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Religion, partage et égalité [PV Alec Greyhawk]

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La jeune femme ne remarque pas le changement dans ses yeux… quand bien même elle ressent un changement dans l’atmosphère environnant. Comme si son instinct lui disait de faire attention, de se méfier, d’être sur le qui-vive. Rika fronce les sourcils… et continue d’observer le magister pendant qu’il parle. Un part animale en lui ? « Aquiline » ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Le temps qu’elle réfléchisse, ses yeux sont redevenus normaux… et elle n’a rien remarqué.
Pour une personne qui se dit être observatrice, ce n’est pas très glorieux…

- Euh, non, je n’ai aucune aptitude… répond-elle, après avoir retrouvé sa sérénité. Vous savez, je suis plutôt… « banale », ordinaire. Comme Eloenne. Et à vrai dire, je crois que je n’ai jamais rencontré qui que ce soit maitrisant la magie jusque-là… ou alors, personne ne me l’a jamais montré. Ah, si, je me rappelle une fois !

Quand on déborde de mana comme Rika, et que celui-ci s’échappe de son corps sous forme de phéromones magiques quasiment sans arrêt… on ne se rend compte de rien. Ajoutez le fait que cette magie n’est pas visuelle et qu’elle n’est efficace que sur les animaux, et vous obtenez une jeune femme ignorant tout de ses extraordinaires capacités.
À quoi ressemble la magie d’ailleurs ? La maitrise des éléments : le feu, l’eau, le vent… et il parait que des gens peuvent même faire pousser des plantes plus rapidement – une histoire racontée par l’un des fermiers qu’elle a côtoyés, quelques mois plus tôt – grâce à une influence sur le climat. Quand elle était petite, avec sa sœur de cœur, elles imaginaient énormément d’histoires à base de magie, inventant des facultés toutes plus farfelues les unes que les autres : changer la taille des choses, se téléporter, faire apparaitre ou disparaitre des objets depuis des dessins… Tout est parti d’un évènement pourtant anodin.

- J’avais rencontré un soldat… enfin, quelqu’un avec une armure, un casque et une lance, qui chevauchait un cheval. Très gentil. Je devais avoir huit ou neuf ans… mais bref. Il est venu nous voir pendant un cours, et il a sorti un paquet de cartes à jouer. J’ai été volontaire pour l’expérience : il m’a demandé de choisir une carte, de la regarder et de la remettre dans le paquet sans la lui montrer. Ensuite, il a mélangé les cartes et les a replacés dans leur boite. Il m’a ensuite demandé de fermer les yeux et de penser très fort à ma carte…

Se remémorant la scène, Rika ferme les yeux, et revoit distinctement son 10 de cœur.

- Quand il m’a dit avoir trouvé, il a griffonné des mots sur une feuille, puis il m’a demandé de rouvrir les yeux et de dire à toute la classe quelle carte j’avais choisie. Le 10 de cœur. Il a ensuite montré sa feuille… et c’était exactement ce qu’il avait écrit ! lâche Rika, toujours aussi émerveillée, même 11 ans plus tard. Mieux encore : il a ensuite retiré son plastron… et la carte était directement tatouée sur son épaule ! Il a pu regarder l’image qui était dans mon esprit et l’imprimer sur son corps, c’était totalement fou !

Imprimer une image de l’esprit de n’importe qui sur un autre support… quel pouvoir incroyable. À cette époque-là, la gosse quelle était ne savait même pas que de tels pouvoirs existaient. Elle n’en a d’ailleurs pas revu depuis… mais les témoignages de « miracles », eux, affluent sans cesse. Aurait-elle souhaité maitriser une magie ? Petite, elle vous aurait répondu « oui »… elle aurait eu l’occasion d’accomplir des choses extraordinaires, elle aussi. Aujourd’hui, elle est résignée, contente de sa petite vie tranquille et de pouvoir apporter un plus à la société. Elle incarne ceux qui peuvent réussir sans avoir besoin de don particulier, un modèle pour les « gens ordinaires ».

- Vous avez un pouvoir, vous aussi ? Je veux bien le voir, oui ! Enfin, ce n’est pas dangereux… ?

C’est à la fois de l’excitation et de l’inquiétude. 11 ans qu’elle n’a plus revu une telle chose… ça risque de lui faire tout drôle ! Mais pour un magister, maitre de guerre… il y a fort à parier que ce soit une magie destructrice. Ce sera peut-être plus effrayant qu’elle ne l’imagine…
Alec Greyhawk ft Rika Erikazé
Religion, partage et égalité


Le jeune homme écouta la jeune femme conter des aventures d’enfance en rapport avec la magie et l’illusionnisme. Certains charlatans utilisent des techniques de camouflage et de trucages pour tromper la vigilance des incrédules. Toutefois, il fut assez impressionné par cette déclinaison magique des tatouages, ces illustrations peintes à même la peau. La jeune demoiselle, béate, souriait allègrement au souvenir de la magie. Non consciente de cette étrange aura qui emplissait le magister d’un sentiment de confiance, l’humaine jouissait d’un don inconnu de sa propre personne, une substance brute qui s’exprimait sans aucun contrôle. La magie était connecté aux émotions, probablement, la sienne restait bloqué par son envie de normalité. Rika désirait juste mener une vie ordinaire, dans le respect et la compassion. L’ange ne comprenait pas cette envie, cette philosophie qui ne prônait pas l’ascension ou l’ambition.

« - Vous avez un pouvoir, vous aussi ? Je veux bien le voir, oui. Enfin ce n’est pas dangereux… ? »


Ainsi, elle n’avait point aperçu le changement chromique de mes pupilles et cette sensation, cette odeur raffinée d’une des plus veilles énergie de cet univers. L’ange déploya ces armatures duveteuses, préparant une énième démonstration de sorcellerie :

« -Je possède effectivement une magie. Elle s’exprime sur les attributs aquilins comme les plumes des oiseaux, les traits génétiques des aquilins. Je peux vous faire une démonstration si vous le souhaitez ? »


Le demi-albinos étira l’une de ses ailes avant de commander par la télékinésie quelques-unes de ses plumes. Ses organes virevoltaient au gré de ses commandes mentales, se répandant dans une forme sphérique maintenu dans les airs. Les plumes suivirent ainsi la direction du mur. Dans un intense son assourdissant, les plumes se plantèrent dans la roche avant de basculer, attirer par la gravitation terrestre. Satisfait de sa démonstration, le magister attira ses plumes afin qu’elle se fixe de nouveau sur son aile. Sa magie n’était certes point dévastatrice, mais elle possédait son charme tout de même. L’ange, après avoir pesé le pour et le contre, décida de dévoiler à l’humaine une part d’elle-même :

«  Voilà, ma magie n’a rien d’extraordinaire mais j’essaie d’en tirer le meilleur. Je peux vous assurer que vous possédez du mana, il s’exprime de manière brute en cet instant-même. Il vous suffirait d’apprendre à la contrôler et vous seriez une mage accomplie. La magie est un outil très efficace. On vante ses vertus offensives ou défensives, mais cette énergie circule dans chaque événement de la vie de tous les jours. Elle est utile dans tous les domaines, et, la capitale est pourvue de nombreuses écoles de magie. Vous pourriez vous y rendre, votre sœur et vous, durant votre aventure dans ces rues. »

L’ange ne savait point si son choix avait été judicieux, mais il vouait un amour particulier pour le mana, et ce serait un tel gâchis si une mearienne comme Rika n’est pas un accès sur et direct à ses pouvoirs. Il attendait donc, anxieux, la réaction de la dernière des Erikazé concernant sa démonstration et les révélations qui en découlaient. Avait-elle apprécié sa magie autant qu’elle avait aimé la magie du graphe dermique de ce soldat prestidigitateur ? Voudrait-elle apprendre l’art de la sorcellerie ? Tant de questions dont seul une personne détenait les réponses, en l’occurrence la blonde qu’il avait en face de lui. Ses ailes furent rétractés en quelques secondes, n’aimant pas exposer l’un de ses plus précieux trésors sans aucune raison valable.

Une magie qui fonctionne sur certains attributs comme les plumes des oiseaux ? La démonstration qui suit montre Alec en train de faire voler ses plumes à sa guise, un peu comme s’il manipulait le vent. Mais tout est si précis, et ses plumes, si nombreuses, qu’il est impressionnant de constater qu’il peut se concentrer sur chacune d’elle indépendamment afin d’obtenir ce résultat si… élégant. Et quand celles-ci vont se planter dans un rocher, Rika sursaute.
À n’en pas douter, les plumes des Anges sont bien différentes de celles d’Eloenne. Ce sont de véritables et dangereuses armes… quand celles de sa sœur de cœur sont tout ce qu’il y a de plus doux et fragile. Quel contraste saisissant…

Avec un tel pouvoir et un tel contrôle, la jeune femme se demande pourquoi Alec n’est pas plus haut gradé. Ni pourquoi il prétend que sa magie n’a rien d’extraordinaire. Il doit pouvoir attaquer, être capable de dévier les projectiles qu’on lancerait sur lui ou… sur la personne qu’il voudrait protéger. Ce doit être un bon frère d’armes pour ses compagnons, ils doivent se sentir rassurés de l’avoir à leurs côtés. Alors… pourquoi semble-t-il douter ?

- Aaaah, arrêtez de vous moquer de moi, ce n’est pas gentil ! fait-elle, cependant amusée. En revanche, je suis pleine d’énergie, ça c’est certain !

Difficile de savoir si elle plaisante ou non… sauf quand on la connait et qu’on sait qu’elle ne parle qu’au premier degré, et qu’elle et l’humour font deux. Rika vient donc de tout rejeter en bloc. Il la taquine… de la même façon qu’on dirait « Olala comme tu es grand ! » à un enfant. « Comme tu es intelligent ! », « Comme tu es puissante ! », tant de phrases toutes faites pour redonner le sourire, la confiance. Mais la jeune femme n’en a pas besoin, elle n’est plus une enfant.

- Eloenne m’a dit que j’avais le pouvoir de la faire sourire. Ils sont nombreux à dire ça… et beaucoup d’entre eux ont aussi le pouvoir de me faire rire. Vous aussi d’ailleurs, je vous aime bien ! Tout ça fait partie du pouvoir plus vaste de notre Nation… du partage, de la confraternité… au contraire des autres, nous formons une grande famille, et c’est ce qui nous confère cette énergie si spéciale !

Elle ne pouvait pas se contenter d’une plaisanterie… elle se devait de partager son ressenti sur ce qu’il pressent chez elle. C’est donc une énergie tout à fait normale chez ceux qui croient dur comme fer. Cette énergie doit aussi habiter Alec, même si… quelque chose lui dit que chez lui, cette puissance est fragile. Rika se demande bien pourquoi. Elle se contente cependant de sourire en penchant légèrement la tête sur le côté.

- Par contre, je ne comprends pas pourquoi vous dites que votre magie n’a rien d’extraordinaire. Elle m’a l’air tout à fait efficace, non ? Vous pouvez attaquer de tous les côtés simultanément, et même vous protéger en même, j’ai pas raison ? dit-elle, avant de lever les yeux au ciel pour marquer un temps de réflexion. Là, comme ça… je me dis que ça permet d’accomplir une grande partie de mon travail. Vous pouvez, par exemple, empêcher les animaux agressifs d’approcher des villages. Aucun ne passerait jamais. Alors qu’avec moi… il y a une marge d’erreur : si je ne connais pas bien la bête ou si celle-ci est plus agressive qu’à l’accoutumé, mes méthodes pourraient se révéler inefficaces.

Autant être clair, ça n’est encore jamais arrivé. Chaque race laisse des traces très distinctives… et quand on reste dans un lieu, on finit par en connaitre tous les habitants. Mais plus elle s’éloigne de chez elle, plus les chances de tomber sur l’inconnu est grande… et plus Rika aura de chance de se tromper. Des erreurs aux répercussions immédiates et dramatiques. Alors qu’Alec, lui... qu’il tombe sur un animal connu ou non, il pourra le mettre en fuite grâce à sa magie. N’a-t-elle alors réellement rien d’extraordinaire ? Pourquoi la comparer à d’autres ? Il a quelque chose au moins, lui…
En fait, Rika vient d’user du même stratagème qu’Alec.
« Comme vous êtes puissant ! »
Peut-être que lui, ça pourra l’aider un peu… mais si elle en doute. Difficile de trouver de la sincérité dans les compliments que vous adresse un ou une inconnue, qui ne sait presque rien de vous et de votre vie. Mais avec ce sourire tendre et honnête… peut-être que ça passera mieux ?

- En tout cas, vous avez un autre pouvoir… s’exclame brusquement la jeune femme, après avoir vu la position du Soleil dans le ciel. Quand on discute avec vous, on ne voit pas le temps passer ! Je vais devoir retourner en ville si je veux être à l’heure pour mon rendez-vous… Alec, est-ce que vous m’accompagnerez un bout de chemin ? Ou une autre fois ? Comment pourrais-je vous contacter à l’avenir ? Vous avez une adresse ?
Alec Greyhawk ft Rika Erikazé
Religion, partage et égalité

Le visage interloqué, l’ange se prit les mains dans un tique nerveux. Il ne parvenait pas à comprendre que la jeune femme ne veuille pas admettre qu’elle possédait des allèles réceptifs à la magie. Son art, une extension mystérieuse de sentiments bienveillants, s’exprimait probablement comme un moyen de défense. Rika n’avait aucune connaissance de la magie, ni même un apprentissage mineur de la sienne. Un fait exotique dans une nation qui prônait le mana comme un élixir de vie. L’ange décida que laisser la mearienne dans ses illusions n’était pas la bonne solution.

«  Je vous assure que vous posséder une magie. Je ne vous aurais jamais menti sur un sujet aussi sérieux que fâcheux. Sérieux, car je suis un magister du gouvernement, ordre qui prône la puissance magique à travers le monde. La magie est donc une entité que je respecte. De surcroît, je ne souhaites pas apporter de faux-espoirs à une citoyenne, surtout une femme de votre trempe. Ce qui en revient au fâcheux...Je trouve consternant que l’orphelinat n’est point détecter votre potentiel magique. »

Sa sœur lui avait fait part des sensations éprouvées à être victime de cette magie unique. Pourtant, la jeune femme s’était persuadée d’être normale. Du moins, sa définition de la normalité. Vivre tous les jours dans des pays, peuplés par une dizaine de races. Chacune de celles possédaient des caractéristiques élémentaires. La mortalité en elle-même était remise en cause. La vision classique humaine et la sensation de normalité paraissait obsolète depuis des siècles.

L’humilité ne devait pas biaisé la vision d’un individu. Toutefois, la blonde ne prenait pas conscience de son talent naturel avec les animaux et les Hommes. Certes, elle pouvait commettre des erreurs néfastes. Mais qui ne pourrait pas ?

L’ange fut tiré de ses pensées par des propos hilarants. Il y répondit avec grâce :

«  Un super pouvoir supplémentaire ? Moi ? Ah ah ah , je ne savais point mes propos si appréciables. Hum, en effet, il se fait tard et vous perdrez un temps précieux à dévaler ce chemin escarpé de nouveau, sans compter les risques de chutes mortelles. Il serait navrant de périr ainsi. Je me propose donc pour vous servir de moyen de locomotion. Je pourrais vous porter jusqu’à votre destination, la voie aérienne étant le chemin le plus rapide.

En effet, je suis capable d’agir sur tous ce qui est aquilin, surtout les rapaces. Cependant, ce n’est rien en comparaison de certains êtres que j’ai pu apercevoir au cours de mes quelques missions. Des magisters délivrant des murs de flammes dévastatrices, des êtres entourés par des ombres protectrices, des fils du soleil ravageant des champs de batailles de rayons incandescents surpuissants. Chaque magie a ses avantages et ses inconvénients, mais une catégorie de magie surpasse mon pouvoir.

Hum ah oui, vous m’avez demandé mon adresse. Je vis dans un antre, meublé je vous rassure, dans un bâtiment situé en haute altitude. L’adresse exacte est le «  Pic du faucon ». Vous ne pourrez pas le rater, c’est l’une des habitations les plus visibles. En effet, si tel est votre question, la plupart des anges aiment vivre au plus près de la voûte céleste. »


l’ange commença à léviter, attendant la réponse de la jeune dresseuse. Il souhaitait encore entendre les récits des aventures de la jeune femme. Que voulez-vous, la curiosité est un désir extrêmement difficile à réprimer.  

Mais nooon, Rika ne possède aucun don magique, il doit se tromper. Elle ne savait d’ailleurs même pas qu’il était possible de détecter la présence de magie chez quelqu’un d’autre… s’imaginant sans doute qu’on ne le découvrait qu’au moment où cette personne l’utilisait pour la première fois. Un bébé envoie des boules de feu ? C’est un mage ! Un enfant gèle tout ce qu’il touche ? C’est un mage ! Mais dans toutes ces histoires… si quelqu’un ne fait rien de spécial, alors ce n’est pas un mage… c’est évident. Il n’aurait aucune façon de le cacher sinon, et finirait toujours par se trahir.
Quand bien même : s’il était possible, pour un mage, de savoir que la personne en face de lui est un mage… et si Rika était elle-même une mage… alors elle aurait su que Alec en était un également. Or, ce n’est pas le cas. Et on ne se risquerait pas à la traiter de « non observatrice » une fois de plus, si ? Vraiment… ?

Sa petite personne ne l’intéresse pas assez pour qu’elle continue de se poser des questions. Ce que révèle monsieur Greyhawk, en revanche, titille bien davantage son intellect. Un mur de flammes… des rayons du Soleil… ouah. Cet astre est tellement brillant qu’il est impossible de le regarder plus de quelques secondes ; qu’un individu puisse utiliser sa vigueur est tout bonnement inimaginable. Grandiose. Ce serait prodigieux… et, comme Alec le conçoit, il s’agirait là d’un pouvoir bien supérieur au sien, aussi puissant l’imaginait-elle jusque-là.
En voilà un pouvoir qui a dû être remarqué quand l’enfant qui le possédait a grandi. Il n’a sûrement pas pu le cacher bien longtemps. Alors que Rika, elle…

Alec réside au « Pic du faucon »… l’une des habitations les plus visibles… elle s’en rappellera. Sur le coup, elle se demande comment il peut vivre dans un endroit visible et de surcroit, un « antre », sans être considéré comme quelqu’un d’important. Quelque chose lui échappe vraiment… mais ce sont des informations qu’elle finira bien par assimiler.

- Me servir de moyen de locomotion… ? Euh… je… je ne sais pas si je peux accepter… fait-elle, intimidée… mais ayant tout de même une foultitude d’arguments vertueux derrière la tête. C’est un peu dégradant pour vous, non… ? Si on vous voit me transporter… enfin, vous êtes un magister, très respecté je n’en doute pas… ça pourrait ternir à votre réputation…

Tout ça alors qu’elle en a très envie. Eloenne n’est pas assez forte pour transporter quelqu’un quand elle vole – ses ailes sont plus petites, pratiques pour s’envoler et planer, mais pas assez robustes pour porter quelqu’un sur son dos –, ce serait donc une première pour Rika. Et le vertige alors ? Elle risquerait de serrer Alec trop fort, de peur de tomber… une appréhension qui pourrait provoquer un accident si la jeune femme se mettait à trop gigoter. Rien que de descendre du mur, tout à l’heure… elle en tremblait. À haute altitude, qu’espère-t-elle ressentir ? À moins qu’ils ne restent à hauteur des cimes des arbres… oui, là, ce serait envisageable.

- Moi, ça ne me dérange pas de marcher… grimper les falaises, sautiller de rochers en rochers pour passer un cours d’eau, traverser des forêts… vous savez, je fais ça depuis toujours, c’est mon élément, explique-t-elle, espérant qu’il s’en contrefiche et qu’il lui fasse découvrir quelque chose qu’elle ne connait pas. Vraiment, vous pouvez avoir confiance, reprend-elle alors qu’elle le voit décoller et que son cœur se met à battre la chamade. Je… Je ne suis pas sûre d’être prête… vous ne voulez pas plutôt… plutôt me dire si vous avez des… enfin, vous parlez des rapaces… est-ce que vous ne seriez pas mi-ange mi… rapace ? J’en doute bien sûr, parce que vous n’avez pas l’air d’avoir des attributs d’aigles, mais… d’après vous, pourquoi est-ce que vous possédez une telle magie… ? Agir sur les animaux, c’est encore plus efficace que ce que j’avais imaginé, et…

C’est dans ces grands moments de stress que son pouvoir s’active. Les craintes, la peur qui s’exprime en elle active un caractère primaire. Quand on est effrayé, les animaux le sentent, ils le voient… et ils attaquent. Mais Rika, elle, génère en même temps ces phéromones magiques… ces messages sensoriels qui, si vous vous trouvez à ses côtés, vous relaxent, vous apaisent, vous empêchent d’attaquer. Tant qu’ils sont actifs, plus vous en recevrez en quantité, plus vous approcherez de la béatitude.
Reste que si le procédé fonctionne miraculeusement auprès des animaux, il n’a jamais fonctionné chez les êtres vivants. C’est quelque chose d’imperceptible pour eux… et, sans aucun doute, quelque chose que personne n’a jamais envisagé. Et de toute façon, qui serait assez rustre pour effrayer une demoiselle à ce point ?

Certains pouvoirs ne sont découverts que sur le tard…
Rika ne découvrira le sien que lorsqu’elle aura suffisamment expérimenté la peur.
Une affaire d’expérience plutôt que de révélation.
Alec Greyhawk ft Rika Erikazé
Religion, partage et égalité


« Si je vous le propose, c’est qu’il n’y a rien de dégradant à vous transporter, Rika. Quand à ma réputation de magister, je ne suis qu’un simple première classe. Je n’ai donc aucune réputation à tenir. De surcroît, les anges et leur arrogance ne verront en cette situation qu’un ange transportant une simple humaine qui se trouve sous ses ordres. Il n’y a donc aucun soucis à se faire, j’ai assez de force pour transporter un passager sur des kilomètres. Je vous propose juste de vous déposer au pied de la colline. Rien de plus.. »

L’ange sentait l’excitation grimper dans le cœur de la dresseuse. Cependant, il ressentait également un blocage suite à une timidité maladive qui s’exprimait naturellement chez la jeune femme. Un sentiment qui nourrissait la magie de la jeune fille, en cet instant, déployé autour du sanctuaire. Alec n’en percevait pas le fonctionnement, mais il savait que cette jeune femme possédait une magie puissante. Hélas, elle ne souhaitait pas entendre raison alors il ne continuerait point à l’encourager à poursuivre la voie de la sorcellerie.  Il l’écoutait attentivement parler de ses prouesses physiques, fruit des nombreuses années au contact des plaines et forêts bordant les limites de Mearian.  

« Vous êtes doués Rika. Il n’est pas aisé d’accéder en de tels lieux sans noter la moindre blessure. Je vous vois bien embrasser la voie de la prêtrise, tant votre amour pour les animaux et les Hommes surpassent vos propres désirs. J’ai un profond respect pour cette tâche religieuse, ayant été élevé par des gens aussi bons que vous. Les campagnes du pays auraient bien besoin de ce talent. Eloenne serait dans son élément et pourrait même devenir l’une de vos alliés dans l’église. »

L’ange se surprit lui-même, tant les mots qui sortirent de sa bouche étaient marqués d’une honnêteté sans pareille. L’ordre, pour autant, ne manquait pas de prêtres capables,  mais Alec aimerait que la jeune femme puisse allier sa passion et une rémunération pour qu’elle puisse subvenir à leurs besoins, ceux de sa sœur et les siens.  

Sa magie ? Il n’en avait aucune idée. Dès l’âge de 5 ans, il avait ressenti une intense connexion avec les oiseaux, des faucons migrant vers les régions plus chaudes d’Akantha. Le reste était venu avec les cours de magie et les expériences de vie. Il tenta de l’expliquer à son interlocutrice :

« Je ne sais pas. Elle est apparu lors de mon enfance et s’est renforcé sous la férule de mon défunt mentor qui m’apprit alors à en tirer des sorts qui me sont uniques. J’ai essayé de l’expliquer en vain, pensant au fait que ce soit une magie de famille. Hélas, je ne connais pas ma famille, ni mon patronyme. Je ne me pose plus de questions, j’use de ma magie dans le cadre de mes fonctions.

Ah ah ah, je n’y suis pas encore à réellement agir sur les oiseaux, plus sur leurs ailes et plumes. Mais avec de l’apprentissage, je pourrais m’en faire des alliés et peut être même les soigner. Mon défunt mentor avait suggéré ces possibilités. Alors, Rika, que décidez-vous ? Je vous dépose au pied de cette vallée ou vous ferez le retour par vos propres moyens ? »


L’ange tourna son regard vers la jeune femme, en quête de réponses. Il espérait secrètement qu’elle répondrait par l’affirmative, désireux de lui faire expérimenter la sensation du vol.

La déposer au pied de la colline… hmpf, pourquoi est-ce que même pour ça, elle ne se sentirait pas à l'aise ? Allez quoi, ce n'est rien.

- Oh, euh… la voie de la prêtrise, vraiment ? l'interroge-t-elle, honnêtement surprise. Vous me verriez occuper un tel poste ? Vous savez, j'ai longtemps été sur les routes… pour ne pas dire "toujours". Je ne connais pas le fonctionnement d'une grande ville, comme vous avez pu vous en apercevoir, et… je risquerais certainement de faire des gaffes et de ternir l'image de notre religion. Ce serait un échec vraiment… catastrophique si ça arrivait...

En vrai, Rika n'y a jamais pensé. Certes, elle est religieuse. Certes, elle s'y connait en animaux… comme peu de gens s'y connaissent, il faut le reconnaître. Elle a pratiqué le terrain, observé de ses propres yeux : quoi de plus efficace pour maîtriser son sujet ? Mais en même temps… n'y a-t-il pas déjà quelqu'un pour occuper la fonction ? Quelqu'un de compétent également, en relation directe avec le Séraph concerné ? Rika, elle, ne connait absolument pas ce Séraph. Elle ne l'a jamais rencontré… et lui-même ne l'a sûrement jamais croisée. Peut-être qu'au détour d'une prière… mais jamais plus. Comment, alors, pourrait-elle prétendre devenir une prêtresse ?
À son avis… elle n'aura même jamais la chance – toute relative – de le rencontrer.
Et lui n'aura jamais le temps de s'intéresser à une civile humaine banale, sans pouvoirs. Il lui préfèrera toute créature plus puissante et plus charismatique, à n'en pas douter. Mais Rika reste une très bonne personne, elle n'aura pas besoin de tous ces artifices pour s'affirmer et s'accomplir. Une petite vie tranquille, sans histoire, ce sera le destin le plus probable et le plus sain pour elle.

- Mais pour Eloenne, je suis sûre que vous avez raison ! Elle est surprenante, elle pourra se hisser plus haut que n'importe quelle… hybride… ajoute-t-elle tout bas. Puis, reprenant son ton habituel… avant elle. Pour l'instant, elle me suit et m'aide… mais je suis sûre qu'un jour, ce sera l'inverse : c'est moi qui l'assisterai pour ses tâches ! Et j'en serai très heureuse. Comme je serais très heureuse si je pouvais vous servir à quelque chose, vous aider, vous débarrasser de… je ne sais pas, "choses pénibles à faire" ?

Elle n'a pas vraiment idée de toute la ribambelle de tâches qu'on peut attribuer à un magister. D'un certain sens, Rika sait qu'en protégeant les villageois d'animaux sauvages, elle permet aux guerriers de gagner du temps.
« Choses pénibles à faire »… Peut-être qu’en répondant franchement à sa demande, elle lui en fera également gagner, du temps… plutôt que de lui en faire perdre à discuter, discuter, et encore discuter. Vite, s’affranchir de tous les préjugés et se lancer.

- Et… hm… d’accord, j’accepte votre proposition, je veux bien que vous me rameniez. Mais… ne décollez pas trop haut… ni trop vite s’il vous plait. Hm… comment est-ce qu’on fait… ? Où est-ce que je… m’agrippe… pour ne pas vous gêner… ?

Après avoir récupéré son sac et s’être approché de lui, Rika le regarde… hésitante. La main là ? Là ? Sur les épaules ? Autour de lui, comme si elle l’enlaçait ? Est-ce qu’elle lui saute sur le dos ? Non, peut-être pas, ça risquerait de bloquer ses battements d’ailes. Elle ne va quand même pas devoir être portée dans ses bras, si ? Dans ce cas, ce serait les bras autour de son cou… no problem. Ce serait d’ailleurs la meilleure méthode selon elle… ou plutôt, celle qui la ferait la moins souffrir du vertige. C’est toujours plus rassurant d’avoir quelque chose « en dessous », plutôt qu’avoir les pieds qui pendent dans le vide.

- Eloenne a beau avoir des ailes, elles sont trop petites pour lui permettre de transporter un passager… indique la jeune femme, après avoir passé ses bras autour de son cou. Baptême de l’air à venir…

Oui, elle tremble. Il ne faut pas que ça le perturbe, il verra bien que la peur finira par se transformer en émerveillement.
Alec Greyhawk ft Rika Erikazé
Religion, partage et égalité


« Mais pour Eloenne, je suis sûre que vous avez raison ! Elle est surprenante, elle pourra se hisser plus haut que n’importe quelle hybride avant elle. Pour l’instant, elle me suit et m’aide...je suis sûre qu’un jour ce sera le contraire : c’est moi qui l’assisterait pour ses tâches ! Et j’en serais très heureuse. Comme je serais très heureuse de vous servir à quelque chose, vous aidez à vous débarrassez de, je ne sais pas, «  choses pénibles à faire » ? »


Scandalisé, l’ange en ouvrit les yeux de stupeur. L’altruisme poussait les limites à leur paroxysme, telle une vague qui vogue au gré des vents tout au long de sa vie, si éphémère.  Elle souhaitait probablement l’aider dans ses tâches, mais…, se dit la créature céleste,  cet altruisme sonnait comme les propos d’une servante ou d’une esclave. Rika se sentait-elle inférieure à ce point aux personnes possédant un travail notable ? Pour autant, selon un point de vue éclairé, à savoir le sien, cette femme était une vraie pépite pour ce pays. La duperie ne trompait point le savoir du magister. Nombreux étaient ceux qui se pâmaient les visages de mensonges afin de survivre sur leurs terres et continuer à tirer profit de cette vaste allégorie de la richesse qui, du plus haut rang au plus bas manant, marquait les esprits de son empreinte indélébile.

Alors dans ce monde souffre une exception, en la personne de cette humaine qui ne demandait que d’aider ses compatriotes et son peuple. La prêtrise était tout indiquée même si l’humaine allait jusqu’à nier ses capacités, y compris sa magie.

« D’accord, j’accepte votre proposition, je veux bien que vous me rameniez. Mais ne décollez pas trop haut...ni trop vite s’il vous plaît. Hum...Comment est-ce qu’on fait, ou est ce que je m’agrippe pour ne pas vous gênez ? »

L’ange regardait la blonde s’approcher et oser effleurer, d’une main hésitante, son torse et les courbes de son cou afin de trouver le secret de la position adéquate pour «  chevaucher » un ange. Guidé légèrement par Alec, elle prit enfin les bonnes décisions en se calant entre ses trapèzes et son torse, son poids reposant entre les bras agiles du magister.

Ses ailes se déplièrent en corrélation avec sa magie, libérant au passage de faibles volutes d’air qui agitèrent les mèches platines de la jeune femme. Intérieurement, il s’amusait de la peur de l’humaine du «  vertige », une sensation propre aux créatures terrestres.

Ses muscles dorsaux se mirent en mouvement, ses jambes décollant du sol en mosaïque du sanctuaire des astres, la dernière des Eriékazé emmitouflée dans les bras.  L’ange retrouvait le domaine de ses ancêtres, domaine que les élus des dieux partageaient désormais avec les hybrides de type aquilins. Une nouvelle espèce cousine, une espèce artificielle témoignant de l’arrogance des terrestres ellgardiens. Néanmoins, l’ange avait du respect pour les hybrides.

Les deux êtres se mouvaient à quelques mètres du sol, afin de ne pas traumatiser celle qui effectuait son baptême de l’air, n’ayant pu faire de ce vol une expérience entre sœurs.

L’ange regardait le ciel, usant de sa vision de faucon pour percer profondément la couche nuage et voir au-delà de cette limite naturelle. Il tenait à s’assurer que le ciel ne se modifierait pas en un temps périlleux, un temps orageux. La peur de la jeune femme tournait à l’émerveillement de toucher le ciel de ses doigts. Un orage gâcherait une telle félicité mais également la promesse de l’ange.

D’ailleurs, celui-ci depuis, quelques temps, formatait un projet de vie, qu’il tenait à faire par à son passager :

« Hum, ainsi les ailes des hybrides de type aquilin sont de moindre envergure que celle des anges...Intéressant. Probablement, leurs aspects animaux sont adaptés en fonction de leurs corps. Un oiseau n’a pas de passager, uniquement des proies entre ses serres. Je tenais à vous dire, Rika, que je n’ai pas besoin que vous me rendiez service. Votre tâche est tout aussi dure que la mienne néanmoins en ce qui concerne le service, je vous quémande donc de m’écouter sur un projet qui m’est venu à l’esprit. Nous sommes tous les deux orphelins et nous avons été élevés par des gens qui nous ont considérés comme de leurs propre familles. J’espérais à mon tour donner cette chance à d’autres personnes dans le besoin. Nous pourrions tous les trois, ta sœur, toi et moi, former ensemble un clan qui aurait pour but de donner cette chance à des enfants ou à des ex-esclaves qui voudraient bien respecter la religion séraphique. Qu’en dis-tu ? Nous pourrions être une seule et même famille. Je sais que nous ne nous connaissons que depuis peu, mais j’ai eu envie de te proposer cette idée.

Concernant Eloenne, vous ne tarissez pas d’éloges sur votre sœur, ah ah ah. Cependant, je ne doute pas qu’il est une place dans l’ordre pour elle. Ma «  jumelle » prêtresse et moi-même pourrions appuyer sa demande si elle souhaite un jour servir son pays. Comme je vous ai dis,  vous aussi pourriez embrassé la voie de la prêtrise. Cependant réfléchissez bien à ce projet de clan, s’il vous plaît. Ah tiens, nous sommes bientôt arrivés. Cramponnez-vous bien, je vais piquer vers le sol. »


Joignant le geste à la parole, les ailes de l’ange se plièrent légèrement à sa demande avant de piquer vers la terre ferme. L’atterrissage se passa sans encombres, Alec ayant veillé à ce qu’il soit ancré directement au sol, sans une course de décélération qui pourrait causer des blessures à son passager. Il jetterait sa main au feu que la jeune femme n’oublierait jamais cette première expérience de vol.

Il attendait donc que la dresseuse pose pied au sol, afin de répondre à sa proposition.

Un « clan » ? Parle-t-il d’ouvrir une sorte de « couvent » ou de « temple » que tous trois gèreraient, et qui accueillerait gratuitement des orphelins ? Hm…

Ils sont dans les airs, en train de voler. Sous eux, le vide. Les paysages qui défilent. Les animaux qui lèvent la tête vers le ciel… vers eux deux. Puis quelques oiseaux qui décollent des arbres et viennent batifoler joyeusement quelques instants à leurs côtés. Si elle n’était pas accrochée si solidement – peut-être même un peu trop – à Alec, Rika aurait tendu la main pour les toucher ; une chance, un privilège qui ne se représenterait pourtant pas de sitôt.
À partir de cet instant, elle comprend ce que ressentent tous ces êtres vivants, tous ces animaux qui possèdent des ailes : le ciel est à leur portée, c’est toute une nouvelle dimension à explorer. Une dimension gigantesque, bien plus vaste et plus libre que la terre ferme. Elle, en revanche, restera à tout jamais une « passagère », conduite où bon lui semblera par son « navigateur »… Au moment où Alec gagne sa liberté… c’est elle qui la perd totalement.
Mais un tel moment vaut bien le sacrifice, et la frayeur !

- Tu as vu le couple de cerfs ? s’exclame-t-elle, en pointant un doigt vers la zone où ils se trouvent… puis en replaçant précipitamment sa main autour du cou d’Alec. Et là, sur la branche… ce ne serait pas un… Cornalain ? Vous avez des Cornalains ici aussi, si proche de la capitale ? C’est incroyable !

Un vieux dicton dit la chose suivante : « Si tu vois un Cornalain dans son habitat naturel, apprête-toi à vivre une journée exceptionnelle ». C’est le cas. Le sanctuaire des Astres – même si elle n’a pas pu le visiter –, la rencontre avec Alec et pour finir, cette petite balade improvisée dans les airs… c’était loin de tout ce qu’elle avait pu s’imaginer, ce matin, en se levant.
Et, repensant à cette proposition d’Alec… elle se demande s’il n’y aurait pas moyen de prolonger cet état de transe. S’il n’y aurait pas effectivement quelque chose à faire pour tous ces enfants abandonnés par le destin. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Pourquoi ne pas faire ce qu’il propose ? C’est la question qui trotte dans son esprit, alors qu’ils atterrissent finalement. Ils sont allés tellement vite que… la balade aura finalement été trop courte. On y prendrait vite goût.

- Je ne suis pas contre, commence-t-elle, baissant la tête. Par contre… premières réflexions, c’est que je verrais ça… « plus grand ». Il n’y a pas que les gens qui sont abandonnés, les animaux aussi se retrouvent souvent dans ce cas. On aurait plutôt… une sorte de grand ranch, avec une école qui pourrait recueillir les gens, et une grande réserve qui accueillerait les animaux en détresse. Ce serait forcément sur plusieurs hectares, un peu éloigné de la ville, pour rester dans cet espace naturel, loin des yeux de tous…

Ce projet… ce serait bien… mais ça entrainerait beaucoup de sacrifices. Dont celui de devoir rester au même endroit très longtemps. Pour quelqu’un qui voyage sans arrêt, ça parait difficile. Impossible ? Non, puisqu’elle pourrait rencontrer de nouvelles personnes tous les jours, et c’est la principale chose qui la motive dans la vie. Rencontrer, aider, apporter un savoir ou un réconfort. À priori, aucun projet ne peut être plus excitant que celui-ci.

- Vous me laisseriez un peu de temps pour réfléchir ? fait-elle finalement, défiant sa propre logique. Je ne sais pas si le moment est venu, pour moi, de me poser. Il y a encore tant à découvrir, tant à explorer… tant de gens qui ne peuvent se déplacer et qui attendent que je vienne les aider. Je ne sais pas s’il me prendrait l’envie de partir en voyage sur un coup de tête, et de ne revenir que plusieurs semaines plus tard… vous comprenez ? Ce n’est pas très altruiste de ma part, mais bon…

Ce serait plus fort qu’elle. Et pour des gens qui la verraient comme leur « mère », ce serait difficile à vivre. Un abandon de plus. Et on sait que pour quelqu’un qui s’est retrouvé seul… s’il revit une deuxième fois l’abandon, il n’y croit plus jamais pour le restant de ses jours. Au final, ce n’est pas une décision à prendre à la légère, contrairement à ce que Rika avait pensé au premier abord. Elle s’en mordille la lèvre inférieure et montre des signes de stress évidents.
Alec Greyhawk ft Rika Erikazé
Religion, partage et égalité


« Vous vous méprenez sur mon idée d’entreprise. Je ne compte pas remplacer les clercs qui agissent dans la bonté et dans la grâce en tenant des orphelinats. Après tout, il serait hypocrite de ne pas respecter ceux-là même qui m’ont nourris durant toute mon enfance.

Je vais mieux vous l’exposer. Je suis orphelin et sans famille, seul si vous préférez le terme. Dans ce monde, les familles s’articulent des clans qui donnent une chance de prospérer autant socialement que politiquement. Je souhaitais donc offrir cette chance à d’autres personnes qui sont laissées pour compte. Créer les fondements d’une famille puissante, dans laquelle chacun trouverait son compte en bénéficiant de ma position d’ange. Donc mon idée ne concerne pas que des enfants, mais plutôt des adultes, des adolescents qui souhaiteraient enfin trouver un tremplin. Des esclaves affranchis, des vagabonds auquel nous pourrions offrir la religion et une place. Peut-être même certains rejoindraient l’ordre et tout. Je fondais l’espoir d’un futur possible par des gens auquel je ne demande que l’affection et de la réussite. Ces gens peuvent même être plus vieux que nous, j’accueillerais tout le monde.

Toutefois, un ranch pour animaux... Pourquoi pas. Je ne m’y connais que peu en ces choses et comparés aux Hommes, ils ne peuvent travailler pour aider financièrement la famille. Mais pourquoi pas, nous ne sommes pas obligé d’en posséder un grand nombre dès le début. Ah oui, les cornalains sont autant citoyen de ce pays que nous le sommes. Certains, attirés par les lubies de la civilisation, vivent près de la capitale. On pourrait même dire que l’emblème de Mearian aurait pu être un cornalain.

Je vais donc vous laissez tout le temps qu’il vous faudra pour y réfléchir si oui ou non vous souhaitez faire partie de ce clan. Le clan serait un lien spirituel, vous pourriez donc partir en voyage quand vous voudrez, je doute que quelqu’un dans le clan vous nomme « Mère ».

Vous savez ou me joindre pour me faire part de votre décision. Sur ce, je ne vais point tarder. Je me dois de reprendre mes affaires de magister. Très heureux d’avoir fait votre connaissance et au plaisir de nous revoir. »


Suite à son discours, l’ange fit un signe de salut. Il se souviendrait éternellement de cette rencontre avec la jeune Rika. Néanmoins, il devait voguer vers la capitale en ce jour pour enjoindre un rapport à ces supérieurs de la division des astres, au quartier général. Une immense bâtisse représentant toute la gloire des anges, ces êtres dont il faisait lui-même partie. Il ne doutait pas de cette jeune femme. Il trouvait néanmoins ennuyeux qu’elle n’est pas rejointe la prêtrise même si en tant qu’homme ailé, il comprenait également le désir de liberté qui emplissait les entrailles de la blonde.


C’était un au revoir, mais point un adieu…
L’ange et l’humaine auront encore des aventures communes à vivre dans ce bas monde.

Il parlait donc bien de « clan »… mais Rika ne comprend pas bien ce qu’il souhaite exprimer, comme à de nombreuses reprises auparavant. Elle a l’impression qu’il décrit un simple « cercle d’amis » qui s’entraideraient les uns les autres. Des connaissances, bien sûr qu’elle va s’en faire tout le long de son voyage… et bien sûr qu’elle les aidera comme elle aiderait n’importe qui.
Simplement… avec Alek, ce cercle s’est désormais élargi. Il a raison. Avec un magister qui propose ses services, c’est tout un nouveau panel d’actions qui devient possible… sauf, bien sûr, la visite du Sanctuaire des Astres. Pour pouvoir y accéder, il faudrait peut-être… accueillir un noble dans le clan ? Bon Dieu, en employant tout ce nouveau vocabulaire dans une seule phrase, la jeune femme a l’impression d’avoir tout compris. C’est beau, l’apprentissage des coutumes locales.

D’un hochement de tête, Rika montre à son interlocuteur qu’elle approuve. Ça ne coute rien, elle n’a pas besoin de rester tout le temps au même endroit… au final, ses habitudes resteront les mêmes. Elle proposera seulement aux gens de rejoindre ce cercle, ce clan, et ils formeront une famille bien plus unie tous ensembles. Ils y gagneront tous au change, profitant des compétences des uns et des autres. Et avec un peu de chance… dans quelques jours, quand elle reviendra, Rika deviendra amie avec la Grande Prêtresse, qui acceptera de rejoindre le clan… et hop, tout deviendra bien plus facile !

Mais au final, le peuple tout entier fait partie du clan « habitants de Mearian », non ? Une seule et même famille… non ? Pourquoi est-ce qu’il existe plusieurs clans ? C’est encore cette noblesse, ces histoires de nobles qui doivent vouloir s’isoler et jouir de privilèges sans en faire profiter les autres. Ces gens sont vraiment… curieux.

Finalement, après ce hochement de tête, Rika redevient pensive… et Alek doit le remarquer. Peut-être en rire. En tout cas, il n’insistera pas et lui fera un signe d’au revoir, signe qu’elle lui retournera en posant une main sur sa poitrine et en lui adressant une petite courbette.

- Merci beaucoup Alek, à la prochaine !

Elle le regarde s’éloigner sans bouger… puis, après avoir secoué la tête pour sortir de ses pensées, elle reprend sa route. Direction la capitale, direction les retrouvailles avec Eloenne. 20h à la Place de la grande Horloge, aucune des deux n’a oublié. Et effectivement, quand Rika arrive à l’heure exacte… sa sœur de cœur l’attend déjà. Les deux s’emploient à raconter leur journée – sans rien se cacher, c’est important pour elles – et la jeune blonde exprimera, tout le long de la soirée, encore et encore ses regrets. Pour lui remonter le moral, Eloenne doit lui proposer plusieurs activités pour le lendemain, dont de multiples visites de temples, de parcs, de lieux et de merveilles qu’elle a déjà pu repérer.

- Je voulais tellement visiteeeer…
- J’aurais beaucoup aimé aussi… mais on pourra se consoler avec des photos qu’on trouvera à la bibliothèque. Je crois même qu’ils ont une galerie d’art, des tableaux qui représentent chaque salle du Sanctuaire.
- Mais c’est moins bien qu’en vrai… pouvoir admirer de ses yeux, pouvoir admirer de ses mains… il doit y avoir toute une atmosphère… répond Rika, déçue.
- Rien ne nous empêche d’y aller une autre fois. Tout vient à point à qui sait attendre.
- Qui se nourrit d'attente risque de mourir de faim.
- Attente active alors. reprend Eloenne, habituée à répondre du tac au tac. Tiens, essayons d’envoyer une lettre à la Grande Prêtresse par exemple, peut-être qu’elle répondra favorablement. Et il faudra attendre qu’elle réponde. Ce qui n’empêchera pas d’essayer autre chose entretemps.

C’est décidé : cette soirée, dans leur nouveau domicile à l’auberge du Poney Doré, sera consacrée à la rédaction de cette missive. Plus vite elle sera envoyée, plus vite les deux femmes recevront leur réponse.
Ou peut-être n’en recevront-elles jamais.