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La léthargie peut-elle endormir le sommeil ? - PV Arcania

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La ville grouillait. D’un coin à l’autre, le regard captait un événement, une histoire. Marchands, habitants, visiteurs. Une foule qui s’étendait dans les rues occupées de la ville. Éclats de voix, de rire. Les vies qui s’entrelacent, qui se croisent, qui s’éloignent. Différentes histoires murmurées dans chaque geste. Izrheron était une fourmilière vivante. Et pourtant, la vampire n’accordait pas la moindre attention à ce décor qui l’entourait. Capuche sur la tête, elle avançait sur cette route qu’elle avait empruntée des millions de fois déjà. Ses yeux parcouraient phrases et mots sur les pages jaunies du vieux livre qu’elle tenait. La fascination dominait ses pupilles et elle évitait avec une habileté surprenante les gens qui se trouvaient sur son chemin.

La journée était bien avancée, mais le soleil était encore haut dans le ciel. Seirafina rentrait des ports, comme à son habitude. Elle avait vérifié les comptes, reçu les marchandises, assigné les tâches. Petit à petit, les pièces s’étaient mises en place. Les employés s’étaient mis au travail et elle pouvait rentrer sereinement à sa demeure où les recherches l’attendaient patiemment. Elle conciliait facilement ce travail de commerçant avec ses recherches personnelles. Un moment de la journée pour l’un, le reste pour l’autre. Lors de la réception des paquets, la journée pouvait se trouver longue et ennuyante. Interminable. Mais cette fois-ci, la chance lui avait souri. Elle avait pu s’éclipser plus rapidement que ce qu’elle aurait cru. Elle en était ravie. Et si son visage restait de marbre, ses yeux reflétaient un éclair de joie.

Elle trainait dans les rues, avançant lentement. Elle aimait prendre le temps pour savourer sa lecture. Chaque mot était important. Chaque ligne avait quelque chose à cacher. Et comme tout était encore à découvrir, elle se devait de lire ce qu’on ne lui disait pas. Il lui fallait attention et observation. Elle ne pouvait pas laisser un indice lui échapper. Elle ne savait pas si ce bouquin lui apporterait véritablement les réponses à ses questions, mais elle ne pouvait nier qu’il était passionnant.

Plongé dans la lecture, son esprit commençait à effacer les fourmis grouillantes autour d’elle. Elle avançait avec automatisme. Si bien qu’en tournant au coin d’une rue, elle tomba nez à nez avec une personne qu’elle n’avait pas vue ni entendue arriver. Elle s’arrêta brusquement, abaissant son livre et levant un regard qui s’emplissait d’une touche de surprise confuse. Mais elle se reprit rapidement. La politesse voulait qu’elle s’excuse. En avait-elle réellement envie ? Observant le personnage qui lui faisait face, elle ne dit rien. Elle ne voyait pas d’air offusquer s’afficher en grand sur son visage devant l’absence d’excuse. Bien. Puis, l’observant plus en détail, elle se demanda si elle ne l’avait pas déjà vu quelque part. Avec un léger froncement de sourcil, elle tenta de trouver quand et où. Un simple habitant de la ville n’aurait pas attiré son attention, elle ne pourrait en reconnaitre aucun dans les rues d’Izheron. Ceux dont elle se rappelait le visage avaient généralement déjà croisé sa route, durant plus de quelques secondes.

- Qui… êtes-vous ?

La question quitta ses lèvres avant même qu’elle n’y pense. Elle tentait encore de découvrir d’où lui venait cette impression. Il était rare qu’elle adresse la parole en premier, mais il semblait impossible de se concentrer sur ses recherches tant qu’elle n’avait pas trouvé où elle avait bien pu rencontrer cette personne et pourtant ne pas pouvoir nommer son nom.

« Vagues humaines, locomotion et rencontres »

Sur le chemin qui le menait de Lenalaserine jusqu'à Izheron, Arcania, le grand séraph déchu, avait fait la rencontre d'un cuisinier mobile. En effet, du nom d'Hinnéas, l'homme lui avait proposé de l'emmener jusqu'à la ville des Artisans. Bien entendu, le géant n'avait pas rechigné à accepter l'offre et était monté en un rien de temps dans le véhicule. Sur la route, ils discutèrent brièvement de tout et de rien, le cuisinier étant un personnage sociable et facile enclin à discuter. Ce n'était guère évident pour Léthargie qui, lui, était plutôt taciturne habituellement. Mais sans savoir pour quelles raisons, il ressentait une profonde empathie pour cet humain. Les portes de la ville arrivèrent donc en un rien de temps et, faisant leurs adieux respectifs, Hinnéas aiguilla l'ermite pour facilement s'y retrouver dans les rues tortueuses et ainsi trouver un moyen de locomotion pour se rendre jusqu'à Akantha.

Hélas, Arcania n'en retint que très peu de choses. Il se retrouva donc nez-à-nez avec les rues pleines de passants, de charrues et de vendeurs drogués à l'adrénaline de la vente furieuse. En effet, les rues semblaient lui gronder, lui gueuler à la figure d'acheter, d'acheter et de dépenser le peu d'argent qu'il possédait. Ici et là, les personnages défendaient leurs marchandises avec une ferveur digne de ceux de Mearian. Armes, légumes, armures, babioles, il y avait de tout pour satisfaire le moindre pigeon. Et les rues, noires de monde, semblaient difficiles à parcourir alors notre personnage jugea la situation un instant. Puis, de sa taille emblématique, il se décida d'y aller franchement et se battre contre houle humaine. Rien de bien difficile mais c'était tout de moins gênant. Les hurlements, les regards sur sa personne, les négociations à outrances, les chiffres. Tout l'irritait un tantinet et il pria pour s'y retrouver. S'il devait prendre un bateau pour aller Akantha, il devait automatiquement traverser la ville en diagonale, sous un soleil taquin qui trônait dans le ciel dépourvu de nuages.

« *Ne pas les endormir. Surtout, ne pas les endormir.* » se disait-il dans ses pensées ténébreuses. Heureusement pour lui, sa chère et tendresse maîtresse, Corruption, ne semblait pas vouloir l'emmerder. Il longea alors le flanc droit d'une rue à peu près tranquille pour finalement tourner dans son coin. Toutefois, il n'avait pas prévu de rencontrer un projectile sur sa trajectoire.

Une femme avec un livre à la main. Elle semblait surprise d'être tombée sur lui et, sans dire un mot, elle dévisagea le taciturne. A quoi pensait-elle ? Ne pouvait-elle pas continuer sa route, sans pour autant s'attarder sur un inconnu ? Arcania attendit, sans broncher, las de faire face à d'autres humains. Et au final, des lèvres de la femme émergeaient quelques mots, différents de ceux qu'il avait pu entendre précédemment. Qui...êtes-vous ?

L'homme aux cheveux noirs de jais se retint de sourire. Il imaginait répondre, dans le plus grand des calmes : Je suis une divinité déchue de Mearian, le Léthargie et je suis à la recherche de Parjure pour monter une garde rapprochée pour ensuite aller prendre ma revanche et anéantir Mearian de leurs doctes religieux débiles et pourquoi pas, foutre le chaos dans les autres nations et enfin, trouver un sens à mon existence. Mais bien évidemment, il se retint de dire tout ça et prononcer, d'un ton totalement plat et fatigué.

« Je suis un voyageur fatigué qui cherche à se rendre à Akantha. Et vous, humaine ? » Pris dans son élan, il avait rajouté humaine sans le vouloir et espéra instantanément qu'elle ne l'ait pas remarquée.





« Even if the morrow is barren of promises,
nothing shall forestall my return
»
« Invité, tu es le prochain sur ma liste »
Un voyageur. Tiens donc. Alors, il ne vivait pas à Izheron. Il n’était pas non plus un de ses partenaires d’affaires, mais elle s’en était fortement doutée. Il ne ressemblait pas aux petits marchands avec qui elle échangeait généralement. La question ne voulait pourtant pas quitter son esprit et elle continuait de se demander où elle pouvait bien l’avoir vu. Lui, en revanche, ne semblait pas la reconnaitre. Se trompait-elle tout simplement ? Peut-être ressemblait-il à quelqu’un qu’elle connaissait, mais son esprit lui jouait des tours. L’hésitation commençait à s’introduire en elle. Elle aurait simplement dû continuer son chemin plutôt que d’engager la conversation à l’inconnu. Ce n’était pas dans ses habitudes d’aller bavarder avec la première personne venue. Par contre, cette impression de l’avoir déjà rencontré ne la quittait pas. Et elle n’arrivait pas à comprendre pourquoi. Elle pourrait reprendre son chemin vers sa demeure, oublier cet incident sans importance. Ou bien, elle pourrait continuer à converser et essayer de comprendre d’où lui venait cette impression.

Elle réfléchissait à toute vitesse alors que l’inconnu n’avait pas même terminé sa phrase. Elle enregistrait pourtant tout ce qu’il disait. Voyageur. Se rendre à Akantha. Et lui renvoyer finalement la question, ajoutant un qualificatif auquel Seirafina ne s’attendait pas. Elle resta de marbre, mais au fond d’elle, elle hésita entre être amusée ou simplement intriguée. Certes, les vampires se fondaient facilement dans la masse humaine, mais pour Seirafina c’était encore plus flagrant. Elle n’avait pas cette présence menaçante qui appartenait à sa race. Étonnement, elle semblait faible et plus fragile que ces confrères et consœurs buveurs de sang. Son apparence ne signifiait pourtant pas une réelle faiblesse de sa part. Sa force était existante. Bien réelle. Quoique peut-être moins brute que d’autres. Ce corps chétif donnait facilement l’impression aux gens qu’il avait à faire une simple humaine. Faible et facile à écraser. Et Seirafina n’avait pas l’habitude de démentir. Elle ne niait pas pour autant sa véritable race et si on lui demandait, elle n’hésitait pas à donner une réponse honnête. Elle n’avait pas honte de ce qu’elle était, mais parfois, à Nueva, il valait mieux laisser parler les apparences. Aussi fausses soient-elles.

Elle n’était pas surprise d’avoir été prise pour l’une des fourmis qui les entouraient. Ce fut la curiosité qui l’envahit plutôt, car il venait gentiment de lui dire qu’il n’était pas humain. Quel humain irait appeler son voisin ainsi après tout ? Et elle se demandait maintenant ce qu’il était. Elle n’ouvrit cependant pas la bouche pour poser la question. À quoi bon, de toute façon ? Allait-il répondre sincèrement ? Rien n’en était moins sûr. Elle décida donc de ne pas s’attarder davantage sur ce mot et de répondre à son tour.

- Une simple commerçante.

Réponse courte. Sans précision. Aucun nom, aucun titre. Un simple métier qui définissait son personnage. La chercheuse restait cachée, enfouie derrière des murs de mensonges. La commerçante prenait le masque lorsqu'elle posait le pied dehors. Les gens n'avaient besoin de connaitre que ce masque. Sans laisser le silence s’installer, elle reprit la parole. Changeant le sujet pour revenir sur l’inconnu devant elle. Si elle voulait comprendre ce pressentiment qu’elle ressentait, il fallait comprendre qui était cette personne.

- Vous avez à faire à Akantha ? Eh bien. C’est amusant que nous tombions l’un sur l’autre. Mon commerce se trouve principalement en Akantha. Si vous voulez un moyen de transport, je peux vous guider vers les ports. J’y reviens justement. Vous vous doutez cependant qu’un voyage vers l’autre nation risque de ne pas être gratuit ? Mais vous pouvez toujours négocier avec les capitaines.

D’un signe de la main, Seirafina indiqua la direction à prendre et sans attendre de réponse, elle tourna les talons reprenant le chemin qu’elle venait d’effectuer en sens contraire. Elle n’hésita pas à choisir raccourcis et ruelles plus calmes qui les éloignaient de la rue principale. Les habitants grouillant d’un côté à l’autre de la ville devenaient rapidement d’énervants obstacles à contourner. Elle ne voulait pas trainer plus qu’il ne fallait dans les rues bondées de la ville marchande. Et depuis le temps qu’elle vivait à Nueva, elle avait appris à éviter le plus de fourmis possible.