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L'union sacrificielle || pv. Holker + libre

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ainsi vint l'union
sacrificielle

la fin d'une ère, le commencement d'une nouvelle

Plusieurs mois sont passés.

Tout ceci n’était partit que d’une petite plaisanterie simple et de mauvais goût. Une réaction excessive à une des nombreuses provocations du Chevalier. Elle était cette malheureuse goutte d’huile qui servait à alimenter le feu, et transformer cette flammèche en un brasier intense et nouveau. Il brûlait avec une ardeur sans nom, et éclairait de ses teintes orangées de nouvelles possibilités tout aussi fertiles qu’alléchantes ; ouvrant les épaisses portes à de sordides machinations.
Tout ceci était parti d’une simple taquinerie. Aerith se retrouvait à quelques heures de son mariage, choyée par une dizaine de femme ayant la tâche simple et pourtant claire de la préparer. Un mariage qui secouerait Ellgard, mais également où Ellgard entier serait convié pour célébrer pour la première fois l’union officiel d’un Inquisiteur avec une femme. Aujourd’hui, Aerith serait Kessi. Elle ne pensait pas avoir à porter une seconde fois ce nom odieux, encore moins dans un cas comme celui-ci, mais elle assumait elle-même les répercussions de ses propres erreurs. Elle avait ainsi une seconde fois modifié son apparence pour prendre les traits hybrides d’un reptile ; une face légèrement plus allongée, aux traits plus rudes, deux grandes orbes fauves aux pupilles linéaires, et un corps constellé d’écailles opaque. Malgré les maigres changements, elle était totalement différente. Sa face était autre. Sa voix aussi avait changé - plus claire, plus crissante pour qu’elle s’éloigne le plus possible de celle d’Aerith. Elle avait appris les subtilités de l’espionnage et du camouflage depuis bien longtemps, et savait que sa couverture était intacte, lisse, impeccable. Elle le serait, parce qu’elle devait l’être.

La femme écoutait d’une oreille sourde les demoiselles occupées à poudrer sa face et l’accabler d’artifices supposés la rendre plus belle encore. Elle s’observait dans le reflet de la coiffeuse, et se perdit un instant.
La veille. Elle voyait Holker. Il venait régulièrement passer ses nerfs et hurler ses démons sur le corps de son esclave parce qu’il la savait résistante et capable d’endurer chacune de ses pulsions. Sa peau était solide, ferme, et était, elle le savait, un parfait exutoire pour le corbeau névrosé. Elle ne se plaignait pas, elle restait souvent bien passive, le laissant ouvrir sa chair, marquer son épiderme et souiller son ego de ses griffes. Ce soir-là, il avait dû se retenir pour une raison évidente. Il n’avait marqué que les parties qu’il savait voilées par ses écailles opaques. Mais ce soir-là, pour la première fois, Aerith s’était redressée. Elle avait ouvert la gueule, et mordu avec une violence qui, bien que modérée restait tout de même atrocement présente. Le sang de l’Inquisiteur avait coulé le long de son derme, sa chair mise à vif par les crocs du dragon, et elle s’était à nouveau recouchée dans les draps ensanglantés. L’esclave savait qu’il n’avait pas la possibilité de la punir pour cet affront, pas maintenant. Enfin, bien sûr qu’il l’avait - mais il ne pouvait faire tomber son plan à l’eau par un excès de colère aussi légitime puisse-t-elle être. Il ne pouvait laisser afficher à sa mariée une peau souillée. Il le savait, son honneur serait tâché ; les ellgardiens parlent, jasent, les rumeurs se seraient répandues aussi rapidement qu’une traînée de poussière.
Ainsi, en cette journée, elle espérait qu’il porte sa trace. Sa marque. Sa création sanguinolente.

Elle observait le reflet des femmes dans le miroir, essayant de comprendre les techniques qu’elles utilisaient pour lier sa chevelure de façon complexe et délicate à la fois. Leurs palabres semblaient un peu moins lointaines, et elle sourit.

« - C’est rare, si rare de nos jours de voir que deux êtres sont capables d’officiellement se lier par amour.
- Surtout à Ellgard. »


Aerith n’avait jamais eu la même conception de l’amour ou même du mariage que les autres. Peut-être était-ce à cause de son immortalité et surtout de sa condition ; l’amour n’était finalement qu’une déclinaison d’une volonté de se reproduire pour assurer une descendance, et elle, elle était stérile. Le mariage quant à lui ne représentait finalement que quelque chose de purement symbolique, futile et politique ; la concrétisation d’un amour n’ayant besoin de se faire par un biais si artificiel.
Malgré ces idéaux, elle se trouvait là, à quelques heures de son mariage, choyée par une dizaine de femme ayant la tâche simple et pourtant claire de la préparer.

Finalement maquillée, elle se leva du siège moelleux sur lequel elle était placée depuis quelques heures, la face changée. Ils avaient rendu son teint uniforme, la particule de maquillage, si elle était certes voyante accordant à sa face des couleurs plus chatoyantes qu’elles ne l’étaient. Ses yeux étaient agrandis, sublimés par les nuances colorées glissées sur la surface de ses paupières.
Ses lippes, elles, étaient bénies d’un carmin intense et profond, matte, qui tenait à la perfection sur ses morceaux de chair. Elle avait insisté pour ramener son propre rouge à lèvre, qui tenait au creux d’une petite boîte circulaire incrustée de diamants. La pâte était anormalement épaisse, consistante et dégageait une fragrance mortifère, organique que seul Holker saura reconnaître, puisque la saveur qu’aura cette texture contre ses lèvres lors du moment fatidique où la boucle sera bouclée lui rappellera les saveurs exotiques que son palais avait pourtant l’habitude de régulièrement côtoyer.  

Elle était désormais debout, les bras légèrement relevés, alors que ses assistantes resserraient violemment sur sa taille les lacets de son discret corset, comprimant sa cage thoracique et redressant sa poitrine. Ils laissèrent la future mariée attacher elle-même ses bas immaculés aux porte-jarretelle leur étant dédiés, s’étonnant au fur et à mesure de tout ce qu’une mariée était capable, et devait porter pour un jour tel que celui-ci.

« Vous semblez heureuse, Dame Kessi. Vous souriez. »

C’est vrai. Elle ne s’en était pas rendu compte. Aerith, non, Kessi était heureuse. Sa joie incontrôlée avait fait s’étirer ses lèvres en un sourire sincère, parce qu’aujourd’hui aussi était un jour spécial pour elle. Il n’allait pas signer le commencement d’un amour passionnel, mais sa fin prématurée. Renaîtrai de ceci un embryon noirâtre et puant, création, enfantement d’une union aux dessins particuliers. Ils ne savaient pas. Personne n’était prêt. Ils ne pouvaient l’être.

Le tissu de la robe glissa alors lentement sur son derme. Tout devait être magnifique, et il était évident qu’un élément comme celui-ci, supposé inspirer admiration et jalousie ne devait être mis de côté. C’était une grande robe, laiteuse, aux tissus d’une qualité exceptionnelle. Elle était large, s’étendait sur plusieurs mètres et ses ornements étaient aussi discrets qu’élégants. Sa particularité était qu’elle était recouverte de véritables roses rouges, conservées dans un certain état de solidité par une magie particulière. Elles recouvraient le bas de sa robe et remontaient cette dernière comme des traînées pernicieuses sanguinolentes, puis s’évanouirent, avant de recouvrir une certaine partie de son buste, les fleurs se mêlant aux broderies des tissus. Le travail des femmes s’achevaient lorsqu’elles lièrent à la chevelure nouée immaculée d’Aerith un voile translucide partant de la base de sa crinière jusqu’au sol, ce dernier bénit des caresses de la dentelle.

Kessi prit une grande inspiration.

« Vous êtes vraiment magnifique. Il est déjà l’heure, Madame. »

Elle glissa une dernière fois un oeil distrait à son reflet, alors que l’on rabattait son voile sur sa face, cachant cette dernière. On la guidait dehors. La voiture attendait déjà, et une fois qu’elle aura passé ses épaisses portes, sa vie prendra un tournant différent.

Celui d’une épouse maudite au destin tragique.
Kessi était prête.

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Tenere non potes,

potes non perdere diem.
C’était une belle lame. Un outil efficace. Ses yeux suivaient la courbe tranchante de son fil, se perdaient dans le jeu des reflets renvoyés par sa pointe qui brisait les rais crus et stériles qui filtraient des épaisses lampes à cristaux qui fleurissaient au plafond. Elle était belle, car elle était efficace, et que cela se voyait. Il suffisait de la tenir juste au-dessus du pommeau pour s’en rendre compte. Parfaitement équilibrée, on pouvait aisément s’apercevoir que pas le moindre gramme n’était en trop. Elle avait été forgée avec le plus grand soin par un artisan de renom, et maintenant qu’elle tournait entre ses doigts experts, son tranchant puissant menaçant de les amputer au moindre faux mouvement, il était aisé de se rendre compte de cette évidente vérité. C’était une belle lame. Elle pouvait tuer, elle pouvait blesser, elle pouvait aussi décorer son côté, son élégante simplicité se faisant toute la parure dont elle avait besoin pour rayonner. Il la planta dans le corps, s’émerveillant un instant de la façon que la chair avait de se tendre, comme si elle espérait résister à la dramatique impulsion du métal, avant de rompre comme un film plastique et de libérer le délicat contenu qu’elle camouflait. L’acier, d’un mouvement habile de ses doigts dextres, imprima une courbe élégante dans la chair, et de cette dernière jaillit à gros bouillon une gerbe de sang. Il y eut un hurlement, qui résonna dans le sous-sol insonorisé du manoir avant de se perdre dans le dédale tentaculaire de ses couloirs, et Holker admira son œuvre.

Il pouvait prétendre sans faire preuve d’aucune vantardise à un certain niveau de maîtrise dans la pratique exquise de son art. Il était arrivé à un niveau de quasi-perfection rare, dans lequel chaque entaille, chaque coup qui venait percer le derme charmant de sa victime était un coup de pinceau parfaitement réfléchi, venant s’insérer dans l’harmonieuse globalité de sa composition sans pour autant y perdre son individualité. Et pourtant, il trouvait toujours un moyen de se réinventer, de devenir meilleur, de découvrir de nouvelles techniques, de nouvelles méthodes – ou de nouveaux terrains inconnus à explorer – Il avait hâte de faire part de ses dernières découvertes à Aerith, de tester sur ce corps résilient l’étendue de ses nouveaux talents. Pour l’heure, il devrait se contenter de matériaux différents, qui, s’ils ne lui arrivaient pas à la cheville de part leur endurance, se démarquaient tout de même sur d’autres points. Le simple fait qu’ils n’étaient pas elle, et qu’il pouvait les tuer. Le fait qu’il n’ait pas à se retenir. Le fait qu’il puisse les haïr, car ils n’étaient pas une part de lui. Il avait besoin de ces deux expériences, de ces deux pôles contraires de sa personnalité. Il aimait Aerith, à sa façon. Comme il aimait ses chiens et ses corbeaux. Elle était à lui. Il prenait soin d’elle, il l’élevait, il l’entrainait, il ouvrait son esprit, lentement, à de nouvelles possibilités. Et il haïssait le reste du monde, de cette haine existentielle et sans réelle cible qu’il ressentait, de cette colère diffuse qu’il éprouvait envers tout ce qui n’était pas lui, tout ce qui n’était pas pur et cruel et solide et indicible. Il retira sa lame de la plaie, et contempla le liquide rougeoyant qui coulait le long de sa bordure comme un serpent poisseux. Il le passa sur sa langue, goutant la délicate saveur et frissonnant de plaisir. Comme le caviar ne se mangeait qu’avec des cuillères de nacre, les mets les plus fins exigeaient des couverts adaptés. Sa lame était belle, et bientôt elle disposerait d’un fourreau digne d’elle. Il se jeta sur le corps agonisant, et laissa libre cours à ses pulsions, ses appétits insalubres se trouvant enfin satisfaits.

Quand il se réveilla le lendemain, il se trouva revigoré, plein d’entrain et d’allant. Aujourd’hui était un grand jour, le jour où tout Ellgard tombait victime de son audacieuse mascarade. Encore une fois, il avait Aerith à remercier. Parti d’une sotte blague de sa part, il ne lui avait pas fallut longtemps pour rattraper le fiasco qu’elle avait voulu lui coller sur les bras et échafauder un plan remarquable de brio et de témérité. Lui qui jouissait d’une réputation tragique ne pouvait que bénéficier d’un peu de pathos dans sa biographie, et il était d’ailleurs sûr qu’une fois qu’il aurait imbriqué chacune des pièces délicates de son entreprise les unes dans les autres, l’opinion que le public avait de lui aurait changé. Cela ne pouvait que lui être utile, et il devait de toute façon s’il voulait rester honnête avec lui-même s’avouer quelque chose. Il le faisait aussi beaucoup pour le frisson que cela lui procurait. L’idée de tromper tout un pays, de se jouer de la plus puissante des nations et de mettre sur pied une comédie aussi violente et grandiose, prouvant par là-même la supériorité incontestable de son génie et de sa capacité à manipuler ses pairs l’emplissait d’un frisson qu’il peinait à complétement réprimer. Il savait que c’était un jeu dangereux, qu’il n’avait pas choisi la plus facile des solutions, qu’il aurait été bien plus simple d’expliquer aux convives que la jeune femme plaisantait, mais la vision qui s’était imposée à lui avait noyé toute notion de sécurité, ne laissant en vie qu’une flamme violente et ardente, qui avait consumé tout entier son esprit.

Il procéda rapidement à ses ablutions, se lavant et regardant rapidement son visage, s’assurant de ne pas avoir de morceau de viande coincé dans les dents ou les plumes, avant de convoquer ses serviteurs robotiques pour qu’ils procèdent à son habillage. Il avait aujourd’hui choisi un habit sobre, qui mettait en valeur sa haute silhouette et sa musculature de nageur. Sur son poitrail puissant trônaient côte à côte l’emblème de Guerre et son propre blason. Ses boutons de manchettes, adornés de plumes de cristal stylisées, brillaient d’un éclat discret comme sa montre, une des dernières inventions technomagiques des scientifiques d’Ellgard. Un mécanisme de balancier fascinant, une régularité maladive et hypnotique, un outil dont il ne pouvait déjà plus se passer, qui le fascinait autant par son indispensable utilité que par l’ingéniosité perverse de ses mécanismes internes. Il replaça le bracelet sur son poignet, et se mit en route. Une demi-heure plus tard, il saluait les gens dans la pièce de l’autel, le tout-Keivere se pressant en torrents épais pour congratuler le triomphe romantique de son premier Inquisiteur. Contre son cœur se tenait la dague, encore rouge de sang séchée, froide et vibrante comme un charme ancien et propitiatoire, comme l’annonce du sacrifice suprême qui allait se jouer ici. Il pouvait sentir sur lui le regard sévère mais approbateur de l’Empereur, heureux d’avoir en plus des nombreux succès militaires que Holker lui délivrait un morceau de pure propagande à offrir aux citoyens de l’Empire. Quand il fut l’heure, Holker avança jusqu’au centre de la pièce selon les rituels ancestraux, observant avec une grâce naturelle les anciens protocoles. Il était temps pour le premier d’une longue série de sacres de débuter. Tous pourraient à la fin de cette journée se repaître des nouvelles de la tragique grandeur de l’Inquisiteur Guerre. Les portes s’ouvrirent, et il la vit rentrer, un voile diaphane masquant sa face transfigurée.

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la fin d'une ère, le commencement d'une nouvelle

Aerith observait le paysage régulier et luxueux défiler sous ses yeux, les secousses discrètes de la voiture de luxe la faisant sourire légèrement. C’était un modèle sans aucun doute utilisé de façon très exceptionnel - le vernis était brillant et intact comme au premier jour et le gabarit du véhicule aussi long que large. Son intérieur était rembourré de banquettes confortables, pouvant accueillir sans aucun doute sans aucun mal entre six et dix personnes. Elle écoutait distraitement les bavardages de ses assistantes chargées de l’accompagner jusqu’à l’entrée dans l’immense salle de réception, s’abreuvant de leur superficialité pour en cracher une autre plus authentique à son tour, et se délier davantage d’Aerith, de l’esclave, et entrer dans la peau diaphane de Kessi.

Kessi. Elle était évidemment différente d’Aerith. C’était une femme douce et forte, indépendante. Un peu simplette mais lorsque l’on s’intéressait à elle, elle faisait preuve d’une curiosité intellectuelle qui la rendait peut-être intéressante. Elle aimait les arts, la cuisine, les animaux et la chasse. Issue d’une famille peut-être pas riche, mais aisée. Ses parents sont morts, ils l’ont fait jeune, et les hybrides ne vivent pas longtemps après tout. La dragonne sourit un peu plus, s’amusant à définir son propre personnage dans sa tête ; supposant ce détail important pour ne pas s’emmêler elle-même dans sa toile. Elle pivota la tête, et discuta avec les jeunes femmes qui l’accompagnaient, jetant quelques regards à l’enfant qui se trouvait devant elle, assis sur la banquette en face. Une petite fille vêtue d’une robe claire, pas âgée de plus de dix ans. Humaine. Adorable. Ses parents étaient en face d’elle - aristocrates ellgardiens. Elle s’occuperait de tenir son voile.

La voiture s’arrêta devant un endroit immense, et on fit sortir la mariée avec toute la précaution qui soit possible d’accorder. Sa robe était une dernière fois arrangée, on vérifiait si rien ne dépassait, si tout tenait en place. On glissa entre ses doigts nus un épais bouquet de roses, et on l’envoyait finalement au bagne, poussant les épaisses portes de la salle de réception. Tous les regards étaient tournés vers elle, instinctivement. Elle se sentait dévorée, asphyxiée par les pupilles qui l’accablaient, elle qui était si imperturbable. Une anxiété palpable ayant presque paralysé ses membres, mais elle plaça une jambe devant l’autre. Une fois, deux, fois, répétant ce mécanisme naturel, ses talons glissant avec élégance sur le tapis de velours. La gamine derrière elle tenait maladroitement son voile, ajoutant à ce spectacle une dimension douce et juvénile. Les gens étaient silencieux, majoritairement. Kessi entendait leurs murmures. Elle sentait les regards sur elle. Elle en rendait certains, leur souriant à travers son voile. Laissant derrière elle une fragrance parfumée de rose, en parfait accord avec les ornements de sa robe.

Elle leva le regard devant elle, embrassant celui de son maître ou de son futur époux, ainsi que son futur bourreau. Il était sublime, ainsi. Les plumes brillantes, la face claire, arborant fièrement ses attributs hybrides et si chèrement détestés de ce peuple oisif. Il était beau, mais elle ne le trouvait pas là sous son jour le plus beau. Aerith aimait Holker lorsque sur sa peau abîmée par la guerre se trouvait des gerbes artistiques d’un hémoglobine, quelqu’il soit, plutôt souvent le sien. Elle l’aimait lorsque sa face était déchirée par des émotions sombres et chaotiques, et qu’il dévoilait à ses yeux son véritable visage. Elle s’avança vers lui, se positionnant à sa hauteur, lui jetant un regard se voulant amoureux et doux.

La foule calma finalement ses chuchotements, et le calme reprit enfin sa place pendant un certain moment. Un homme vieux et courbé, orné de médailles et couvert de gloire s’avança au niveau des mariés, en compagnie de l’Empereur qui était déjà là depuis longtemps. Le vieillard ouvrit un livre poussiéreux, et se mit à feuilleter les pages. Il commença à lire, et son affaire dura bien de longues minutes. Il y eut un bon nombre de sacrements et de bénédictions au nom du dirigeant. L’homme et la femme signaient à plusieurs reprises quelques paperasses, et le mariage prenait une dimension soporifique pour elle, mais qui semblait pourtant ravire les convives qui ne souhaitaient perdre une seule goutte de ce moment solennel. Aerith, elle, dût se retenir à maintes reprises de ne pas expirer un bâillement grand et sourd.

Au bout de plusieurs dizaines de minutes, la tension envahit à nouveau la salle. Le moment fatidique était proche. Bientôt, non, dans un instant, ils auraient scellé un amour factice monté de toute pièce. Dans un simple instant, ils auraient berné tout Keivere en prétendant à un amour sincère et durable. Dans un instant, aux yeux de la loi, Kessi serait Hallgrimr. Cette simple pensée excita l’encéphale de la femme qui courba le dos, alors qu’elle pivota en direction de son fiancé. Le moment était proche. Un nouveau sourire orna ses lèvres, on aurait pu penser à l’expression embarrassée de son bonheur, et c’était peut-être le message qu’elle voulait faire passer, parce qu’elle savait qu’il y avait des gens épiant chacune de leurs expressions pour y dénicher la faille brisant le masque de leur mensonge. Ils pouvaient toujours rêver.

Tout ceci était le début d’une longue, très longue entreprise, et ils seraient tous les pantins servant à l’accomplissement d’un dessein sombre.

« Vous pouvez embrasser la mariée. »

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L’artifice était parfait. Fait avec amour, il était le fruit d’un plan dument muri, réfléchi pendant des lunes à la lumière blafardes des néons des rues les moins fréquentables d’Ellgard. Holker devait avouer n’arriver à produire ce qu’il faisait de mieux que lorsque certains de ses appétits les moins publics avaient été satisfaits, et il avait en ce moment eu grand faim. La logistique nécessaire pour satisfaire son appétit d’ogre avait été un cauchemar à mettre en place, et même les souterrains labyrinthiques qui s’étiraient paresseusement sous le sombre manoir Hallgrimr avait vu ces derniers défiler plus de monde qu’à n’importe quelle autre période. Il avait cousu, tranché, rabiboché, exploré, gouté, assaisonné. Il s’était plongé corps et âme dans l’étude passionnel des autres êtres humains, tirant de leurs chairs mutines une vérité capable de répondre à ses interrogations et d’apaiser sa tension. Car il était nerveux. Seuls les idiots vouaient à leurs plans une confiance aveugle, et Holker savait pertinemment que tout pouvait échouer à n’importe quel moment. Il avait organisé avec soin la sécurité du mariage, s’assurant que cette dernière réponde à ses exigences, et avait déployé les services de contre-espionnage et de renseignement de Guerre pour s’assurer que rien ni personne ne puisse venir perturber le bon déroulement de ses plans.

Cela avait été un autre pensum. Chaque convive était un danger potentiel, chaque présent un possible piège, chaque moment de la cérémonie comportait des milliers de détails qu’il lui fallait méticuleusement superviser. Il avait délégué autant que possible, mais n’avait malgré pas tout pas pu échapper aux nombreuses nuits blanches qu’avaient réclamé un tel évènement. Car il fallait s’assurer que toute la cérémonie se déroule comme il l’entendait, surprises et interruptions y compris, tout en assurant la sécurité au moins des convives importants et surtout du couple impérial, ce dernier assistant au mariage depuis une loge spécialement apprêtée. L’hybride repassa rapidement dans son esprit fertile tous ce qui devait se passer, répétant intérieurement les paroles du scribe qui leur faisait signer les documents officiels. Son stylo-plume glissait sur le papier avec une grâce ophidienne, laissant couler des lettres manuscrites d’une rare élégance. Pour beaucoup, cela témoignait du caractère lettré de Holker. Lui savait que c’était là simplement une énième expression du soin maniaque et névrosé qu’il mettait à perfectionner tout ce qu’il faisait. Il finit par poser le stylo, signant une dernière fois de ses initiales, brodant le bas d’une page d’un élégant florilège, et attendit la suite des instructions. Non pas qu’il ne les connaissait pas, à vrai dire. Il aurait pu officier lui-même, ayant appris par cœur l’intégralité des évènements prévus. Il se retourna vers son esclave, et dévisagea sa face. Il ne trouvait pas son alter-ego spécialement plaisante au regard, et pourtant il devait avouer qu’au moment de l’embrasser il ne pouvait empêcher une pointe d’excitation perverse de monter en lui. Il allait parachever sa machination, il allait sceller de ses lèvres le plus grand scandale jamais connu dans l’Empire. Du plus humble courtier à l’impératrice elle-même, tous seraient subjugués par son coup d’éclat. Il sentit monter en lui une bouffée de chaleur, et il se pencha vers Aerith, soulevant doucement son voile avant de prendre délicatement ses joues entre ses longs doigts. Il posa ses lèvres sur les siennes, ouvrant la bouche et laissant sa langue s’échapper de son confinement, avant de l’embrasser, le bruit de la foule approbative se fondant derrière lui en une cacophonie sourde et indistincte. Ainsi se mariait Holker Hallgrimr, grand Inquisiteur Guerre et seigneur parmi les seigneurs.

Il détacha son visage du sien, et la prit dans ses bras, l’étreignant avec affection contre lui, sa haute silhouette l’enveloppant sans grande difficulté. Il pencha sa bouche contre son oreille, et inspira une bouffée de son parfum, sentant les différentes odeurs qui émanaient de ses cheveux et de son corps. Sa bouche s’ouvrit, ses lèvres fines et plissés se fendant pour dévoiler l’abysse étincelant de sa gueule, et il laissa quelques murmures enjoués s’échapper de celui-ci :

"Maintenant, le spectacle peut commencer."

Il se détacha d’elle, sachant qu’il n’avait pas besoin d’épiloguer sur ce qu’il voulait dire. Elle le comprenait, elle pouvait lire entre les lignes rapprochées de ses pensées et devancer ses désirs les plus secrets. Elle était sienne, et si ce mariage ne voulait en soi rien dire pour eux, il constituait tout de même un exercice fascinant qui saurait tester les limites de leur compréhension mutuelle. Arriver à mettre le prodigieux tour de force imaginé par l’Inquisiteur allait demander un travail minutieux autant qu’acharné, ce qui ne l’effrayait pas outre mesure : il avait l’habitude de ce genre de besogne. Il posa un baiser supplémentaire sur son front, témoignant publiquement de toute l’affection qu’il éprouvait pour la mariée, avant de se détacher d’elle et de contempler les convives rassemblés. Il pouvait voir parmi eux des visages familiers, et d’autres bien plus étrangers, mais il savait que tous avaient maintenant un rôle précis à jouer dans sa composition. Son sourire heureux s’élargit encore, se faisant pareil à une balafre éclatante sur son visage blafard. Il était temps d’entrer véritablement en scène, et de dévoiler la musique céleste qu’il avait composé.
Bien évidemment, un événement important, des verres "presque" gratuits et bien entendu, des gens importants, tout ce bazar réunit au même endroit, cela attire les gens comme Linia. Assise vers l'avant, entre plusieurs personne, elle faisait partie de ceux qui regardaient avec un air faussement intéressée. Mais si, ce fameux sourire et regard presque vide de sens, dérangeant, difficilement déchiffrable. Elle tenait le bout de sa canne entre ses doigts fins, immobile. Une statue en dessous de sa tête qui seule bougeait pour suivre le moindre mouvement. C'était sêrement ça le plus étrange et qui trahissait clairement sa nonchalance envers ce mariage : une absence de vie, un air presque programmé à l'avance. Si quelqu'un avait la ligne de code, il pourrait même deviner le prochain mouvement sur l'échiquier. Et comme souvent quand elle se déplaçait, une fois que les gens avaient finit de jacasser sur les grands de ce monde, on la remarquait et on parlait des ragots, de sa prestance, de son ascension fulgurante et, pour cette occasion, de sa grande empathie envers les mariés.

Mais la réalité des faits, c'est qu'elle se fichait de LA mariée. L'homme qui intéressait la Lieutenant aujourd'hui, c'était LE marié. Surement au moins aussi intelligent qu'elle, pour sûr meilleur stratège, il est un autre jeune génie d'Ellgard, plus haut placé. L'idée qui ne lâche pas Linia, c'est que son génie vient aussi avec un esprit tourmenté et tourmenteur. Elle est sûrement loin de la vérité, et ne voyait ici qu'un mariage surprenant, peut-être une récompense envers la femme, mais cela l'intriguait quand même : tout ce qui touche de près ou de loin un des Inquisiteurs est une occasion pour s'approcher du sommet. C'est d'ailleurs pour toutes ses raisons que son regard d'oiseau de proie était le plus souvent figé sur Holker, cherchant la moindre faille, ou donnant cette impression du moins,et fut des plus "attentives" à la cérémonieuse palabre de l'orateur de "talent" dirigeant cet événement. Si elle n'avait pas été bien éduquée, elle aurait baillé, ce serait levé et aurait attendu la fin dehors.
Brrr, ce qu'elle peut haïr les mariages. Il s'agit juste de la preuve que deux personnes sont prêtes à gâcher leur vie dans un commun accord pour entretenir une relation conjugale au grand jour et avoir le droit de propriété sur l'autre. En soit, c'est comme acheter un esclave, mais qui serait aussi le maître. Bien qu'elle apprécie souvent flirté avec des personnes mariées, par défi et par jeu. Et même si la reproduction est nécessaire à un pays et une armée, l'idée même de devoir passé un premier temps à porter l'enfant, puis dans un second temps à l'éduquer lui provoque des ulcères. Car oui, une fois mariées, le couple à le devoir de procréer ! Ce n'est plus un droit, mais une obligation. Non vraiment, le mariage ce n'est pas pour elle.

Puis comme tout le monde, elle se leva et applaudit. Elle pouvait entendre certains commentaires idiots bénissant le moment, ou annonçant le début d'une vie de famille. Un Inquisiteur n'a que peut de temps pour ce genre de bêtise. Ce serait comme souhaiter une longue vie à un soldat du rang : futile, probable, mais à faible taux. Encore une fois, elle sentait donc qu'elle était entourée d'abrutis sans jugeotes et que le reste des festivités allait être longue ensuite, à sourire devant des gens étalant le peu de culture qu'ils possèdent, riant faussement à des blagues entendu mille fois et supportant les commentaires comme : "Et vous, ça vous fait réfléchir ?" ou le fameux "Encore un bon parti de moins huhu". D'ailleurs, elle prit une expression légèrement différente en y pensant, son visage se crispant un peu, montrant une légère asymétrie, signe de mépris, de dégoût et surtout de regret d'être venue. L'ascension en valait la peine, se répétait-elle, mais cela n'empêcha pas ses doigts de serrer sa canne avec force, soudainement et de pousser un petit rire nerveux quand son voisin de droite lui décocha un petit coup d'épaule pour lui signaler son bonheur. D'ailleurs, pourquoi vouloir partager un sentiment comme celui-là aux inconnus qui vous entoure, cela n'a pas de sens. Personne ne va dire publiquement que ce mariage est ennuyant et qu'il préférerait presque une fête de village à ce calvaire... Mais elle devait surmonter ça, car c'était dans le plan de la journée, et il fallait mieux être ici qu'au travail ou au front. Quoi que le dernier point se discute, car la politique n'est rien d'autre qu'une guerre qui ne s'affiche pas.


The Cursed Flesh
Union Sacrificielle

« This is not love. This is possession, this is what belongs to me. Think all, think humanity. But I know. I know the Beast will never be more than the violent beauty I always wanted to see. Satan is mine, Satan is my monster, Satan is my vice. »
Outrage ! Ignominie ! Infamie ! Démence ! Ses écailles s’hérissaient de ces mots, hurlaient dans un contrôle tout relatif dans son crâne. Ô, il ressentait leur désarroi, leur rage, leur perversité et leur désir sauvage de tout éradiquer. Là, maintenant, tout de suite. Sa robe blanche, cette fausseté, ce corbeau dont il adulerait démembrer ses ailes déjà arrachées. Les applaudissements assourdissaient l’air dans toute cette fragilité humaine. Et le serpent restait là, immobile, suivant les ordres de sa comparse avec tant de difficulté et de dégoût.

Ses paumes gantées tapaient lentement l’une dans l’autre, avec une hypocrisie débordante, presque burlesque. Satan se pavanait dans ces évènements humanisés, et il pouvait la reconnaître sans la connaître. Il voulait voir la sauvagerie, il voulait la voir exploser sous sa propre faim et dévorer tous ces convives et ce reflet creux de l’humanité. Ses mains arrêtèrent bien vite la pièce de théâtre. Il resta immobile, poser contre ce pilier, éloigné de la foule. Encore un ordre, et son aura glissait autour de lui pour raison. L’effroi tendait l’air, caché dans cette ombre maladive retenant sa rage de l’instant.

Comment. Pourquoi. Par quelle futilité Aerith se prêtait-elle à se croire humaine ? A servir ce corbeau futile qui n’était à leur échelle, qu’une seconde d’existence ? Le titan réprima un grondement. Son casque à la visière d’obsidienne cachait à merveille son comportement, ses yeux globuleux perçant les mariés, fixant le sang de son comparse inquisiteur glisser dans ses veines. Il imaginait la scène. Il imaginait la violence. Il l’imaginait dans sa gorge, dans son estomac, dans sa noirceur qui prend au cœur.

Dévore-le ! Hurlèrent-elles à l’unisson dans un élan brutal le faisant voir rouge. Son poing se serra, si fort à en craquer ses articulations. Sa respiration robotique s’extirpait de son masque avec difficulté. Il ne pouvait pas se le permettre. Le Jörmungandr s’enroulait sur lui-même dans l’ombre frêle du bâtiment. Son regard se posa sur Aerith, partagé entre déception et doute. Mais pouvait-il douter ? Non. Comme il ne pouvait se le permettre. Car le saurien n’avait plus de sa grandeur, car il devait laisser sa douce fille de l’obscurité s’amuser, lui faire… Confiance. Mais pouvait-il faire confiance à un monstre se parant d’humanité avec tellement de dévouement. Elle était douée. Douée à être humaine. Au point qu’il pensait qu’elle s’y oublierait. Jor’ devait la surveiller, tout au fond de lui, il se le jurait… Il ne laisserait personne amoindrir la sauvagerie illicite du mythe, de Draco Magnus.

Et tous croyaient en cette comédie fallacieuse. Son aura se calma, toujours tapie dans l’ombre, toujours écœurée par tant d’immondices. Mais il n’eut guère le temps de s’adapter à cette situation, de voir ce baiser échangé, cette comédie fallacieuse qui lui donnait envie de démembrer cet hybride, que le devoir dérangeant de l’Inquisiteur vint à lui, l’étrangla. Les dignitaires se rameutaient pour offrir leurs vœux. Et il devait prendre part à toute cette fausseté, pour elle, pour arracher ce collier qui le liait autant qu’il l’emprisonnait elle.

Le titan serpenta entre les individus, ces derniers s’écartant instinctivement de cette chose en armure. Les bottes de Jor’ faisaient écho, tandis qu’il passait à côté de Sieghart, tournant son visage casqué vers lui, perçant de ses yeux d’un regard insistant son comparse, ce plat qu’il adulait taquiner. Mais aucun mot ne fut échanger, car sa gorge était serrée par l’outrage et la haine. Car il économisait sa salive pour les vœux qu’il allait offrir.

Le saurien s’arrêta là, face aux comédiens de l’histoire. Son aura faisait contraste avec l’ambiance alentour, il ne pouvait la contrôler, elle répondait à son sentiment. La rage, la dominance et la possessivité. Car le masque que portait Aerith… Il voulait le frapper et le faire avaler par Holker.

Le saurien s’avança, l’effroi suivant ses pas. Il se rapprocha du longiligne récent marié, ancra son regard bien caché dans celui qui osait porter la main sur son Vice. Il ne se donna pas la peine de sourire, pas la peine de paraître… Heureux. Car cela aurait juste prétexter le mensonge. Sa main soudainement se leva, son aura de prédateur les enveloppant, et il la lui présenta pour serrer la sienne.

« Tous mes vœux de bonheur, confrère. »

Ces mots faisaient office d’acide dans sa gorge. Mais il ne pouvait le lui montrer, pas à lui, pas tant qu’il ne savait pas. Et là était sa carte, là qu’il jubilait. Jor’ offrit un salut respectueux à Holker, pour mieux se glisser vers cette Aerith déguisée. Arrache-lui ce bonheur factice, traître à sa race ! Ses squames frissonnèrent, brisées. Et l’Inquisiteur prit la main délicate de la dite Dame Kessi, pour la porter à son visage masqué, mimant un baisemain tout aussi respectueux.

« Tous mes vœux de bonheur. »

Mais c’est alors qu’il se rapprocha, posa son autre paume sur son bras, se rapprochant de ce visage, pour glisser quelques mots que seule elle comprendrait. Un chuchotis saurien, une obscurité empoisonnée et redoutée.



Des mots pour la blesser, des mots pour lui montrer. Des mots pour réveiller la bête enfouie qui l’avait tant méprisé et blessé, qu’il avait failli gober comme elle avait failli l’éventrer, dans leur tendre et vicieuse histoire. L’Inquisiteur salua de nouveau, respectueusement. Autant de fausseté écailleuse dans la même pièce… Un contenu inaudible, une graine inséminée pour détruire l’autre que le corbeau avait planté.

L’Inquisiteur s’éloigna alors, sans un regard de plus. Silence fut, tandis qu’il reprenait sa place dans les ombres, à distance. Il jouait la pièce que Satan lui avait demandée. Il ne serait que figurant grotesque, incapable de cacher toute l’immensité de sa rage, de cet amour malsain… De cette haine amoureuse. La destruction appartient au chaos, chuchotèrent-elles alors.

(c) DΛNDELION







Signas:
 
Siv n'était vraisemblablement pas la personne la plus à l'aise de cette petite sauterie, et c'était de loin le cas de le dire. Tendue dans une posture rigide, la tête légèrement basse et le regard trahissant un ennui profond, elle observait les invités graviter autour du couple nouvellement, sinon formé, légalement déclaré. A peine ses yeux s'attardaient sur eux qu'ils se retrouvaient de nouveau ensevelis sous les souhaits de bonheur, les présents, les attentions hypocrites. Siv, quant à elle, était venue les mains vides, mais au moins était-elle venue. Son absence aurait pu être mal vue et peut être même interprété par les plus zélés des colporteurs. Pas qu'elle en eut grand chose à faire, à vrai dire, car elle n'était pas là pour ménager les rumeurs. Elle les avait entendu, sifflements vipérins sur son passage. Quel outrage, quel scandale. De quelle droit la dernière des Hloggar se présentait-elle à un événement comme celui-ci ? On finissait par relativiser, cependant, car Siv était loin d'être la moins civilisée des officiers de Guerre. Elle se contentait d'étirer ses lèvres dans un rictus moqueur lorsque quelques paroles audacieuses à son encontre lui parvenait aux oreilles. Peu étonnant qu'elles s'arrêtent bien vite, car on avait tôt fait de se rappeler sa nature lupine.

Mais Siv commençait à se lasser, et bien qu'elle appréciait plus que tout l'air scandalisé et véhément des quelques dignitaires qui la reconnaissaient, elle n'avait clairement pas sa place ici, dans la haute société. Dans le monde des flatteries, des belles paroles et des requins politiques. Le gratin de l'Empire, comme ils se présentaient, sans nul doute. En raison du grade de l'Inquisiteur Hallgrimr, nombre de militaires étaient également présents -et tout aussi mal à l'aise qu'elle, ce qui l'apaisait quelque peu. Elle aurait pitié de l'inconscient qui aurait dans l'idée de venir saboter les festivités. Même la Résistance devait se tenir à carreaux, étant donné la sécurité omniprésente ; et le regroupement de la plupart des grandes pompes de l'armée impériale. Les quelques petits signes de tête amicaux qu'elle échangeait avec certains de ces visages connus étaient comme une bouffée d'air frais dans ce désert de palabres sans autre but que de flatter les égos déjà bien trop disproportionnés de la plupart des invités. L'Inquisiteur de son côté, fidèle à lui-même, semblait irréprochable. Siv ne doutait pas qu'il n'en pensait en revanche pas moins, tout miel et sucre qu'il se montrait devant les dignitaires.

Au moins y a-t-il un banquet... songea-t-elle avec sarcasme, en profitant pour enfourner un nouveau petit four au goût parfait. Elle ne les aimait pas vraiment, car ils étaient la digne illustration de l'événement : aseptisés, neutres, sans personnalité aucune sinon une vraisemblable perfection, tant dans le goût que dans l'apparence. Leur seul intérêt, décida-t-elle avant d'en saisir un second, était qu'ils créaient un parfait prétexte pour s'éloigner de la foule -et passer le temps plus rapidement. Peut-être avaient-ils été positionné là de façon stratégique ? Siv avait du mal à songer à l'Inquisiteur Hollgrimr en train de se creuser les méninges concernant la disposition de la pièce ; bien que l'image lui procurait un étrange sentiment de satisfaction.

C'est avec un sourire énigmatique qu'elle enfourna un troisième petit four, son regard toujours attentif devant le flux indistinct de la foule.





the thing
ft. ###
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Le flacon s'agitant doucement sous tes mouvement alors que la seringue ne tarda à plonger en le précieux liquide se gorgeant avidement du précieux produit. Une procédure des plus simples dont tu avais pris l'habitude il y a tant d'années, l'aiguille se portant par la suite auprès de ton avant bras pour s'enfoncer en ta veine diluant en ton organisme cette substance. Ton dosage s'étant fait bien plus généreux que d'habitude de par la pseudo importance du jour. Cela ne t'empêchait d'être comme hors de l'eau, les calmants n'ayant que le simple but de t’assommer plus qu'autre chose même si tu restais étrangement lucide. Parasité à souhait par une situation qui d'ici quelques heures allait être tout sauf celles auxquelles on t'avait habitué. Une tenue d'apparat aux rares proportions traînant précieusement en sa housse non loin d'un simple coffre au contenu emprunt de symboles de courage, de toutes les médailles que tu avais obtenu. Elles balayaient un si vaste spectre, un si vaste éventail de concessions que tu avais fait pour la gloire de l'Empire. Un si vaste éventail de sacrifices que tu avais réalisé pour du vent, pour ne simplement ressentir qu'une chose en ce jour précis, l'amertume. L'amertume de ne même pas être sûrement l'égal de certains vivants, l'amertume d'être une bête intelligente mais qui ne pourra jamais prétendre aux mêmes droits que les autres.

Le bruit du tissus s'en suivant dès lors, de légères mouvements métalliques se faisant ouïr en parallèle d'attaches le long de ton buste. Une simple paire de gants s'en suivant pour cacher des mains massacrées par ce qu'Ellgard et sa science faisait de mieux, changer la nature, humaine ou non. Tu te sentais toujours à nu, orphelin de ta cuirasse, orphelin de cette seconde peau qui t'offrait le droit d'être toi même bien loin de tout regard au cœur de cette délicieuse Fhaedren. Était-ce de la tension que tu ressentais ? De l'appréhension alors que cela faisait si longtemps qu'on t'avait supposément ôté de tout ceci, rendu bien plus qu’imperméable. Tu n'avais qu'à faire acte de présence, cela était pourtant si simple tandis que toi même tu comprenais parfaitement les intérêts d'une telle cérémonie. Endoctriné à souhait, tu savais que l'image que cela pouvait offrir était utile. Utile pour revigorer un certain moral, utile pour démontrer la richesse de l'Empire, utile pour tant de choses qui n'étaient pas dans ton rayon de préoccupations comme si savoir si ce mariage allait durer. Une question que devaient se poser certains écervelés de la plèbe et autres individus aux problèmes et réflexions plus basiques, simples.

Il était si comique de te savoir tant tiraillé, heureux pour la nation à laquelle tu seras enchaîné jusqu'à la mort. Fulminant de par le simple fait qu'il s'agissait d'un mariage entre deux êtres à la génétique inférieure, deux choses si impures pour rester dans la bienséance. Les mots ne te manquant point en ton esprit pour décrire ce sentiment d'injustice envers cette société, cette future scène regroupant tout ce que tu haïssais viscéralement et tout ce que tu devais protéger.

Les heures s'étant écoulées alors que tu te trouvais maintenant parmi l'assemblée, plus loin que jamais de l'intimité, du privé qui te permettait de te poser. Titan parmi les vivants même si fort heureusement au grand jamais une quelconque personne ne posera son regard sur toi en cette journée. La peuplade accaparées par un futur événement qui allait se profiler d'ici quelques minutes alors que ta poitrine se soulevait bien trop doucement par intermittence, le dosage chimique faisant merveilleusement son effet malgré l'accoutumance que tu avais dû développer au fil des années.

Tu la sentais cette laisse se resserrer, cette impression de ne pas s'appartenir. L'impression de n'être qu'un cabot parmi les convives les plus prestigieux. Un vulgaire prédateur qui ne savait ce qu'il faisait ici présentement hormis se pavaner pour ses maîtres car cela était bien soi disant, car cela pouvait être plaisant, intéressant, dérangeant en réalité. Atrocement dérangeant pour un chien que l'on n'avait habitué à voir ses semblables même si la muselière tenait admirablement le coup malgré le tumulte que tu te devais de gérer. Un tumulte une nouvelle fois qui voguait entre deux extrêmes. Patienter, tu n'avais qu'à faire cela, tu n'avais qu'une seule et unique tâche aussi simple soit elle. Une seule tâche que tu t'étais profondément enfoui dans ce crâne alors qu'aucune complainte, qu'aucun soupir ne devait franchir tes lèvres présentement scellées. Tes sens s'endormant pour certains, par manque d'intérêt ou alors par altération du fonctionnement normal de ton cerveau alors qu'un imperceptible tic se manifestait. Une main se rapprochant de sa jumelle pour finalement reposer sa paume contre le dos de sa semblable. Il y eut comme une contraction, une tentative de broiement pour passer le temps alors que tes gants se tiraient avec vigueur sous l'activité de ta propre poigne. Une inspiration, une expiration tout ce qu'il y avait de plus simple. Que tout ceci allait être long en réalité te disais tu en réalité après avoir reconsidéré tes pensées d'il y a plusieurs heures.

Attendre, tu n'avais que ça à faire même si tu broyais du noir plus que jamais, même si tu étais plus que hors de ta zone de confort. Il y avait bien des moments déplaisants en une vie, tu avais bien passé tes dix dernières années dans l'allégresse alors tu te devais de tenir. Tu devais d'afficher la façade humaine, la façade que l'on appelait Brynjar Fearghal, Centurio de Saccage et non pas la déformation, le prédateur, la bête.

Tu n'avais qu'un travail, faire le beau, chien de guerre alors que tout finissait enfin par se dérouler, enfin.




ainsi vint l'union
sacrificielle

la fin d'une ère, le commencement d'une nouvelle

Leurs lèvres se scellent. Aerith sent un corps étranger se glisser entre ses appendices, elle l’accueille, l’acceptant lui et la salive se mélangeant à la sienne. Le poison s’y mêle, brûlant sa langue et les parois de ses joues. Lorsqu’elle avale, elle s’y brûle. Lorsque le contact entre les deux corps se rompt, il laisse derrière lui un goût amer et âpre, qui reste comme une fine pellicule toxique sur les lèvres charnues. Puis vient une étreinte, douce, suivie d’un murmure. Il suffit à faire naître sur les lèvres de la femme un sourire large et mauvais, teinté d’une joie certaine. Aerith joint ses bras dans le dos de Holker, resserrant la douceur maladive de leur enlacement. Elle entend la foule applaudir, et inspire une profonde bouffée d’air, polluée par l’odeur poivrée de l’Inquisiteur. À présent que l’engrenage était en marche, il fallait qu’il se stabilise. Il fallait qu’il soit régulièrement huilé, pour que le mécanisme ne rouille ou ne grince jamais. Le mécanisme devait être propre, soigné, entretenu avec la plus grande précaution possible.
C’était son dessein.

Ils abandonnent la chaleur de leurs corps respectifs, et Kessi observe l’homme avec de grands yeux pétillants et remplis d’émotion. Aucune expression ne trahissait qui elle était vraiment aucune mimique n’était similaire au dragon, elle se fondait dans son personnage avec une aise malsaine comme si elle était cette femme depuis le début, et qu’Aerith n’était qu’un vulgaire vêtement d'apparat, un linceul mensonger, lisse.
Vint les félicitations hypocrites de certains soldats mais surtout des autres Inquisiteurs. Aerith n’a vu que Conquête. Cette créature informe, à l’odeur poisseuse. Il est purulent, et elle sent la peur familière chatouiller ses os et ronger ses tendons. Elle esquisse un sourire - rictus dérangé. Avaler cette nouvelle a sans aucun doute dû être dur pour lui. Il fallait dire qu’elle ne lui avait pas laissé le choix, peu importe sa réaction, ce dernier avait été pris indépendamment de lui. Elle se demandait s’il la haïssait, en ce moment même. Elle frissonnait à cette simple idée, à l’idée qu’il la déteste. Elle sentait l’amertume s’échapper de sa gorge, lorsqu’il s’adressa à Holker. Elle jeta aux deux hommes un regard distrait, amusée par la confrontation. Quand il s’approcha d’elle, elle plongea son regard sur sa visière opaque, cherchant à travers le verre teinté ses yeux haineux et se nourrissant de l’aura qu’il dégageait. Lorsque sa main fut saisie et qu’il lui souhaita ses voeux de bonheur, elle sourit, sans plus, lâchant un remerciement presque timide, apeuré, pâle. Elle reprit rapidement sa main, et quand il s’approcha pour murmurer à son oreille d’acerbes mots, elle plissa les yeux, sans répondre. Enfin quand il s’éloigna, elle lui jeta un regard rempli de mépris, sentant au creux de sa gorge se former une masse de bile noire qu’elle voulut recracher sur le tapis de velours ou sur les visages trop mielleux des invités. Mais même si son masque restait en place, elle le réajusta d’une main distraite, avant de jeter un coup d’oeil à l’assemblée. Les foules se dispersaient, il était temps d’agir.

Son corps se glissa parmis les corps, bravant les félicitations omniprésents que aristocrates lui graciaient, voyant déjà dans leurs faces malingres et leurs corps pansus l’appât du pouvoir, essayant de s’agripper à sa robe pour pouvoir atteindre d’une façon ou d’une autre les crochets de l’Inquisiteur qui trônait à présent à côté d’elle. Elle aimait cette sensation, celle d’être jalousée, admirée. Celle d’être utilisée comme moyen pour une fin pourtant déjà toute tracée. Kessi conversait avec les invités, se repaissant des volontés et motivations obscures de ses interlocuteurs baveux. Acceptant certains cadeaux, refusant d’autres semblant plus empoisonnés ou justement les acceptant les bras tendus en sachant justement ce qu’ils contiennent. Elle voyait de leurs sourires, de leurs dents jaunies surplombées de gencives roses s’échapper un poison noir s’exfiltrant de leurs lèvres. Elle n’était pas dupe, mais peut-être paranoïaque. Pour elle, il était fort peu probable que dans une société comme celle-ci, les attentions de l’altérité vienne de bon coeur. Il y avait forcément des desseins plus ou moins cachés, des motivations qui devraient être tues, exactement comme cette cérémonie.
La vie n’était faite que de semblants, parfois vrais, surtout faux.

Un regard était jeté par-dessus son épaule, cherchant entre la masse du peuple la crinière plumeuse de l’Inquisiteur. Elle le discerna sans trop de mal parmi les autres grâce à sa taille mais surtout à sa stature bien différente du reste. Halte, fière, droite. Les autres étaient courbatus ou trop cambrés et gras, laids. Elle se dirigea ainsi vers Holker et constata qu’il avait été happé lui aussi par quelques gens, dont une face qui lui était plus ou moins familière de loin. Elle arriva alors vers eux, saluant d’un hochement de tête poli et assez distant les interlocuteurs du corbeau qui s’esclaffaient à sa venue.

« Vous êtes vraiment magnifiques !, ria l’un. »

Kessi glissa ses yeux sur eux. Elle reconnaissait parmi ces formes une autre plus grosse à la face adipeuse et grasse de sébum, qui se trouvait être un des convives qu’Holker avait accueilli chez lui il y a quelques mois, alors qu’il n’était pas encore à la tête de Guerre. Qui était-il, déjà ? Elle ne se souvient de lui que sous sa forme la plus primitive, lorsqu’il dévorait comme le porc qu’il était la viande humaine que le jadis Chevalier de Pestilence leur avait servi. Il n’avait absolument pas changé, ni maigrit, d’ailleurs. Kessi esquissa un sourire, avant d’enrouler son bras autour de celui de son mari, se lovant contre ce dernier, la tête déposée contre son épaule. Elle jouait à merveille la femme éperdument amoureuse, choisissant soigneusement ses actes pour à la fois sublimer sa couverture sans trop en faire, mais également titiller les nerfs de son maître d’une griffe joueuse.

Alors qu’elle voulut se détacher de l’homme pour retourner vaquer à ses occupations, un autre individu se détacha de la foule pour se positionner face à eux. Une face inconnue à nouveau. Une femme assez vieille, aux épaules froissées par l’âge et partiellement recouvertes d’une écharpe épaisse.

« Vous êtes si beaux ensemble, fit-elle de sa voix éraillée et crissante, comptez-vous avoir des enfants ? Il faudra rapidement désigner une marraine et un parrain ! »

Kessi sourit. Elle était touchée par l’étrange sincérité de la femme, qui semblait pure et dégoulinante d’une jovialité dont elle aurait aimé ne pas se méfier. Elle se détacha légèrement de son mari sans pour autant totalement rompre le contact avec lui, avant d’agiter timidement sa main dans les airs.

« Eh bien puisque nous en parlons, fit-elle, puis-je vous faire une confidence ? La foule autour d’eux se resserrait et d’autres invités la rejoignirent. Elle grossissait, devenant presque noire. Cela ne fait que deux mois, mais Holker et moi attendons bel et bien un enfant. »
Elle avait déclenché un nouveau brouhaha. Elle avait posé une nouvelle bombe, et avait resserré l’étreinte de son bras autour de celui du Seigneur Inquisiteur. Doucement, elle vint chercher les doigts de ce dernier, les entremêlant aux siens, les entraînant dans une étreinte douce et violente à la fois, lancinante, plongeant ses ongles en son épiderme.

« Je t’aime, souffla-t-elle à l’homme. »

@feat holker hallgrimr & libre robe - www
Awful


Tenere non potes,

potes non perdere diem.
Il y avait quelque chose de noble dans les cérémonies officielles. Quelque chose de fondamentalement beau, quelque chose qui parlait et hurlait en lui en un écho à la fois très distant et tout proche, qui montait dans ses tripes comme un liquide bouillonnant et agité de spasmes cathartiques. Pourtant, il n’appréciait généralement que très peu ces occasions, préférant normalement les observer de loin comme un scientifique désintéressé, en disséquer les rouages et les mécanismes intérieurs pour en comprendre toute la subtilité. Il y avait là, sans le moindre doute, quelque chose de très paradoxal pour l’Inquisiteur qui ne pouvait comprendre les plaisirs abstraits et représentatifs, pour lui qui n’appréciait que la joie la plus directe et consistante. Et pourtant, maintenant qu’il se trouvait plongé dans cette foule épaisse et colorée, où les visages les plus divers des plus précieux représentants de l’Empire se pressaient en une masse épaisse et presque incohérente, il devait avouer jubiler. S’extasier, même. Tous étaient là, non pas pour lui, ce dont il n’avait de toute façon cure, mais par lui. Par son dessein. Leurs vies se résumaient en cet instant, pendant un court moment de grâce à servir ses plans, à avancer ses machinations les plus ingénieuses. Ils étaient à lui. Du serpent mythologique, qu’il pouvait sentir bouillonner de jalousie, de ses paroles fielleuses au langage archaïque qu’il croyait sans doute, dans un vain élan d’orgueil, être le seul à maîtriser. Il ne fit pas mine de réagir, préférant lui laisser cette dangereuse illusion, et se contenta de hocher de la tête avec un sourire radieux de bonheur, opposant sa bonhommie la plus insolente aux remuements intérieurs de son interlocuteur.

Les créatures mythologiques avaient toujours eu pour lui ce côté fascinant qu’avaient les animaux bigarrées et exotiques. Elles ne pouvaient pas s’empêcher, malgré l’incompétence flagrante qui semblaient gangréner leurs rangs et leur incapacité à marquer l’histoire de manière significative malgré les pouvoirs qui étaient les leurs et leur arrogance sans borne de se sentir supérieures, de se démarquer de l’humanité par leur longévité, comme si cette dernière était autre chose qu’un témoignage navrant de leur langueur lénifiante. Il suffisait pour s’en convaincre de regarder Aerith et Jor. L’une avait été une épave sans le moindre intérêt autre que son potentiel avant qu’Holker ne l’élève au-dessus de sa condition première, et l’autre était… Asservi. Son odeur était pleine de rage contenue et de soumission forcée, de désirs inassouvis et de colère froide. Il aimait son odeur. Elle lui allait bien, comme un parfum insolent dont on l’aurait aspergé contre son gré. L’humanité leur allait décidément à ravir, puisqu’elle faisait d’eux ce qu’ils devaient être. Des instruments, soumis à la volonté de gens plus visionnaires qu’eux. Et malgré la crainte mystique que lui inspirait la simple présence du serpent, il savait que la partie la plus primale de son cerveau n'était que cela, un reste atavique qui réagissait à son existence, quelque chose de misérable et de laid. Il laissa le reste des invités défiler devant lui pour le congratuler, observant de loin les membres les plus importants de Guerre, leur adressant un bref salut chaleureux de la main. Aujourd’hui, il n’était pas Holker l’Inquisiteur. Il n’était pas le Corbeau noir, l’Ogre de l’Empire, le bras armé de l’Empereur. Il était simplement un homme marié, et il était bon de s’en rappeler. Il voulait que tous aient à l’esprit cet image d’un homme heureux, de quelqu’un qui flottait sur un nuage brillant fait de bonheur et de joie purs. Il pouvait entendre les conversations des gens, ses sens aiguisés au-delà des limites humaines percevant les moindres variations dans les voix de ses invités, l’informant des variations de volumes et de tons dans la tapisserie mouvante des conversations.

Tout se passait bien. Tout se passait comme tout devait se passer, et cela, encore une fois, le satisfaisait grandement. Il laissa un large sourire fleurir sur son visage, les traits fins de ses lèvres s’étirant comme une cicatrice flamboyante sur sa bouche, et il pencha une énième fois la tête pour signifier à un énième convive qu’il avait bien entendu ses congratulations. Ce dernier recula légèrement, le changement dans l’expression de Holker devant lui paraître le signe dangereux du retour à la normal de l’Inquisiteur. Il n’en fut rien, et ce dernier lui posa doucement la main sur l’épaule, avant de le serrer contre lui, sa haute stature semblant dévorer la silhouette moins haute de son interlocuteur. Ses bras entourèrent doucement le dos légèrement humide de la personne, lui tapant dans le dos avant de s’en détacher. Nombreux furent ceux qui remarquèrent ce geste favorable du puissant homme, et malgré la crainte manifeste et l’inquiétude sourde qui pulsait en lui, l’autre retourna la faveur. Leur accolade fut brève, et Holker se détacha rapidement de lui, le laissant de nouveau dériver dans la mer humaine. Il pouvait voir se diriger vers lui deux personnes maintenant, deux créatures différentes et pourtant si semblables. La première était son esclave et sa femme, et la deuxième était un de ces influenceurs qu’il avait lui-même converti à sa cause, et qui était maintenant un de ses plus fervents soutiens. Malgré la répugnance que lui inspirait sa forme adipeuse, Holker devait lui reconnaître une maîtrise certaine des rouages administratifs et humains. Il naviguait dans les eaux troubles de la bureaucratie ellgardienne comme un gros poisson de vase, y créant son empire et sa niche confortable. Il laissa Aerith s’échouer près de lui, s’agripper et se lover contre son bras, la présence de la bête mythologique ne lui inspirant aucune confiance. Elle aimait tester les limites qu’il lui imposait, et elle aimait recevoir ses punitions. C’était un jeu pervers qui ne l’amusait que très peu, et qu’il considérait au mieux comme les fantaisies imbéciles d’une enfant attardée. Il ne pouvait cependant rien y faire ici, et s’il pressentait qu’elle allait encore une fois allégrement outrepasser ses attributions, il n’en montra rien. Il écouta distraitement la conversation échangée entre les deux, et passa sa propre main sur l’épaule du dragon.

Un enfant. De toutes les imbécilités sans nom qu’elle avait pu sortir, il avait fallu qu’elle l’affuble d’un gamin. L’idée même de se reproduire, de perdre son identité propre pour ne plus devenir qu’un pont génétique l’horrifiait et l’emplissait d’une sainte horreur. Un enfant. Un gamin. Un chiard puant et hurlant, une bouche à nourrir sans la moindre utilité. Holker réprima avec la plus grande difficulté un frisson de dégout, et força son sourire à s’élargir, le pli de ses lèvres s’ouvrant comme une blessure béante pour dévoiler ses dents immaculées. Même si cette sortie de son esclave n’était pas prévue, il devait avouer qu’elle ne ferait qu’ajouter au tragique de la situation. Aerith s’amusait à ses dépens, certes, et pour cela elle devrait payer, mais elle avait au moins le bon gout de le faire de manière utile et productive, ce qui représentait un changement bienvenu par rapport à ceux à quoi il était habitué. Il la regarda avec amour, son regard semblant se charger d’une lumière intérieure, et il lui répondit doucement, sa voix à peine plus qu’un murmure, et pourtant parfaitement audible :

"Moi aussi je t’aime."

Les paroles étaient douces et le ton mielleux, plein d’un amour transi. Il posa ses lèvres sur le haut de son crâne, et y déposa un baiser doux, avant de se détacher d’elle et d’attraper un verre. Il le leva bien haut, sa voix tintant clairement au-dessus des conversations agitées, interrompant momentanément le flux chaotique de ces dernières :

"Mes amis, mes amis, pardonnez cette interruption, mais j’ai une annonce à vous faire !"

Il attendit que tout le monde se calme et fasse silence, prenant en attendant entre ses doigts longs la main de sa nouvelle compagne. Le clairon de sa voix tonna fièrement dans la pièce, l’emplissant de ses intonations graves et rocailleuses :

"La lumière de ma vie, ma femme, attend notre enfant."

Il y eut un bref moment de silence, le temps que l’information monte jusqu’au cerveau de ses invités, puis un tonnerre d’applaudissements. Il attendit un instant, se nourrissant de cette énergie nouvelle, et leva brièvement une main, invitant les convives au silence.

"Vous connaissez sans doute tous ma propension aux discours longs et ennuyeux, aussi tenterai-je d’être bref. C’est une bénédiction merveilleuse qu’elle m’offre, et je ne peux que lui en être éternellement reconnaissant. A notre enfant, fit-il en levant son verre."

Tous suivirent son geste, et le concert des félicitations reprit de plus belle, ravivé par cette nouvelle annonce. Holker se pencha à l’oreille de la dragonne, ses lèvres touchant l’organe délicat, et il lui susurra, sa diction ne laissant planer aucune équivoque sur ses intentions :

"Ne teste pas mes limites. Pas aujourd’hui."

Il se remit ensuite dans une position normale, et la serra contre lui, laissant les gens venir à eux. Peu importaient ces distractions secondaires. Peu importait même que certains perçoivent ce qui se passait. Tout cela n’aurait bientôt plus aucune importance.
Saisissant sa montre à gousset en dehors de la poche de sa tunique, elle l'ouvrit pour en regarder l'heure. Autre point à rajouter sur la liste de "Pourquoi les mariages sont inutiles"... ils sont inutilement long. Comme beaucoup de cérémonie, les gens semblent tous détester l'attente, mais le fait que ce soit un heureux événement leur fait oublier ce dégoût naturel pour la perte de ses si précieuses minutes ou heures de vie. Elle se pencha sur sa gauche, son voisin silencieux qu'elle avait traîné de force, lui servant d'excuse, un bras autour du sien lorsqu'elle se lèverait et empêcherait les hommes les plus arrogants de venir lui parler. Elle murmura à son oreille des mots que personnes n'entendirent sauf lui, puis s'écarte avec un léger sourire amusé. Il soupira et embrassa le haut du crâne de Linia. Certaines interrogations se posèrent pour leurs voisins : un autre couple heureux ? Des murmures contents d'avoir des ragots à se partager montèrent. D'une part, ceux et celles, heureux de voir une officière impériale en couple. D'une autre part, ceux et celles pestant qu'elle tentait d'accaparer l'attention des gens durant le mariage de l'Inquisiteur. Les marionnettes sont toujours un outil pratique, car les autres, qui se fichent complètement de ce genre de mouvement, vont quand même en entendre parler. Une journée de tranquillité gagnée grâce à un de ses subalternes un peu mignon, mais surtout loyal.

Quand la foule se leva, elle attendit un peu avant de se redresser, son chevalier blanc la tenant par le bras, applaudissant mollement pour un mariage inutile. Elle devait faire comme toute personne dont l'importance était juste assez haute pour avoir le droit de donner ses vœux, mais pas assez élevée pour le faire dans les premiers : attendre et réfléchir à ce qu'elle allait dire. Elle hésitait en réalité entre trois propositions de son esprit ennuyé. La première, simple et sobre : "Mes félicitations, un homme marié possède toujours ce que les autres désirent.", ou avec moins d'esprit "Mes félicitations, en espérant que vous ne serez pas trop vite saoul de ce fruit rare"... mouai, pas terrible. Ou bien être honnête "Bienvenue dans la catégorie des reproducteurs, que votre lignée soit courte, car elle risquerait de faire de l'ombre à la mienne"... La première, définitivement la première. Il vaut mieux être en partie honnête, et n'offrir qu'une base dans le mensonge. Un homme marié à toujours ce que les autres convoitent, c'est une certitude, car une femme prise devient un fruit défendu. Par contre, elle considère que le mariage est une perte de temps et d'argent, alors elle ne félicitera pas quelqu'un d'aussi intelligent de faire quelque chose d'aussi stupide en étant sincère. On peut douter des sentiments qui ont conduits à ce mariage, et il faudra peut-être qu'un jour elle se résigne elle aussi à un mariage politique, mais même le plus intelligent des mariages restes une idiotie sans nom.

Son cavalier et elle s'installèrent donc un peu plus loin dans l'essaim d'abeilles attendant de goûter au miel de bonheur du couple. Elle saisit un verre de vin sur le chemin, sa canne en suspens dans le creux de son coude. Quelqu'un, une femme, qu'elle ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam s'approcha. Au vu de sa parure, riche, influente. Elle toucha son bras, et Linia contint un tremblement nerveux, son visage se crispant un instant dans une moue de mépris. Personne ne la touche sans son autorisation. Elle regarda donc cette brune inconnue, toute heureuse et impatiente de pouvoir ragoter, sûrement sa passion dans un milieu où le moindre regard est analysé, détaillé, décrypté pour le plaisir de le traduire comme on le souhaite. Après l'avoir salué d'un signe de tête et d'un sourire, elle se pencha vers cette envahisseuse pour entendre ce qu'elle voulait sûrement lui dire.

-" C'est merveilleux n'est-ce pas ? Ils attendent un enfant ! Une femme enceinte est toujours plus belle. "

Premièrement, elle en fut sans voix. Pas de l'information, non. Si sa cruche est enceinte, au moins cela signifie que l'Inquisiteur sait aussi être un amant. Bien qu'elle en doute fortement, de cette annonce pas des qualités d'amant de la Guerre, ce qui la fit rester sans voix, c'était le fait qu'elle s'ennuyait tellement qu'elle n'avait rien entendu. Cela semblait ravir la femme qui s'écarta pour aller faire le même discours à d'autres. Ensuite, comment peut-on être assez stupide pour trouver qu'une femme enceinte est belle?! La peau se distend pour accueillir le parasite de neuf mois qui puisera la force et l'énergie de la pauvre victime avant d'accoucher dans le sang et la douleur pour offrir la vie à une créature si faible qu'elle ne survivra peut-être pas au premier rhume sans aide médicale. Elle se tourna vers son preux chevalier avec un air effarée, qui lui, leva les yeux au ciel en soupirant avant de lui dire.

-" Vous pourriez au moins faire semblant d'être attentive... et ça va être votre tour bientôt. Gnn..."

Elle le frappe d'un coup de talon sur le bout du pied, souriante en se remettant droite. Loyal certes, une chance pour lui car sinon elle ne lui laisserait pas lui parler comme ça. Elle s'avança alors lentement, passant entre les convives, son serviteur au bras. Après une longue traversée, elle arriva devant le couple enlacé. Elle attendit un peu, regardant ce moment "heureux" avec un visage si souriant qu'il transpirait la neutralité intérieure : elle... s'en... fichait. Elle lâcha le bras de son "compagnon" du soir, et prit le verre de vin dans sa main gauche, reprenant sa canne dans la droite. Elle porta le breuvage au-dessus de sa tête en fixant Holker et sa femme, s'inclinant en même temps, jambe gauche vers l'arrière, jambe droite fléchit. Puis elle se redressa, portant son regard sur la mariée un long moment, la tête pencher. Ses pupilles se contractèrent à ce moment, un regard froid, mais pas in-intéressé non, la froideur d'un prédateur sur la défensive face à quelque chose de menaçant, une menace inconnue, dont elle ne peut jauger de la dangerosité et encore moins de sa nature. Puis elle posa ses yeux sur l'autre rapace des lieux. Ses yeux étaient toujours contractés et honnêtes, alors que le reste de son visage rayonnait.

-" Inquisiteur, mes félicitations. Vous avez à présent quelque chose que tous convoitent, prenez en soin. "

Se faisant, elle tendit son verre en direction du couple, avant de le porter à ses lèvres et d'en boire une gorgée. Pendant qu'elle laissant le liquide rougeâtre couler dans sa gorge, elle reporta son regarde de travers vers cette mystérieuse incubatrice de chiard. Les poils derrière sa nuque se dressèrent sans le vouloir et si elle avait encore été une enfant qui ne se contrôle pas, elle aurait sûrement tenté de la rendre folle pour annihiler la menace. Elle se contenta d'abaisser son verre, lançant un regard vers la foule avant de revenir sur les âmes liées jusqu'à ce que la mort les sépares, penchant la tête comme elle seule sait le faire. Une chouette voulant montrer sa "soumission" sur le territoire d'un autre prédateur, attendant visiblement de savoir si sa simple personne méritait un remerciement du couple le plus important de la journée derrière l'Empereur et l'Impératrice, et devant l'hésitation de son jouet, elle tendit son bras pour que le soldat puis la saisirent. Sans un regard avec sa supérieure, il s'inclina devant Holker et fit ses vœux de bonheur, visiblement mal à l'aise devant le grand Corbeau.