps la dernière fois que l'on s'est vue... Hélas, je n'ai pu venir plus tôt. Tu m'as manquée. »

Le spectre de la guerre, en permanence. Cet affrontement silencieux et coupé du monde, où des elfes et des dryades acharnés luttaient contre les incursions éclairs mais destructrices du terrible empire d'Ellgard. Chaque dryade comptait plus que tout et sa présence n'était pas un luxe sur les marais du nord est qui faisaient la frontière. Même en sauver une seule grâce à son sang fertile était une victoire contre ces machines de métal et de mort.

Et là, le constat terrible et saisissant : Cérès lui avait terriblement manquée, et elle avait dans le cœur la douleur mélancolique de leurs trop rares entrevues. »





Syrinx & Cérès



" Oh Terraris, je chante ton nom.  "




Un véritable réconfort alors que l'étreinte se prolonge et que dans la chaleur de cette dernière elle assiste lentement à la disparition des bois de son amie, un signe qui ne trompait pas sur son état et son inquiétude, une inquiétude qui aujourd'hui pouvait disparaître, le temps d'une journée en l'honneur de leur père, de la vie, des ancêtres et du printemps qui ressuscitera après l'hiver. La question lui brûle les lèvres sur la situation au nord face à la monstrueuse Ellgard, mais elle la tait, ce n'était ni le lieu, ni le moment de la poser, aujourd'hui l'Adieu allait se relever de ses cendres et entraîner avec lui un tourbillon de vie et d'espoir avant le mois du ténébreux.

" Je suis tellement excitée, depuis le début de semaine nous travaillons sur le bûché et de nombreuses âmes se rendent au temple, c'est comme si la renaissance de l'Adieu donnait un nouveau souffle à la vie et à la ville, comme si il donnait un nouvel espoir s’infiltrant même chez les plus sceptiques. "

Un sourire trahissant sa fierté et sa joie, jurant avec sa froideur habituelle alors qu'elle ramasse la caisse au moment ou son amie lui montre ses diverses trouvailles.

" Tu as toujours été la meilleure pour trouver les plantes rares et difficiles d'accès. Une véritable aventurière de l'herboristerie. "

Un sourire alors qu'elle lui montre le contenue de la caisse.

" Cela sera parfait pour l'autel et décorer les masques. "

Une question qui fait virevolter l'âme alors qu'elle adresse en guise de réponse un sourire rassurant, au fond d'elle elle sait que l'image de son abdomen perforé resterait à jamais marqué dans l'esprit de son ami, une journée sombre durant laquelle elle avait sentit le baisé funeste de la mort sur sa chaire, une mort qui avait fauché plusieurs des leurs. C'était à elle qu'elle devait aujourd'hui de vivre et de s'être mêlé au monde pour changer les choses et ne plus vivre en recluse, spectatrice impuissante d'un monde en mouvement.

" Je vais bien. Le conseil est calme en ce moment et j'ai pu me consacrer davantage au temple et aux préparatifs. Tu m'as manqué aussi, je pense souvent à toi... Mais tu sembles aller bien malgré la situation et cela suffit à me redonner espoir en l'avenir. "

Un sourire alors que la dryade franchit l'estrade d'un mouvement souple, sa voix s'élevant en vers l'assemblée, claire, limpide et gracieuse.

" Chers frères et soeurs. Aujourd'hui nous célébrons l'Adieu et il semble que Terraris nous envoie un signe d'espoir. J'ai l'immense honneur de vous présenter Syrinx, une amie chère. Elle comme tant d'autres elfes et dryades lutte au nord contre les intrusions monstrueuses de l'empire et de ses machines de mort, mais aujourd'hui elle nous fait l'honneur de sa venue afin de célébrer dignement l'Adieu et le dernier jour du calendrier dévolu aux anciens et au bienveillant Terraris.
Je vous demanderai de l'accueillir comme une sœur et ensemble finalisons les préparatifs. Elle a ramené diverses plantes précieuses, alors faisons honneur à la fin du cycle en les utilisant afin de faire de ce temple l'image du Dieu."


Lentement elle descend avant de poser la caisse pour que chacun puisse s'y servir et s'atteler à la floraison des lieux.
 

©️ Bebebe ♠️


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Syrinx de Fensalir
NAISSANCE : 313
MORT : 389
ÂGE  : 76 ans
RACE : dryade
ARBRE TOTEM : If


Automne 373

« Cérès semblait rayonner et elle était comme le reflet de la lumière sur une pièce d'or. Voilà un bon nombre d'années maintenant qu'elle avait décidé de prendre à bras le corps ce problème à la racine : par le savoir, la politique et l'accomplissement de ce temple. Une voie tout à fait différente de celle de Syrinx, mue par un instinct presque viscéral, obéissant à des flux et à des lois qui parfois la dépassaient. Si elle ouvrait ses sens, elle pouvait entendre le bruissement de la sève palpiter dans les veines des ronces, leurs racines fouiller lentement la terre à la recherche des minéraux et de l'humus, et leur feuilles s'épanouir comme un crépitement sous la lumière du jour. Elle pouvait sentir leur poigne s'agripper et pulser lentement, frémissant presque à son passage, percevant leur volonté. Elle devinait, au-delà, bien plus profondément encore en elle-même, le contour de silhouettes informes et sauvages qui lui étaient intrinsèquement familières, un océan qui risquait de la noyer si elle s'en approchait trop rapidement, mais qui paradoxalement l'attirait à lui chaque jour un peu plus. C'était comme parcourir chaque seconde de l'éternité en direction d'un terme interminable mais inéluctable.

Alors quand Syrinx avait appris que Cérès organisait l'Adieu, cette nouvelle avait trouvé en elle un écho particulier. Le besoin impérieux de venir y participer, comme une certitude ou un vieux savoir retrouvé. Faible au départ, c'en était presque devenue une obsession. Elle n'aurait su dire exactement pourquoi mais elle savait qu'il s'agissait là d'une de ces choses qui gisaient en elle, presque mortes, jusqu'à ce que de nouveau elles ne s'éveillent. Elle avait vu toute sa vie, du passé au futur, de sa naissance à sa mort, et bien au-delà encore. En quelques instants terribles, Syrinx avait subi la résurgence des mémoires d'un millier de vies passées et les innombrables probabilités d'un millier de vies à venir. Ça n'avait duré qu'un instant, lorsque Lúthien avait exhumé le fil de sa vie grâce à sa magie, mais qui avait été terrible et douloureux. Depuis, elle savait qu'elle recelait en elle des choses qu'elle ne saisissait pas toujours, des choses qui n'étaient pas vraiment elle et qu'elle avait dû apprendre à repousser pour ne pas les laisser dissoudre son identité dans cet amas informe et sans nom de sauvagerie et de mémoires. Depuis, elle redoutait le futur et tentait de rester elle-même.

Pourtant, chaque année qui passait à affronter l'ennemi la changeait un peu plus chaque fois.

Alors tandis que Cérès la présente aux fidèles ici présents, elle se tourne vers eux pour mieux se laisser apercevoir. Un peu prise au dépourvu, elle conserve néanmoins une expression neutre, le cœur pleine de la gravité des propos tenus. Elle s'inquiète pour ce qu'elle a laissé derrière elle, mais elle aurait aussi voulu que plusieurs de ses amies l'accompagnent ici. Elle s'incline légèrement vers l'assemblée pour les saluer discrètement avec un début de sourire qui se veut avenant.

Laissant son amie déposer son fardeau, Syrinx patiente quelques instants le temps que l'effervescence des préparatifs n'absorbe de nouveau les gens dans leurs tâches avant de continuer à s'adresser à elle d'un ton un peu plus bas.

_ Je suis contente de ne pas être arrivée trop tard. J'aurais eu l'impression de... Rater un élément important. Avec l'hiver qui s'en vient, la situation devrait se calmer au nord, j'espère que nous aurons un répit plus long que l'année dernière. Oh, j'ai quelques bonnes nouvelles quand même. Depuis ma dernière visite, j'ai compté quatre nouvelles naissances de dryades dans les communautés les plus proches de la frontière. »

Une certaine appréhension reste en suspens, comme si le fait d'en parler allait briser quelque chose, mais elle ne voulait pas gâcher les moments de liesse. Regardant faire les différentes personnes dans le temple, elle apprécia un instant ce qu'elle voyait.

_ C'est plaisant de voir le cœur à l'ouvrage qu'ils mettent tous. J'espère que la cérémonie aura du succès. J'ai l'impression que ça fait une éternité que je n'y ai plus participé. »

Impression fugace et éphémère, comme un aimant attire le fer. Syrinx avait du mal à se détendre, sachant pourtant qu'elle était ici en sécurité et que les affres de la guerre ne pouvaient pas la toucher.

Revenant au présent, elle adresse sa requête d'un ton faussement naturel. Quelqu'un ne la connaissant pas n'y verrait rien d'autre mais Cérès sentirait bien le prétexte derrière.

_ Est-ce que tu saurais où je pourrais mettre... Ces affaires s'il te plaît ? »

Désignant son arc, son sac et la lance qu'elle avait dans le dos, elle connaissait les lieux mais elle voulait surtout pouvoir s'entretenir avec Cérès seule à seule un moment. »





Syrinx & Cérès



" Oh Terraris, je chante ton nom.  "




Une annonce qui fait son effet, une annonce qui ne suffit pourtant pas à chasser ses ombres comme accrochées au visage de son amie. SI officiellement Nueva et Ellgard n'étaient pas en guerre, le conflit était là, existant bel et bien alors qu'ils testaient leurs engins de mots dans la beauté de leurs forêts et abattaient chaque jour un peu plus d'arbres de leur côté de la frontière. Une situation qu'elle ne supportait pas, ne supportait plus alors que la peur et la colère s'étaient mues en une haine viscérale en vers l'empire et tout ce qu'il incarnait. Une culpabilité également, celle d'être ici, alors que Syrnx se battait, comme plusieurs des leurs pour faire stopper les agissements des monstres de fer. Malheureusement, si Ellgard n'avait jamais réussit à franchir les frontières par le passé, Nueva n'avait pas de moyens de pressions sur son voisin et ne pouvait faire grande chose à part combattre en secret dans l'ombre des forêts. Mais la dryade pouvait le jurer, un jour l'empire paierait, Nueva aurait sa revanche pour toutes ses atrocités, un jour prochain il paierait, Nueva la paisible et la pacifiste broierait ce monstre à milles têtes et elle serait l'une des responsables directe de leur anéantissement.

Les paroles de Syrinx la tire de ses pensées violentes alors que sa phrase lui tire un regard interrogatif. Longtemps qu'elle n'avait pas fêter l'Adieu ? La fête était morte depuis de longues années même si quelques usages avaient persisté, peut-être s'était-elle mal exprimé, c'était certainement cela. Puis la demande, une demande voilée de solitude alors qu'elle lui répond avec la gravité du regard et une voix neutre et naturelle.

" Évidemment, suis-moi nous allons déposer tout cela à l'étage. "

Déposant la caisse, elle se met en mouvement vers la porte de bois au fond du temple, Syrinx sur les talons avant de monter à l'étage du temple où elle résidait et se retrouver un peu seule à seule, Syrinx en avait vraisemblablement besoin. Franchissant les dernières marches, elle se dirige vers une table de bois, simple et vétuste faisant signe à son amie de s'y assoir alors qu'elle se dirige dans une autre pièce afin de mètre de l'eau clair à chauffer dans une sorte de théière métallique, du thé, voilà ce dont elles avaient besoin. Préparant un mélange d'herbes et plantes qu'elle sort des différents bocaux de verre elle revient avec son fardeau sur un plateau métallique ou gobelets simples de terre cuite se trouvent. S'installant et servant la mixture fumante dans les godets elle finit enfin par parler en plongeant ses yeux céruléens dans les siens.

" Je t'écoute."

 

©️ Bebebe ♠️


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Syrinx de Fensalir
NAISSANCE : 313
MORT : 389
ÂGE  : 76 ans
RACE : dryade
ARBRE TOTEM : If


Automne 373

« Les deux dryades se mettent en mouvement tandis qu'elles quittent les préparatifs de la fête pour s'éclipser quelques minutes. L'impression d'un quelque chose de tendu tandis que Syrinx suit son amie en grimpant les marches. Un silence et un calme bienvenu qui pourtant ne font que souligner plus avant le moment fatidique de prise de parole. Une senteur agréable qui monte tandis que le parfum des herbes et de la décoction se répand peu à peu, mixture apaisante qui lui avait manquée. Elle attend que son amie lui revienne en se préparant à ce moment fatidique où elle allait devoir lui dire la vérité, s'asseyant su un petit fauteuil. Une vérité qu'elle avait habilement évitée jusque présent mais qui justifiait de sa longue absence. Une vérité terrible qu'elle n'avait osé proférer dans la salle principale du temple. Ici, c'était comme si elles étaient à l'abri des oreilles indiscrètes. Dans un cocon un peu plus intime, dans le sein des ronces et des racines qui les protégeaient de leurs entrelacs bienveillants.

_ Merci Cérès. »

Syrinx se saisit de la tasse de terre cuite, y réchauffant ses mains avant de souffler un peu dessus machinalement. L'eau est brûlante mais elle en sirote une gorgée toute petite pour sentir la chaleur lui mordre la langue et le goût des herbes et de l'infusion. Elle reste ainsi pendant quelques secondes avant de relever les yeux vers la dryade assise à côté d'elle.

_ Je ne sais pas très bien comment dire ça... »

Malgré son apparent calme, une lueur d'inquiétude passe dans le regarde de la chasseuse tandis qu'elle tente de dessiner le contour d'un quelque chose de beaucoup trop gros pour sortir facilement. Si elle avait refoulé cette angoisse jusque présent, elle était arrivée au terme de son voyage à présent et il était temps de mettre des mots sur un quelque chose qu'elle pensait pouvoir nier tant qu'elle ne lui donnait pas une réalité en la formulant. Une sensation terrible qui étreint le cœur comme le constat régulier de voir le nombre des leurs diminuer lentement mais inexorablement chaque décennie.

_ Il y a plusieurs mois, une idée a commencé a m'apparaître. C'était une idée stupide et dangereuse mais plus le temps passait et plus elle m'obsédait. Comme... Je ne sais pas. Comme un doute qui grandit à l'intérieur de toi et qui ne peut pas partir tant que tu ne l'as pas éradiqué. C'est... »

Elle redoutait un peu la réaction de Cérès car elle avait fait ça toute seule sans réellement prévenir ses comparses. Ç'avait été complètement inconscient et elle l'avait caché comme un mauvais secret.

_ Il y avait quelque chose au-delà de la frontière. Une sorte de, hé bien, une sorte de mouvement. Je ne sais pas comment décrire ça autrement. J'avais envie d'aller là-bas, c'était plus fort que moi. D'aller vers les forêts du nord, vers ces contrées glacées qui sont à l'extrême limite. Celle que les plus vieilles d'entre nous appellent la forêt des anciens dieux. »

Une sensation terrible alors qu'elle se souvient de ce moment très précis où elle avait mis les voiles, où elle avait quitté le couvert sécurisé des arbres pour se sentir mise à nue sur la plaine.

_ J'ai cédé Cérès. Une nuit j'ai pris mes affaires et j'ai tout quitté sans prévenir personne. J'y suis allée, en évitant les villages, en passant par les chemins sauvages. J'ai marché sur le territoire de notre ennemi. Et plus j'avançais, plus cette sensation devenait forte, presque douloureuse. Il y avait une angoisse de quelque chose que je n'arrivais pas à comprendre. Comme un cri silencieux et... »

Elle s'arrête, l'espace d'un instant. Elle a l'impression de passer pour une folle qui raconte des choses qui semblent dénuée d'intérêt à la plupart des gens. Les arbres meurent, qui s'en soucie ? Ses yeux écarquillés fixent le regard de son amie tandis qu'elle pose les mots sur cette terrible réalité.

_ Il n'y avait plus rien Cérès, nulle part. Ils ont... tout tué. La forêt des anciens dieux est presque morte. »

Une vérité qu'il lui coûte véritablement d'exprimer tandis qu'elle a vu de ses propres yeux ces endroits déserts où, autrefois, - elle le savait avec une sorte de certitude absolue - il n'y avait rien d'autre que la verdure à perte de vue. Un traumatisme qui semble avoir tué quelque chose en elle à ce moment où elle réalisa que c'était encore pire que ce qu'ils pensaient. Que ces contrées lointaines étaient devenues mortes et presque stériles à force de tuer la nature pour leurs machines de mort. Un choc alors que devant ses yeux défilent des souvenirs étrangers faisant écho à un âge d'or qui n'existe aujourd'hui plus. Une constatation qui l'avait poignardée dans le cœur et failli la tuer. Qui aujourd'hui encore semblait sur le point de lui faire abandonner, alors que c'est un regard fatigué et terne qu'elle adresse à son amie, comme si l'éloignement de Nueva l'avait empoisonnée et laissée pleine de faiblesse.

_ J'ai cru que j'allais mourir. » »





Syrinx & Cérès



" Oh Terraris, je chante ton nom.  "




Son visage est grave, elle peut sentir son trouble alors que la fumée de la décoction se répand dans l'air, vapeur trouble. Patiemment, elle écoute avec un intérêt inquiet, elle connaissait son ami et ce comportement incertain ne lui ressemblait pas et c'est avec une angoisse certaine qu'elle attendait avec angoisse la nouvelle de la mort d'une des leurs. Encore... Mais il n'en était rien alors que c'est une tout autre chose qu'elle lui raconte. Une chose tout aussi grave, mais aussi profondément personnelle alors que la vérité éclate. Elle avait passé la frontière, avait rendu visite à l'ennemi. Elle se lève, mouvement violent alors que la gifle part d'un coup sec pour déchirer l'air de son claquement. La voix tonnant, glaciale et sans appel.

" As-tu perdu l'esprit ? Es-tu complétement inconsciente ? "

Un instant de flottement alors la tourmente de la peur diminue, elle était là et surtout en vie. Lentement elle se rassoie, prenant la mesure tout ce qui venait d'être dis. Un silence avant de finalement lâché, le regard sans jugement, sans rien, une soif d'apprendre et de savoir, une volonté de comprendre pour combattre.

"On dit qu'au nord, loin, se trouve la forêt des anciens dieux... Ces monstres ne respectent rien. Ils détruisent et annihile. Tout."

Son regard se fige dans le siens, un voile obscure le parant, celui de la peur et de la haine.

"Et maintenant ils s'en prennent aux nôtres... Raconte-moi. Tout."

 

©️ Bebebe ♠️


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Syrinx de Fensalir
NAISSANCE : 313
MORT : 389
ÂGE  : 76 ans
RACE : dryade
ARBRE TOTEM : If


Automne 373« La claque part comme une balle, mouvement de violence qui surgit sans crier gare et, pourtant, elle aurait pu s'y attendre. Le choc, tant physique que psychologique, et la marque qui s'imprègne aussi bien sur l'esprit que sur la joue. Le souffle coupé alors qu'elle se fige, tout son corps tendu par la sentence lancée par son amie Cérès. Mais c'était un aveu qu'elle s'était jurée de faire. Une vérité qu'elle avait eu besoin d'exprimer à cause de ce sentiment alien et impérieux, qui avait fait résonner en elle cette pulsion de folie, la poussant à franchir la frontière contre toute raison.

Elle porte sa main à sa joue, évitant le regard de sa comparse tandis qu'elle sent la chaleur irradier sous sa paume. Une inquiétude dans le cœur, celle de voir la rancune teinter les yeux de Cérès pour lui reprocher ce qu'elle n'aurait jamais pu lui pardonner : mourir dans cette terre impie et ravagée qu'était le grand empire du nord dans le plus silencieux des anonymats. Cérès n'était pas la dernière dès qu'il s'agissait de montrer les dents avec hargne pour dévorer les soldats impériaux et leur mettre des claques, comme elle venait de le faire à l'instant.

_ Je... Je suis désolée... »

Elle voulait qu'elle lui raconte, tout, mais qu'y avait-il à raconter dans ce qu'elle avait fait ? Qu'y avait-il à justifier dans toute cette folie ? Absolument rien. Il n'y avait ni cohérence ni linéarité dans ces derniers mois. Une errance en apparence complètement aléatoire mais qui, pourtant, avait suivi une obscure ligne directrice.

Plusieurs secondes d'hésitation qui passent dans le silence le plus complet. Un doute terrible tandis qu'elle s'efforce de se souvenir de l'horreur d'une lande dévastée par la mort et la technomagie.

_ Il n'y a rien à dire Cérès. Cette forêt n'existe presque plus. Ses seuls vestiges subsistent uniquement car elles sont dans la montagne, encaissés là où même la magie du métal d'Ellgard ne daigne pas aller. »

Un lieu ancestral et irréel, où l'ivresse d'une terre sans âge côtoyait les mystères voilés de reliques perdues.

_ C'est devenu un cimetière. Des vallées d'épaves antiques, de temples écroulés et de ruines qui peu à peu s'effacent avec le temps. Une décharge de l'oubli des hommes. »

Elle relève les yeux pour planter les siens dans le regard de Cérès, ces yeux qu'elle pensait ne jamais revoir et qui étaient un des souvenirs qu'elle chérissait le plus quand venait le temps des combats. Une des raisons de ne pas céder à la fureur grondante portée par une terre indignée. Une des raisons de conserver sa lucidité pour revenir parmi la raison.

_ J'ai trouvé un tombeau, Cérès. Un mausolée plein des figures de Terraris. Il en émanait une étrange aura, presque imperceptible. Un genre de... De chaleur. C'était à la fois inquiétant et rassurant. Comme d'être dans les bras de sa mère mais, en même temps, comme lorsqu'on s'endort dans la neige. Une sensation d'engourdissement dont tu sais ne pas pouvoir te réveiller si tu t'endors. C'était beau... Mais c'était triste. »

Elle avait du mal à en parler, comme si cet engourdissement revenait à mesure qu'elle en parlait. Une sorte de torpeur mystérieuse qui la poussait à se laisser aller à un sommeil qui la porterait vers d'autres âges. Des souvenirs flous qu'il lui semblait avoir hallucinés. Un sentiment de tristesse indéfinissable qui s'emparait peu à peu d'elle.

Sortant un paquet de son sac, c'était une toile en peau qui était enroulée autour de quelque chose. Elle le déballa, pour dévoiler l'aspect étrange d'une sorte de cor sculptée dans la corne d'un animal indéfinissable aux reflets obscurs. Des bas relief finement taillés avec des décorations incrustées d'ivoire et d'or, dépeignant des scènes d'une chasse violente et sauvage, pleine d'ivresse. Une partie était en cristal, d'une couleur marron foncée avec un éclat luisant.

_ J'ai trouvé ça dedans. Je ne sais pas ce que c'est et je ne veux pas le savoir. Il s'en dégage un... Un quelque chose de profondément dangereux. Comme un avertissement. J'ai peur de le garder, Cérès. J'ai... J'ai l'impression que ça m'influence presque sans que je m'en rende compte... »

Un regard, plein d'une inquiétude complètement irrationnelle. Un sous-entendu terrible comme pour lui demander de lui en débarrasser. Syrinx aurait dû être contente d'avoir trouvé un trésor, mais un pressentiment annonciateur d'une catastrophe l'emplissait d'une façon sourde et inconsciente, comme un rôdeur là aux abords de la conscience. Une tentation trop grande pour être ignorée, mais qui était une limite dont on ne revenait pas une fois franchie. »





Syrinx & Cérès



" Oh Terraris, je chante ton nom.  "


L'heure tourne alors que l'entrevue prend une tournure des plus inattendues. Un long temps alors que la sage réalise à quel point les propos de son amie sont graves, Ellgard était un véritable monstre, dans le fond elle s'en doutait, plusieurs dryades de sa connaissance avaient fuit le pays des glaces pour trouver refuge, mais ne pensait pas que leur haine de la nature pouvait être si profonde, une volonté de destruction presque total de tout ce qui jadis les avaient reliés aux cinq et au divin.
Des impies avides de malheurs.

Néanmoins un élément interpelles grandement son intention, celui d'un lieu en particulier, une forêt reculé qui semble avoir mis son amie de toujours dans tout ses états. Une information qui se grave au fond de sa mémoire alors que l'étrange objet se dessine devant elle, une corne d'or imprégné d'un cristal, un objet ancien et puissant à n'en pas douté, un objet du temps des dieux alors qu'il rappelle plusieurs reliques gardées au sein de l'Université. Un tombeau ? Dans une forêt loin au nord ? Les informations s'accumulent, une idée qui germe, alors que lentement elle se lève sans mot dire pour saisir un livre de l'étagère prêt de la porte. Un livre qu'elle ouvre sur la table, cherchant avidement la page. Un moment d'attente, un certain choc, mais aussi une grande déception devant le peu d'informations.

" Le forêt des anciens... "

Son regard plongeant dans celui de son ami.

" On dit que cette forêt dont tu parles est un vestige du temps des anciens, un véritable tombeau de l'ancienne religion, empreint de mystère et de magie, malheureusement la présence d'Ellgard et la difficulté de s'y rendre rend les informations la concernant floues et peu fiables. Mais on la dépeint comme une forêt de légende, gardienne des anciens rites et de l'ancienne magie, un lieu véritablement sacré tombé dans l'oubli."

Son regard se fige dans celui de Syrinx, elle peut le voir, cette peur face à cet objet qu'elle lui présente. Refermant le livre sur lui-même, elle saisit l'objet avec calme, l'éloignant doucement de la dryade effrayée, elle n'avait pas besoin d'en dire plus.

"Je le garderai pour toi. Fais-moi confiance pour le caché où nul ne pourra jamais le trouver. "

Un regard entendu, alors que saisissant l'objet pulsant de magie elle se dirige vers une autre pièce, hors du regard de la dryade, enfermant l'objet dans un coffret de bois qu'elle dépose sous l'étagère. Les festivités allaient commencer et elle devrait le cacher seule, dans la plus parfaite anonymat que la nuit lui offrirait. Revenant dans la pièce, elle sourit doucement, un sourire se voulant rassurant pour son amie malgré la gravité de la situation, elle savait comment mettre ce terrible fardeau en suspend, pour cette nuit tout du moins.

"Allons-y, les festivités vont bientôt commencer. "

 

©️ Bebebe ♠️


code couleur : silver


Syrinx de Fensalir
NAISSANCE : 313
MORT : 389
ÂGE  : 76 ans
RACE : dryade
ARBRE TOTEM : If


Automne 373

« Une réaction que Syrinx avait un peu de mal à interpréter, une fébrilité teintée de frustration devant le peu d'informations qu'elles pouvaient avoir, chacun à leur manière. Un regret peut-être pour Syrinx, celui de ne pas avoir poussé plus avant les investigations. De ne pas avoir cherché à explorer ces lieux dans lesquels elles ne retourneraient probablement jamais, à cause de la distance et du danger mortel que représentait l'implacable empire du nord. Un soulagement certain, également, tandis, que Cérès lui prend l'objet des mains et qu'elle la laisse faire. Elle l'avait mise devant le fait accompli sans plus de cérémonie ni d'explications que ça, mais cet objet avait été, inexplicablement, un fardeau à transporter. De bien des manières. Comme la colère sourde qui pulse aux tempes, la tentation insidieuse de gâcher quelque chose de précieux et de se laisser aller à une ivresse violente qui subjugue la lucidité. Une façon certaine de raser les obstacles sur sa route, mais qui n'allait pas sans un certain prix à payer.

Un instant, une pulsion en elle semble vouloir résister et conserver la chose, comme mue par un désir irrationnel.

Mais peu à peu le calme revient sur l'horizon de son esprit et la dryade se laisse aller à se détendre un peu plus. Voilà son fardeau avoué, elle se sentait mieux.

_ Oui... Allons-y. »

Un sourire sur le visage de Cérès. Un sourire rayonnant et qui réchauffe son cœur de cette façon si particulière qu'elle avait de laisser transparaître la lumière au travers de cette allure parfois froide et mystérieuse qui se dégageait d'elle. Une allure dont Syrinx avait chéri le souvenir durant ces longs mois passés sur la frontière et, surtout, lors de son exil insensé jusque dans les tréfonds de l'empire du nord. Une pensée, un lien, une certitude à laquelle elle s'était raccrochée coûte que coûte pour ne pas se laisser aller dans cette torpeur silencieuse qui avait menacé de la prendre.

Et pourtant elle se trouvait là devant elle, de nouveau, mais restait tout autant silencieuse. Malgré ce souhait secret qu'elle avait formulé là-bas, au cœur du mausolée, comme un mantra l'ayant poussée à survivre pour le réaliser. Un mantra qui à présent semblait si difficile à respecter, alors que pourtant il n'y avait que quelques paroles à prononcer.

Elle finit son thé et se lève alors, quittant les lieux avec son amie. Ce soir allait être un grand soir. Ce soir elle refuserait d'avoir des regrets avec lesquels partir si elle devait demain cesser de vivre. Un sourire malgré tout, adressé à sa comparse, pour la rejoindre dans les préparatifs de l'Adieu.

***********

Une fête déjà bien avancée tandis que les préparatifs s'étaient terminés avec une certaine ferveur, faisant oublier ces quelques tracas surnaturels l'espace d'une soirée. Les citoyens de Lelanaserine étaient réunis en nombre sur la place devant le temple, un véritable succès qu'il soit religieux, culturel, folklorique pour les uns ou simplement festif pour les autres. Des centaines de bougies brûlaient sur le parvis du temple et les marches menant à celui-ci. Le succès inattendu de la fête générant une certaine tension en attendant le bûcher, alors que déjà les convives partageaient un gigantesque banquet ouvert à tous, riant, chantant, dansant. De la musique et des rires jaillissaient ça et là, des éclats de conversation fusaient un peu partout et beaucoup admiraient les masques qui seraient portés lorsqu'il serait l'heure, pour simuler la bestialité et les ténèbres, afin de tromper le Sixième et de semer sa lucidité dans la confusion. Une véritable ode à Terraris tandis que même les ronces grimpantes du temple semblaient frémir et danser dans le clair obscur du reflet des flammes des bougies.

Une fête où de nombreuses dryades, chose rare et relative, étaient présentes, offrant une véritable curiosité de leur présence, allures exotiques et lien à la terre exacerbé dans cette fête qui renaissait de ses cendres pour le dieu. UN véritable hommage, plein du vin et du miel, du nectar et des fleurs coupées parsemant.

Parvenant jusqu'à Cérès, sa chevelure rayonnant dans les reflets des flammes, Syrinx lui mit une corne de vin parfumé entre les mains. Car c'était bien beau de veiller aux offrandes et aux rites, mais elle ne devait pas non plus oublier d'en profiter. Après tout, tout ceci était un peu en son honneur, également.

Une détermination presque guerrière luisait dans le reflet des yeux de Syrinx. En cette nuit qui était l'équinoxe d'automne, elle allait exorciser quelque chose qui lui tenait à cœur.

_ Cérès. »

Un ton sans appel, presque sévère, alors qu'elle finit néanmoins par sourire d'une façon bienveillante envers son amie.

_ C'est une véritable réussite. Je suis tellement contente pour toi et pour notre peuple de voir le succès de l'Adieu. C'est... Je ne sais pas, j'ai l'impression de me sentir revivre. As-tu goûté les gâteaux au miel ? Ils sont délicieux. »

Un instant de flottement. Oui, ils le sont, mais tout ceci n'a aucun intérêt. Un grand intérêt brille alors le regard de Syrinx, une certaine appréhension solennelle. Elle saisit délicatement la main de son amie, avec douceur, pour ne pas la brusquer. Elle s'adresse à elle d'une voix un peu plus basse, pour éviter de le crier sur tous les toits.

_ Cérès, je dois t'avouer quelque chose. »

Une phrase qu'elle semblait dire de bien trop nombreuses fois en ce jour.

_ Quand j'étais là-bas, quand j'ai eu cette sensation étrange de... De me trouver dans la mort et le sommeil. Je... J'ai failli tout laisser tomber. Lâcher prise et ne plus jamais revenir, m'enraciner peut-être à tout jamais dans un abandon éternel. »

Une préoccupation réelle tandis qu'elle craignait sa réaction.

_ Toutefois, il y avait quelque chose qui m'a empêché de partir. Quelque chose que j'aurais regretté toute ma vie si j'avais dû l'emporter avec moi sans l'exprimer. Quelque chose que je me suis jurée de ne pas laisser passer si je revenais... »

Un silence équivoque alors que pourtant tout était encore extrêmement flou. Elle détourne le regard un instant, presque en proie à la tourmente alors qu'elle lui avoue.

_ Cela fait bien trop longtemps que je dois t'avouer que je t'aime... » »





Syrinx & Cérès



" Oh Terraris, je chante ton nom.  "


La fête bat son plein et c'est un véritable sourire illuminé qui se dresse sur les lèvres de la dryade devant la réussite de cette journée et la foule attirée. Les bougies brûlent au rythme des danses et des bougies alors que minuit approche dangereusement. Un véritable ravissement alors que son coeur se serre, bientôt le dernier reprendrait ses droits, mais pas sans qu'un dernier hommage a la vie ne puisse être fait. Un sourire qu'elle adresse à son amie, une perle naissant au coin de son oeil.

" Oui, une véritable réussite, cela me redonne espoir en l'avenir. "

L'horloge tourne alors que les célébrations continuent dans les ombres des flammes. Un hommage au dieu oublié, à leur créateur et nourricier, un moment de véritable communion et partage entre les morts et les vivants. Une mine grave alors que Syrinx s'approche, que ses mots jaillissent tel une confession pour lui parler de son expédition inconsciente. Un aveu qui provoque une véritable confusion dans l'esprit de la sage alors que l'émotion la submerge, une réaction qui ne tarde pas alors qu'elle prend Syrinx dans ses bras, inconsciente de la réelle teneur de ce qui venait d'être dit. Un murmure enroué qu'elle lâche aux oreilles de celle qui jadis lui avait sauvé la vie.

" Moi aussi je t'aime. Tu es ma famille, ma soeur, le sang que l'ont choisie. Je ne supporterai pas si il t'arrivait malheur. "

Lentement elle se détaché, le visage embué et le regard emplie d'un amour bienveillant avant que le mouvement de la foule la tire de cet instant. Un sourire complice se glissant sur ses lèvres.

"Minuit va sonner. "

Dans la ville, les bougies placées sur les fenêtres s'éteignent une à une alors que devant le temple les âmes saisissent les masques créés pour l'occasion. Une profonde euphorie alors que lançant le mouvement, la prêtresse saisie un masque peint de bruns et d'or représentant une figure de cerf et qu'elle le place sur son visage après un regard entendu avec Syrinx. Le feu crépite alors que le brasier s'embrase et que les danses reprennent de plus bel. Invitant Syrinx à danser, une Syrinx au masque de loup terrifiant. Elle n'aurait jamais pu espérer une aussi belle fête de l'Adieu, pas sans elle.

"Merci d'être venu."

L'aube se lève et les âmes désertent une à une la place où le bûché fume de sa mort récente, les deux dryades pénétrant le temple pour une nuit de repos bien mérité, une nuit bien trop courte également alors qu'elle le savait, le lendemain Syrinx repartirait. Quand à elle, elle devrait se rendre dans la grande forêt, un lieu où elle n'était pas retourné depuis un moment.
Elle avait quelque chose à y cacher.
Elle tiendrait sa promesse.

 

©️ Bebebe ♠️


code couleur : silver