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Religion, partage et égalité [PV Alec Greyhawk]

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Theopolis la majestueuse.
Rika et Eloenne sont toutes deux émerveillées en la découvrant. Non… en réalité, l’attention de Rika s’est directement fixée sur un bâtiment, beaucoup plus loin, trônant dans les montagnes : le Sanctuaire des Astres. Il s’en dégage une atmosphère mystique à laquelle la jeune femme ne peut résister. Après quelques millièmes de secondes de réflexion, elle a déjà décidé que c’est là-bas qu’elle irait en premier.

Voyant ce regard pétillant et déterminé qu’elle connait tant, Eloenne sait qu’elle ne pourra en aucun cas la faire changer d’avis. Mi amusée mi craintive pour la suite des évènements, la suivante de Rika baisse les yeux, d'ores et déjà vaincue.

- À vue d’œil, je crois que tu en as pour 4 ou 5 heures de marche pour arriver jusqu’à là-bas… commence Eloenne. Ça fait 10 heures aller-retour, plus le temps sur place… On peut se donner rendez-vous… à l’horloge là-bas, ce soir vers 20h ?
- Pourquoi ? répond Rika, surprise. Tu ne veux pas venir avec moi ?
- Je nous chercherai plutôt des provisions et une couche pour la nuit. D’ailleurs, tiens, quelques baies pour ton repas de ce midi. Attends, prend ça et ça aussi, continue-t-elle, ignorant les protestations de sa maîtresse. Et tu n’oublieras pas de te couvrir, il a l’air de faire froid tout là-haut.
- Je supporte trèèèès bien le froid, ne t’en fais pas pour moi.
- Mais oui c’est ça, termine-t-elle en souriant.

Quelques heures plus tard, c’est une Rika effectivement frigorifiée qui se présente à l’entrée de l’imposante bâtisse. Si elle se retournait, elle pourrait apprécier une magnifique vue plongeante sur la ville, en contrebas… mais non, elle est obnubilée par le Sanctuaire qui se dresse devant elle. Si envoûtée qu’elle n’a pas vu le temps passer. Et qu’elle n’a toujours rien avalé. Et qu’elle n’a pas non plus pensé à enfiler son manteau.
Il faut dire que pour une « campagnarde », le paysage est dantesque : une sorte d’arche pour entrer, de hautes tours de chaque côté et, au centre, le plus grand château… temple… monastère qu’elle ait jamais vu. Le tout baigné dans une espèce de quiétude, comme si l’air avait été échangé contre de la bonté à l’état gazeux, et qu’on respirait celle-ci à plein poumon. Le simple fait d’être debout, ici… et Rika se sentait totalement revigorée. Si seulement Eloenne était venue elle aussi…
… tant pis, elles reviendraient plus tard, un autre jour, et Rika pourrait lui faire visiter !

Entrer. Tel est désormais le désir de la jeune femme, toujours en quête de davantage d’émerveillement. Si l’intérieur est aussi extraordinaire que l’extérieur, elle se jure même qu’elle fera tout pour y emménager. En religion, on apprend le don, le partage, la vie en communauté ; gage qu’ils trouveront forcément un petit endroit pour la caser. Pourquoi pas dans une chambre pas loin de celle de la Grande Prêtresse ? Ce serait pratique pour discuter avec ! Enfin… elle ne la connait pas, n’a jamais vu de représentation d’elle ni entendu son nom à vrai dire. Mais qu’importe. La Grande Prêtresse est une Grande Prêtresse, c’est tout ce qu’il faut savoir. Elle doit dégager une aura particulière qui la distingue, elle doit être très facile à repérer.

N’écoutant que son impatience, Rika parcourt les quelques mètres qui la séparaient de l’entrée, puis… elle toque à la porte. Toute souriante, les mains jointes dans le dos, l’excitation est à son paroxysme. Elle se retient de sauter et bondir, son cœur battant cependant la chamade. Mais finalement, il ne se passe rien.

- Hm ? fait-elle après une ou deux minutes d’attente. Ohé, il y a quelqu’un ?

Telle que la question est posée, on croirait entendre une enfant. Cette manière de terminer sa phrase en montant dans les aigus, exprimant non pas l’impatience, mais à 100% l’interrogation, aurait vite fait eu pour effet d’attendrir un interlocuteur. Force est de constater que personne n’a entendu, puisque personne n’ouvre…
Rika pose sa main sur la porte et essaye de pousser. Sans résultat. Elle pose son autre main et pousse plus fort. Nada. Elle pose son épaule contre le bois et force de plus belle. Nope. À partir de là, elle va commencer à plisser les yeux et froncer les sourcils. Elle toque à la porte un peu plus fort. Ou plutôt, elle frappe du poing franchement.

- Il y a quelqu’un ? S’il vous plait, je voudrais visiter !

Toujours pas d’impatience dans la voix, tout va bien. La jeune femme colle son oreille pour écouter ce qui se trame à l’intérieur… mais une fois n’est pas coutume, elle reste bredouille. Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il se passe ? Est-ce qu’ils dorment tous ? Ce n’est pourtant pas l’heure. Et tous ces gens qui attendent pour visiter… vont-ils devoir patienter dehors des heures et des heures durant ?
Finalement, quand elle regarde ce que font ces prétendus « autres »… Rika s’aperçoit qu’elle est seule. Il n’y a pas un chat ici. Enfin, si, mais pas aux abords immédiats du Sanctuaire. Un mystère de plus. Serait-ce un jour férié ? Allons, tout de même… vraiment personne ?

La jeune femme commence à marcher : elle va faire le tour du bâtiment. Peut-être qu’une fenêtre sera ouverte et qu’elle pourra demander plus de renseignements ? Qui sait. Sur le côté, elle en trouve rapidement une, à environ 7 mètres du sol.

- S’il vous plaiiit ? fait-elle en posant ses mains autour de sa bouche pour faire porte-voix. C’est fermé en bas, est-ce que quelqu’un pourrait ouvrir ?

Elle doute qu’on puisse l’entendre. À cette altitude, et avec ce vent glacial, la voix ne porte pas. Rika soupire… s’approche… pose ses mains sur le mur, agrippe une prise et commence à grimper. 7 mètres, ce doit être faisable, non ? Ah, si seulement Eloenne était-là, elle aurait pu voler jusqu’à la fenêtre et demander directement. Des ailes, c’est fort pratique pour ça…
Deux ou trois fois, elle manque de peu de tomber, se retenant tant bien que mal aux maigres prises qui lui sont offertes. Enfin en haut, elle pousse un peu la fenêtre, et passe sa tête dans l’encadrement.

- Il y a quelqu’un ? demande-t-elle doucement.
Le temps était d’humeur clémente en cette fin d’après-midi. Hélios, représentation de l’astre de feu et Eole avait signé un traité de paix, laissant le ciel libre de toutes perturbations orageuses et de pluie. Alec s’élevait dans cet océan d’astres, ses ailes majestueuses d’un gris pur s’acharnant sans répit dans un espace vide de toute perversion humaine. Les terres, le feu et même les océans pouvaient appartenir aux nations des hommes, mais le ciel constituait un domaine qu’il ne pouvait au mieux que toucher de leurs doigts creux et fins.

Théopolis, la cité des dieux…

Elle trônait en reine sur les plaines d’un petit pays, la nation des ancêtres d’Alec. Première cité où hommes, femmes, enfants et dieux se croisaient sans animosité. «  Les voiles du Seigneurs sont impénétrables », cette expression marquée par une telle fausseté pour les légions de croyants qui parsemaient les terres de la Cité. Alec ne se méprenait point, n’importe quel manant n’approchait pas la divinité. Il en advenait même de son rôle d’empêcher cette circonstance désastreuse. Les divinités choisissaient l’intermédiaire, souvent des jeunes femmes qui se passaient le flambeau de générations en générations. L’actuelle grande prêtresse, se nommait Mavis Thelxis, une jeune femme dans la fleur de l’âge, en apparence aussi jeune que le magister.

Le mage appréciait la vue plongeante de la cité, que lui conférait son génome angélique. Il distinguait même de sa vision aquiline, les toits des bâtisses religieuses, les différents commerces qui attiraient les foules, désireuses de conclure de bonnes affaires. Mais cette sensation de félicité s’estompa aussi vite qu’elle était apparu : l’ange, pressé de rejoindre les cieux n’avait pas pris la peine de se sustenter avant d’entamer son long périple. Heureusement, un en-cas se trouvait dans besace du jeune homme.

Il piqua vers le sol, ses deux paires d’ailes repliées sur son dos. La distance entre Gaïa et Ouranos s’amenuisait petit à petit à mesure que l’ange se rapprochait du sol. Il finit par ouvrir ses ailes de toute leur envergure, dans une manœuvre de ralentissement parfaitement exécutée. Ses pieds touchèrent enfin le sol dans une petite course. Il épousseta, de sa main, sa tunique. Il finirait le chemin à pied ou en lévitation. Le sanctuaire était un lieu parsemé d’une aura surnaturelle. Une arche divine précédait une bâtisse surmontée d’une dizaine de hautes tours. C’est en ces lieux qu’officiait le pape et la grande prêtresse. Seuls les dignitaires et la noblesse prétendait au droit divin de fouler le granit qui ornait le sol de la sainte-Basilique. Alec, en sa qualité de magister, ne jouissait que de la vue exceptionnelle.

Alec, lévitant à cinq centimètres du sol, se déplaçait dans cette atmosphère de calme et de bonté. Le pouvoir bienveillant des séraphs s’exprimait dans un large périmètre autour du monument. L’ange en profita pour croquer un morceau de son sandwich, nourriture durement confectionnée le matin même.

« Oh hé, il y a quelqu’un ? Oh hé, il y a quelqu’un ? , je voudrais visiter ! »

Alec entendit ces étranges propos. Les habitants de Théopolis savaient que ce lieu ne participait point à l’effort touristique de la ville. Il était réservé à l’élite, une oligarchie secrète cachée entre les murs de la Théocratie. Il décida d’accélérer le pas, quémandant un effort conséquent de plus à ses armatures duveteuses.
Il arriva en catastrophe, prêt à interpeller la personne malheureusement perdue. Quelle ne fut pas sa surprise de voir une jeune femme à la chevelure couleur or qui tentait avec succès de grimper péniblement un des murs façades du sanctuaire. Le jeune ami à plumes observa ce comportement, perplexe. Cette femme, était-elle vraiment inculte des traditions séraphiques ou son but demeurait tout autre. L’ange fut pris d’un profond doute : et si elle était une espionne à la charge de l’empire. Le profil correspondait. Qui se méfierait d’une belle jeune femme, dont l’innocence semblait orner les traits, se dit intérieurement Alec.

Le faucon, mi-amusé mi-méfiant, laissa le vent porter sa voix auprès de la jeune « espionne » :

« -Mademoiselle, je suis le magister Greyhawk. Je vous prie de vous éloigner de ce lieu sacré que vous profanez par vos gestes. Ce lieu est réservé à l’élite du pays, au Pape et à la Grande prêtresse. À moins que vous ne le saviez déjà et que vous venez, emplie de mauvaises intentions, récolter des informations pour le compte de cet état hérétique du nord, qui ne cesse de vouloir nous atteindre par tous les moyens. Je ne le répéterais pas deux fois, obtempérer. »

Son interlocutrice avait grimpé le mur avec une certaine aisance, proche de celle d’un animal. Alec restait sur ses gardes, en vol stationnaire, sa main sur le pommeau de sa dague prêt à répondre à une agression.

«- Nom et race, mademoiselle. »

L’ange resta ainsi, attendant patiemment la réponse de la jeune intrépide. Il espérait qu’elle fasse le bon choix, il ne serait pas plaisant de devoir l’envoyer derrière les barreaux pour une infraction grave : « Le vandalisme des lieux de cultes ». Cependant, le magister s’en tiendrait à l’exercice de son devoir que la jeune femme obtempère ou non.

Spoiler:
 
Entendant une voix derrière elle, Rika tourne la tête et regarde vers le bas. Bigre que c’est haut… si elle glisse, elle risque de se casser le cou. Tout d’un coup, prenant conscience du danger, elle se cramponne plus fermement... et c’est justement ce qui a pour conséquence de la faire déraper. Un seul pied, fort heureusement. La jeune femme a vite fait de trouver une nouvelle accroche à laquelle s’appuyer.

- Att… attendez, une minute, je descends ! fait-elle, mi confiante mi paniquée.

La descente est beaucoup plus laborieuse que la montée : Rika n’avait pas prévu qu’il lui faudrait rebrousser chemin. Elle n’avait pas prévu grand-chose d’ailleurs. La fenêtre était entrouverte, elle allait l’emprunter pour entrer… à ce moment-là, tout était clair. Maintenant, elle paye pour n’avoir pas su anticiper. Si c’est comme ça qu’on apprend… ce sera, pour elle, une très bonne leçon de vie. Qu’elle ne retiendra pas, comme d’habitude.

Quelques égratignures plus tard, à deux mètres du sol, elle prend son élan et… hop, pousse contre le mur pour « atterrir » au sol. Plutôt gracieusement et avec une certaine dextérité, soit dit en passant.

- Fiouuuuu… lance-t-elle dans un grand soupire de soulagement, en passant son avant-bras sur son front, recoiffant par là même une mèche de cheveux qui tombait devant ses yeux. Je vous jure… c’était haut ! Enfin… avec vos ailes, vous ne devez pas voir les choses de la même façon. Ce doit être cool d’être un ange et de pouvoir voler !

Elle a déjà évalué son interlocuteur de la tête aux pieds… ce qui n’a rien d’étonnant, pour une femme si observatrice. Il possède deux pairs d’ailes dans le dos : un ange. C’est un bel apollon en armure, une main posée sur son arme : un guerrier. Exactement le profil des Magisters… Rika en est convaincue. Elle n’en a pas rencontré beaucoup jusque-là – ils doivent principalement se concentrer sur la capitale – mais elle jurerait que cet homme en est la personnification incarnée.
Mais ce n’est pas suffisant, alors, elle le reluque un peu davantage. Sans s’en cacher outre mesure, entendez-le bien. Certes il est plus grand qu’elle – qui ne le serait pas ? – mais il n’a rien de physiquement… impressionnant. Un puissant mage, sans l’ombre d’un doute. Quoique possédant tout de même une arme blanche. Un combattant « complet » ? Rapide, vif, fort, précis, puissant ?

Perdue dans ses pensées, la jeune femme finit par reprendre ses esprits et secoue la tête. Ce n’est pas le moment d’être dans la Lune.

- Qu’est-ce que vous disiez… ? Ah, oui, vous êtes le Magister Greyhawk, je suis enchantée de vous connaitre monseigneur ! dit-elle en faisant une petite courbette. Je m’excuse d’avoir essayé de grimper, je ne voulais pas manquer de respect ni profaner quoi que ce soit… en fait, c’est juste que la porte est fermée… et je voulais prévenir. Mais personne ne répondait, je ne savais plus trop quoi faire…

Pour un Magister, ce sera beaucoup plus simple de les prévenir… surtout s’il est assigné à la protection du Sanctuaire, comme l’imagine Rika. S’il possède la clef sur lui, ce serait encore mieux : plus besoin de déranger les occupants, ni d’avoir à patienter ! La demoiselle se voit déjà traverser les couloirs et s’émerveiller des décorations de ce bâtiment de culte encore vide. Elle en aura, des choses à raconter !

- Ah… mille excuses : Rika Eriézaké, humaine. Enchantée !

Nouvelle petite courbette rapide avant de s’avancer et présenter sa main droite, la main gauche également bien en évidence. Qu’il la reluque en détail et sous toutes les coutures s’il le souhaite : une fleur de lys dans les cheveux, vêtue de sa simple robe noire et trimbalant un sac dans son dos, elle ne possède visiblement aucune arme. Et n’a pas l’air d’être dangereuse. À moins qu’elle ne porte un canif qu’elle cache sous sa robe, en haut de la cuisse… allez savoir.
Alec Greyhawk ft Rika Erikazé
Religion, partage et égalité

La jeune femme entreprit de descendre la façade murale du Sanctuaire, non rassurée par l’extrême distance qui la séparait du sol. Elle manqua d’ailleurs plusieurs fois de mettre fin à ses jours. Alec se rapprocha, les bras tendus vers la jeune femme pour sécuriser sa descente, n’ayant pas peur de la chute car muni d’ailes. La coupable n’était pas un lycan, elle n’en avait pas les talents particuliers. Certes, ceux-ci ressemblaient comme deux gouttes d’eau aux humains, mais ils possédaient une force et une agilité qui défiait les statistiques humaines.

D’un ultime bond, la blonde atterrit sur le sol, parsemé de dalles rocheuses. Elle lança un soupir, avant de se frotter le visage de son avant-bras dévoilant une peau légèrement laiteuse et bronzée. Il n’y avait aucun doute que la créature avait subi des conditions de chaleur extrême lors de son ascension. La jeune adulte, étreinte par la gêne, recoiffait sa frange dorée avant de prendre la parole, d’une voie rapide et légèrement tremblotante :

« Je vous jure… C’était haut ! Enfin… Avec vos ailes, vous ne devez pas voir les choses de la même façon. Ca doit être cool d’être un ange et de pouvoir voler ! »

Elle me dévisageait avec une lueur de curiosité dans ses magnifiques yeux saphir. Alec ne se gêna pas pour en faire de même. Sa première impression fut vite balayée par cette seconde introspection. La créature portait une simple robe, qui recouvrait des formes encore légèrement enfantines. Même si son visage commençait à perdre les rougeurs de l’enfance. Ses cheveux blonds encadraient son visage d’une façon angélique. Une fleur, une unique fleur pleine de pétales ornait cette délicate marée d’or. Alec, incapable de mettre un nom sur l’espèce florale, il se contenta juste de lui jeter de brefs coups d’œil. Le regard inquisiteur de la jeune femme descendit le long de son corps avant de s’arrêter sur un point fixe. L’ange, suivant celui-ci regarda sa main posée sur le pommeau de son épée séraphique. Il eut une révélation sur la peur qu’il sentait se dégager des pores de la pauvre demoiselle. Elle n’était en rien un espion. Les espions recevaient un entraînement qui leur octroyait la maîtrise de leurs sens, une culture générale et géographique poussée, mais surtout la capacité à rester discret. Hors, Alec avait repéré la demoiselle, sans fournir le moindre effort.

Alec était en présence sûrement d’une villageoise qui ne connaissait pas les coutumes de la capitale. Les campagnes, loin des villes, ne suivaient pas les différentes évolutions urbaines qui ne se produisaient qu’à la Cité des dieux. Il enleva sa main de son pommeau, rassuré de ne pas conclure cette rencontre dans un terrible et funeste destin. Inconsciemment, le jeune ange replia ses organes duveteux sur ses omoplates grâce à la magie.

La jeune femme souhaitait entrer dans le Sanctuaire des dieux afin de rencontrer ses idoles. Les séraphs, Sa Sainteté le pape et l’estimable grande prêtresse ? Un en particulier ou les 23 en même temps ? Ainsi, elle se prénommait Rika et elle appartenait à la race la plus étendue en ce bas monde.
L’ange sortit un carnet de sa besace. Celui-ci, rouge et noir, se retrouvait être un recueil d’informations diverses que l’homme ne quittait jamais, tant l’œuvre lui tenait à cœur. Il sortit une plume et un encrier, et commença à noter frénétiquement les détails de sa rencontre avec Rika. Une sensation étrange perturbait son esprit, cette sensation mystique qui lui suggérait que cette Rika serait de ses relations les plus proches.

Finissant rapidement d’écrire, l’ange concentra sur la main tendue. Main qu’il s’empressa de serrer, légèrement méfiant au cas où la jeune humaine se saisit d’une arme cachée sous son giron. Le magister retira sa main avant de s’entretenir avec Rika :

« Demoiselle Rika, il est impossible d’entrer dans ses lieux si vous n’êtes pas préalablement invité par ses Saintetés. Ce lieu de culte est réservé à l’élite de notre Nation. Si vous n’êtes pas fille de nobles ou une personne d’importance, vous ne pouvez passer ces portes. Je n’en ai moi-même point ce droit. Les gardes de la citadelle sont triés sur le volet. Je n’en fais donc point partie. Votre voix portait sur des kilomètres, j’ai donc accouru pensant que vous étiez en proie à un danger quelconque, mademoiselle. Mais on peut dire que vous ayez de la chance d’être tombé sur moi, milady, car votre acte aurait pu être pris pour hérésie et vous seriez d’ors et déjà condamné à subir le bûcher. Vous êtes une touriste d’une autre nation ? Peut-être une mearienne venant pour la première fois dans la capitale ? Sinon, Greyhawk suffira. Je ne suis point de la noblesse pour oser revêtir le terme de seigneur. »

Le jeune ange regarda la jeune Rika, en attendant sa réponse. Il espérait qu’elle entendrait raison et serait pas déçue. L’humaine avait démontré des capacités d’intrépidités et ses yeux brillaient encore et toujours d’une flamme de détermination à toute épreuve.



Elle le voit écrire quelques mots sur un carnet… et quand il prend la parole, Rika ouvre de grands yeux stupéfaits. Cet homme a lu en elle comme dans un livre ouvert. Elle ne devrait pas être aussi surprise parce qu’Eloenne, sa suivante, est également capable de telles prouesses… mais c’est quelque chose qui a pour don de la faire déchanter. Pour toute réponse, la jeune femme commence par balbutier des paroles incompréhensibles, puis elle se reprend.

- Qu’est-ce que c’est un « noble » ?

Un concept qui lui échappe et dont elle n’a jamais entendu parler : il était logique de commencer par là. On la prendra sûrement pour une campagnarde pas très éduquée à qui il manque du vocabulaire de base… mais à quoi bon continuer une discussion si les deux parties ne parlent pas la même langue ? Autant y aller franco, tant pis si elle passe pour une débile.
Il était de toute façon écrit qu’un jour, son monde serait légèrement ébranlé par de nouvelles connaissances acquises sur le fonctionnement d’une société, voire de sa propre Nation. Aider son prochain, mourir pour sa Nation… certes, mais tout n’est pas si simple. Les coutumes de la capitale mettant du temps avant d’arriver aux tréfonds de la Théocratie, ce sont peut-être de nouvelles traditions dont elle n’a pas encore connaissance. Il faut savoir se mettre à la page et apprendre sur le tas.

- Et je ne comprends pas cette histoire de « personnes importantes »… qu’est-ce que ça veut dire ? Moi, oui, je suis mearienne, je suis aussi importante qu’une autre personne, non ? fait-elle, visiblement un peu perdue. Enfin, je veux dire… Qu’est-ce qui m’empêche de visiter le Sanctuaire et de r… enfin, juste visiter ?

Elle allait ajouter « et de rencontrer les dieux, le Pape, la Grande Prêtresse »… mais ça, c’est une toute autre histoire. Il est presque inutile de les rencontrer, puisque les dialogues ont lieu dans les temples, lors des prières. Les rencontrer pour les rencontrer ? Rika n’est « qu’une parmi tant d’autres », ces gens ne risquent pas de se lier d’amitié avec elle. Ni de lui accorder quelconque intérêt plus fort qu’envers une autre personne. Enfin…
… finalement, ce sujet la turlupine vraiment. D’autant que d’après les dires du seigneur Greyhawk, il n’a lui-même pas le droit de passer les portes du Sanctuaire. Pourquoi ? À quoi bon construire un bâtiment pareil si personne ne peut y entrer ? Ce serait comme refuser l’entrée d’un temple après un pèlerinage, ça n’a aucune espèce de logique. Tout le monde doit pouvoir entrer… après tout, ce doit être très joli à l’intérieur ! De quoi émerveiller les gens, les rebooster chaque jour qui passe ! Ou alors, ils sont en travaux, et ne souhaitent pas qu’on entre tant que les conditions de sécurité ne sont pas optimales… ?

Elle divague. À force de réfléchir, elle commence à s’imaginer tout et n’importe quoi. Bien loin de la réalité. Rapidement cependant, elle se reprend et regarde son interlocuteur droit dans les yeux, déterminée.

- Je voudrais devenir importante pour pouvoir visiter, comment est-ce qu’on fait ? lâche-t-elle. Et vous monsieur Greyhawk, vous ne voulez pas essayer, vous aussi ?

C’est sans doute avec ces deux questions qu’elle paraitra au summum de sa naïveté. D’autant qu’elle s’imagine déjà devoir se soumettre à une tâche/épreuve qu’elle pourra accomplir en quelques minutes. Quoique… qui sait, peut-être est-elle une personne d’importance qui s’ignore… ?
Pour appuyer ses propos, Rika a posé son sac à terre. N’importe quelle épreuve, elle est prête.
Mais son ventre, qui gargouille, n’est sûrement pas de cet avis. La jeune femme grimace un peu en levant les yeux au ciel. Elle pose ses mains sur son estomac et soupire.

- Euh… je vous prie de m’excuser, je vais manger un morceau avant… Je n'ai rien avalé depuis ce matin...

Droit ou pas le droit, elle va s’assoir ici et s’improviser un petit pique-nique à base de fruits et de baies. Non sans oublier son compagnon de fortune, à qui elle va en tendre une bonne poignée.
Alec Greyhawk ft Rika Erikazé
Religion, partage et égalité

« - Qu’est ce « un noble » ? Et je ne comprends pas cette histoire de « personnes importantes »… Qu’est-ce que ça veut dire ? Moi, oui, je suis mearienne, je suis aussi importante qu’une autre personne, non ? Enfin, je veux dire… Qu’est-ce qui m’empêche de visiter le Sanctuaire et de r… Enfin, juste visiter ?"

Le choc des cultures, la jeune femme était en proie à un choc culturel. Son monde si simple et innocent se remplissait de connaissances implicites et perfides. Les us et coutumes de Théopolis n’atteignaient que rarement les communautés périphériques. L’ange, lui-même, profitait en ce moment du savoir acquis sous la férule de son mentor, Sir William. Le magister qui avait réussi à faire de lui un homme n’était pas que magister. Il appartenait également à une famille importante de la capitale, une famille qui pouvait revêtir la noblesse.

Le jeune Greyhawk pris sur lui pour tenter de mettre des mots sur les interrogations intérieures qui emplissaient l’âme de Rika. Le jeune homme procéda donc de bon cœur, son esprit se remémorant le souvenir de sa propre arrivée dans la jungle urbaine :

« - Rika, si vous permettez que je vous nomme ainsi, le terme de noblesse et de personnes importantes désigne la même caste d’individus. Notre Nation est marquée par la religion séraphique, qui nous octroie le soutien des dieux et qui marque les principales règles dans la société mearienne. Cependant, Mearian est aussi un Etat politique. Ce terme vous parle ?
Je suppose que non… La politique désigne ceux qui font partie de l’institution qui dirige la Nation. Vous connaissez déjà le Pape et la Grande Prêtresse comme tout un chacun. Cependant, l’instance dirigeante compte plusieurs paliers. Les archimagisters qui sont en charge de l’armée, les cardinaux en charge de toutes les affaires concernant la religion, ne sont que quelques exemples que je puis vous donner. Ces gens ainsi que leurs principaux bras droits peuvent être considérés comme des individus importants. Ils ont la donc pleine autorité pour pénétrer entre ses murs.
La noblesse désigne les familles influentes de toutes les contrées de notre beau pays. Ils sont majoritairement des humains, des anges ou des salamandres. Ce sont des familles qui ont prospérés depuis des temps immémoriaux auprès des Séraphs et des papes qui se sont succédé. »


Le jeune homme laissa la demoiselle Erikazé digérer les réponses. Il avait conscience de l’incompréhension de la jeune villageoise. Probablement, ces tuteurs lui avaient appris que tous demeuraient égaux sous le regard divin. Cet enseignement des clercs avait pour but de fournir la satisfaction et l’envie aux peuplades de trouver un certain réconfort dans la religion séraphique. Cependant, les enseignements religieux reposaient avant tout sur des dogmes, sur des écrits théoriques qui remontent sur plusieurs siècles. En pratique, tous les hommes ne naissaient pas libres et égaux. Un infime nombre de meariens venaient au monde, avec une cuillère d’argent à la bouche. Ces êtres, dont le patrimoine fleurissait jour après jour, année après année, possédaient des privilèges que le peuple rêvait de posséder.

« -Je voudrais devenir importante pour pouvoir visiter, comment est-ce qu’on fait ? Et vous, monsieur Greyhawk, vous ne voudriez pas essayer, vous aussi ? »

Alec crut déceler de l’ambition dans les propos de sa « compagne temporaire ». Néanmoins, ce ne fut que l’expression de l’envie de visiter le monument, qui se tenait à quelques mètres des deux jeunes gens. La jeune femme semblait attendre de lui qu’il soit l’émissaire d’un défi quelconque pour mériter l’entrée dans la citadelle des dieux. Il ne voulut pas décevoir les attentes de sa jeune amie, mais il ne pouvait en être autrement. Il reprit donc la parole :

« -Vous n’avez pas compris, mademoiselle. La noblesse ou l’influence ne concerne pas un certain mérite. Il n’y a pas d’épreuves de foi pour déterminer qui est digne d’obtenir une place auprès de sa Sainteté ou des divinités. La noblesse et l’influence dépendent de critères économiques et temporels. La religion et les instances sont financées par cette élite, il contribue au fonctionnement global de tout le pays par des méthodes commerciales ou militaires. D’autres jouissent des privilèges hérités de leurs aïeux. Ils sont donc favorisés au niveau des prières car se sont des bienfaiteurs.
Toutefois, on peut devenir important…Un mearien peut s’élever dans la société grâce à une carrière militaire des plus florissantes. Les grands marchands possèdent également la possibilité d’être désigné comme une personne influente. La dernière solution est l’ancienneté de ton nom de famille. Si nombres de vos ancêtres ont contribués au maintien de l’ordre des astres ou de son instauration, tu pourrais devenir important. La noblesse ne se mérite malheureusement pas par une foi inébranlable en nos sauveurs…Je préfère être honnête avec vous, milady. Il se peut que nous ne finissions notre vie dans la peau de manants et de roturiers. »


Alec aperçut la fine main de la jeune femme se mouvoir dans sa direction, de la nourriture coincée entre les doigts. Rika faisait preuve de son apprentissage religieux, n’hésitant pas à partager ses biens avec autrui. L’ange n’eut pas le cœur à priver une jeune femme d’une part d’un déjeuner, probablement, durement acquis. Il prit place aux côtés de l’humaine, assise sur le sol. Elle n’avait point encore abandonné l’idée de pénétrer par n’importe quel moyen en ces lieux, et il serait plus prudent de détourner son attention de cette envie qui pourrait la condamner à l’exil ou au bûcher. Il prit donc la parole, d’une voix plus détendue :

« - Je sais ce que vous ressentez. Je viens moi aussi d’un village situé dans la campagne. J’ai vécu un choc culturel en foulant pour la première fois les chemins de pierres de la capitale. Je fus moins désarçonné que vous car j’ai été élevé dans un orphelinat tenu par un duo prêtre-magister. Il est dur en effet de se faire aux coutumes de la capitale, tant elles peuvent paraître différentes de celles que suivent les gens dans les petites communautés. Cependant ces coutumes font office de règles. Je loue votre grande foi qui, j’en suis sûr, ravit les séraphs mais les règles sont faites pour être respectés. Les citoyens ordinaires ne peuvent pénétrer dans le Sanctuaire. Les meariens ne naissent pas tous égaux….Cependant, je vous suggère de prendre ce refus comme une motivation. Devenir quelqu’un d’important est possible. Lorsque vous atteindrez cet objectif, les voiles des séraphs ne seront plus impénétrables pour vous, milady.

Mademoiselle, nous pourrions faire connaissance, histoire que votre périple ne soit pas vain. Bien entendu, si tel est votre souhait. »







Un petit oisillon vient se poser à quelques mètres d’eux.
Dans l’esprit de Rika, tout est un peu confus. Les dieux mis à part, tout le monde est remplaçable, non ? La Grande Prêtresse n’est-elle d’ailleurs pas choisie au hasard parmi toutes les femmes, et non pas parmi toutes les femmes… « importantes » ? C’est ce qu’on lui a expliqué en tout cas, et c’est ce que raconte la comptine :

Le chant des Dieux t’appellera, ♪
La Grand’ Prêtresse, ce sera toi, ♫
Aux champs, aux mines, dans ta jeune vie, ♪
Toi petit’ fille sera choisie. ♫

Cette méthode de sélection tend à prouver que l’importance d’une personne n’est en rien… déterminante dans le choix des Seraphs. Si les dieux procèdent ainsi, pourquoi y aurait-il toute cette histoire de « noblesse influente » ? D’État politique ? Était-il vraiment nécessaire de les mettre en place ? Pourquoi est-ce si différent de la campagne d’où elle vient, où tout fonctionne pourtant si bien ?

Sans s’en rendre compte, Rika s’est mise à fredonner cette chanson. S’il l’a lui aussi apprise, le seigneur Greyhawk la reconnaitra... même si d’habitude, ce chant est plutôt réservé aux jeunes filles, premières concernées. Les garçons en chantaient sans doute d’autres, dans son village.
Terminant sa bouchée, notre jeune adulte regarde le sol sous ses pieds, la mine légèrement déconfite.

- Je ne suis pas certaine d’avoir tout saisi monsieur Greyhawk… mais je n’ai soudainement plus du tout envie de devenir « importante »…

… parce qu’en vérité, tout le monde est important. Tout le monde devrait avoir le droit de visiter ce Sanctuaire, parce que tout le monde donne sa vie pour la Nation. On doit beaucoup à l’armée et à la protection qu’ils apportent pendant cette période de guerre, certes, mais on doit tout autant au paysan qui nourrit ces combattants. Ou à la comportementaliste dresseuse qui parvient à tenir éloigné des champs et des troupeaux tous les dangereux animaux sauvages affamés.

- « État politique »… ça a l’air nul… fait-elle, insoucieuse des éventuelles retombées quand on tient de tels propos. Pourquoi est-ce que ça a été mis en place ? Si c’est juste pour empêcher les gens de faire des choses, je ne comprends pas l’intérêt. Et pourquoi est-ce que nos dieux laissent faire ? Est-ce qu’ils… est-ce qu’ils… préfèrent vraiment certaines personnes à d’autres… ?

Elle le regarde droit dans les yeux. Il a déjà répondu à cette question, mais Rika ne peut pas s’empêcher de la lui reposer. Il s’est peut-être trompé. Elle a peut-être mal compris.
L’oisillon s’est davantage approché des deux protagonistes et, spontanément, l’entendant pépier, Rika lui tend une myrtille qu’elle garde au creux de sa main. Tout docile et parfaitement à l’aise, le petit Vertébré vient s’y poser et commence à picorer le fruit.

- Pff… Si je peux entrer et qu’un autre ne le peut pas, ça ne m’intéresse pas. reprend-elle, alors que le volatile s’envole avec son butin. Si je peux visiter, mais qu’il n’est pas possible de partager mes contemplations avec mes amis paysans que j’ai connus sur ma route… ou au hasard des rencontres, comme avec vous… alors c’est nul, je ne veux pas. C’est idiot. Pourquoi est-ce que les gens qui vivent ici accepteraient ça ? C’est clairement antireligieux… et c’est même plutôt ça, l’hérésie.

Accepter qu’on ne puisse pas partager, qu’il y ait des inégalités… et puis quoi encore ? Elle aura beaucoup de choses à dire lors de sa prière, ce soir, à son Saint-Patron de l’Humilité. Et à celui de la Pitié, par la même occasion. Beaucoup de zones d’ombre à éclaircir avant de retrouver un semblant de sérénité.

- Si j’étais quelqu’un d’important, je travaillerais à supprimer cette notion « d’importance »… vous pouvez me croire. Je ferais tout pour ne plus l’être…

Alec voulait faire connaissance, Rika lui montre qu’elle n’est pas contre en dévoilant un peu de sa personnalité et de sa façon de penser. Pas sûr que ses paroles plaisent à un Magister cependant… quand bien même celui-ci, ayant vécu dans un village loin de tout, est plus à même de la comprendre.
Alec Greyhawk ft Rika Erikazé
Religion, partage et égalité

La jeune femme chantonnait une comptine, probablement apprise par ses parents dans son enfance. Son chant mélodieux avait attiré un oisillon qui s’était posé sur une branche, qui battait des ailes en signe de joie. Alec percevait ses émotions, grâce à un lien profond entre son mana et le mana de l’oiseau. L’oiseau le reconnaissait d’ailleurs comme un compagnon de voyage, de migration. Les animaux, en particulier les oiseaux, suivaient leur instinct, ce dernier s’entremêlant avec la part de mana naturel qui sommeille en chaque être.
Alec tenta d’établir un lien de contrôle avec l’aquilin, tentant d’influencer sa volonté afin de le soumettre à la sienne, mais sa magie n’était pas assez forte. La tentative échoua et l’oisillon s’envola pour d’autres contrées. Le jeune homme, déçu,  entendit la remarque de sa jeune interlocutrice.

« - Je ne suis pas certaine d’avoir tout saisi, monsieur Greyhawk…Mais je n’ai soudainement plus du tout envie de devenir « importante ».

Alec se contenta de garder le silence. Ce silence ne fut pas oppressant mais calme. Il n’avait rien à ajouter aux propos de la jeune femme, la laissant continuer ses propos :

«- « Etat politique »…ça à l’air nul…Pourquoi est-ce que ça a été mis en place ? Si c’est juste pour empêcher les gens de faire des choses, je ne comprends pas l’intérêt. Et pourquoi les Dieux laissent faire ? Est-ce qu’ils…Est-ce qu’ils…préfèrent vraiment certaines personnes à d’autres …?
Pff…Si je peux entrer et qu’un autre ne le peut pas, ça ne m’intéresse pas. Si je peux visiter, mais qu’il n’est pas possible de partager mes contemplations avec mes amis paysans que j’ai connus sur ma route…ou au hasard des rencontres, comme avec vous…alors c’est nul, je ne veux pas. C’est idiot. Pourquoi est-ce que les gens qui vivent ici accepteraient-ils ça ? C’est clairement anti-religieux…Et c’est même plutôt ça l’hérésie. »


La demoiselle mettait son doigt sur chaque point obscur, des failles à peine béantes pour être aperçus de tous. La religion ne faisait pas exception, elle possédait ses avantages et ses faiblesses. La religion appartenait aux «  Hommes », point aux dieux. L’ange commença a caresser son menton, signe qu’il était en proie à une intense réflexion. Une pensée parasite s’insinuait progressivement dans son esprit :

Et si les instances enseignaient exprès des dogmes plus stricts dans les régions éloignées afin de conserver un contrôle absolu marqué par l’ignorance. Ses frangins et lui avaient échappés à cette « classification » grâce à l’intervention d’un mentor de la noblesse. Les propos de la jeune femme exprimaient une vérité certaine. L’égalité ne régnait point en Mearian, pensa le jeune homme.
Cependant, son visage resta dénoué d’émotion afin de ne pas consentir à cette vérité. Les accusations portées par la dernière descendantes des Erikazé, il les balaya d’un revers de main fantomatique. Il excusait la demoiselle toutefois pour ses propos, elle n’était pas encore habitué avec le système mondial. Probablement, n’avait-elle rien vu d’autres que des contrées marqués par une ruralité délicieuse.

Le jeune homme, ses lèvres étirés dans un léger rictus, reprit donc la parole en cette journée :

« Ne vous inquiétez pas, je vous parle en tant que compatriote et non en tant que représentant de l’état. Mademoiselle, sans organe de gouvernance, une nation ne peut être appelée autrement qu’un groupe sédentarisé. Je vais vous proposer un exemple afin que mon idée vous soit plus claire. Une maison possède un maître et sa famille, des employés qui travaillent pour ce maître afin de l’aider au mieux dans ses tâches ménagères. Ces employés sont souvent régis par une gouvernante, qui prend en charge la direction des opérations. Sans cette gouvernante, ce serait donc l’anarchie. Voyez donc la gouvernance politique comme cette gouvernante. Cette gouvernance permet de défendre les intérêts du peuple mais aussi la défense de notre territoire. Les champs, les forêts, la capitale sont défendus par les magisters, qui sont les représentants du gouvernement.

Je comprends votre désarroi mais les dieux séraphins ne sont pas les dieux de la population mearienne, mais ceux du monde tout entier. Ils ne peuvent donc pas se mêler pleinement des affaires d’une nation. La religion, comprenez le, est aussi régit par les hommes. C’est un compromis entre les hommes et les dieux. Nous ne naissons tous pas égaux. Certains naissent de l’union des flammes, d’autres encore avec la capacité de respiration sous marines. Je me différencie de votre personne par mes ailes qui me confère l’ouverture de la voie aérienne. Le déséquilibre est synonyme d’un bon fonctionnement.

Comprenez mon point de vue, chacun est important car chacun accomplit les tâches qui lui incombent. Cependant, certains êtres élèvent leur importance et celles de leurs familles par des résultats. Les séraphs ne font que récompensés les méritants. Il n’est en rien dit que vous et moi ne soyons pas importants pour Mearian. Il est juste des lieux comme le sanctuaire dont l’entrée se mérite pour les séraphs. Le choix est donc votre. Devenir important et pouvoir léguer ce don à votre descendance ou continuez votre vie et profiter de ce que les séraphs nous donnent. Il n’y a pas de bons et de mauvais choix quand on croit en les dieux. »


La frustration ornait les traits fins de l’humaine. Elle souhaitait devenir quelqu’un sans se conformer aux règles de la société. L’ange lui-même ne trouvait pas cette notion « d’importance » alarmante et voué à une quelconque hérésie. L’hérésie venait pour lui des notions telles que le racisme ou l’esclavage qui marquait encore les contrées du sud. Toute sa vie, son mentor lui enseigna que la liberté était sacrée, et que par n’importe quel moyen, il avait obligation de la conserver.
Le jeune homme conservant son sérieux, haussa ses épaules et laissa les mots sortir de sa bouche :

« - Tel est votre choix. Sachez cependant que je ne trouve pas si alarmant que cela l’entrée contrôlée au sanctuaire des dieux. Voyez aussi cette mesure comme sécuritaire…Il existe d’autres nations qui ne sont pas des alliés de Mearian, à l’instar de Ellgard. Ces nations pourraient vouloir pénétrer dans ce sanctuaire afin de commettre des actes irréparables, notamment l’assassinat de sa sainteté et de la grande prêtresse, se faisant passer pour des touristes venus rendre honneur aux dieux. Ne prenez pas personnellement cette interdiction, elle est légitime et légale. Il faut accepter certaines réalités de la vie, aussi malheureuses soient-elles, comme l’esclavage. »

Le jeune homme appliqua son sort sur une de ses ailes. Une des ses innombrables plumes se détacha doucement de son armature duveteuse et se mit à virevolter dans les airs, au gré de la petite brise qui secouait les lieux. Alec, concentré sur la plume, lui fit accomplir des boucles dans les airs avant de relâcher le contrôle sur son organe. La plume descendit lentement en direction de la tête de sa nouvelle partenaire. Le jeune homme s’était légèrement enflammé dans ses propos, signe de croyance envers son pays. Il se rappela des propos de la jeune femme et lui demanda en toute sincérité :

« - Vous avez fait mention de compagnons. Vous pourriez en effet raconter tout ce que vous voyez à vos compagnons. L’état n’est pas la pour brider ses bénéficiaires, mais au contraire les aider. Alors vous avez fait le voyage seul ou un de vos amis vous accompagne en toute bienveillance ? »



« Les dieux Seraphs ne sont pas les dieux de la population mearienne »… touché.
Le fait que les gens ne naissent pas égaux mais sont tous autant utiles les uns que les autres est tout aussi vrai.
Mais… élever l’importance ?

Que pourra faire le faible s’il ne peut pas combattre ? Comment pourra-t-il s’élever dans… cette espèce de « hiérarchie d’importance » ? Les gens ne naissent pas physiquement égaux, certes… mais ont-ils pensé à l’égalité des chances ?
Rika baisse de nouveau les yeux. Le seigneur Greyhawk a soulevé un autre problème : si les Seraphs ne sont pas les dieux de la population mearienne, alors d’autres prennent des décisions pour eux, en leur nom. Et on le voit bien : il y a différents caractères, différentes lectures, différents niveaux de croyance dans cette Nation. Qu’il existe une Grande Prêtresse pour faire passerelle entre les dieux et les hommes, oui, c’est nécessaire. Qu’un Pape ait été nommé pour commander les troupes et représenter les dieux en Mearian, oui, obligatoire là encore. Mais quoi d’autre ? Les guerriers savent qu’ils doivent obéir au Pape. Les habitants savent qu’ils doivent écouter la Grande Prêtresse. Il n’y a pas de niveau, pas de mérite… à la fin, tout le monde aura fait du mieux qu’il pouvait !

Silence. Rika ne veut pas répondre. Parce qu’au final, ce Magister a raison sur le dernier point de son discours : empêcher les gens de rentrer dans le Sanctuaire, c’est une mesure sécuritaire. Elle pourra chouiner autant qu’elle le voudra, dire qu’il existe des gens qui possèdent cette « magie », cette faculté notamment de lire dans les pensées, de déterminer l’objectif véritable d’une personne qui demanderait à visiter le Sanctuaire… Rika pourrait se plaindre des heures et des heures que ça ne changerait rien. Tout ce qu’elle peut faire, c’est pester contre ces guerres.

- Ah… soupire-t-elle, résignée. Pourquoi ces guerres, cette violence… je ne comprendrai jamais pourquoi d’autres peuples rejettent la religion avec autant de virulence…

Si seulement tous les habitants de ce monde pouvaient vénérer les mêmes dieux, pouvaient être unis… on n’en serait pas là.

La jeune femme sent quelque chose se déposer sur sa tête. Elle passe sa main dans ses cheveux et en extrait la plume, tout en faisant accidentellement tomber sa fleur de Lys. Perdue dans ses pensées, elle n’a rien remarqué. Elle va plutôt passer les dix secondes suivantes à observer la plume, se demandant si un oiseau ne se serait pas blessé en heurtant une tour du Sanctuaire… avant de se rappeler qu’elle était en présence d’un Ange, à ses côtés. La conclusion est sans appel : cette plume lui appartient. Curieuse, et un brin superstitieuse, Rika se demande si c’est un bon ou mauvais présage…

- Euh, oui oui, j’ai fait le voyage avec quelqu’un ! reprend la jeune femme, sortie brusquement de ses songes. Eloenne, mon amie, ma sœur de cœur. Elle n’a pas voulu m’accompagner aujourd’hui, elle préférait prendre son temps pour nous trouver un refuge pour cette nuit. Je comptais visiter le Sanctuaire et revenir demain avec elle… mais finalement… je crois qu’elle sera déçue en apprenant qu’on ne peut pas entrer. Enfin, la connaissant, elle sera plutôt soulagée qu’il ne me soit rien arrivé. Ça ne m’étonnerait pas d’elle. Gage qu’elle ne voudra pas me laisser me balader seule ces prochains jours… mais tant mieux : de toute façon, on aura beaucoup de temples à visiter en ville, ça nous fera des journées bien remplies !

… à remettre ce sujet au centre de la discussion, soudainement… en la prenant à dépourvu, le seigneur Greyhawk a bien joué le coup. Rika s’est confiée sur elle et sa vie, alors qu’elle en a horreur. Et c’est pour cette raison qu’elle va réorienter le discours sur lui : la plupart du temps, les gens aiment parler d’eux, ce ne sera pas compliqué.

- Et vous du coup, monsieur Greyhawk ? Je crois que vous avez dit tout à l’heure que vous n’étiez pas un garde du Sanctuaire. Qu’est-ce qui vous a amené ici, mis à part… hm… ma « voix qui portait sur des kilomètres » ? le questionne-t-elle. Je n’ai pas contrecarré vos plans ou chamboulé votre planning j’espère.

Il aura remarqué que depuis qu’elle l’a récupérée, Rika fait tournoyer la plume entre ses doigts. La jeune femme n’a malheureusement pas côtoyé assez d’Anges pour savoir s’il faut la lui rendre ou si elle peut la garder…
Ce serait amusant de les comparer avec celles d’Eloenne, l’hybride Colombe.
Alec Greyhawk ft Rika Erikazé
Religion, partage et égalité

Alec apercevait cette petite lueur de compréhension dans les yeux de Rika Erikazé. Elle se contenait en sa présence, mais la frustration était montée crescendo dans le cœur de la jeune femme. L’ange se savait convaincant, mais pas à ce point. Son discours avait touché l’humaine qui avait rendu psychologiquement les armes. Sa foi envers ses convictions demeurait intacte, mais une autre pensée s’insinuait dans son esprit. Une pensée sur laquelle le magister était convaincu : Il faut assurer la sécurité de ceux qui sont dits « importants », car leurs finances servent à l’état et à la religion. Toutes choses, aussi bonnes, sont-elles, ont un coût. Un coût que ces fervents croyants étaient en mesure de payer.

L’ange regardait la plume se déposer naturellement entre les mèches de la demoiselle. Un mélange étonnant entre sa fleur et la plume, pensa le jeune homme. Il sentit le désarroi qui prit la jeune humaine lorsque celle-ci reconnut sa nouvelle possession comme un composant de l’aile de son interlocuteur, représentant de l’ordre de son état. Il sourit pour la première fois. Des myriades d’émotions se bousculaient sur les visages humains. Ils étaient si simples à comprendre, comme des romans de bibliothèques. Ce principe ne souffrait d’aucune exception, demoiselle Erikazé y compris. Celle-ci prit la parole, déçue de la situation :

« -Ah… Soupira-t-elle, résignée. Pourquoi ces guerres, ces violences… Je ne comprendrais jamais pourquoi d’autres peuples rejettent la religion avec autant de virulence… »

Alec perçut une pointe de naïveté dans ses propos. L’ange fut horrifié l’espace d’une dizaine de secondes. Les anciens étaient bannis purement et simplement des enseignements religieux de Mearian qui prônait les séraphs. Cependant, par-delà les terres théocratiques, il existait une antique religion qui jouissait de fidèles dans les terres nueviennes. Le jeune homme, confronté à cette différence, apprit tout ce qu’il pouvait sur ces dieux païens. Aquaros, Terraris, Lumenal… Des aspects de la Nature personnifiés et divinisés. La jeune femme ignorait ces légendes, ce qui prouvait un manque de connaissances concernant les autres cultures. Rien d’étonnant, se dit le mage, l’humaine pensait l’entrée de la demeure des dieux ouverte à tous. Le mage prit donc la liberté de repousser une mèche de ses cheveux, avant de se lancer dans des propos dangereux :

« - La guerre est une part de la culture internationale. Elle est à l’origine de nombres de nations, de la destruction de nombreux peuples. La guerre est un mystère pour nous, mortels. C’est l’épée de Damoclès absolu qui pèse sur ce monde, une épée à double-tranchant qui possède ces avantages et ses inconvénients. La guerre n’est point que conflits, elle peut n’être qu’une confrontation d’idées, de race, d’identité et de religion. Il y a autant d’aspects à la guerre qu’il y a d’aspects de ce monde. La paix aurait été plus simple… Soupira à son tour l’ange. Cependant, la paix vient toujours après la guerre. Lorsque notre nation parviendra à se faire comprendre de l’empire, notamment l’idée de l’utilité nocive des cristaux magiques, la paix régnera en monde.
Une seule religion, ce serait irréel. Je ne vais pas passer par quatre-chemins, il n’existe pas qu’une seule religion dans l’ensemble de l’univers. La seconde religion est plus antique, elle concerne les 6 dits « anciens dieux » qui ont créés ce monde, d’après les légendes des nuéviens. En réalité, cette religion même si elle serait fondée, n’a plus lieu d’être. Ces dieux sont des lâches alors, ils ont abandonnés leurs croyants alors que les séraphs, pris de pitié pour nous, ont bénis nos terres et nos cœurs d’un feu ardent qui brûlera jusqu’à la fin des temps, tant qu’un mearien sera vivant pour tenir le flambeau. Toutefois, les êtres sont différents les uns des autres, même au sein d’une même race. Nous avons tous nos croyances, nos convictions. Tenter d’imposer notre vision aux autres nations sans prendre en compte leur histoire, ne serait pas une bonne idée. Ainsi, voilà pourquoi nos dirigeants réfléchissent au meilleur moyen d’exporter notre foi à l’étranger. Cette situation risque de prendre un peu de temps, mais ne doutes point que nous y arriverons, par la force des Séraphs. »


Le jeune homme, fier de ses propos, se tenait près de l’humaine, sa main à quelques centimètres de celle de son interlocutrice. Il avait avoué des vérités, qui se situaient à la limite de l’hérésie. Les autorités ne voyaient pas d’un bon œil que le premier habitant venu soit au courant de l’existence d’une religion concurrente de la véritable religion. Si ses supérieurs avaient eu vent de cet apprentissage, il aurait déjà fini crucifié. Toutefois, la belle adulte croirait que ce ne sont que des légendes, racontées par des incultes. Sa foi était inébranlable, elle resterait une fidèle des plus dévouée. La jeune fille reprit un air jovial, ses yeux pétillants d’une félicité incontestable en parlant de son ami, sa sœur de cœur. La créature mystère se nommait Eloenne. La sœur était dévouée et appliquait les principes de la religion, en s’inquiétant du sort de sa « famille » et de son prochain. Par moment, l’ange oubliait que la jeune femme était une touriste de la campagne venue visiter la cité des dieux. L’Ange décida d’offrir un cadeau au couple fraternel :

« Eloenne, c’est un fort joli prénom. Votre sœur doit être comme vous, remarquable, belle et douce. Que la force des séraphs soit également avec votre sœur. Qu’il est appréciable de voir votre sœur s’inquiéter pour vous. On ne peut dire que vous soyez calme, Rika. Ah, vous allez visiter les nombreux temples de Théopolis. J’espère donc que mon présent saura être à votre goût. Puisque vous ne pouviez pas entrer dans le sanctuaire, cela ne veut pas dire que vous ne pouvez pas savoir ce qui s’y passe. Je vous conseille de visiter la grande Bibliothèque. C’est la source de savoir la plus importante du monde, et celles qui regroupent les plus belles histoires de notre nation. Peut-être même en seriez vous plus sur vos origines si cela vous intéresse. »

L’ange entendit la question de la jeune femme, qui avait enchaîné rapidement à la suite de sa proposition. Cette interrogation sonnait comme un juste retour des choses. Probablement, n’aimait-elle pas se livrer et en contrepartie, attendait-elle de l’ange la même chose. Alec, légèrement méfiant, répondit néanmoins à la demoiselle :

« -En effet, je ne suis pas garde du Sanctuaire. Pour tout vous dire, je n’ai qu’un an d’exercice dans mes fonctions. Je profitais d’un temps libre de ma permission pour arpenter les airs. Il n’est pas inconnu de tous que nous, les anges, aimons voler. La nature nous a dotés d’ailes, autant les utiliser. Le sanctuaire est un lieu éloigné de la civilisation, un perchoir de choix pour le rapace que je suis. Je comptais profiter de la vue plongeante que ce lieu offre de la capitale et de ses environs. Vous n’avez donc bafoué aucun planning, rassurez-vous. Je n’ai pas vraiment d’amis en ces lieux. Je suis orphelin et villageois. Mes seuls amis fidèles en ce monde demeurent ma fratrie d’adoption et ils ne se trouvent pas à Théopolis en ce moment. »

Le jeune greyhawk décida de se remettre debout, avant de déployer ses ailes afin de les dégourdir. La magie utile pour le camouflage de ses ailes créait un engourdissement de ses organes duveteux. Il n’était donc pas rare qu’il les déplie afin de se libérer de cette étrange sensation. Le jeune homme leva le visage vers la pluie d’étoiles qui ornait le ciel, apercevant de ses « yeux de rapaces » une formation aquiline en pleine migration. Le jeune homme sourit pour la seconde fois en l’espace de quelques minutes. Il n’y avait rien de plus beaux que le vol des plumes, pensa-t-il.



Si le meilleur moyen d’exporter la foi à l’étranger, c’est de faire la guerre avec eux…
C’est pourtant évident : tout le monde a déjà entendu parler des Seraphs et de leurs pouvoirs divins, ils n’ont pas d’équivalents dans les autres Nations. Même les « anciens dieux » ne feraient pas le poids face à eux… si tant est qu’ils aient réellement existé. On dit qu’ils ont créé le monde… mais ce n’est qu’une légende, qu’une histoire inventée par ceux voulant minimiser le succès et les accomplissements des Seraphs. Rika en est quasiment persuadée.
N’ayant jamais entendu parler d’une quelconque puissance qui pourrait leur faire de l’ombre, la jeune femme doute que des êtres aussi exceptionnels puisses exister, là, ailleurs, sur d’autres continents. Les dieux ont apporté la prospérité en Mearian… ils pourraient donc l’apporter partout, dans le monde entier. Un raisonnement simple comme bonjour.

- Ils sont divins, ils sont divins, je ne vois pas où il y aurait matière à discuter… lance la jeune femme dans un nouveau soupire. Les Seraphs n’ont pas besoin de prouver leur puissance… Les autres n’ont qu’à suivre leurs préceptes et ils verront bien que leur Nation s’émancipera, comme la nôtre… jusqu’à ce qu’on ne forme plus qu’un seul peuple uni.

Il ne faut pas se prendre pour exemple, mais elle… Rika… quand elle veut comprendre ou dresser un animal, elle commence par l’observer, l’évaluer. Il ne lui viendrait pas à l’idée d’aller défier quelque chose qu’elle ne connait pas. Un ours est un ours, plus grand et plus fort qu’une petite humaine, inutile d’essayer de l’affronter pour s’en rendre compte ! Même chose entre les Hommes : le seigneur Greyhawk est largement supérieur à la demoiselle Eriézaké, jamais elle n’ira lui chercher des noises. Alors pourquoi les Nations sont-elles réticentes face aux Seraphs ? Pourquoi ne se laissent-elles pas aider ?

Mais est-ce si capital de comprendre ? Il y a assez de choses à faire en Mearian… assez de choses à apprendre, assez de personnes à aider. Rika se montre notamment très intéressée par l’allusion à cette grande Bibliothèque, « source de savoir la plus importante du monde ». Lui serait-il possible de trouver des documents sur les animaux là-bas ? Des observations sur les races et leur comportement, qui auraient été étudiés par d’autres experts avant elle ? Rien que de l’imaginer, c’est une indication qui la ravit ! Pour sûr qu’elle s’y rendra. Et peut-être qu’elle trouvera davantage d’explication sur cet « État Politique », cette noblesse et consort.
Et qui sait, peut-être tombera-t-elle sur une astuce qui lui permettra de visiter le Sanctuaire… ?
Oui, elle n’est pas spécialement prête à en démorde, quoi qu’on en dise.

- Oui, Eloenne est une personne magnifique ! dit-elle d’un ton enjoué, balayant en même temps le fait qu’Alec lui ait fait le même compliment. Elle est très intelligente en plus, vous pourriez avoir des conversations passionnantes tous les deux… Je pourrai vous la présenter si vous voulez ! Ça vous ferait deux amies d’un seul coup !

Elle n’hésite pas à sourire à son tour, et même lâcher un rire amusé.
Bien sûr qu’elle est très naïve… mais sur ce coup là, elle a délibérément exagéré ce défaut. Ne sont pas considérés comme « amis » deux personnes qui viennent à peine de se rencontrer ; s’il ne possède pas « d’amis véritables », les connaissances d’Alec se cantonnent sûrement à de la camaraderie entre frères d’armes… mais ça, ce sont déjà de très bonnes relations.

- Après un an de service, vous n’avez toujours aucun ami ici ? Comment ça se fait ? Encore une spécificité de la capitale ? Personne n’est gentil ? demande-t-elle, taquine plus qu’autre chose, en lui adressant un clin d’œil. Vous avez pourtant l’air tout à fait charmant monsieur Greyhawk. D’habitude, les gens orphelins ont beaucoup plus de facilité à se lier aux autres… enfin il me semble. C’est plus sincère… plus solide, plus construit, plus durable. Exactement le genre de relation que j’imaginais pour des guerriers qui partagent le même combat ! Je suis vraiment étonnée.

Son expression montre dorénavant qu’en effet, elle l’est. Mais… depuis tout à l’heure, c’est le ciel qu’Alec contemple, ailes toutes déployées. Il est comme Eloenne… attiré par l’air et la liberté que procure cette sensation de voler. Plus ça va, plus Rika est certaine que ces deux-là pourraient s’entendre à merveille. Survoler les cieux, admirer le monde de tout là-haut… se sentir heureux.

- Dîtes… Est-ce que quelque chose vous… tracasse ? J’ai peut-être été blessante…

Elle s’est relevée à son tour et lui a tourné le dos avant de poser cette question. Il doit pouvoir remarquer qu’elle a levé la tête et placé une main au-dessus de son front, pour montrer qu’elle aussi regarde au loin, dans la même direction que lui.
Alec Greyhawk ft Rika Erikazé
Religion, partage et égalité

« Ils sont divins, ils sont divins, je ne vois pas où il y aurait matière à discuter. Les Séraphs n’ont pas besoin de prouver leur puissance… Les autres n’ont qu’à suivre leurs préceptes et ils verront bien que leurs Nations s’émanciperont, comme la nôtre…jusqu’à ce qu’on ne forme plus qu’un seul peuple uni. »

L’ange contemplait toujours la marée céleste avec ses yeux de faucon. D’un jaune éclatant, la jeune femme ne pouvait voir l’effet du sort. Alec était pensif, l’humaine croyait en un idéal. Mais cet idéal demeurait irréalisable, pensa l’homme. Les hommes du froid se prennent pour des dieux. Ils n’ont donc aucun intérêt à suivre des Séraphs. Le magister, lors de ses interventions en Fhaedren, avait aperçu des bras métalliques remplacés la chair mortelle ou même des « créatures humanoïdes » changer leurs membres en armes de point. Quelle arrogance, pensa-t-il en soupirant, ces hommes bafouaient l’œuvre des dieux en reproduisant une partie du mystère de la création des êtres vivants.
Il répondit, son regard tourné inlassablement vers le ciel :

« Votre idéal est noble, mais je le crains irréalisable. Les hommes du nord, ceux qui se nomment eux même ellgardiens, ne peuvent croire en des dieux. Leurs propres créations emplissent leurs cœurs de cupidité et d’envie. Ils veulent pervertir nos contrées avec leur infâme technologie. Ils se prennent pour des divinités, dans leurs tentatives de créer la vie. Ils remplacent des membres perdus par du métal et des cristaux. Ils ne peuvent se repentir, ils ont déjà une divinité : le cristal. Je crains qu’on ne puisse plus rien faire pour leur salut. »

Alec s’était de nouveau enflammé. Il risquait sa vie contre des ignorants qui préférait guerroyer plutôt que d’apporter une paix durable à ce monde. Des litres de sang versé sur une terre morte et aride, des milliers d’hommes et de femmes fauchées dans la fleur de l’âge, pour des misérables cristaux ? Cette idée le révoltait au plus profond de son cœur. Il ne fit montre d’aucune émotion. Anthéa ne lui pardonnerait jamais s’il se montrait faible devant un individu, même s’il était de nationalité mearienne.

Le changement de conversation fut donc de bienvenue, la tension se dissipant aussi vite qu’elle était apparue. La jeune Rika vantait les mérites de sa douce amie, certifiant que l’ange pourrait l’apprécier.
Elle restait si innocente, pensa l’ange. Elle ne saisissait pas la nuance entre frères d’armes et amis. Il lui exposa donc la situation :

« - Oh, ne pensez pas que cela soit si facile. La capitale respecte les dogmes qui font de nous un peuple solidaire. Cependant, l’amitié relève d’une différence de taille, mademoiselle. Les habitants de la capitale se sont connu toutes leurs vies, nés dans des familles qui prospèrent depuis longtemps entre ces murailles. Je suis né dans un village, comme vous, ma chère. J’ai donc des amis chers à mon cœur qui sont comme mes frères et sœurs. Nous avons grandi ensemble, nous nous sommes divertis ensemble, je mourrais pour beaucoup d’entre eux si le destin n’est point clément. Cependant, entre ses murs, je ne passe généralement que quelques mois. J’ai passé cette année à guerroyer et à me reposer pour retourner plus tard au front. Je fais partis d’un régiment que je considère comme des frères d’armes, mais j’évite de considérer ces hommes et ces femmes comme mes amis. La vie est fragile, Rika. Elle est précieuse, mais elle peut être interrompue comme un fil que l’on coupe accidentellement avec une paire de ciseaux. Il ne vaut mieux pas trop s’attacher avec des guerriers tant ils peuvent mourir quelques minutes plus tard. Histoire de s’épargner des souffrances inutiles, mademoiselle. Toutefois, je considère mon lieutenant comme une figure maternelle et j’entretiens des rapports presqu’amicaux avec quelques magisters.
Lorsque je disais ne point avoir d’amis, je souhaitais dire que je n’avais as d’amis en dehors de ma « famille » et de ma profession de soldat de l’ordre des astres.


-Dites, est-ce que quelque chose vous… Tracasse ? J’ai peut-être été blessante…, dit la jeune Erikazé en se relevant à son tour.

- N’ayez crainte, vos interrogations étaient purement légitimes. Je réfléchissais juste au fait que vous ne m’ayez point encore dit qu’elle est votre profession, si vous en avez une, bien entendu. Je pense probablement que vous n’avez point encore la corde au cou, donc il vous faut gagner votre nourriture, ainsi que celle de votre amie. D’ailleurs de quelle race est votre amie. Peut-être partage-t-elle un lignage antique avec ma personne ?
J’ai relevé aussi que votre amie a été probablement sauvée par vos soins. Elle était oppressée par une quelconque menace ou était-elle victime de circonstances graves ?, déclara le magister »


Le jeune homme doutait de son intervention. Il était hardi de se mêler des affaires des autres, et encore moins d’une personne que l’on venait juste de rencontrer par hasard aux abords d’un lieu sain.


Rika n’a pas la science infuse : elle ne connait malheureusement presque rien des autres Nations. Remplacer des membres perdus par du métal ou des cristaux ? Ici, en Mearian, ce sont des jambes de bois… au fond, quelle différence ? Quel rapport avec un sentiment d’accomplissement divin ? Là… pour être honnête, dans l’esprit de la jeune femme, c’est l’incompréhension la plus totale. La seule explication logique serait que tous ces gens pensent très différemment… à un niveau qui dépasse tout ce qu’elle aurait pu imaginer. Si tel est le cas, ramener de tels individus dans le droit chemin s’annonce tout de suite plus complexe, en effet…

Mais peu importe. Alec lui raconte sa façon de penser, sa façon de « gérer » ses amitiés… puisqu’en effet, il a l’air de « gérer », et non de s’abandonner au hasard des rencontres et des affinités. Sauf pour certaines d’entre eux, des figures peut-être plus marquantes.

- S’épargner des souffrances inutiles ? Pourquoi est-ce que vous dites ça ? Moi, je suis dresseuse comportementaliste, j’étudie les créatures qui peuplent notre monde… dit-elle, répondant en même temps à ses questions. J’ai déjà dû me « lier » à des chiens, de très vieux animaux en fin de vie. Beaucoup survivent à leur maître et se laissent mourir de chagrin… Quand on en trouve, avec Eloenne, on les accompagne jusqu’au bout du chemin. On s’attache à eux, on les voit souffrir, mais on les câline et on les soulage. raconte-t-elle, avec beaucoup de passion dans la voix. Le jour où ils partent, ils sont détendus, prêts… et moi, je souffre. Mais je ne trouve pas que ce soit une mauvaise chose. C’est ce qui te prouve que tu as vécu une grande aventure, et qui te poussera à vouloir en vivre d’autres !

Et c’est ce qui caractérise l’humanité. Mais la différence entre l’espérance de vie d’un Humain et celle d’un Ange empêche peut-être de voir les choses de la même manière. S’il vit jusqu’à 200 ans, il connaitra statistiquement plus de moments dramatiques qu’elle… enfin… peut-être est-ce déjà le cas, Rika n’est pas capable de mettre un âge sur ce visage. On dit d’ailleurs que les Anges cachent bien leur jeu…

- C’est parce que la vie est fragile qu’il faut se lier aux autres. De cette façon, quand on se retrouve devant leur famille et leurs amis pour leur annoncer la nouvelle… on sait trouver les mots justes, on sait partager leur souffrance et les soulager ! Même si peu.

Dans le cas contraire… on ne pourra que regretter de ne pas avoir assez connu le défunt, regretter de ne pas pouvoir lui rendre l’hommage qu’il mérite. Plus la relation était marquante, plus l’être perdu subsistera dans les mémoires. Pense-t-il que cela n’en vaut pas la chandelle ?
Ils ont beau avoir grandi dans un village reculé, les deux meariens n’ont certainement pas vécu les mêmes évènements. Accidents, tragédies… la vie de Rika a, somme toute, été tranquille. Si le seigneur Greyhawk a décidé de devenir Magister, gage qu’il y a une raison dramatique derrière ce choix. Qui serait-elle pour le juger ? Chacun ses traumatismes, chacun ses valeurs, la jeune femme n’a pas la prétention d’avoir la vision la plus sage.

- Ah, et Eloenne n’est pas un Ange, non. Enfin… reprend-elle, soucieuse de savoir s’il faut ou non dire la vérité à propos de sa race. Non, on a découvert qu’elle était Hybride, mi Humaine mi Colombe. Quand on était petites, on hésitait… mais si je vous avais eu en face de moi à l’époque, je crois qu’il n’y a pas eu de débat : vos ailes sont bien plus… majestueuses ? Enfin, les siennes sont très belles aussi, très blanches… mais je ne sais pas, les vôtres ont quelque chose en plus que je ne saurais bien définir. Mais voilà, tout ça pour dire qu’elle a un côté animal que j’ai pu… analyser et adopter ? D’où ma vocation. À vrai dire, je l’avais déjà adopté elle, avant même de la connaître… parce que si je ne l’avais pas fait, après la mort de ses parents, l’école n’aurait pas eu d’autre choix que de la renvoyer. Elle aurait alors erré dans la rue… jusqu’à ce qu’elle se fasse capturer et soit revendue au petit marché du coin.

Acheter une personne avant même que celle-ci ne soit à vendre… drôle de concept qu’a inventé Rika. Mais depuis ce jour, les deux jeunes femmes ne se quittent plus : les dieux en avaient décidé ainsi, c’était un coup de pouce du destin. Et qui sait : cette rencontre, aujourd’hui, en est peut-être un second.

Rika se tourne vers Alec. Toute souriante, pétillante malgré les sujets graves qu’ils abordent.

- Vous comprenez pourquoi est-ce qu’on veut visiter le Sanctuaire, monsieur Greyhawk ? Il y a énormément de choses à faire, et pour beaucoup d’autres races, notre vie ne dure que le temps d’une petite étincelle !
Alec Greyhawk ft Rika Erikazé
Religion, partage et égalité


La jeune femme lui raconta sa vie, sa manière de gérer l’affection qu’elle octroyait aux « animaux mourants ». Elle laissait parler son cœur en présence des êtres qui se retrouvaient dans le besoin. Le métier de comportementaliste/dresseuse ne lui paru plus superflue pour Rika. L’humaine semblait avoir un don pour détecter et « guérir » du mal-être émotionnel. Cependant, Alec se rendit compte que la jeune femme ne connaissait pas les souffrances de la mort, de la torture, de l’horreur. La mort d’un animal demeurait semblable à celle d’un humain mais point tout à fait. L’ex-chasseur en savait quelque chose. Voir des compatriotes déchiquetés par des tirs ou trucidés sans la moindre pitié, cela ne donnait pas envie de s’attacher. Les magisters n’avaient pas le temps de porter l’aide nécessaire aux blessés souvent. La bataille ne laissait pas le temps à la préparation, la mort sonnait le glas sans discontinuité.

L’ange, conscient des différences vitales qui le séparait de l’humain, compris son point de vue alors il expliqua le sien :

« - Demoiselle Rika, vous n’avez point compris mon propos. J’évite de m’attacher car il est aussi coutume de le faire. Nous restons soudés en tant que soldats, mais nous savons nous contenir face à la peine qui résulte. Ce n’est pas réellement la fragilité de la vie qui importe, c’est surtout que nous puissions la perdre contre nos adversaires. Un moment de peine, un instant de doute peut donner l’avantage psychologique à notre adversaire, lui permettant de nous vaincre dans un duel. Je ne me fais pas beaucoup d’amitiés dans l’armée, mais il reste des frères d’armes. Pour chaque goutte de sang versé, je tente de verser l’intégralité du sang nordique qui coule dans les veines des hérétiques. Malheureusement, nous ne sommes pas préparer à la mort de nos frères d’armes. Nous n’avons pas le temps de préparer les défunts à la mort. Elle apparait, rapide comme l’éclair, et volent les âmes de nos compatriotes tombés au combat.

Il y a cependant une autre raison à mon choix. J’ai été élevé par un magister et un prêtre. Mon mentor qui m’a enseigné tout ce que je sais est mort dans le conflit. Mes frères et sœurs d’orphelinat et moi n’étions pas préparés à son décès et nous avons à peine aperçu son cadavre pour que nous puissions lui dire adieu. Chaque fois que j’aperçois un mearien tombé au combat, je revois sa mort en cauchemars. Ainsi je n’aime pas trop m’attacher pour ne pas ressentir de nouveau ce sentiment de perte. »


Les mots sortaient tous seuls comme une fontaine intarissable. En moins de temps qu’il n’en faut, la jeune humaine avait réussi à faire l’ange se confier. Alec ne pouvait que reconnaître cette aptitude à la jeune Erikazé : elle inspirait confiance. Un don rare qui pouvait s’avérer dangereux si l’utilisateur en usait à mauvais escient.

Ainsi elle était amie avec une Hybride. L’origine de cette race était inconnue pour les meariens, même si les hybrides ressemblaient à des mélanges de génomes humains et animaux. Le nom suggérait aussi un « métissage ».

Qui pourrait réaliser des expériences dans le but de créer une race à part les dieux. Un tel savoir dans la main des mortels n’envisageaient rien de bon. Il espérait de tout son cœur que cette race, historiquement jeune, provenait d’une création divine. L’ange écarquilla des yeux, manifestation de la surprise suite à la révélation : Eloenne était proche de sa race, étant une hybride de type aquilin. Colombe, pour être précis ce qui explique probablement la couleur blanche de ses ailes décrites par Rika. Cette révélation avait réveillé chez le magister un désir de connaître l’exquise créature. Il n’était pas donné à tous d’apercevoir un hybride dans cette partie du monde.

L’ange fut rassuré que la jeune femme, pour ses origines, n’est point connue les « joies » de la détention et de l’esclavage. Rika, preuve de sa grande bonté, avait pris sous son aile la jeune femme. Elles voyageaient désormais comme deux amis, en accord avec les coutumes meariennes. Le jeune homme pris la parole, muni d’une grande détermination :

« Vous ne cessez de me surprendre, Rika. Vous avez sûrement sauvé la vie de cette jeune femme. Je ne vous cache pas que j’aimerais la rencontrer. Nous seulement il est plutôt rare d’apercevoir une hybride dans cette partie du monde, mais en plus une de type aquilin qui ressemble à mes semblables. Je sens chez vous néanmoins un certain malaise. Ne vous inquiétez point, je n’irais pas crier sur tous les toits que j’ai rencontré une hybride en personne. Elle ne craindrait rien, tous les êtres sont les bienvenues dans le pays des séraphs. Cependant, toutes les règles comportent des exceptions. Certains individus douteux pourraient vouloir d’une hybride colombe comme trophée. Néanmoins, la majorité des êtres ne lui ferait rien. Sa race n’est pas importante, c’est une compatriote. »

Le jeune homme nourrissait l’envie de protéger la créature. C’était son devoir de protéger la veuve et l’orphelin sur le territoire terrestre et maritime de la théocratie.

« Vous comprenez pourquoi est-ce qu’on veut visiter le Sanctuaire, monsieur Greyhawk ? Il y a énormément de choses à faire, et pour beaucoup d’autres races, notre vie ne dure qu’une petite étincelle ! »

L’ange ne put que s’esclaffer devant la ténacité de l’humaine :

« En effet, miss Rika, en effet, dit-il amusé. Je vous pris de m’appeler Alec, monsieur est pour les vieux. Vous ne vous découragez jamais, vous ? Peut-être devriez vous cherchez le moyen d’entrer en contact avec la grande prêtresse. Eloenne est après tout une créature exotique pour nous, ce qui en fait théoriquement une créature exotique. Connait-elle le secret de ses origines, des origines de sa race et de sa lignée ? N’y voyez la que de la curiosité de ma part. Miss Thelxis se rend quelques fois dans des lieux de culte de la capitale pour visiter quelques clercs. Vous pourriez avoir la chance de l’apercevoir durant votre périple dans la capitale. »

L’ange recommença à contempler la voute céleste. La conversation avait pris une tournure triste l’espace de quelques minutes pour reprendre une teinte plus amusante et intéressante. L’ange ne regrettait point d’avoir suivi les cris de la jeune Rika Erikazé.







Devoir se retenir d’aimer les autres pour ne pas avoir de peine quand on les perd… tout ça pour pouvoir survivre pendant la guerre… il n’y a pas à dire : ces combats sont stupides, stupides, stupides. Le fait que des gens puissent utiliser la détresse psychologique des autres est encore plus barbare. Ces autres Nations sont si loin du compte, si… arriérées. Le monde ne devrait être qu’amour et partage. À quoi bon faire du mal de cette façon ?

L’espace d’un instant, Rika se bouche les oreilles. Puis, elle place ses mains derrière sa tête, ne sachant pas vraiment quoi faire, mais ressentant ce besoin de se mouvoir. Puis, les bras le long du corps, et enfin, les mains jointes dans le dos. Elle reste silencieuse.

Alec continue son discours sans être interrompu par la jeune femme. Elle le laisse parler, dire tout ce qui lui passe par la tête… parce qu’après tout, écouter quelqu’un qui se confie, c’est ce qu’elle aime par-dessus tout. Pourquoi s’être bouché les oreilles quelques instants alors ? Elle n’en a aucune idée. Les mots et leur sens étaient peut-être trop violents pour son esprit pur et naïf ; leur signification et tout ce qui en découle était trop difficile à appréhender. Rika ignore s’il la vue faire… mais dans tous les cas, elle compte bien se rattraper.

- Oui, je sais, je ne devrais pas m’inquiéter du fait qu’Eloenne est une hybride, une race tout de même… « minoritaire » dans la Nation… fait la jeune femme, souhaitant s’exprimer à ce sujet avant de répondre au reste. Mais le truc, c’est qu’en révélant la part animale qu’elle possède, on peut en apprendre beaucoup sur son comportement, ses faiblesses. Sa phobie des félins notamment… enfin… je ne voudrais pas trop en dire non plus, je vous remercie de garder ça pour vous…

D’ailleurs, comme le Magister le dit si bien, certaines personnes ne rechigneraient pas à s’en faire un trophée. À le brandir partout, le montrer, l’exposer. Rika ne s’est pas trompée en adoptant Eloenne la première… mais ça, elle l’a toujours su.
À ce stade de la conversation, il s’avère qu’Alec est une personne assez sage, mine de rien. Beaucoup de vécu, de mures réflexions dans de nombreux domaines… le tout en insistant sur le fait qu’il n’est pas vieux – même si Rika ne peut s’empêcher de s’interroger sur cette notion de « vieillesse » au sein d’une race ayant plus de deux siècles d’espérance de vie. Il pourrait avoir 50 ans qu’il serait toujours considéré comme étant « jeune »… alors qu’il serait finalement « vieux » aux yeux de la petite humaine. Qu’importe : la jeune femme ne va pas extrapoler des heures durant à ce sujet. La simple mention de la Grande Prêtresse lui ouvre un nouveau champ de réflexion. Entrer en contact avec elle ? La rencontrer ? Waouh !

- Thelxis ? répète Rika, à nouveau excitée. C’est comme ça que s’appelle l’actuelle Grande Prêtresse ? On peut la rencontrer dans les temples en ville ? continue-t-elle, s’appliquant à répéter tout ce que Alec vient de dire, comme pour lui demander confirmation. Je ne savais pas, vous auriez dû commencer par là ! Il suffit que je lui demande et elle pourra nous faire visiter ! Comme elle est importante… rien qu’en marchant à ses côtés, on sera nous-même plus importants et ils nous laisseront entrer ! N’est-ce pas, c’est bien ce que vous vouliez dire ?

Logique.
Rika est à deux doigts d’imposer à son interlocuteur une « danse de la joie »… mais finalement non, elle va se retenir. Déjà parce qu’elle est un peu intimidée… mais également parce que ce jeune homme n’a sûrement pas envie de se laisser entrainer. Il a beau ne pas être un mastodonte… il n’en reste pas moins un grand et fier gaillard, guerrier qui plus est. Du calme.

- Après… vous comprenez, je n’ai pas trop envie d’exposer Eloenne comme une bête de foire, et elle aussi préfère rester discrète. La mettre au centre de la rencontre… elle pourrait le faire, elle ne dirait pas non pour me faire plaisir… mais moi aussi, je préfère le lui éviter. En fait… elle… hésite Rika. Enfin, comme je vous l’ai dit tout à l’heure, quand on était petites, on hésitait, on ne savait pas ce qu’elle était vraiment. Ses parents ne lui ont jamais expliqué, je pense qu’ils avaient prévu de le faire… mais qu’elle était encore trop jeune pour l’apprendre. Ils ont ensuite rejoint les cieux et ont emporté le secret avec eux. Mais comme elle vous le dirait… le plus important, c’est aujourd’hui, c’est sa famille actuelle. Le reste importe peu.

Beaucoup d’orphelins souhaitent combler le vide, cherchent à savoir qui étaient leurs parents… mais d’autres, comme Eloenne, pensent différemment. Ses géniteurs ne lui ont pas manqué bien longtemps : seule la crainte de se retrouver seule l’assaillait. Aujourd’hui, il lui reste une personne, Rika, et c’est à elle qu’elle donne tout. Un amour plus fort que tout ce qu’on peut imaginer.
Alec Greyhawk ft Rika Erikazé
Religion, partage et égalité


Alec continua son discours sans tenir compte de l’étrange comportement de la jeune femme. L’ange se sentait légèrement perdu, il ne savait pas s’il devait prendre ombrage des gestes de son interlocutrice. En effet, il n’était pas très poli de boucher ses oreilles pendant le discours d’un individu. Le mage décida de laisser couler, n’ayant aucune envie de querelles avec l’humaine. Ses propos, même fondés, dérangeaient probablement l’idéologie de sa compatriote. Il avait vu tant de souffrances, tant de conflits pour des matériaux qu’il comprenait que la femme puisse ressentir une certaine acidité et une certaine violence dans ces quelques mots, prononcés un peu plus tôt. Il en oubliait parfois que de nombreux meariens se complaisaient dans la bonne humeur, non conscients de la lutte et de l’horreur. Le gouvernement passait sous silence certains faits de guerre, protégeant le peuple des atrocités sans noms commises par ces barbares nordiques, ces Vikings sans foi ni loi.
Les humains étaient si cupides. Après des centaines d’années, leurs idéaux n’avaient point évolués comme la plupart des créatures anthropomorphes. Celle-ci, pensa le jeune guerrier de Rika, est différente des autres. Elle ne souhaitait pas « sacrifier » son amie pour accomplir ses désirs personnels. La foi des séraphs le sauverait peut-être de leurs penchants naturels ?

Alec écouta la jeune comportementaliste débiter des mots forts. Sa loyauté envers son amie n’avait d’égal que les dieux. Un esprit naïf, mais honorable. Les valeurs de la religion s’étaient ancrées profondément dans son âme et son cœur. Le peuple était prêt à poursuivre l’œuvre des ancêtres. L’ange trouva que la jeune Rika l’observait d’un œil étrange. Il posa donc la question fatidique :

« - Demoiselle Rika, je vous pris de m’excuser de n’avoir pas proposé cette solution plus tôt. Oui, notre grande prêtresse porte le nom des Thelxis, une famille de fervents croyants. Elle a été choisie par nos dieux pour représenter sa famille et la religion qui maintient notre peuple dans la prospérité. Il n’est pas rare, en effet, qu’elle s’entretienne avec des prêtres pour transmettre les volontés séraphines. Enfin, elle ne sera pas aussi simple à approcher. Plusieurs de mes collègues protègent sa jeune personne. Il serait malheureux qu’un évènement atroce se produise. Mais même si c’est difficile, je vous conseille de ne pas renoncer en votre rêve. Elle ne vous fera sûrement point visité le sanctuaire, soumise elle-même à la loi, mais vous vous en feriez une merveilleuse amie. La garantie de la sécurité d’Eloenne serait aussi assurée. Nul n’oserait porter la main sur une protégée de la grande prêtresse. Tous ceux qui tenteront seront déroutés sur-le-champ par le fer de lance séraphin. Sinon, pourquoi me contemplez-vous ainsi, ma chère ? J’ai une petite bavure sur le visage ou c’est autre chose ? Vous pouvez me poser toutes les questions que vous souhaitez. »

Le jeune homme fut perplexe devant le flow d’émotions qui navigua sur les traits de la blonde. Elle semblait heureuse, envieuse, réfléchie et bien d’autres émotions simultanément. Cependant, son visage reprit un air soucieux tandis qu’elle commençait à me compter les raisons de son choix de ne pas exposer sa « sœur ». L’ange était soucieux concernant ce discours. Il ne s’était jamais posé la question sur ses origines. Il aurait pu être un hybride aquilin comme Eloenne. D’après sa sœur, elle portait des similitudes avec la race des anges. Cependant, le doute ne fut que de courte durée, le mot de la sage-femme qui l’avait remis au pasteur précisait qu’il appartenait au genre angélique. Feu, son mentor avait ensuite confirmé sa race, possédant un certain sens de la détection des membres de son espèce.

Ainsi, l’hybride avait connu ses parents. Peu d’orphelins avaient la chance de connaître et de se souvenir de leurs parents. Alec était d’accord avec la colombe, le passé n’était point important, seul l’avenir comptait réellement. Il prit donc la parole pour exprimer le fond de sa pensée :

« - Ainsi, elle a connu ses parents. Un fait rare parmi les orphelins. Je n’ai pas eu cette chance, ma mère étant morte lors de mon accouchement. Le sort de mon père m’est inconnu. J’ai su que j’étais un ange par le pasteur qui m’a recueilli. La sage-femme avait laissé un mot disant que j’étais né de deux anges. Mon mentor a ensuite confirmé cette affirmation avec sa magie. Comme vous vous en doutez, je ne porte pas le nom de mes ancêtres. Greyhawk est une invention de ma part. Je peux donc comprendre cette volonté de protéger ces biens et sa famille du présent que de penser à celle qui est déjà décédée. Je n’ai pas vocation à retrouver l’histoire de mes ancêtres quand je peux écrire le futur des greyhawk. Je comprends donc que tu sois la personne la plus importante pour elle. Vous portez le futur des Erikazé en vous. »

Le jeune homme partageait de nombreux points communs avec la colombe. Il n’était cependant pas étonné par ce fait rassurant. Sa magie créait un lien entre lui et les oiseaux, qu’ils soient intelligents ou pas.


Elle pose sa main sur son cœur et se penche légèrement en avant, comme pour dire « je suis désolée », « je vous en prie » et « c’est à moi de m’excuser ». De la même façon que les animaux, Alec comprendra que son interlocutrice utilise beaucoup le « non verbal » pour s’exprimer. Son métier déteint sur elle, mais après tout, beaucoup de ses gestes et expressions sont universellement compris, par toutes les races qui peuplent ce monde. Seules les réactions face à ces gestes sont différentes.

- Ah, ce n’est pas votre vrai nom ? fait-elle, surprise, quand il termine son explication. Mais alors, vous êtes peut-être né d’une famille de gens importants sans le savoir ? Enfin… se reprend-elle rapidement. Je comprends que vous préfériez un accomplissement personnel plutôt qu’un héritage… finalement « immérité ». Être important sans savoir pourquoi, sans rien avoir fait de spécial, ça ne doit pas convenir à beaucoup de monde…

Rika semble avoir bien assimilé ces histoires « d’importance », même si les détails précis lui échappent encore. Selon elle, personne n’accepterait d’être important au nom de la chance… quand bien même ce concept n’a pas forcément de sens quand on croit au destin. Si madame Thelxis est devenue la Grande Prêtresse, c’est parce que les dieux en ont décidé ainsi. Si monsieur Greyhawk est devenu Magister, s’il a été orphelin… c’est aussi parce que les dieux en ont décidé ainsi. C’est ce qui, une fois adulte, allait lui permettre de devenir l’homme qu’il est devenu, de s’accomplir, de montrer et prouver sa valeur. Son épreuve, en quelque sorte.
Tout comme ça a été le cas pour Eloenne.
Tout comme c’est le cas pour Rika.

Mais quand on est orphelin… on sait d’où l’on vient, on sait comment cela fonctionne. On sait qu’on pourra à notre tour donner la vie, mais mourir ou disparaitre avant d’avoir vu naitre notre progéniture. À quoi bon travailler pour un futur, pour un enfant, dont la vie commencera peut-être comme a commencé la nôtre ? Quand, comme Alec, on côtoie quasi quotidiennement la mort… quand notre vie est dévouée à ce point… peut-on vraiment envisager un futur radieux avec des enfants ? Comment fait-il pour concilier ces deux visions : à la fois ne pas s’attacher et désirer fonder une famille ?

- En fait, si nous nous rencontrons aujourd’hui, c’est pour une raison. Plus tard, quand on y repensera, on en sera convaincu. Je pense que… hésite-t-elle, posant un doigt au coin de sa bouche et regardant vers le ciel. Ça va vous paraitre bizarre, mais il y a peut-être un cheminement. On parle de Sa Sainteté la Grande Prêtresse depuis tout à l’heure… et je pense que vous vous êtes déjà imaginé la protéger. En même temps, vous dîtes que nous pourrions devenir de merveilleuses amies. Ne serait-ce finalement pas « votre » rêve que de la servir, la protéger et être lié à elle ?

Allez. Le rêve d’une petite fille, en Mearian, c’est d’être choisie pour devenir la Grande Prêtresse. Et le rêve d’un petit garçon alors ? C’est peut-être de se marier avec cette dernière ? Rika n’a jamais vu de représentation de la femme la plus puissante de la Nation. Aucune affiche, aucun tableau. Sa beauté – en plus de sa sagesse et d’énormément d’autres qualités – est peut-être éblouissante. Peut-être qu’elle fait chavirer le cœur des hommes à cause de son apparente fragilité.
Ou peut-être que Rika fait fausse route et que les hommes ne désirent qu’une chose : devenir Pape à leur tour.

La jeune femme se tourne vers Alec et, dans un mouvement, agrippe sa main gauche entre les siennes.

- Si on peut s’arranger, dès que je la rencontre, je vous envoie un mot, une lettre. Et on s’organise un pique-nique tous les quatre pour discuter, qu’est-ce que vous en pensez ? questionne-t-elle en lui lâchant finalement la main, après s’être rendue compte qu’elle l’avait touché sans réfléchir et sans autorisation. Je ne crois pas que vous puissiez trouver une excuse contre le fait de devenir ami avec la Grande Prêtresse, si ? De toute façon, qu’on soit proche d’elle ou non, on ressentira un grand vide le jour où on la perdra…

Un pique-nique qui évoluerait en amitié, en groupe soudé. Et il n’y a pas à dire : une petite troupe formée de ces quatre individus, ça aurait de la gueule ! Une Hybride, un Ange, une Humaine et une… une Grande Prêtresse. Niveau éclectisme, on ferait difficilement mieux.
Alec Greyhawk ft Rika Erikazé
Religion, partage et égalité

« Non, ce n’est pas le nom de mes ancêtres. J’ai pris ce patronyme lorsque j’ai aperçu un faucon gris se mouvoir dans le ciel. J’aurais bien aimé connaître mes origines et mon patronyme, mais mes parents n’avaient pas jugés bon de les communiquer à la sage-femme qui m’a mit au monde. Néanmoins, le mérite est prioritaire. Le nom n’est qu’un outil, c’est ce qu’on en fait qui lui donne toute sa valeur. Être important sans avoir contribué à cette grandeur est dégradante pour l’esprit, par contre les moyens financiers permettent de ne point connaître la faim et la soif. »

L’ange lâcha ses propos, conscient de leur importance. L’argent et l’or dans ce monde octroyaient un pouvoir et des capacités que chaque être humain devrait posséder. La faim, la soif, tout ceci balayer par le souffle de quelques pièces d’un métal précieux qui se trouve dans les profondeurs de la terre. De pauvres enfants mourraient de faim, car ils étaient nés, par malchance dans des familles défavorisés. S’ils avaient eu la chance de naître avec la cuillère d’argent dans la bouche, il en aurait été autrement. Le pouvoir passait par la magie ou l’or. Donc, oui, ses prouesses payeront un beau jour, mais s’il était né dans une famille notable, son présent serait radieux.

Le magister en appela au destin pour justifier cette conversation. Rencontrer un orphelin relevait du miracle, si cet individu ne faisait pas partie de sa famille. Il se sentait investi d’une éclosion d’affection pour l’humaine. Rika ressemblait à l’ange par son fonctionnement, ses idéaux. Cependant, il s’était engagé dans l’armée, il avait fait couler le sang de nombreuses races sur le territoire maudit.

Tandis qu’il réfléchissait à la marque du destin dans ce monde, Rika s’exprimait sur les rêves hypothétiques de l’Ange. Il n’avait jamais envisagé partager une quelconque relation avec la grande prêtresse, car pour lui, elle était une personne importante, mais…. Dans le fond, méritait-elle sa position ? Les séraphs ne choisissaient-ils pas au hasard une fidèle parmi le peuple pour prouver à celui-ci que tous étaient égaux sous le regard des séraphs ?
Ce n’était qu’une jeune femme placée sur un trône illusoire ? Aujourd’hui, Mavis Thelxis occupait cette position prestigieuse, mais cela aurait très bien pu être Rika, Eloenne ou une autre jeune fille.
Le magister leva les yeux au ciel devant une telle crédulité. Bien entendu, ce fut un geste discret, pour ne point froisser les sentiments de la demoiselle. La galanterie lui avait été transmise. Il prit donc sur son exaspération pour donner une réponse claire :

« Honnêtement, je n’ai jamais envisagé de finir ma carrière dans sa garde rapprochée. Elle est comme les autres, malgré sa position prestigieuse. Il est vrai qu’être dans son giron ouvre des portes dans les hauts rangs de notre société, mais il serait égoïste de ma part de me servir de la grande prêtresse pour mes désirs personnels. Je ne souhaite pas non plus me marier avec elle, comme la majorité de nos concitoyens masculins. La position et l’image ne font pas tout, il faut connaître la personnalité, les autres choses qui importent dans une relation. De plus, je ne souhaite pas me marier tout court. Les vœux sont sacrés et les erreurs récurrentes. Je ne voudrais pas enlever la vertu d’une femme dite exceptionnelle avec une nuit sans lendemain. Sa personne est unique, je me suis engagé pour protéger et servir les communautés qui prospèrent en ces terres, par la foi des séraphs. En même temps, je nourris l’ambition que mes efforts seront récompensés.

Mais pour en revenir à la grande prêtresse, si vous tenez tant à me la présenter, je ne saurais vous refusez cet honneur. Personnellement, il ne me tarde pas de la rencontrer. Je sais en qui et en quoi j’ai foi. Surtout, qu’en réalité, ce poste est choisi par les séraphs, dans le but d’accorder une sensation d’importance à leurs yeux aux mortels qui ont foi. La grande prêtresse est un symbole, elle n’est que la chair et le sang. En réalité, si je pense de manière cohérente, n’importe quelle jeune femme pourrait occuper ce poste. Même vous, demoiselle Rika.

Je ne doute point de sa gentillesse, mais elle ne fait pas partie de mes héros. Mes héros sont ceux qui défendent chaque jour ce pays contre les menaces, ceux qui donnent de leurs temps de vie sans réserve pour que des enfants puissent jouer en toute tranquillité dans les rues de n’importe quel village. Sans l’armée, le géant du nord serait déjà en train de se repaître de nos os. Sans toi, des animaux sauvages attaqueraient des villageois au risque de tuer les Hommes ou de partir au suicide. Voilà les vrais héros. »


L’ange frôlait dangereusement les limites et il espérait que la jeune femme est l’esprit ouverte. Le greyhawk était ainsi, il ne respectait que les actes.


Ils ont la même vision sur le sentiment d’accomplissement, bonne nouvelle ! On ne peut pas en dire autant sur cette histoire de moyens financiers mais… quand l’argent vient à manquer, on ne sait jamais ce qui va arriver. Des gens vous tendront la main quand d’autres vous kidnapperont et vous vendront au plus offrant. Rika a, de nombreuses fois, été logée chez des paysans en échange de services : procéder à la cueillette, soigner une bête, aider au dressage… et la journée se terminait dehors, autour d’un grand feu, pour partager un bon repas et fêter d’excellentes récoltes.
En tout cas, jamais l’humaine n’a eu à souffrir d’un manque de nourriture ou d’eau. Dans la campagne, les arbres fruitiers et autres buissons à baies sont gratuits et légions ! Il suffit d’analyser, de renifler… de connaître la forêt et de savoir chercher.

La suite de la conversation est plus… énigmatique. Pas de mariage ? Nuit sans lendemain ? Qu’est-ce qu’il raconte ? Ambitionner de créer une famille mais ne pas vouloir se marier ? Et au sujet de la Grande Prêtresse, elle présente pourtant une foultitude de qualités, reconnues par les 21 dieux ! Une telle distinction, ce n’est pas rien. En comparaison, Rika pourrait être… au maximum la chouchoute du Séraph de l’Humilité, rien de plus.
Entre une « chouchoute » d’un dieu et « l’élue » de tous les 21, le gouffre est astronomique !

- Merci… fait la jeune femme, prise au dépourvu qu’on la compare à un héros. Mais vous savez, moi, encore, je choisis ce que je fais tous les jours. Je me promène, je discute avec les gens que je rencontre, des conversations qui peuvent durer des heures et des heures tant les individus sont intéressants… on a même souvent un peu de mal à m’arrêter, je ne vous le cache pas. De temps en temps, j’apporte mon savoir et mon aide, mais… comparé à la vie de Sa Sainteté la Grande Prêtresse… globalement, je ne fais presque rien… avoue-t-elle humblement. Elle, elle ne vit que pour sa position maintenant. 100% du temps, elle est Grande Prêtresse, il lui est impossible de sortir de ce rôle. C’est très noble, très difficile je trouve… un véritable don de soi.

« Ceux qui donnent de leur temps de vie sans réserve », c’est plutôt la définition que Rika aurait faite de la Grande Prêtresse, justement. Tout le monde vous connait, vous dévisage dans la rue… vous n’êtes plus une personne, plus une humaine, plus une femme : vous êtes la Grande Prêtresse. Quoi de plus difficile, psychologiquement, que de ne plus être aimée pour ce que l’on est, mais juste pour ce qu’on représente ? C’est ce dont Alec doit parler : « la position et l’image ne font pas tout ». En soit, ce devrait être vrai… mais… on parle tout de même d’une personne choisie par les dieux.
Avant d’être choisie, elle était déjà exceptionnelle en tant qu’humaine. Les Séraphs n’ont fait que le concéder et l’afficher aux yeux de tous.

- C’est pour ça que quand vous parliez de… « devenir son amie », j’ai trouvé ça touchant. Je ne suis pas sûre qu’elle en ait encore… du monde extérieur je veux dire. Auprès des gens normaux. Qui lui permettent de décompresser un peu, de se rappeler comment elle était, avant. Vous ne pensez pas que, en tant qu’ancienne… « non importante »… elle ait envie de côtoyer des gens… « non importants » comme nous, plutôt que les gens « importants » qu’elle croise tous les jours ? Qu’elle ait besoin de changement plutôt que de continuer à vivre sa routine ?

Vive les gens random. En même temps… à partir du moment où la Grande Prêtresse a une conversation avec quelqu’un, cette personne peut se considérer être « importante », l’espace d’un instant. Mais… ah, c’est trop compliqué.

Le mieux à faire, ce serait de la rencontrer là, dans la ville, sans savoir qui elle est. L’aborder, discuter de tout et de rien, la trouver adorable, la revoir plus tard… et finalement, au fil des jours, s’attacher à elle. Apprendre qu’elle est finalement la Grande Prêtresse ne changerait rien à la relation, au contraire. Mais pour ça… encore faudrait-il ne pas la connaitre. Ne pas connaitre son nom, son visage. Pour Rika, c’est encore possible. Pour Alec, en revanche, ça risque d’être compliqué. Le souhaite-t-il ? Pas exactement, comme a pu en déduire la jeune femme… mais elle pense que ça pourrait tout de même le servir. Instinct.

Un bruit sec assez lointain de fait entendre. Il vient de l’intérieur du bâtiment, de la fenêtre, toujours ouverte, par laquelle Rika a essayé de rentrer. Ce doit être… un balai qui est tombé, un seau qui s’est renversé… quelque chose de ce genre. Après quelques secondes de flottement, la jeune femme grimace un peu et s’approche de Alec, visiblement gênée.

- On parle un peu fort, non… ? lui chuchotte-t-elle, en plaçant une main au coin de sa bouche pour éviter que le son ne se propage vers le bâtiment. Vous croyez qu’elle nous entend… ?
Alec Greyhawk ft Rika Erikazé
Religion, partage et égalité


L’ange s’esclaffa bruyamment, son armure se répercutant en frottements et cliquetis. La pensée de Rika était si simpliste, si noir et blanc. La grande prêtresse ne faisait rien de plus que serrer des mains et inspirer la conscience des différentes races en clamant les propos que lui soufflent les dieux. Son rôle était minime, une simple marionnette dont les séraphs tiraient les ficelles telles des ventriloques. Comment cette jeune femme si pure en face de lui pourrait penser qu’elle est inférieure à la grande prêtresse. Qu’avait donc fait cette fille né dans la richesse et l’abondance. Le seul point qui formait un lien entre eux trois, seraient qu’ils ai étés élevés loin de leurs familles et racines. Certains par choix, d’autres car ils n’avaient pu vaincre la mort le temps d’élever leurs enfants dans les valeurs éternelles qui régnaient en ces terres. Cependant, le magister se garderait bien d’affirmer de tels propos. Il devait revenir sur sa parole, le peuple n’avait point besoin d’apercevoir les failles du système. Il en allait de sa sécurité. Un agneau aveugle n’opposait aucune résistance à être guidé par le chien et le berger.

La créature ailée prit donc sur lui pour apporter la réponse qu’attendait probablement l’humaine :

«  Vous avez raison. Son rôle est majeur et son rayonnement international. Elle maintient la relation de confiance entre l’ichor et le sang, entre l’immortel et le mortel, entre les dieux et les hommes. Cependant, je crois l’avoir déjà mentionné, notre rôle à tous possède sa part d’importance. Je me suis engagé pour maintenir la paix entre les peuples mais aussi comme bourreau de ceux qui cherchent à nous nuire. Vous-même, utiliser vos...capacités pour aider votre prochain, qu’il soit animal ou de race intelligente. N’êtes vous pas une liaison entre deux mondes, entre deux natures ? Vous voyez, vous n’êtes pas si différentes. La seule différence dans vos actes est que la grande prêtresse est entraîné par les dieux. Les animaux vous ont sûrement autant appris que n’importe lequel d’entre nous. »

L’ange fit des moulinets avec son bras, réfléchissant à une question qui le taraude depuis le début de cette entrevue aussi surprise qu’intéressante. Il n’attendit pas une seconde pour en faire sa requête :

« Rika, maîtrisez-vous cet art incroyable que nous nommons magie ? Vous me semblez posséder quelques facettes d’une pratiquante de magie, ce qui n’est guère étonnant sur nos terres bénies par les grâce de cette entité presque aussi veille que les séraphs. Comme vous vous en doutez, je n’aurais pas réussi au test de magister sans magie. Je peux vous faire une démonstration de ma magie si vous le souhaitez. »

Les yeux de l’ange s’obscurcir sans crier garde d’une belle teinte ocre et jaune. Les yeux d’un rapace observant sa proie, n’ayant point encore décidé s’il devait la poursuivre ou en faire l’une de ses alliés.

« Tout comme Eloenne, je possède moi même une part animal, aquiline. Et vous, demoiselle, qu’elles sont vos aptitudes ? »

L’ange rangea ses yeux de rapaces pour juger de son regard naturel et azur la jeune femme démontrer ses talents. Il fit un rictus en réponse à la crainte de la dernière des Erikazé.

" N'ayez crainte, je doute qu'elle soit la en cet instant, de même que sa Sainteté."