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Ärri, biquette hybridée [Ayé fini !]

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Ärri Grim
IDENTITÉ
RACE ▬ Hybride
AGE ▬ 21 ans
ORIENTATION SEXUELLE ▬ Hétérosexuelle
SITUATION PERSONNELLE ▬ Seule
NATIONALITÉ ▬ Ellgard
FACTION ▬ Résistance
MÉTIER ▬ Métallo


MAGIE ET COMPÉTENCES
PHYSIQUE
❯ agilité x x x x ○
❯ force x x x ○ ○
❯ endurance x x x x x
(TECHNO)MAGIE
❯ mana ○ ○ ○ ○ ○
❯ puissance ○ ○ ○ ○ ○
❯ contrôle ○ ○ ○ ○ ○
Autant le dire tout de suite, la Magie, c’est pas son fort. Mais, après tout, ce n’est pas ce qu’on attendait d’elle, son rôle, sa “raison d’être” - et cette expression ne prend-elle pas tout son sens lorsqu’on évoque un hybride, un être fabriqué, à l’ADN trafiqué, et cela dans un but bien précis?
Ärri est issue d’une série d’expériences, visant à créer de nouveaux outils de chair adaptés à un milieu parmi les plus inhospitaliers de ces vastes terres : Les confins du Nord, au delà d’Ellgard. Repoussant sans arrêt les limites de leur boulimie d’expansion, des industriels de la capitale, désirant s’octroyer les richesses de ces territoires à l’hostilité légendaire, s'associèrent à des laboratoires expérimentaux peu scrupuleux, et engagèrent des programmes d’hybridation utilisant la rare faune qui avait fait de ce monde désolé le sien. Car, pour exploiter ces régions, il était nécessaire d’avoir à disposition des travailleurs pouvant survivre à la rigueur extrême du climat, habitués aux altitudes les plus élevés, bref, d’une résistance hors-norme à l’épreuve du froid et de l’épuisement.
La lignée d’où descend la jeune hybride résulte de ces tentatives, issue de croisements avec l’une des espèces occupant les montagnes escarpées du Grand Nord, le Bharal, un caprin alpin. Ärri tire donc ses caractéristiques de son ascendance animal : elle est un être né du froid, de la glace, des reliefs qui s’offrent, infranchissables, aux yeux des simples êtres humains qui ne peuvent que les contempler de loin. Son origine lui confère une robustesse à toute épreuve, une résistance aux températures les plus basses et aux efforts intensifs et prolongés, et, surtout, l’agilité sans pareil de ces cabris de haute montagne dont elle est issue. Capable d’escalader sans matériel - et sans la moindre peur - les massifs les plus abrupts, d’effectuer des sauts d’une précision incroyable, la jeune acrobate des hauteurs possède en outre une force remarquable pour son petit gabarit, lui permettant de tracter des charges particulièrement importantes.
En dehors de ces capacités physiques, Ärri possède peu d’armes pour se défendre. Il va de soi qu’on a soigneusement veillé à limiter ses capacités : il a semblé en effet à ses créateurs qu’il pourrait s’avérer dangereux d’associer à une telle démesure de force une maîtrise des arcanes magiques. Et puis, à quoi bon ? Destinée à trimer dans les mines, à quoi lui servirait ces aptitudes ?

Acrobate : De par son hybridation, Ärri possède une agilité peu commune, particulièrement tournée vers l’escalade, mais qui peut lui permettre d’effectuer les sauts et pirouettes les plus improbables. Particulièrement utile en combat, cela peut aussi s’avérer un bon outil défensif, ainsi qu’un moyen d’échapper aux contacts comme aux regards en se plaçant hors de portée.

Cornes des cîmes : Depuis son enfance se développent, au dessus du front de la jeune hybride, une paire de corne d’une dureté incomparable, qui peuvent s’avérer des armes redoutables si elle se met en tête de vous foncer dessus…

Furtivité : D’essence animale, sa discrétion naturelle lui permet de se rendre quasi indécelable. Capacité bien pratique lorsqu’on cherche, comme Ärri, à ne pas se faire remarquer...
PHYSIQUE
L’apparence physique d'Ärri pourrait passer relativement inaperçue au sein de la multitude des habitants de ces terres cosmopolites, si elle n’était munie d’une imposante paire de cornes la distinguant singulièrement de ses concitoyens. D’une trentaine de centimètres de long, leur teinte crême s’oxyde de tâches brunes à la base et aux extrémités. Quand l’hybride était plus jeune, il lui arrivait d’enrouler autour d’elles des plantes sauvages à la tige souple, qui finissaient souvent leur journée emmêlées dans son épaisse tignasse. Ses cheveux, en effet, poussent drus et de manière irrégulière, et la jeune fille étant peu soigneuse de son apparence, préfère les garder courts plutôt que d’avoir à discipliner l’abondante forêt vierge qui se développe sur son crâne. Frisée et peuplée de reflets aussi multiples que les nuances d’un ciel orageux - gris bleuté, noir, brun sourd et blanc sale, cette chevelure insolite rappelle presque le pelage moiré d’un animal indompté. Jusqu’à la base de son cou gracile, elle encadre sans délicatesse le petit visage de l’hybride.
Parlons de celui-ci : de son front, court et droit, à son étroit menton déterminé se dressant volontiers, en passant par ses hautes pommettes, il exprime tout entier un caractère hardi, téméraire...Insoumis. Par ailleurs, son visage dans son ensemble paraît incroyablement mobile, et son expressivité particulière semble en habiter chaque parcelle.
Son nez mutin, à la base large et à l’extrémité légèrement relevée, semble capter un monde de sensations inatteignables pour le commun des mortels : ses narines s’ouvrent, se dilatent prestement à la moindre occasion, pleinement concentrées sur les odeurs subtiles que sa sensibilité lui fait découvrir, semble-t-il, où qu’elle soit.
Ses sourcils noirs, très épais et denses, reflètent sans arrêt les mouvements de son âme, s’inclinent, s’incurvent et se pressent l’un contre l’autre, dessinant autour d’eux des rides d’expression toutes particulières.
Ses lèvres, asymétriques et légèrement déséquilibrés - la supérieure étant plus rebondie que sa soeur - se plissent souvent en un petit sourire un peu cassé, bien que Ärri cherche - peine perdue ! - à leur faire afficher une certaine réserve.
Reste maintenant à évoquer ses yeux. Si ceux-ci sont régulièrement dissimulés sous les mèches échappées de sa friche capillaire, ils sont aussi vivants et habités de mille mouvements que le reste de son être. Un peu trop larges et écartés pour constituer un ensemble harmonieux, ils sont ourlés en haut, de lourdes paupières, et soulignés en bas de cernes violacés qui creusent son regard. Celui-ci reste malgré tout remarquable, tant il est peuplé d’émotions incontrolables, de réflexions insondables, et de souvenirs - sombres fantômes qui errent au creux de ses iris, au gris chargé de lourds volutes céruléens.
Pour soutenir cette architecture tout en mouvements et en sensations brutales, son corps semble se cambrer légèrement. Recouvrant cette structure d’apparence bancale, sa peau se tend, blanche et laiteuse, mais d’une épaisseur qui semble plus proche du cuir que d’un épiderme humain. On se demande parfois d’où elle tire sa force, tant sa petite stature et son gabarit de fillette paraissent légers. Mais ses muscles sont bien là, nerveux et tendus, reliés par des articulations fines qu’elle prend plaisir à faire jouer dès qu’elle en a l’occasion. Mouvement, toujours.

CARACTERE
Sa personne étant naturellement transparente, il est assez facile de déceler certains des éléments essentiels de sa personnalité, qui se lisent sur son visage et dans ses réactions de manière un peu trop évidente à son goût.
En effet, comme tout son être le transpire, Ärri est d’une sensibilité peu commune. A double tranchant, ce trait de caractère qui semble son essence propre peut lui jouer des tours. Si il lui permet d’embrasser l’environnement qui l’entoure avec une curiosité et une profondeur intarissable, l’intensité de cette relation qu’elle entretient avec le monde peut se retourner contre elle. Désarçonnée, souvent, par la puissance de ses émotions, son être à vif souffre parfois de manière complètement disproportionnée des mille accrocs que subit chaque être qu’elle rencontre, de toutes les déchirures qu’elle voit rompre le tissus d’un monde qui a perdu la raison. Malgré cela, l’hybride ne peut être qualifiée de naïve. Son histoire, les remous qui ont agité sa vie, les lames qui ont lacéré dès le début sa jeune existence, lui ont appris à connaître et à assumer la part de douleur, de brutalité et de froide agonie qui fait partie intégrante de cette énigme qu’est la vie.
Si elle comprend cette part d’ombre, et entend généralement le bouillonnement de l’existence comme relevant du Chaos, elle ne peut pourtant accepter ce qui, dans cette cacophonie fracassante, relève de l’Avidité, d’un désir de supériorité qui s’affirme par l’écrasement de tout ce qui peut l’être. Ärri exècre plus que tout le mot Pouvoir. Elle n’a pas de problème avec la Puissance, mais dès lors que celle-ci cherche à s’exercer sur l’autre, et que pour ce faire, elle l’entrave, consciente d’elle-même… alors l’hybride ne peut empêcher son sang de bouillir. Sans doute que sa nature animale y est pour beaucoup : elle n’aspire à rien d’autre que la Liberté. Rien n’a plus d’importance pour elle que de sentir son corps et son esprit se dégager, une ruade après l’autre, des chaînes qui briment son existence. D’oeuvrer pour la destruction des hautes barrières érigées autour d’elle. Elle n’a pourtant ni la prétention, ni l’idiotie de se leurrer sur ce chemin qu’elle a choisi d’arpenter : il sera long, il sera glacé et solitaire, et c’est par la mort qu’elle obtiendra sa délivrance. Mais si, avant l'échéance fatidique - redoutée autant qu’espérée - elle peut goûter ne serait-ce qu’à une journée dans l’exil de celui qui n’est plus qu’à soi et au monde qui porte ses pas, alors, seulement, elle sera.
Dans sa quête de l’être, une autre idée domine, amie de la première : une volonté sans faille - ou presque - de construire sa vie et son éternelle recherche dans la Diversité. Si cet univers dans lequel elle vit a bien une raison d’être, c’est celle-ci. Il est le fruit de ses multitudes, il est peuplé d’Autres. Ärri vit dans une peur panique de l’uniformité, de toute force qui cherche à lisser, à unifier le monde. En cela, elle rejette, pour elle-même, toute forme de religion ou de doctrine qui n’émane pas d’elle même et de sa propre expérience du monde. Elle n’éprouve aucune animosité envers les êtres portés par des croyances, même lorsqu’elles sont partagées par un groupe, mais éprouve un besoin viscéral à la mise en question permanente de toute chose, et est plus à l’aise au contact de ceux qui sentent en eux ce même tiraillement. Il n’y a, pour elle, pas de Vérités ; à peine des certitudes fugaces, que d’autres remplaceront bien vite.
HISTOIRE
Une variété d’odeurs surprenantes, entêtantes, emplissent les narines du petit être cornu qui attend, accroupi dans un coin. Son odorat n’est pas le seul de ses sens à être violemment bousculé au sein de la salle exigüe aux murs de briques noircies dans laquelle on les a rassemblés, elle et ses “congénères”, comme on les appelle - elle ignore le sens de ce mot, qu’Ils utilisent pour décrire la troupe disparate d’êtres aux divers attributs bestiaux qui l’entoure. Comme son nez, ses yeux, ses oreilles et même ses lèvres - sur lesquelles semblent déjà s’être déposée une fine couche de sciure âcre et piquante - découvrent un monde de sensations nouvelles. Aussi déroutant que cela puisse être, ce n’est pas forcément désagréable…

Durant les dix premières années de sa vie, l’étrange fillette a grandi dans l’éternelle blancheur d’un carrelage immaculée, l’odeur aseptisée et le silence assourdissant de la solitude. Cette dernière était rompue quotidiennement par la blouse blanche qui, deux fois par jour, lui apportait une gamelle métallique remplie d’une bouillie grisâtre et insipide : un repas, comme elle l’apprit d’une autre blouse qui, trois heures par jour, lui apprenait les rudiments du langage et de la motricité. Dès la fin de sa quatrième année, ce qui restait de ses journées (qui, jusque là n’avait été consacré qu’à fixer le revêtement du plafond) fut consacré aux Exercices. La température de la chambre, déjà naturellement très basse, chutait vertigineusement. Et, dans ce climat polaire, elle était chargée par les voix émanant du drôle d’appareil fixé en haut du mur, de soulever et de déplacer d’un bout à l’autre de la cellule des sacs de toile au poids de plus en plus élevé, tandis que de l’autre côté d’une vitre une blouse lambda - comment les reconnaître les unes des autres ? - notait des résultats sur un carnet en hochant la tête d’un air appréciateur.

Durant six ans se répéta inlassablement ce manège (augmenté par des entraînements quotidiens à l'escalade) que l’Hybride - c’était comme ça que les blouses l’appelaient - connaissait comme son unique possibilité d’existence, un éternel recommencement sans quête de sens. Elle ne trouvait pas cela particulièrement dur. Elle ne fatiguait jamais, et jamais elle n’éprouvait de douleur. Simplement, elle éprouvait une sorte de… tiraillement ? Plus tard, elle comprendrait que c’était l’ennui, et le désir qui cherchait à poindre dans son esprit qui n’avait pas été formé pour ça.
Puis, un jour comme les autres, deux blouses pénétrèrent dans la petite cellule expérimentale et expliquèrent vaguement à la fillette qu’il était temps de sortir. De… Sortir ?

Voilà comment l’Hybride s’est retrouvée dans cette pièce obscure d’un bâtiment à l’air abandonné des bas quartiers d’Ellgard, pas si loin, finalement, du laboratoire indépendant - et plus ou moins illégal - dans lequel elle était “née” et avait passé les premières années de sa vie. Maintenant, avec les “autres”, elle attend, sans vraiment savoir ce qu’elle attend. Mais elle fait ce qu’on lui dit. Elle a toujours fait ce que l’on lui disait ; il n’existe pas, pour elle, d’autre rapports humains que ceux-ci, des ordres descendant vers elle de ces hautes silhouettes à l’air si pleines de certitudes…

Soudain, deux hommes qu’elle a aperçus du coin de l’oeil un peu plus tôt pénètrent dans la pièce. Le plus petit des deux, un être maigrelet aux mouvements empressés, vêtu d’un étrange costume qui semble trop grand pour lui, s’exclame avec un enthousiasme nerveux:

- Voilà, M. Marach, ils sont à vous. Vous trouverez l’acte de propriété, ainsi que tous les documents relatifs à la transaction, dans ce dossier. Rassurez vous, je travaille avec des experts. Personne ne pourra faire la différence avec des papiers que vous auriez pu acquérir sur le marché officiel, à Akantha. Inutile de vous préciser que je préfère que mes clients ne crient pas sur tous les toits qu’ils ont acquis la marchandise chez moi… Je m’occupe de ma propre publicité, c’est moins risqué !


Un petit gloussement strident naît dans sa gorge, pour s’éteindre aussi vite à la vue de l’expression de son interlocuteur. L’homme, grand, large d’épaules et vêtu sobrement, vrille de ses yeux perçants la masse informe des pauvres hères qui se terrent craintivement dans le fond de la pièce. Parmi la vingtaine de corps qui cherchent visiblement à se cacher de ce regard inquiétant, un être en particulier semble retenir son attention.

- La gamine, dans le coin. Elle fait partie du lot ? Elle est trop jeune. Qu’est ce que vous voulez que je fasse de cette fillette ? J’ai besoin de travailleurs résistants pour les mines que je viens d’acquérir, je ne cherche pas à m'encombrer de bouches inutiles.

L’autre se ressaisit très vite.

- Oh, ne vous inquiétez pas… Bon, je vous l’accorde, elle est un peu plus jeune que les autres, et un peu maigrichonne aussi… Mais ses résultats d’aptitudes sont on ne peut plus concluants. Oui, oui, une hybridation particulièrement réussie sur le plan physique, il n’y a pas de doute. A dix ans, elle a une capacité de portage presque égale à celle d’un homme adulte lambda, elle peut travailler même dans les conditions climatiques les plus extrêmes, elle ne s’est, pour ainsi dire, jamais plainte, et son endurance est étonnante. Vous avez un besoin urgent de main d’oeuvre, et elle correspond en tous points aux exigences que vous m’avez confié. J’ai jugé bon de l’intégrer à ce lot, et je peux vous assurer que vous ne regretterez pas votre achat.

Pendant toute la durée de l’échange, le regard de l’autre homme est resté figé sur la gamine à cornes. Et elle, de son côté, n’a pas cillé et ses yeux gris ne l’ont pas quitté. Elle n’a pas l’air de comprendre la conversation qui se tient à son sujet, mais son petit front est plissé par d’épais sourcils noirs qui se froncent légèrement. Son visage exprime une force qui contraste violemment avec son corps menu. Le trafiquant d’esclaves semble perdu devant le face-à-face silencieux auquel il assiste, les bras ballants, quand soudainement :

- Très bien. Je la prend aussi. Mais elle a intérêt à se montrer à la hauteur...


***

Un vent vif secoue les branches sombres des quelques pins éparpillés autour de l’étroit sentier. L’air est glacial, comme d’habitude, mais le nez expert d’Ärri y décèle le délicat arôme de sève qui caractérise l’arrivée du printemps. Un bref sourire plisse le coin de ses lèvres. Elle s’arrête un instant pour humer avec délice le doux parfum sucré qui émane de la terre elle-même, quand elle sent sur sa nuque la pression d’un regard. Elle se retourne brusquement, pour découvrir Leiknir qui l’observe avec attendrissement. C’est toujours un émerveillement, pour la jeune fille, de surprendre une expression aussi pleine de douceur sur le visage d’un être aussi impressionnant que lui. En effet, l’hybride qui l’accompagne est haut de près de deux mètres, et semble presque aussi large. Son visage juvénile (malgré sa taille, il a à peine vingt ans) est en partie mangé par une barbe drue, ses longs cheveux blancs - rappelant le pelage de l’ours dont il descend - sont noués en une natte épaisse qui bat au creux de son dos la mesure de ses lourds pas d’homme-montagne. Ärri répond à son sourire en élargissant le sien, et, pour prolonger la joie qu’elle voit dans les yeux de son protecteur - il adore la voir faire son petit chamois - elle escalade en quelques bonds le petit promontoire rocheux qui les domine, pour se percher à son sommet d’une pirouette agile.

- Descend de là, petit faune, la réprimande-t-il sans se départir de son sourire. On est à la bourre pour aller récupérer le prochain chargement.

Appuyant son discours, il lui désigne de son pouce l’espèce d’énorme hotte vide qu’il porte sur le dos. Un modèle similaire, quoique de taille plus modeste, gît là où la jeune fille l’a abandonné pour faire ses cabrioles.

- Quelqu’un m’a dit une fois que, tant qu’on le pouvait, on devait saisir toutes les opportunités qu’on avait de vivre, et de se sentir libre  ! rétorque-t-elle, en amorçant toutefois la descente de son perchoir. Il n’y a pas de Maître pour nous surveiller, je peux bien m’amuser un peu.

- C’est difficile de te contredire quand tu me balances mes propres niaiseries à la gueule ! Allez, ramène toi, j’aimerais pouvoir aller me pieuter avant l’aube, figure-toi.

La Montagne reprend la marche, suivit de près par la petite acrobate cornue. Celle-ci ne quitte pas son large dos des yeux, portée par le rythme de ses pas sur le chemin enneigé. Leiknir est, pour elle, ce qu’elle a de plus proche d’une famille. N’ayant jamais eu, à part avec lui, de relations véritables avec un autre être, elle ne saurait réellement décrire la nature de ce qu’elle éprouve à son égard… si ce n’est un amour absolu, transcendant sa personne, sa chair même. Il lui a donné un prénom, à elle qui n’avait rien à elle. Il a même choisi de partager avec elle le nom dont il s’était baptisé. C’est lui qui a fait d’elle ce qu’elle est, enfin, ce qu’elle cherche à être, et aujourd’hui elle n’imagine pas d’autre raison pour son coeur de battre, que lui, ce qu’il est, ce qu’il représente : un esprit et un corps tout entier tendus vers un désir de vie, éperdus de liberté, cherchant à s’enivrer de tout ce que le monde offre à ceux qui ne possèdent rien. Il lui appris la joie, à elle qui ne connaissait que l’obéissance et l’ennui ; une joie à laquelle ne peut faire obstacle même la rudesse du quotidien qu’ils affrontent côté à côte. Il lui a enseigné à la trouver tout autour d’elle, en particulier dans la magie de l’environnement qu’ils arpentent. Si froid et hostile qu’il peut apparaître au commun des mortels, ce coin perdu des terres sauvages est leur terrain de jeu, leur foyer, leur source sans cesse renouvelée d’émerveillement et de découverte. Elle en connaît et reconnaît désormais le moindre ruisseau gelé, la clairière la mieux enfouie, l’arbrisseau le plus jeune ; Elle en aime chaque pousse et chaque être...

Cela fait six ans maintenant qu’Ärri a quitté le laboratoire pour rejoindre ce territoire esseulé des Confins, en tant que main d’oeuvre des mines de pierres précieuses appartenant à un bourgeois d’Ellgard bien connu des trafiquants des bas quartiers, Lens Marach : un homme d’une avidité et d’une volonté sans commune mesure.
Aguerrie désormais à son poste de convoyeuse, elle effectue chaque jour le long et ardu chemin - qu’aucun véhicule n’aurait pu pratiquer - jusqu’au réseau de galeries que creusent d’autres esclaves, haut dans la montagne. Elle monte des provisions et du matériel, et redescend alourdie des chargements précieux extraits par ses congénères, jusqu’au point de stockage, première zone accessible à des moyens de transport plus sophistiqués que son corps d’hybride. Contrairement aux mineurs, résidant dans une sorte de petit village de fortune aménagé tant bien que mal dans le périmètre restreint entourant les gisements, Ärri niche - en compagnie de Leiknir et de la poignée d’autres convoyeurs qui se relaient tout le long du jour - dans un baraquement sans confort près de l’entrepôt des stocks.

Malgré le labeur harassant et le sentiment tenace qui habite chaque esclave, cette assurance lancinante au quotidien de n’être que la propriété d’un autre, un objet-fonction, le “petit faune” s’est fait à sa nouvelle existence. Celle ci, il est vrai, est adoucie par la vie au coeur de ce territoire qui a fait eclore et s’épanouir cette part d’animalité vive et sauvage qu’elle transporte au plus profond d’elle même, et plus encore par la présence rassurante à ses côtés de son protecteur. Son ami. Son frère.
Quelque part, au fond d’elle, elle espere que rien ne changera jamais. Pourtant…

***

- LEIK !

Son cri, bestial, a retentit dans la clairière.
Elle a senti l’odeur épaisse et métallique du sang depuis deux cent mètres. Dans sa panique, elle a abandonné son chargement et s’est précipitée le long de la pente abrupte qui mène à la zone dégagée où sont éparpillés les stocks et la cabane des convoyeurs. Ses foulés lestes dévorent en une poignée de secondes l’espace qui la sépare encore de l’horreur.

Il est là. Une traînée rouge sombre macule la neige, indiquant qu’il a réussi à s’extraire d’un tas de… Oui, ce sont des corps, empilés. Ärri reconnaît pêle mêle les visages des hommes dont elle a partagé la tâche et le foyer ces huit dernières années. Un hoquet d’épouvante se coince dans sa gorge alors qu’elle s’effondre auprès de Lui.
Au moment où elle sent son corps se mettre à trembler sous l’effet du choc et de la terreur, secoué par la nausée, les lèvres bleuies de Leiknir s’entre-ouvrent pour laisser échapper avec la plus grande difficulté :

- Petit faune…

Les grands yeux gris d’Ärri s'écarquillent encore, et instantanément se remplissent de larmes qui lui dégoulinent sur le menton.

- Oh… Putain, Leik… Est-ce que ça… Qu’est ce… Qu’est ce qui s’est passé ? Putain, putain…

Pendant qu’elle bredouille ces semblants de paroles quasi inintelligibles, ses petites mains trouvent leur chemin jusqu’aux siennes, larges et calleuses, si faibles pourtant… Elle les serre, comme pour lui transmettre un peu de sa force… Comme si ça pouvait lui redonner un peu de la vie qui s’échappe de lui à gros bouillons…
Il tousse. Quelques gouttes de sang s’échappent d’entre ses dents serrées et pleuvent sur sa poitrine. Il essaie de sourire, mais c’est un rictus douloureux qui déforme ses traits.

- Le Marach… Il s’est pointé avec… Une demie douzaine de gardes… “Contrôle bi-annuel”, tu sais… Il… Il a capté l’état de Huyg…

Pendant qu’il reprend péniblement sa respiration, Ärri lance un coup d’oeil vers l’enchevêtrement de corps. Huyg était un des convoyeurs. Cela faisait quelque mois qu’il souffrait d’une maladie qu’aucun des gars n’arrivait à soigner, et depuis deux ou trois semaines, il lui était devenu impossible de quitter son lit… Et donc d’effectuer son aller et retour quotidien aux mines.
Leiknir reprit en sifflant :

- Il a voulu… Ärri, il a voulu l’finir… “Plus bon à rien”, il a dit… “Bouche inutile”. Alors il l’a traîné dehors… Il l’a mis en joue… Et là… Là j’ai vu rouge, j’ai pas réfléchi… Reflexe, tu comprends… Je lui ai balancé mon couteau… En plein dans l’oeil, il se l’ait pris… Raide, bam, dans la neige… Là, les chiens de garde, ils ont tiré dans le tas, sans chercher à savoir d’où ça v’nait… Tout le monde est tombé, la surprise générale… Mais ils ont pas été assez malins… Pour vérifier qu’tout le monde était bien…Tu vois... J’ai fait le mort, et… Ils ont décampé illico pour rapatrier le corps du Patron…

Le visage d’Ärri est crispé par l’horreur, strié par les larmes. Leiknir s’est tu.

- Oh, Leik… Qu’est ce qu’on va faire ? Qu’est ce que je peux faire ? J’aurais du être là…

- Non ! (il a voulu s’exclamer, c’est à peine un murmure qui s’échappe de ses lèvres) Tu… tu es libre, maintenant, petit faune… Ils te retrouveront pas… Cette mine n’existe pas, légalement… Personne ne sait qui tu es, et ton maître est mort… Il faut que… Il faut que ce bain de sang ne soit pas inutile… Envoie un corbeau-messager aux gars là-haut… Qu’ils fuient s’il le peuvent… Et toi, tu te barres… Tu m’entends Ärri ? Tu peux pas rester dans le coin, ils vont revenir… Va à la capitale, fond toi dans la masse… Il faut que tu vives, mon petit faune...


Un voile commence à obscurcir son regard, qui fixe un point qui semblait loin, très loin...

- Mais… Et toi, Leik ? murmure la jeune fille dans un sanglot. Je te laisserai pas là… Et les autres… Ils ne peuvent pas rester ici, à pourrir… Il faut qu’on les enterre, il faut qu’on fasse quelque chose...

- Ärri… Le temps presse, compris ? Et moi… J’crois que j’vais… vais faire un petit somme… J’suis tellement... fatigué… Au revoir, petit faune…



Ses yeux deviennent vitreux, et la lueur qui les animait disparaît complètement, tandis que son corps devient soudainement mou contre celui d’Ärri… De ce petit être prostré dans la neige, aux épaules agitées de soubresauts incontrôlable, fou de douleur, émerge alors une puissante plainte animale, amplifiée par les hauts reliefs entourant ce qui avait été sa maison...

***

Trois ans maintenant. Trois ans qu’Ärri a quitté les terres glacées des profondeurs du Nord pour rejoindre ce tentaculaire enchevêtrement d’êtres et d’architectures qu’on appelle une ville.
Comme Leiknir l’avait prédit, personne ne s’était lancé à sa poursuite. La mort de Marach avait été camouflée en tragique accident d’exploration par sa veuve - qui craignait qu’on vienne fouiller dans les activités illicites de son époux défunt. Et la mine, définitivement abandonnée. Oubliée. Comme l’Hybride survivante.
Elle n’avait eu aucun mal à vendre son extraordinaire force de travail à un artisan métallurgiste des bas quartiers de la cité. Pas plus de mal qu’à troquer les pierres précieuses qu’elle avait réussi à subtiliser avant de s’enfuir, contre la falsification d’une identité qui la désignait désormais comme citoyenne libre d’Ellgard.

Ayant intégré la capitale à peu près au moment où la guerre civile éclatait, l’hybride a d’abord suivi de loin les évènements déchirant la population. Peu encline à se lancer à corps perdu dans une guerre qui ne lui paraissait pas la sienne, dans une ville qui n’était pas son foyer, elle ne prit d’abord pas parti. L’idée d’opposer à la répression organisée un “parti” de la libération avait tendance à l’inquiéter, elle pour qui la liberté s’accomplit en soi, par soi, dans un chemin personnel de conquête intime... Et son coeur n’était de toute façon plus qu’une plaie ouverte, dont la douleur sourde et constante ne laissait pas de place à d’autre combat que celui qu’elle devait mener au quotidien pour ne pas se perdre dans la folie.
Mais petit à petit, la souffrance de son désespoir se transformait en rage, et dans le creux de son âme résonnait l’échos de la soif de liberté qui avait animé l’Amour perdu de sa vie. Ärri finit par décider que le seul hommage qu’elle pouvait décemment rendre à celui à qui elle n’avait même pas pu donner de sépulture décente, était de mettre cette fièvre de fureur, cet incendie qui la consumait, au service de ce que l’on appelait la Résistance...
DERRIERE L'ÉCRAN
PSEUDO ▬ Poroto
AGE ▬ 24 ans
TU NOUS A TROUVÉ OU ? ▬ En zonant à la recherche d’un forum pour me remettre au rp...
UN AUTRE COMPTE ▬ Nope.
LE PERSONNAGE DE TON AVATAR ▬ ORIGINE ▬ Dessin perso - j’espère que c’est pas un problème ?
TU AS LU LE RÈGLEMENT ? ▬ Yes
    Bienvenue officiellement sur le forum petite biquette! (c'est moa le MJ)

    C'est super impressionnant que tu utilises ton propre dessin pour illustrer ton personnage, tu dessines très bien
Haha, merci beaucoup ! :) (quelle réactivité, décidémment, sur ce forum !)

Edit : et merci pour l'avatar, j'avais peur que ça pose problème... C'est un ptit essai vite fait et pas vraiment fini, mais j'avais hâte de m'y mettre donc bon... Si j'ai la foi j'essaierai de le terminer et que ça fasse un peu moins "brouillon" :D
Une biqueeeeette !
Bienvenue jolie madame, superbe avatar, je bavouille <3
Bon courage pour la suite de ta fiche !






Achillée murmure en peru, Aster gronde en darkgrey.
ALORS.

Hybride BIQUETTE et avatar PERSO, JE DIS OUI MADAME ♥️

Bienvenue et beau choix de personnage, c'est pas tous les jours qu'on voit ça c'est cool



Moult mercis, je suis ravie de voir que ça apprécie les biquettes à leur juste valeur sur ce forum, héhé !
Bienvenue parmi nous :)
Stylé l'avatar personnalisé totalement à ton goût, gg
Merci beaucoup :)
Ouaiiis Résistance ! Très bon choix et bienvenue parmi les vrais héros de l'histoire, puissante biquette.


Jarred était beaucoup de choses - beaucoup trop de choses peut-être - mais certainement pas un pion. Ni même un un fou, un cavalier ou le roi. Il ne jouait même pas aux échecs. L'espion aimait le théâtre. Ainsi qu'y jouer chacun des rôles. Tous les rôles, jusqu'au dénouement heureux de la pièce. Clap clap. Rideaux.
Merci camarade !
Double post parce que ça y est, j'pense avoir fini :)
(Petit changement de nom pour mon perso en passant)
J'espère ne pas avoir pris trop de liberté avec mon histoire, j'attends le verdict :D
    Le staff passe vite te lire!!
C'est dans la boîte! !
Gégé t'es validé 8)

LES TEMPS FORTS ▬ Très belle histoire qui saisit bien les enjeux de la vie des Hybrides et des esclaves, et cette petite bichette est ma foi un personnage fort intéressant! A voir ou vont la mener ses envies de liberté...

REMARQUES ▬ J'espère voir plus de tes dessins d'Ärri :)

Au plaisir de te voir en jeu, amuses toi bien :)