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[PV : Gabriel] - With the ashes of this world in my lungs.

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With the ashes of this world in my lungs

Knightwalker & van Astraeus



Androktaszai était muette, assourdie par la déflagration sonore qui l'entourait.

L'Obsidien était rendu insensible à l'altitude, prostré dans son mutisme. A la chute libre qui l'enveloppait d'un univers glacial, où des rafales hurlantes tentaient de lacérer sa peau tannée en se faufilant dans le moindre interstice de son armure lamellaire, infranchissable rempart d'ébène. Dans son sillage, le sombre étendard mutilé qu'incarnait les vestiges de sa cape se faisait l'ultime prémice de sa venue. Impavide, le Tyran était prostré dans une sérénité sans borne. Le halètement de sa respiration emplissait son crâne, où le sang battait déjà comme un huissier rendu fou. Sa pupille capturait la moindre parcelle de lumière solaire, étrangement alerte. Le sens transmettait les informations au centre névralgique, qui les envoyait tout droit au cerveau. Les synapses les analysaient, froidement, sans rage, sans frénésie.

“ The first time I killed, it felt wrong. „

Étrangement serein, l'impérieux Helios se complaisait dans une sorte d'abandon littéral au destin, aux lois de la physique qui s'étaient empressées de lui rappeler leur existence à l'instant précis où il s'était élevé si haut dans le ciel qu'il avait crevé l'épaisse couche de nuage résidant comme une canopée grisâtre et maussade au-dessus de la frontière. Et même malgré cette apparente désinvolture transparaissait la rigueur mécanique du Commandant. Au moment où le signal mental lui avait été donné par les troupes au sol, l'Ange s'était exécuté avec une expertise martiale pétrifiante, sans aucune marque d'hésitation, comme automatisé. Un instinct guerrier qui prenait le pas sur tout raisonnement, alimenté par une perpétuelle soif meurtrière, un abyssal désir d'annihilation qui éclipsait toute réflexion, transformant son réceptacle en morbide agent de mort. Un héraut du carnage qui ne connaissait aucun égal.

“ Which is good, right? „

Chaque seconde s'étirait vers l'infinité, alors que sa vitesse augmentait, son poids important se démultipliant au fur et à mesure qu'il se rapprochait du sol avec une tranquilité mortelle. Franchissant une nouvelle fois la croûte duveteuse régnant en paisible sentinelle, le colosse porta un avant-bras en visière, devant la fente tranchée dans l'acier de son ventaille, protégeant ses saphirs céruléens des précipitations qui trempèrent son armure, amplifiant sa sombre splendeur. L'eau glacée s'insinua jusqu'au le cuir assurant la jonction entre les plaques de son carcan, faisant naître un frisson de déplaisir le long de épine dorsale. Ses lèvres se mouvèrent, en silence, dissimulées derrière le visage figé arboré par son casque. Un juron, une psalmodie, un voeu de triomphe - ou, au contraire, un appétit grandissant pour le massacre, alors que le sol se rapprochait de façon inquiétante.

“ But now. „

Alors, ses ailes se déployèrent comme autant de freins, massifs, puissants, se faisant l'outil d'une chute drastique dans la célérité quasi-similaire à celle d'un astre venant s'écraser sur la surface de Nueva. Grognement courroucé, quand Helios fut arraché de sa paix, catapulté à l'intérieur de sa propre armure, malmené par la brutalité du procédé. Sans doute était-ce nécessaire pour le garder en vie, ses côtes émettant un craquement sonore, mais il s'agissait aussi d'un sinistre rituel, pour l'Obsidien, dont les traits jusque là inertes se muaient en masque de rage. Le sol se rapprochait toujours avec une vitesse terrifiante, et cette fois, ce fut un cri de guerre assourdissant qui jaillit de la gorge déshydraté du Tyran.

3'000.

2'000.

1'000.

Helios roulait en position verticale, jambes fléchies, ses radieuses ailes argentées cherchant toujours à le ralentir en appréhension de l'inexorable contact avec la surface.

“ Now... „

Flash aveuglant, roulement de tonnerre.

Il heurta le sol, personnification d'un météore génocidaire, avec une force oblitératrice, cataclysmique, soulevant un épais nuage de poussière, similaire à un voile de censure désespéré. Une vague éthérée, invisible à l'oeil nu, formait un anneau de dévastation à l'endroit de l'impact, qui précédait le souffle de l'explosion, un funeste front de décomposition. L'onde de choc se propageait comme un mur de son d'une puissance abrutissante, comme un blizzard épouvantable face auquel un homme n'est rien. Engloutissant tous les témoins de la scène quasi-biblique avec une voracité terrifiante, les engonçant dans une démonstration de pouvoir aberrante.

“ It feels like winning. „



Le chaos ne dura paradoxalement qu'une seconde, qui sembla s'étirer à l'infini. Lorsque le calme revint, les poumons furent envahis par la poussière et la fumée, les torses secoués par les oppressantes fumées qui se propageaient en lieu et place de l'oxygène tant chéri. Au coeur de la tourmente apparraissait une gueule rougeoyante, fumante, simulacre d'un faciès lupin distordu par la malice et la malveillance humaine, attelant l'Expéditrice sous forme d'instrument de tuerie, manié par un virtuose de l'extermination. La lueur écarlate battait au rythme d'un choeur sombre, enténébré, se faisant l'écho de la respiration d'un monstre atroce, augure de destruction. Elle siégait ainsi au centre du cratère, de la dévastation, en arrogante Impératrice privée de ses sujets, couronne noire posée sur le crâne avec un dédain évident pour les autres, une étincelle de férocité primitive au fond de son essence impie. Les visages hurleurs hébergés par le cristal semblaient prendre vie, se démenant pour échapper à l'emprise impie qu'exerçait le Psypher sur eux.

Enfin, un battement d'aile d'une envergure stupéfiante souffla avec la même efficacité qu'une nouvelle déflagration les résidus stationnaires subsistant dans l'air, démolissant la couverture provisoire de Résistants sans doute projetés au sol comme autant de bambins démunis face à la calamité qui venait de s'abattre sur eux. Helios se tenait droit, en vainqueur, un pied sur le bord du cratère, posté en conquérant, son éternelle amante juchée sur son épaule avec une certaine nonchalance condescendante. Son expression - invisible, derrière le rempart d'ébène qu'était son casque - était à n'en point douter prédatrice, soigneusement composée pour refléter la bestialité sans borne qui l'habitait à cet instant précis, le frisson de la chasse, l'excitation sans borne liée à l'approche du meurtre.

L'Obsidien s'emparait du cadavre presque pulvérisé du Résistant s'étant trouvé au point d'impact, le soulevant par un crâne broyé au-dessus du sol, comme un pantin désarticulé, un rictus cruel placardé sur le visage. Oblitérateur. Incarnation d'une annihilation sommaire. Il exsudait d'une présence menaçante, quasiment oppressante. L'hostilité sans limite qui l'animait se déployait tout autour de lui comme une ombre tentaculaire, asphyxiante. Une animosité qu'il endossait avec la même aisance qu'on enfilerait une cape. Lige du massacre, icône de violence, figure d'hécatombe. Un fléau dont la simple apparition suscitait des bouffées d'épouvante, remplaçant la poussière y résidant à cet instant précis. Une pression incommensurable s'installait dans l'air, une tension électrisante transformant l'atmosphère déjà inquiétante en ambiance littéralement angoissante.

Prostré dans une immobilité presque théâtrale, son aura écrasante évoquait l'inexorabilité d'une sentence à mort. Sa nature véritable contrastait affreusement avec les immenses palmures lunaires trônant dans son dos, se résorbant progressivement comme un mauvais rêve. Être le prédateur de l'homme était dans ses gènes - mais le Tyran semblait se faire davantage Bourreau que Chasseur, pour l'occasion. Ses iris azurés scrutaient les survivants avec une malice presque mesquine. Son outil de carnage, lui, semblait s'impatienter, la lugubre étincelle sépulcrale l'habitant s'intensifiant légèrement, phare de damnation dans la tempête. Progressivement, pour ajouter à la tragédie de la scène, les Légionnaires se manifestaient, jaillissant des sous-bois derrière leur despotique Commandant en Second.

Il était de ces exceptionnelles entités qui transpiraient d'une prestance exaltante, galvanisante. Sans esquisser le moindre geste, il aspirait à une royauté certaine. Primitive, brutale. C'était comme être acculé par une meute de loup, dont l'alpha incarnait une hégémonie pure et simple. Exhalant d'une suprématie réductrice, effrayante, qui, bien que primale, rappelait aux hommes la précarité de leur existence - et la fragilité qui l'accompagnait. Une formidable machine à tuer, une mécanique parfaite de tueur rompu à l'art de la guerre, devenu un génie martial à la résolution glaciale, qui n'attendait que de se mettre en branle.

Helios se mit en mouvement.
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With the ashes of the world in my lungs

knightwalker & van astraeus


Jensen, balise.

Jensen.
Individu masculin.
Quarante-trois ans.
A rejoint la Résistance deux ans auparavant suite à l'arrestation de son épouse et de son fils aîné pour complot contre l'Empire d'Ellgard.
Court sur pattes mais trapu, automaticien d'exception, son domaine ne touchait pas le moins du monde à l'univers des interventions militaires. Harnaché d'un sac de voyage aux motifs forestiers pour parfaire sa tenue discrète, l'architecte en robotique martèle de son pas assuré le lichen verdoyant d'une clairière à l'orée des frontières de Nueva, sans les avoir encore franchies. Une racine saillante au pied d'un arbre séculaire, le quarantenaire s'accroupit et défait son attirail afin de plonger dans les sombres et sèches entrailles de son sac ses mains gantées de cuir. Un dispositif à première vue inactif, semblable à une mine antipersonnel dans sa forme circulaire et plate de disque antique, trône entre ses paumes délicates — exagérément consciencieuses par ailleurs, au regard de l'état chaotique de son atelier et du peu de soin qu'il accordait à ses prototypes — et s'en vient se ficher dans l'étroite fente que propose le tronc entre ses tentacules inertes. Il creuse, et creuse, ses protections se teintent d'une terre brune encore humide entremêlée de mousse. L'ingénieur s'attelle à la tâche avec méthode et méticulosité, s'assurant de l'horizontalité du tapis fertile qu'il apprête afin d'y déposer son petit chef-d'œuvre à l'essai : une balise radio destinée à ne communiquer que sur une fréquence propre à la Résistance, se jouant à quelques femtohertz de différence avec les ondes régulières qui parcouraient Ellgard. Et il était nécessaire de procéder à quelques essais là où la surcharge fréquentielle était négligeable, et pour ce faire, il n'y avait qu'une alternative viable à ce niveau : une forêt.

Néanmoins, comme toute intervention qui nécessitait que nous nous éloignions des souterrains de Keivere, il était risqué de prendre l'initiative d'une extrusion en trop petit comité. Jensen avait besoin d'une escorte de taille, au regard des monstres qui rôdaient parmi la dense végétation de cette grande étendue d'émeraude à la chape opaque. Qu'il s'agisse d'hideuses créatures hybrides ou de bipèdes impériaux, tous se valaient les uns les autres à ce stade.

Eisenmann.
Individu masculin.
Trente-sept ans.
Membre de la Résistance depuis aussi loin que je peux m'en souvenir.
Participant au putsch manqué de l'an 414, et survivant des émeutes qui ont suivi.
Excellent trappeur, chasseur émérite, devenu cyborg de son plein gré dès lors que les modifications miniaturisées s'avéraient stables et sans risque pour leurs porteurs. Ses implants auditifs le rendent mortellement efficace dans ces environnements naturels qui ne grouillent pas de parasites et sont peu sujets à accueillir des foules saturantes. Naturellement, c'est à la tête de l'escadron d'éclaireurs que je l'ai placé pour cette mission qui allait nous occuper plusieurs jours et nuits, tant nous nous éloignions de la capitale ellgardienne. Ce vétéran, au même titre que moi-même, était un incontournable tacticien lorsqu'il s'agissait de fomenter quelque embuscade. L'homme menait ses camarades des dizaines de mètres plus loin, à la frontière brumeuse que formait le manteau feuillu et sa rosée humide en ce temps si maussade, si bien qu'ils furent bien vite pratiquement indécelables pour les quatre soldats restés en retrait, aux côtés de Jensen. Suivi de son cortège de recrues, dans un exercice pratique sans grand danger à moins d'une rencontre hostile impromptue, ses ordres tacites ne s'offraient qu'à mesure de gestes spécifiques. Deux doigts tendus pointaient un sentier aux branchages rompus à deux reprises, pas une de plus. Exécution, l'engrenage se met en branle, vu, revu et huilé à la perfection.

Déflagration.



Le vacarme apocalyptique avait soulevé un nuage ténébreux de poussière, de pollen et de roches fragmentées en autant de graviers qui retombèrent en une pluie muette dans l'écho théâtral retentissant encore entre les épais troncs noueux des arbres alentours ; un spectacle aussi lyrique que poétique s'il n'avait pas représenté un danger imminent. Agitation. Jensen s'était interrompu dans son entreprise à l'instant même où ses tympans furent heurtés avec peu de ménagement par cette onde destructrice, un nez accidenté aussitôt relevé dans la direction nébuleuse de sa provenance. Car si la source de ce concert mortuaire était proche, la réverbération de ses notes fatales rendait sa détection ardue pour qui était encore éloigné du point d'impact. Un impact, oui, première analyse qui m'avait traversé l'esprit lorsque la terrible vibration ayant secoué le terrain remontait le long de mes jambes cybernétiques jusqu'à me hérisser le poil. Mes deux camarades, autour du roboticien, levaient déjà leurs fusils d'assaut et mettaient en joue tout élément mouvant du décor. Puis le silence, couvercle de plomb qui pesait sur tous les cœurs palpitant tantôt d'angoisse, tantôt d'excitation. Tout comme ce qui pulsait dans mes tempes, à un rythme effréné, fulgurant. L'adrénaline s'insinue dans mes veines, me love dans un confort de victoire assurée, irait jusqu'à dilater mes pupilles comprimées dans leur auréole perse. Ma curiosité maladive s'active tel un moteur vrombissant, j'esquisse un demi-pas en arrière sans heurter le tapis de cadavres craquelant sous nos bottes, suis aux aguets, les sens affûtés pareils aux serres d'un rapace.

C'est quoi ce... ?!

L'inflexion familière me rappelle l'une de nos dernières recrues.
Peut-être Jordisson.
Individu masculin.
Dix-huit ans à peine.
Ayant pris contact avec Eisenmann pour faire partir de la force opérationnelle de sa section deux semaines plus tôt.
Une petite expérience de l'armée impériale dans laquelle il s'était engagé à la fin de sa formation obligatoire, et qui ne lui avait pas convenu, à en croire la ferveur qu'il a démontrée à l'idée de rejoindre notre cause. Le froissement des feuilles mortes sous la pression d'une course discrète parvient à mes oreilles lorsque le Vétéran me dépasse et s'enfonce dans le manteau poudreux qui s'élève et engloutit les rameaux les plus bas comme un horrifique raz-de-marée. Déjà, l'air humide portait les stigmates vicieux d'une brise ardente dont les effluves brûlées attiraient plus encore mon attention.

Phantom !

Je progresse à mon tour, me drape de ce mantelet obscur dont la ténèbre n'avait d'égale que la nuit la plus totale une fois à l'intérieur de sa doublure pulvérulente. Un masque de cuir et de tissu couvrait le bas de mon visage, et l'oxygène se raréfiait à mesure que j'évoluais dans cet environnement sans repères, simplement guidé par...

Coups de feu.

Les tirs saccadés d'une arme ne reçoivent que le silence assourdissant d'une cible manquée ou déjà trépassée par le choc. Fuite. Une ombre informe, humaine et fine, se distingue dans l'éclaircie momentanée qui se reflète dans la poussière en suspension ; elle file à toute allure, court comme un dératé, s'éloigne du carnage que je m'attends encore à trouver au bout de ce tunnel dont les parois me font suffoquer. Enfin, le rideau cendreux se lève sur la scène et ce que je constate me fait tout d'abord réaliser que cette silhouette estompée n'était autre que Jordisson qui prenait ses jambes à son cou. Quelques mètres sur ma gauche, Eisenmann se tient à mes côtés, canon pointé vers l'odieuse créature ailée qui arbore fièrement le crâne dessoudé de l'un de nos adhérents dans sa paume monstrueuse. Le cratère sanguinolent qui s'amasse sous ses solerets semble, à première vue, terriblement gluant alors que je distingue encore des dizaines de centimètres d'intestins encore intacts. Je ne réalise pas encore les conséquences de ce spectacle pour le moins atypique, cette tête séparée de son corps réduit en charpie suinte encore de morceaux de chair érubescente, et pourtant je ne parviens pas à placer de nom sur ce faciès qui m'apparaît encore moins familier désormais. Déshumanisé, ce qui reste de ça ne peut plus être identifié comme homme.

Eisen, après Jordisson. Exécution.

Si tant est que vous vous posiez la question, je n'ai rien d'un suicidaire, rien de ces déséquilibrés dont la seule raison de vivre est celle de risquer de mourir. Il n'y a guère plus inutile qu'un soldat tombé au combat, à moins de l'élever au rang de martyr, et cette leçon résonne encore dans mes synapses d'une intonation paternelle.
Eisenmann ne bronche pas, obnubilé par l'individu funeste qui se dresse devant lui et ne répond pas à mon ordre, hypnotisé par l'effroi d'un tel affront. Du moins pas encore. Il lui faudra de longues secondes, comme autant d'éternités, pour assimiler les mots que je lui ai adressés. Un pas puis un autre, évoluant de côté sans quitter l'infâme intrus du regard, le vétéran se rapproche de moi et abandonne un murmure au pavillon de mon oreille. Sitôt dit, sitôt parti à son tour sur les traces d'un élève terrorisé. Je ne prendrais pas le risque qu'un garçon secoué dévoile le contenu de nos opérations à la moindre ouïe avide d'informations, aussi minimes soient-elles.



Ne restait que Lui et moi. Tenant cette barbarie angélique en joue, je n'avais jusqu'alors pas dérangé mes appuis, restant à bonne distance des fragrances d'un brasier dont je connaissais désormais l'origine : une hache — devrait-on dire un mastodonte — dont les tranchants enflammés fendaient jusqu'à la fibre du temps lui-même, embrasait les herbes les plus sèches formant un filet odorant d'une subtilité déroutante. Force est de constater que son armure n'avait rien d'ellgardien, ce qui constituait un fanal d'espoir dans mon esprit analytique. Plus avant, mes pupilles s'égarent sur la constitution du colosse. Un psypher. Une armure dont la qualité ferait pâlir les recrues de la régulière de Keivere. Une stature gargantuesque. Ces adversaires sont une rareté exotique que je convoite malgré moi, quand bien même ma curiosité ne l'emporte pas sur ma prudence. De ces préciosités brutes qu'il me plairait d'avoir à nos côtés dans la lutte que nous menons depuis déjà des années, que l'on soit animé de convictions personnelles ou d'un singulier désir de voir un empire chuter. Je me sais piètre tireur au regard des spécialistes du genre, si bien que j'abaisse la gueule affamée de mon arme et fait coulisser la sangle qui la retient à mon torse jusqu'à la bloquer contre mon échine.

Mon geste est mesuré, accablant de langueur, et pourtant sa légèreté fluide porte ma senestre à la fusée atypique de ce sabre qui trône fièrement à mon ceinturon. Bien loin d'atteindre la démesure dantesque de l'arme adverse, sa longueur bâtarde effleure de peu l'obligation humaine du maniement à deux mains, tandis que sa largeur sans excès trahit toutefois une pesanteur notable. Son fourreau abyssal, fait d'un métal souple, léger et forgé de façon à former de mesquines excroissances rocheuses tout bonnement esthétiques, dissimule avec jalousie le joyau qu'il contient en son cœur. L'œil de mon rival n'est pas plus téméraire, fièrement barricadé derrière un ventail d'où ne filtre que l'éclat bestial de son ignominie. Tintement métallique, lorsque mon pouce ganté presse la garde sculptée pour extraire le fil luisant du koimeterion d'Apophtegma ; sa forme la plus stable. Le tranchant coulisse dans le sifflement caractéristique d'une épée que l'on met au clair, une révélation aux deux visages antagoniques qui s'opposent et se complètent, une vibration crépitante, symbole d'un ultime jugement aveuglant de vélocité, une mort subite qui ne connaît aucune miséricorde.

Et autour des prémices de ce duel d'anthologie, l'irrespirable mystère d'un labyrinthe sylvestre déserté de ses grouillants immondices.

Déclinez votre identité.

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Knightwalker & van Astraeus



Androktaszai était affamée. Chacun de ses déplacements dans l'espace était agrémenté  d'un brasier dévorant et malsain, le cristal rrubescent composant l'outil de tuerie pulsant comme le coeur impie d'une bête intemporelle. Helios s'extirpait méthodiquement du cratère dans lequel il trônait, en conquérant, adoptant une démarche lourde, destructrice, nimbant ses alentours immédiats d'une lueur rougeâtre, la sempiternelle verdure de la forêt rongée par l'écarlate et les ombres dansantes d'une folie incendiaire se propageant comme autant de vers dans la chair putréfiée. Un geste dédaigneux, désinvolte, et il catapultait le crâne encore vaguement rattaché à une épine dorsale pulvérisée par-dessus son épaule, ses saphirs céruléens portant un regard défiant et glacial sur son opposant - le seul subsistant dans ce qui apparaissait comme une débandade ambiante. Tout autour d'eux, les hommes en armure couraient, à la poursuite des Résistants, suite à l'invective muette de l'Obsidien. L'excitation de la traque, la précipitation du massacre, la croissance de la soif de sang. Ses subalternes progressaient méthodiquement, malgré l'environnement et l'handicap qu'incarnaient leurs massives armures noirâtres, évoquant des simulacres disgrâcieux de la cuirasse lamellaire et impénétrable couvrant l'épiderme de leur souverain comme une seconde peau.

Mais à l'instant précis où leurs iris échangèrent un contact visuel, un silence surnaturel s'imposa, paradoxalement assourdissant. Les croquenots de plaque du Tyran s'enfonçaient avec une aisance écoeurante dans la terre retournée, brutalement profanée par son arrivée cataclysmique, ses crampons achevant de la mutiler en la lacérant profondément. De ses tassettes ceintes chutait une cascade de tissu - lambeaux, linceul, vague vestige d'une marque de mérite, d'honneur. Elle balayait le sol derrière lui, régularisant cendres et poussières, amplifiant l'apparent ravage subsistant dans son sillage. Providence épousait ses formes, sa stature triomphante, renforçant la présence impérieuse et oblitératrice qui l'habitait en tout temps. Et la froide résolution l'animant, au même titre que l'hostilité brûlante qui se chargeait de faire s'embraser son être tout entier, était inflexible. La lueur glaciale de cruauté bestiale, résidant au fond de ses orbes azurées, définissant sa nature meurtrière, abrupte, immorale, érodée par les tentatives d'humanisation. Une créature dotée d'une âme en putréfaction, perpétuellement au bord de l'abysse, déchiré entre ses vaines tentatives de se vêtir des peaux dépecées de ses victimes, et sa frénétique soif de carnage. Ses élans assassins, qui croissaient lentement dans son subconscient, influençant sa psyché, alors que l'adrénaline se répandait dans ses veines comme une drogue ardente, l'enfièvrant, dénonçant son rythme spartiate au profit d'une vie de débauche, dans le plaisir de l'extermination.

Un être façonné par la guerre, incapable de se résoudre au calme, à la sérénité. Son visage, dissimulé derrière un ventaile partageant les teintes sombres du reste de son attirail, était sûrement déchiré par un rictus carnassier, un sourire en lame de faux traduction d'une démence bien spécifique. De ceux qui n'évoluent et ne vivent que par l'hécatombe, les boucheries à outrance. Aiguisés pour décimer, leurs carcasses gelées de sociopathes ne ressentant une chaleur locale à hauteur de la poitrine que lorsqu'ils sentaient la vie s'échapper entre leurs doigts. Privant des femmes de leur mari avec une exultation sadique, esclaves de leurs pulsions primales de génocidaires réprimés, s'abandonnant à des exactions révulsantes au couvert d'une autorité militaire. Un formidable adversaire, soigneusement structuré et édifié par la montagne de cadavre constellant son chemin de mort insatiable, se complaisant dans la rivière de sang et de souffrance qu'il utilisait pour se purifier, le trône de crâne sur lequel il résidait, en Tyran. Monarque solitaire, dont les fondations du royaume reposaient sur les dépouilles décomposées et délaissées des vaincus.

Doucement, ils s'enfermèrent dans une bulle. Un univers où eux seuls existaient. Un monde qui ralentissait de façon progressive à l'approche inexorable d'un affrontement biblique. Qui faisait durer le suspense de façon infinie, alors que l'Ellgardien se débarrassait de son arme à feu, s'emparant de son propre pinceau, son instrument de meurtre, face à l'arrêt momentané de la machine à tuer qu'incarnait Helios. Autour d'eux, les flammes résiduelles de son amante continuaient de se propager à la manière d'un boa, dont la constriction se faisait l'écho du cheminement de pensée de l'Obsidien. Une légère surprise, s'épargnant la réflexion, en découvrant la nature de l'arme de son adversaire, sans dissimuler sa satisfaction en entrevoyant les prémices du combat effréné qui semblait poindre. Leur différence de gabarit importait peu, en faisant face à un Ellgardien. Il s'agissait là d'une des leçons apprises par l'Ange, dont le respect pour la force ne s'arrêtait pas aux surhommes biologiques. Justement, si ce n'était pour son expertise martiale oblitératrice, la Goule se sentait légèrement démunie face à un individu physiquement dominé, et par conséquent, sans doute plus rapide. En découvrant le Psypher adverse, Androktaszai semblait pulser avec une ferveur croissante, un crescendo joué par un orchestre mortuaire, désincarné. Une voracité déraisonnée qui augmentait à chaque seconde d'inactivité, alors que la voix de son opposant parvenait aux oreilles presque assourdies par le sang battant à ses tempes d'Helios.

Quelque chose clochait. Il ne portait pas l'uniforme d'Ellgard, pas plus que le déplacement de son escouade n'avait des airs de manoeuvre militaire. L'aura sauvage du colosse se manifesta sous forme d'une effrayante hostilité, qu'il endossait comme un manteau. Âcre, elle se propageait dans les poumons comme une bouffée d'épouvante, une peur panique chancreuse qui s'imprimait dans les bronches, impossible à déloger. Une présence impérieuse, tentaculaire, qui enflait avec chaque battement de son coeur hérétique. Asphyxiante suprématie qui frappait avec la puissance stupéfiante d'une catastrophe, qu'on percutait de plein fouet à la manière d'un mur de son. Et le plus dérangeant, dans cette démonstration d'un funeste charisme, était sans doute son regard. Mêlant une férocité bestiale à un dédain latent, une inhérente condescendance ainsi qu'une once de férocité inhumaine. Il dégageait cette exaltation oppressante des individus exceptionnels, d'une force écrasante de part leur simple naissance. Le duo était enfermé dans une couronne de fumée brûlante, oppressante, qui rendait la respiration difficile, éreintante, malgré leurs filtres respectifs. Sa voix monocorde, son ton grave, lourd, étouffé par son casque, émanant d'une poitrine caverneuse, s'éleva, malgré sa nature de despote taciturne, rétorquant avec une certaine révérence, cérémonieux.

Helios van Astraeus, Commandant en Second de la Légion d'Obsidienne de la grande Akantha. Je n'échange pas avec les chiens Ellgardiens.

Ce fut l'ultime seconde de répit, pour le Résistant. L'instant suivant, Androktaszai s'élevait dans les airs, empoignée à deux mains, comme une malédiction, brandie par l'augure de carnage, prémice du massacre, harnachée d'une abyssale pulsion de meurtre. De concert, théâtralement, ses deux puissants appendices duveteux réapparurent, à hauteur de ses omoplates, se déployant sur toute leur envergure démesurée, leur éclat argenté chassé par l'incendie s'étant désormais propagé tout autour d'eux comme la gueule infernale d'une abomination vomie par les profondeurs de l'enfer. Un abandon mutuel aux flammes, à la guerre, à la mort. Leur petite bulle isolée dans laquelle ils s'étaient enfermés était déjà dévastée par un brasier croissant, témoin et traduction de l'appétit monstrueux de l'Expéditrice. L'espace d'un souffle, la stature du colosse sembla telle qu'il évoquait un Titan, exhalant de suprématie, s'apprêtant à fendre le monde en deux d'un revers de son couperet. Son désir de destruction, son appétit pour la violence, ne firent que croître, lui nouant les entrailles. Sa rage viscérale paralysa sa langue, alors que son être tout entier semblait se rétracter au milieu de cette tourmente d'hostilité. Ses muscles s'enchâssaient les uns dans les autres, formant une mécanique parfaite et absurde. Ses iris devinrent acérés. Sur son front jaillissaient les vaisseaux sanguins. L'apogée de sa colère. Affamé. Helios était sur le point de donner une définition nouvelle au terme de bain de sang, musicien d'une ode de ravage.

Androktaszai s'abattit verticalement devant lui, arc de lumière vive de mort pourpre, s'encastrant dans le sol déjà meurtri par l'apparition de l'Obsidien. Un moment de flottement, et déjà, la terrifiante capacité de l'Expéditrice se manifestait, générant une épaisse colonne flamboyante soustrayant Helios à la vue de son opposant. Une distraction suffisante pour qu'apparaissent les puissantes ailes de l'Ange, de part et d'autres de la bannière de fournaise dont l'impétueuse et véhémente onde de chaleur se propagea comme une asphyxiante bouffée de panique. Impossible de deviner ce qu'il avait en tête, ôtant son adversaire de son champ de vision en plus de s'exposer volontairement au pouvoir destructeur de son outil de tuerie.

Puis vint l'allumette qui déclencha un nouveau flot de destruction.

Ses puissantes ailes agirent comme autant de soufflet de forge, un battement de leur incroyable envergure donnant naissance à un appel d'air massif, suffisant pour transformer le pilier flamboyant en déflagration impromptue. Les flammes convergèrent vers leur creuset d'annihilation, se faisant l'entonnoir d'une extermination sans appel, sentence de mort froide, dure, finale. Un canal de destruction qui éclipsa l'impact cataclysmique d'un peu plus tôt, la force de frappe aberrante d'Androktaszai condensée sous forme de cône de décimation pure qui pulvérisa les environs du Résistant - et même la flore derrière lui. L'explosion fut telle qu'elle plongea une nouvelle fois le binôme dans un chaos paradoxalement millimétré, calcinant toute forme de vie face au Tyran.

Décharge neuronale, impulsion sauvage.

Helios s'était catapulté dans les airs d'une simple flexion, s'extirpant à la gravité, usant une nouvelle fois de son atout inné, persévérant dans son élan meurtrier réduisant ses nobles ascendances à une nouvelle arme dénuée de grâce. Ses ailes se déployaient brutalement, permettant une stabilité relative, une accalmie dans l'empressement du carnage. Leur envergure ne permettait aucunement un vol stationnaire, mais leur force, se faisant l'écho des aptitudes physiques aberrantes de l'Obsidien, offrait bien des opportunités à leur détenteur, en plus de le soustraire à la portée de ses assaillants. Ses iris extatiques scrutaient les résidus de poussière subsistant dans l'atmosphère ambiante, dissimulant sa proie. Mais ses sens aiguisés pâlissaient face à son instinct de meurtre, similaire à celui d'un prédateur dont l'explosivité fut retranscrite par le second battement d'aile de l'hégémonie qui lui suffit à piquer avec une force terrifiante en repérant une irrégularité, au sol. Il s'écrasait avec un fracas de tous les dieux, et cette fois, dans les environs immédiats d'un Gabriel cantonné au rôle de rongeur face à un rapace courroucé, ce dernier dématérialisant ses ailes. Féroce, erratique, brutal. Violent. Génocide personnifié, Androktaszai virevoltait, maniée comme s'il s'agissait d'un jouet dont le poids importait peu. Une célérité tranchante ; une frénésie bestiale. Sa demi-lune sifflait dans l'air, semblable à un éclat rubis, déchirant et tranchant, sans aucune distinction. Il ne faiblissait pas, et sa vitesse d'exécution le rendait improbable. Chaque fois qu'une tentative était déviée, c'était un nouvel assaut implacable qui prenait sa place.

Il était bien moins rapide que Gabriel, mais l'envergure de ses attaques rendait toute manoeuvre relevant de la prouesse. Ses coups étaient imbus d'une lourdeur massacrante, la maîtrise martiale écrasante y résidant transformant les blocages en cuisante défaite. La force physique transparaissant au travers de chacun de ses frénétiques assauts exsudaient d'une puissance absurde, sans aucune cohérence biologique. Et chaque fois qu'on se soustrayait au tranchant de l'Expéditrice, les flammes de cette dernière, maudits molosses, se répandaient autour de la Goule avec une voracité croissante. Sa vision périphérique incroyable, et ses réflexes foudroyants, rendaient le simple fait d'être dans les environs immédiats du Tyran déraisonnable. Dangereux, il régnait sur un domaine dont l'ampleur dépendait uniquement de la portée incroyable de son Psypher. Et s'exposer volontairement aux attaques répétées d'un colosse à la vitesse d'exécution aussi absurde relevait de la folie.

Pourtant, le Tyran ne semblait pas à même d'asseoir sa dominance.
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