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The Ghost In The Fog || PV: Aerith

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Sometimes, even your eyes will betray you ; But your instincts can never lie.


Le soleil commençait déjà à se rapprocher de l'horizon, annonçant la fin d'une autre journée entière passée dans un chariot de transport, à contourner un lac. La température avait été agréable pour la majeure partie du voyage, mais l'humidité se faisait de plus en plus pesante et le vent devenait de plus en plus froid et fort, présage d'un orage. Eleanor se changeait les idées en fouillant inlassablement dans ses notes, avant d'en écrire d'autres dans ses nombreux bouquins. Alors qu'elle écrivait furieusement sur une nouvelle page, elle pu entendre le septième soupire de l'heure. La voyante leva les yeux tout en ajustant sa capuche, pour fixer son garde du corps avec une expression à la fois énervée et froide. Celui-ci remarqua son regard glacial et se sentit attaqué, se croyant obligé de justifier son exaspération de vive voix :

- Quoi encore ? D'abord, je n'ai pas le droit de chanter, puis je n'ai pas le droit de siffler, ensuite je n'ai pas le droit de taper du pied... Maintenant je n'ai même pas le droit de soupirer ? Si j'avais su que je me faisais engager par un tyran, je n'aurais jamais accepté cette offre !
- Tu es un garde du corps. Pas un barde. Maintenant, silence.

Ne souhaitant pas se prendre une autre baisse de salaire, le garde du corps ne répondit plus rien et Eleanor pu se remettre au travail... Mais à peine venait-elle de retrouver son train de pensées que le cocher brisa le silence à nouveau, la faisant soupirer à son tour alors que le jeune homme qui l'accompagnait ne put s'empêcher d'étirer un sourire amusé.

- Village en vue, je vais m'y arrêter pour refaire mes provisions et laisser les bêtes se reposer !

Tout semblait aller contre elle, décidément. Toujours de mauvaise humeur, l'All'Ombra rangea ses notes dans son sac et se contenta d'observer le ciel à travers sa capuche, laissant son garde s'occuper du reste jusqu'à leur arrivée au village. Elle paya ce qu'elle devait au propriétaire du charriot, qui en profita pour lui annoncer que l'arrêt allait durer au moins trois jours, ce qui ne l'aida pas du tout à retrouver un semblant de joie.

Le village où les voyageurs s'étaient arrêté était l'un des derniers à l'intérieur de Nueva sur le chemin d'Ellgard et, contre toute attente, c'était la première fois que la voyante s'y retrouvait, puisqu'elle avait décidé de changer de trajet pour un détour à la dernière minute. Ce village semblait se spécialiser sur les produits de la pêche, vu leur proximité aux lacs, et sur les produits de la forêt. Rien de bien surprenant... Mais quelque chose ne tournait pas rond. Le duo avait beau se trouver en plein centre du marché près du port, celui-ci était anormalement vide et silencieux. Le soleil était presque couché et le ciel devenait de plus en plus sombre, mais normalement à cette heure, il était encore possible de voir des habitants faire leurs courses de dernière minute avant de rentrer chez eux. Son garde du corps ne semblait pas apprécier cette ambiance et décida de s'arrêter au stand d'un des derniers marchands encore présent sur place, bien qu'il semblait être en train de fermer boutique, puisqu'il était très concentré à compter ses pièces. Eleanor fut forcée d'attendre qu'il ait terminé pour que son employé puisse avoir son attention. Le marchand leva les yeux vers eux et son expression passa de fatiguée à surprise.

- Des... visiteurs ?
- Bonsoir. Mon nom est Stephen Reyes, je suis le garde du corps de la dame ici-présente. Je me demandais, comment ce fait-il que l'endroit soit si... Désert ?
- ...Vous voulez passer la nuit ici ?
- Eh bien... Oui, mais je voudrais savoir pou...
- Non, non, non ! Vous ne pouvez pas rester ici !
- ... Excusez-moi ? Pourquoi donc ?
- Ce village est très dangereux de nuit ! Tout le monde se réfugie chez eux ! Vous devriez faire demi-tour et en faire de même !

Sur ces paroles, le marchand ramassa ses affaires et ferma l'accès à son stand, avant de sortir sur le côté et de tout verrouiller. Il plaça maladroitement son chapeau sur sa tête et regarda Stephen une dernière fois avec un air paniqué.

- Il y a une auberge par là, mais plus personne n'y va ! Rentrez-chez vous !

Il quitta finalement l'endroit dans la direction opposée, laissant le garde du corps abasourdi et sans réponse à ses nouvelles questions. Il se tourna lentement vers Eleanor, qui se contenta de lui jeter un autre regard noir avant de se diriger vers l'auberge mentionnée par l'homme effrayé. Son employé repris leurs bagages et marcha à son rythme. Le silence pesant faisait règne dans le marché alors que le ciel devenait de plus en plus sombre et que la lune se faisait cacher par des nuages lourds de pluie. La brise était froide et transportait l'odeur salée de l'océan non-loin. Eleanor prit une pause en s'appuyant sur sa canne, observant les environs. Plus ils se rapprochaient du port, plus il était possible de remarquer certains détails pour le moins étranges. Les fenêtres étaient toutes barricadées et les lumières étaient éteintes, ce qui rendait les rues incroyablement sombres. Il n'y avait plus personne dans les rues, pas même de chat errant ou de bestioles nocturnes. Il n'était possible d'entendre que les vagues s'écrasant sur le quai et le son de leurs pas qui faisaient grincer les vieilles planches du port. L'auberge se trouvait juste à côté de l'eau, le bord étant protégé par une clôture à l'allure fragile. Comme si la situation n'était pas déjà assez désagréable. Au moins, l'eau ne semblait pas être trop profonde.

Stephen alla ouvrir la porte, heureux de voir que celle-ci n'avait pas encore été verrouillée. Ils entrèrent juste à temps, puisque la pluie commençait à tomber. L'intérieur de l'auberge semblait parfaitement normal, mis à part l'absence flagrante de clientèle. L'aubergiste semblait très surpris de voir des visiteurs entrer à cette heure et les accueillit maladroitement. Il hésita un peu et s'approcha de Stephen pour lui serrer la main. Grand, barbu, il semblait tout aussi fatigué que le marchand : même sa voix semblait être vide.

- Ah, bienvenue. Vous... Vous venez passer la nuit ici ?
- Oui, si possible. Avez-vous toujours des chambres de libres ?
- B-Bien sûr, elles le sont toutes !

Réalisant qu'il n'aurait probablement pas dû dire ça, il se racla la gorge et leur fit signe de s'approcher du comptoir pour leur donner leur clé. Apparemment, les clients étaient tellement rares que l'aubergiste offrait la première nuit gratuitement. Stephen semblait être de plus en plus bouleversé. L'aubergiste les guida à leurs chambres et leur montra comment les déverrouiller avant de leur demander de bien vouloir les verrouiller la nuit et de ne pas toucher aux fenêtres. Il n'en fallait pas plus à Eleanor pour entrer dans sa chambre. Stephen remercia l'aubergiste et ferma la porte comme demandé, puis alla déposer le sac de la voyante juste à côté du lit. Puis, il se contenta de fixer Eleanor, les sourcils froncés. Celle-ci venait tout juste de s'assoir sur le lit et elle attendit que son garde du corps prenne la parole, déposant sa canne et commençant à fouiller dans son sac pour ressortir ses notes. Stephen se décida enfin à briser le silence.

- Quelque chose cloche ici.
- Tiens, je n'avais pas remarqué.
- Je suis sérieux ! Les villageois sont terrifiés et nous ne savons toujours pas pourquoi !
- Épargne-moi ton discours. Va droit au but.
- Je... Bon, très bien. Je voudrais enquêter sur la cause de toutes ces craintes.

Eleanor cessa de farfouiller à travers ses notes et prit un moment pour fixer Stephen à travers sa capuche, son expression restant de marbre. Celui-ci tenta tant bien que mal de soutenir le regard pesant de sa patronne, tout en essayant sans succès de cacher son inconfort.

- Non.
- ... Quoi ? Mais pourquoi ?
- Dois-je te le rappeler à chaque fois ? Tu es un garde du corps. Pas un détective.
- Mais ces gens ont besoin d'aide !

Eleanor fit signe au jeune homme de quitter la pièce en lui pointant vaguement la porte. Stephen serra les poings et grimaça, resta sur place quelques secondes comme s'il se retenait de dire quelque chose qu'il regretterait plus tard, avant d'obéir sans rien ajouter. La voyante pu l'entendre fermer la porte de sa propre chambre, avant de finalement ne plus rien entendre mis à part le vent à l'extérieur, le son étouffé des vagues et de la pluie, et les craquements subtils des murs et du sol en réaction aux éléments qui semblaient de plus en plus violents. Eleanor baissa sa capuche et se débarrassa de son manteau, qu'elle accrocha à la tête de son lit, puis pu enfin reprendre son travail. Les heures passèrent, laissant la nuit s'installer doucement, la pluie se calmer progressivement et la fatigue s'emparer de chacun de ses muscles malmenés par la voyage en chariot, au point où écrire devenait un effort considérable. Eleanor abandonna lorsqu'elle dû se rendre à l'évidence qu'elle n'arrivait plus à trouver de position confortable. Elle commença à déposer ses livres un par un sur la table de nuit, avant de fouiller encore un peu dans son sac... Et de réaliser qu'elle avait épuisé toutes ses réserves de nourriture. Elle marmonna un juron et leva les yeux vers sa porte.

Pas le choix.

L'All'Ombra s'empara de son manteau qu'elle enfila partiellement, remettant sa capuche et prenant sa canne avant de sortir du lit et de se diriger vers la porte, clé en main. Ses genoux n'étaient pas d'accord, mais son estomac était un excellent motivateur. Elle sortit hors de sa chambre, verrouilla, atteignit la porte de Stephen... Hésita un instant... Puis toqua doucement à la porte, qui s'ouvrit presque immédiatement sur Stephen, qui semblait s'attendre à avoir la visite de l'aubergiste puisqu'il dû baisser les yeux pour remarquer la présence de sa patronne. Son expression passa de la confusion à l'exaspération.

- Je me disais bien que l'aubergiste n'avait pas l'air du genre à toquer aussi imperceptiblement sur une porte... Qu'est-ce que tu veux ?
- À manger.

Le garde du corps resta silencieux et son expression s'adoucit quelque peu. Puis, il s'écarta de l'entrée et ouvrit la porte pour inviter le tyran qui lui servait d'employeur à entrer, mais lui fit comprendre son mécontentement d'un grognement.

- Je ne vais tout de même pas te laisser mourir de faim.

Eleanor, satisfaite, entra dans la pièce et laissa son garde fermer et verrouiller sa porte. Il eut le temps de se rendre à son sac et de se mettre à sortir ses provisions avant même que la voyante n'arrive à atteindre la chaise la plus proche, placée juste à côté d'un bureau. Le simple fait de s'assoir fut tellement libérateur pour ses pauvres genoux que ce ne fut qu'après un long soupir que Eleanor se rendit compte qu'elle avait retenu son souffle depuis que Stephen l'avait laissée entrer. Celui-ci prit place à son bureau, partageant le coin du meuble avec elle pour y déposer une assiette en bois contenant des fruits et des... Biscuits ? Ils semblaient faits maison. Le jeune homme avait même des choppes dans son sac de voyage, en donnant une à la voyante, qu'il remplit d'eau provenant de sa gourde avant de briser le silence d'un ton très sarcastique.

- J'ose espérer que ces modestes provisions te seront suffisantes.

Eleanor préféra ne rien répondre et choisis quelques fruits avec soin avant de commencer à les manger. Il ne lui en fallu pas beaucoup pour combler son appétit : elle ne vida même pas sa choppe. Stephen voulu boire le reste, mais Eleanor le lui interdit, lui expliquant vaguement qu'elle la terminerait plus tard. Le garde choisit de ne rien ajouter et se leva lorsqu'il vit que la voyante avait repris sa canne. Il l'aida à se relever et la raccompagna à sa chambre.

Il n'en fallait pas plus à Eleanor pour se décider à se mettre au lit. Elle retira son manteau et ses bijoux, libéra ses cheveux, échangea sa tenue pour sa robe de nuit et se glissa sous les couvertures épaisses et lourdes. Presque instantanément, son esprit commençant à flotter vers le monde des rêves, la réalité s'effaçant peu à peu, ses pensées devenant de moins en moins cohérentes. Elle pouvait entendre l'écho de ce qui semblait être la voix puissante d'Evelyn en pleine performance d'Opéra. Elle voyait des gouttes de pluie s'écraser sur un sol plongé dans la pénombre et tout juste alors qu'elle allait s'endormir profondément, l'écho de la voix d'Evelyn se rapprocha, se transformant en hurlement inhumain, assourdissant et...

Eleanor eut l'impression de tomber et d'atterrir dans son lit, la faisant sursauter et ouvrir les yeux sous l'impact. Elle se redressa, hors d'haleine, son cœur battant à la chamade et ses sens en alerte, alors que l'effroyable cri s'estompait...

Stephen se fit réveiller par le son de sa porte se faisant malmener. Alarmé, il sauta hors du lit et déverrouilla sa porte le plus vite possible avant de l'ouvrir et de se stopper lorsqu'il vit la silhouette encapuchonnée d'Eleanor. Il n'eut même pas le temps de dire quoi que ce soit, puisque la voyante lui coupa l'herbe sous le pied :

- Habille-toi et prépare-toi. Tu as cinq minutes.

Elle attendit dans le couloir le temps que son garde du corps ne s'exécute, jusqu'à ce qu'il ne ressorte de sa chambre, habillé et armé, mais toujours très confus. Il ajusta ses gants en marchant dans le couloir, en profitant pour poser ses questions :

- Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Où veux-tu aller et pourquoi ?

Eleanor s'arrêta dans le hall de l'auberge et pointa discrètement l'aubergiste, qui se tenait toujours à son comptoir, dans le noir, fixant la porte, mais cette fois, il tenait une énorme hache et semblait s'y agripper comme si sa vie en dépendait. Eleanor murmura à son garde d'aller lui poser des questions et le jeune homme s'exécuta avec prudence. Il s'approcha doucement et se racla la gorge pour annoncer sa présence. L'aubergiste sursauta, se mit en garde et se corrigea dès qu'il remarqua qu'il ne s'agissait que de ses clients.

- Ah ! Ouf ! J'ai eu peur... Qu'est-ce que vous faites encore debout en plein milieu de la nuit ?
- Hum... Eh bien... Je n'arrivais pas à me sortir certaines rumeurs de la tête et... Je voulais vous poser des questions... ?

L'aubergiste hésita, puis soupira avant de s'assoir sur sa chaise et de rapprocher son arme, ne semblant pas vouloir la lâcher.

- Alors vous savez...

Eleanor s'approcha et le propriétaire du bâtiment leur fit signe de s'assoir de leur côté du comptoir, puis de s'approcher avant de se mettre à parler tout bas.

- Tous les soirs. Tous les soirs, ce satané monstre vient hanter nos rues, s'infiltre un peu partout et détruit tout sur son passage. Les gens sont terrorisés ! Plus personne ne sort, vous êtes mes premiers clients depuis des semaines... Les gardes n'ont rien pu faire. Ils nous ont abandonnés... Je n'ai pas dormi depuis trois jours. J-J-Je ne sais plus quoi faire, je...
- Si vous voulez... Nous pourrions monter la garde pour vous.

Les yeux de l'aubergiste s'illuminèrent et sa poigne sembla se détendre alors que la tension dans ses épaules diminuait légèrement.

- Vous feriez ça... ?
- Ne vous inquiétez pas, je m'occupe de tout. Protéger les gens est mon métier.

Un métier bien tranquille, jusqu'à maintenant. L'aubergiste laissa finalement tomber sa hache et serra vigoureusement la main de Stephen.

- Oh merci ! Merci infiniment ! Juste... Ne faites rien de dangereux et surtout, restez à l'intérieur !

Stephen hocha la tête, Eleanor refusa de lui serrer la main et l'homme s'empara de son trousseau de clés et ne perdit pas plus de temps, allant retrouver sa chambre à l'étage au-dessus. Stephen se tourna vers la voyante, pouvant enfin poser la question qui lui brûlait les lèvres :

- Tu as changé d'idée... ?

Eleanor tourna à peine la tête vers lui. Elle ne voulait pas l'admettre, mais il avait eut raison. Depuis leur arrivée. Quelque chose clochait très sérieusement et sa prémonition ne l'avait pas poussée à se lever sans aucune raison. Cette histoire de monstre avait activé une alarme quelque part dans son instinct et l'ignorer était complètement illogique. Eleanor s'approcha de la porte et Stephen ne tarda pas à la rejoindre.

- Tu veux aller dehors ? Par tous les... Tu es tombée et tu t'es cogné la tête pour avoir changé d'avis à ce point ?
- Silence. Ouvre la porte.

Stephen retira la lourde planche de bois bloquant l'accès à la porte, l'ouvrit, laissa la voyante passer, puis referma la porte. À l'extérieur, tout était complètement noir. La pluie avait cessée et le vent s'était calmé, ne laissant plus qu'un épais brouillard comme preuve de leur passage. L'atmosphère était glaciale et le son des vagues n'était plus qu'un petit clapotis à peine audible. Le silence occupait absolument tout le reste, si pesant qu'il semblait écrasant. Stephen n'avait qu'à chuchoter pour se faire entendre.

- Et maintenant ?

Eleanor fit signe à son garde du corps de la suivre. Son mal de genoux avait eu le temps de s'atténuer, alors la marche n'était pas vraiment un problème. Elle se dirigea jusqu'au grand quai et s'arrêta juste en face. Il était assez long et plusieurs barques étaient attachées sur ses poutres, mais le brouillard était trop épais pour qu'il soit possible d'en voir le bout. Stephen s'appuya sur le coin de la clôture, observant le lac engloutis par la purée de pois, sans comprendre pourquoi sa patronne s'était arrêtée à cet endroit en particulier. Il voulut dire quelque chose, mais Eleanor lui fit signe de s'arrêter, avant de s'avancer doucement en plissant les yeux. Stephen sentit son cœur s'accélérer lorsqu'il compris qu'elle avait vu quelque chose. Avec toute la prudence qu'il lui était possible de prendre, il dégaina son épée très lentement, limitant le son de sa lame à un minimum, pourtant toujours facile à entendre à travers le silence. Le garde se concentra. Puis, il cru voir quelque chose bouger à travers la brume. Une ombre qui flottait... ? Un frisson parcouru sa colonne vertébrale lorsqu'il entendit les paroles d'Eleanor.

- Il arrive.
ft. ✧ Aerith Faalenas

Oft hope is born when all is forlorn.

« Je n’ai rien à vous dire, partez ! »
« Mais… »
« Partez, étrangère ! »

La porte claqua en un bruit sourd. Nueva, une terre fascinante regorgeant de mystères et de beautés que peu de nations pouvaient se vanter d’avoir. La seule, d’ailleurs, à posséder d’étendues vertes aussi pures et véritables. Mais le peuple était reclus et alors qu’on pouvait penser que la tradition perdurait dans les bourgades perdues dans la végétation, ils étaient effrayés, méfiants. Aerith avait subit les frais de cette méfiance maladive, et alors qu’elle avait pénétré dans un village que sans doute peu avaient foulé, les gens la dévisageaient. Ils rentraient chez eux. Ne répondaient à aucune question, rien. Aerith s’était pincé l’arrêt du nez en susurrant des jurons interminables, persuadée que cette escapade ne devant durer plus de quelques jours finirait par durer une bonne semaine. Par chance, elle avait des affaires à Nueva et cette vilaine histoire serait étouffée entre ses réelles priorités. L’anniversaire du maître approchait à grand pas pensa-t-elle, et elle avait cette petite idée empoisonnée. L’amanite tue-elfe était une plante très intéressante, presque autant qu’elle était dangereuse et l’on racontait qu’elle avait la possibilité de tuer en un temps record. C’était bien, cela lui irait. Elles n’étaient pas bien compliqué à trouver mais Aerith n’était pas herboriste, elle n’y connaissait rien. Alors, elle avait pénétré ce village, recouverte d’un linceul noir voilant son corps et cachant son visage en une ombre inquiétante. La queue épaisse et les pattes inquiétantes de sa forme alternative étaient visibles ; fatiguée de son voyage, elle ne pouvait totalement arborer des traits humains. Cela devrait faire l’affaire jusqu’à ce qu’elle se recouvre totalement de son épuisement, et elle n’avait pas le temps de se reposer.

Le corps de la bête s’arrêta dans une auberge, et même dans ce lieu d’accueil et de réconfort elle ne se sentait pas véritablement désirée. L’aubergiste la fixa avec de grands yeux en la voyant arriver, mais ses fonctions l’empêchaient de la mettre à la porte - surtout l’appât du gain, en réalité.

« On voit pas beaucoup d’étrangers, par ici. Que cherchez-vous, d’où venez-vous ? Il la regarda par-dessus son comptoir, essayant de se frayer un chemin entre l’ombre qui ne dévoilait qu’un sourire doux et crispé.
- Cela n’a pas d’importance, je suis de passage.
- Donc, c’est pour quoi ?
- Je suis à la recherche d’une espèce de plante, fit-elle en fouillant dans sa sacoche et en extirpant un bout de papier sur lequel était dessiné avec une vulgarité soigneuse un champignon piquant et assombri par les traits du crayon. L’aubergiste se pencha sur le dessin et plissa les yeux, caressant ses oreilles subulées du bout des doigts.
- Cela me dit quelque chose. Vous savez autre chose sur elle ? On en a plein, ici. Son nom ?
- Elle s’appellerait “amanite tue-elfe”, souffla le dragon d’une douceur glauque en caressant le dessin de son ongle. Elle avait bien remarqué que l’homme en face de lui faisait parti de cette race noble, et craignait qu’il ne réagisse mal. Non, sérieusement, elle le craignait.
- Hé bien, voilà qui n’est pas commun, balbutia-t-il, peu confiant, je ne connais rien sur elle, prenez une chambre ou passez votre chemin.
- Bonne journée. »

Elle tourna les talons et quitta l’auberge, l’elfe ajustant son col. Aerith était calme, pour le moment. Elle savait bien qu’elle trouverait, elle n’avait pas besoin d’un emplacement précis, simplement une indication de où chercher ; la forêt de Nueva était bien trop dense pour pouvoir perdre du temps pour la traquer toute seule. Mais malgré la banalité du végétal, celui-ci semblait, de par son histoire avoir marqué le peuple nuevien. Peut-être parce que son utilisation n’était jamais de bonne auspice. Ils avaient raison, de se méfier des femmes encapuchonnées aux attributs démoniaques qui demandaient l’emplacement d’un champignon aussi nocif. Ils avaient raison.

Les rues étaient désertes, alors que le village, bien que petit, semblait être animé par une vive candeur lui rappelant les débuts de son existence. Les enfants étaient jetés dans les maisons, et tous l’observaient depuis leurs carreaux. C’était au bout de longues minutes d’errance qu’elle avait croisé le chemin d’un vieillard, courbatu, à moitié aveugle, avec une canne en bois. Il ne semblait pas l’avoir vu, et c’était avec une rapidité monstre qu’Aerith s’était volatilisée devant le seul signe de vie. Elle, de près de ses deux mètres surplombait de façon bien insolente l’homme qui ne devait pas mesurer plus d’un mètre soixante-dix. De sa hauteur, les yeux du dragon lui étaient accessibles. Alors qu’il mit un certain temps à redresser la tête à première vue bien trop habituée à être dirigée en direction du sol, Aerith n’attendit pas plus longtemps :

« Je suis une voyageuse, je cherche une plante. Vous, de votre âge vénérable devrait réussir à m’aider, pas vrai ?
- H-Hé bien… Le vieux, tête redressée, avait une pleine vue sous le capuchon du monstre. Un visage lisse, des oreilles étirées, et sa chevelure était blanche - dans tous les cas, son couvre-tête vomissait quelques mèches -. Mais le plus inquiétant, à travers cette ombre se distinguait deux ronds jaunes, deux orbes flavescente fendues verticalement par des pupilles fines et reptiliennes ; celles qui se montraient parfois lorsqu’elle était sous forme de dragon. Des yeux démoniaques, des ambres dans lesquelles on pouvait lire tous les tourments du monde, toutes les âmes qu’elles avaient déjà absorbé. Le vieux fut tétanisé, et ne parvint à finir sa phrase à peine entamée, il hurla de toutes ses forces - force qu’on aurait jamais pu imaginer venir d’un être rempli de flétrissures dégoûtantes.
Par les cinq, sauvez-moi !! C’est un monstre, UN MONSTRE, il va me dévorer ! »

Au lieu de fuir, le dragon restait immobile, subjugué par la réaction excessive de l’ancêtre. Elle n’avait rien fait. Littéralement, rien. Et voilà que de l’auberge dont elle était sortie accourut deux mercenaires, accompagnés par une foule de villageois aussi curieux qu’ils étaient apeurés. Les deux hommes étaient taillés comme des roches dures et solides, et assez solidement armés pour le pays.

- Que se passe-t-il ici ?!, cria un.
- C’est cette femme, un monstre… Un monstre, elle allait me dévorer si vous n’étiez pas arrivés… Par Terraris je vous le conjure, faites quelque chose !
Un des hommes s’approcha d’Aerith, et essaya de balayer le capuchon de sa main - non. Elle eut le réflexe simple de poser ses mains dessus et de l’agripper, afin que son ne visage ne soit dévoilé. Un sourire avait orné ses lèvres.
- Dévoile-toi, femme ! Qui es-tu ?!, déclara le second mercenaire.
- Une simple voyageuse.
- Cet homme affirme que tu as souhaité le dévorer, est-ce vrai ?
- Quelle idée, gloussa la femme, qui voudrait dévorer quelqu’un comme lui quand, il existe des créatures aussi exquises que vous ? La fin de la phrase avait été sussurrée, et à l’expiration de son air semblait se diffuser un poison charmant, envoûteur, propre à la créature. Lui seul avait suffit à convaincre les hommes, et un d’entre eux tapa l’épaule du vieillard.
- Mais tu vois bien qu’elle ne te veut pas de mal, pépé. Tu es juste un peu vieux, c’est tout. Poursuis ta route, nous sommes là jusqu’à demain, elle ne tentera rien. Il se tourna vers Aerith, lui accordant un regard. La femme lui rendit, tentatrice. Elle était cette rose épinée, magnifiée par la structure de ses pétales, mais restait piquante et traîtresse.
- Je ne compte pas rester longtemps, je recherche simplement quelques informations.
- De quel genre ?
- Je recherche une plante, fit-elle en sortant de nouveau son papier, l’amanite tue-elfe.
- Ma foi, s’esclaffa l’homme en se massant sa mâchoire imposante et masculine, c’est peu commun. Vous trouverez assurément une âme capable de répondre à vos interrogations, mais le peuple a l’air agité depuis que vous êtes là, faites attention.
- Merci, répondit Aerith. Alors qu’ils étaient désormais trois, elle releva légèrement le capuchon, dévoilant un peu plus sa face pour mieux observer les hommes. Une pulsion avait naquit en elle, au plus profond de son estomac. Elle s’était mordillé la lèvre inférieure. Et vous, que faites vous ici ?
- On est mercenaires, on part pour Ellgard afin de voir si on a besoin d’nous. On sera partis au petit matin. D’ailleurs, lui c’est Acrin, et moi, c’est Cedric.

Elle les avait charmés. Elle voyait leurs yeux essayer de dévorer les tissus qui voilaient ses formes. Elle avait, intentionnellement dévoilé davantage son visage, son cou, pour montrer la pureté de sa peau, la finesse de sa mâchoire et de ses lèvres charnues. Aerith était un véritable démon, et elle avait faim.

« Enchantée, vous pouvez m’appeler Aerith. »

Son corps s’approcha des deux hommes, qu’elle regarda avec une grande attention. Ils étaient grands, plus qu’elle, culminant sur plus de deux mètres. Leurs visages étaient bruts, durs, leurs traits un peu grossiers peut-être. Mais ils étaient taillés par le combat, leurs corps constellés de cicatrices, même leurs visages. Ils étaient délicieux, et ils le seraient même davantage. Sa main, douce, dévoilant des ongles fins et bien taillés s’était posée sur le torse de l’un. Elle fixa l’autre, en un sourire.

« Si vous partez demain, pourquoi ne pas profiter ensembles de ce que les plaisirs de la vie peuvent nous procurer ? »

***
(Scène un peu érotique)

Les rayons de la lune éclairait le linceul qu’elle portait toujours. Elle observa la chambre dans laquelle elle s’était retrouvée - sobre, très sobre. Elle était éclairée par des lampes à huiles fixées contre le mur. Le lit était assez grand, en bois, et la literie bien morose. Et puis, elle sentit une présence, non, deux, derrière elle. Les mêmes que tout à l’heure, un murmure au creux de son oreille, alors que lentement son capuchon glissait sur ses épaules. Dans son dos, un homme s’était chargé de la débarrasser de ce manteau sombre, et avec son compagnon, avait retourné face à eux Aerith. Ils l’observaient, avec une faim immense. Les traits de son visage étaient enfin à découvert, sublimes malgré ces deux yeux effrayants. Son corps était vêtu de vêtements très simples, et ils furent agréablement surpris en constatant la générosité de la chair de leur prise.
Leur prise.
Quelle douce illusion.
Ils étaient ses prises. Elle allait se régaler, ce soir. Elle n’éprouvait aucun désir, rien qui avait réussi à enflammer son être. Une sensation bien différente et insipide, contrairement à ce qu’elle avait ressenti avec Holker - d’ailleurs, cette simple pensée avait suffit à embraser son être d’une passion et d’une faim plus violentes encore. Rapidement, les vêtements du dragon avaient chuté, et ils l’avaient empoignée, dévorant son cou et ses lèvres, embrassant sa nuque, son omoplate. Leurs mains s’étaient attardées sur ses seins imposants, son ventre marqué par des abdominaux puissants, son fessier, ses cuisses.
Son corps avait rapidement fini sur le matelas, choyé comme toute femme sur ce monde aurait désiré qu’il le soit. Embrassé, caressé, mordu avec une timidité qui avait le don d’énerver la bête. Mais elle les laissait s’amuser et s’était même prêté au jeu pour qu’ils aient l’illusion de pouvoir repartir demain. Ses mains expertes s’étaient occupé de diffuser dans le corps de ses partenaire une chaleur durable et intense. C’était d’un ennui mortel. Elle n’aimait pas ça, et cela se ressentait ; son corps ne semblait particulièrement réceptif aux touchers des hommes. Mais, trop imbéciles et egoistes étaient-ils, ils ne s’étaient préoccupé que de leurs propres plaisir.

C’était déjà bien trop suffisant. Ils s’étaient suffisamment amusés pour le restant de leurs existences. Aerith avait surplombé un homme, l’autre positionné derrière elle, ses mains avides de chair satisfaisant ses plus obscènes envies. Lorsque l’un la pénétra, et qu’un soupir de plaisir avait franchi les lèvres gercées de l’homme, elle sourit.

« Je vais vous faire découvrir quelque chose de nouveau, de vrai, d’unique. »

Et puis, en un mouvement, elle avait positionné ses deux mains sur le torse musculeux de l’homme, ses ongles griffant la peau. Sans plus de cérémonies, ses avants bras s’étaient recouverts d’écailles progressivement, et elle déploya avec une violence glaçante ses griffes - longues, tranchantes, léthales. Manque de chance, au vu de la position précédente de ses doigts, elles avaient pénétré sa chair, perforé son estomac et le sang avait giclé. Les gémissements de plaisir de l’homme s’étaient transformés en douleur, et il avait craché une salve de sang. L’homme derrière mit un certain temps avant de comprendre la situation, mais c’était déjà trop tard. D’un geste sec, Aerith avait ôté ses mains des chairs du premier homme, pour venir lacérer le second qui poussa un hurlement de douleur ayant suffit à réveiller les chambres avoisinante et sans doute même les bâtisses adjacentes. Elle le laissa s’écrouler par terre, l’observant ramper jusqu’à la porte en laissant derrière lui une délicieuse gerbe de sang. Aerith se lécha les lèvres.




Elle les dévora, et n’en laissa rien. Peu après, l’aubergiste essaya d’enfoncer la porte de laquelle s’était échappé le cri, mais lorsqu’il réussit à pénétrer dans la pièce il était déjà trop tard. La fenêtre était ouverte, et il ne restait des deux corps que leur sang, et quelques uns de leurs os. Aerith était repue, mais à quel prix ?

Le lendemain, ambiance toujours aussi glaçante. Les rumeurs courraient sur ce monstre ayant dévoré deux hommes. C’était elle, le monstre. Ils le savaient tous. Mais personne ne l’avait revue, depuis. Les gens étaient terrorisés, les magasins avaient fermé, les loquets tirés avec fébrilité. Pendant un ou deux soirs, Aerith s’autorisait la dévoration d’une âme trop idiote pour penser avoir la possibilité de s’aventurer la nuit. A côté de cela, elle passait la journée dans d’autres villages - toujours aussi peu enclins à lui révéler l’emplacement de ces plantes.

Elle était à nouveau revenue, ce soir-là. Pour trouver cet homme ou cette femme qui pointerait le bout de son nez entre minuit et six heures du matin, le dévorer - cela lui rappelait sa douce jeunesse. Holker ne se douterait de rien. Elle se ferait évidemment corriger pour la durée de sa course, mais cela importait peu. Et puis, elle venait pour lui, même s’il ne le savait pas.

La nuit était froide et humide, habituelle au climat du pays. C’était le calme plat - les villageois avaient enfin compris qu’ils ne devaient sortir sous aucun prétexte et Aerith s’apprêta à rentrer bredouille, quand l’odeur de la chair titilla ses narines. Elle possédait toujours cette cape imposante, mais son capuchon était replié, dévoilant sa crinière d’albâtre et ces yeux. Plus important encore, ses ailes avaient perforé les tissus - trop excitées par l’odeur du sang pour rester sous sa chair. Ses cornes aussi avaient émergées, solidement encastrées dans son crâne. Ce soir, ce n’était pas une âme égarée, mais deux, dont elle allait se repaître. Elle s’était envolée jusqu’au quai, ce dernier plongé dans une brume épaisse et nébuleuse. On n’y voyait rien, on n’y sentait rien. Mais on pouvait ressentir. Une présence, quelque chose. L’air était comprimé. On étouffait. Cela serait suffisant, ils étaient tout proches.

Ses deux lucarnes se distinguaient dans la nuit et le brouillard, et elle battait des ailes avec une lenteur méthodique, le froissement entre la matière de ses membres et l’air rendant cependant ses mouvements clairements audibles, mais ils n’étaient pas descriptibles. Comme deux voiles s’agitant au même moment, formant un bruit sourd, doux, et glacial. Ils étaient tout proches - devant elle, peu loin du lac. Elle s’était lentement dirigée en direction des deux individus pour leur signifier sa présence et par la même occasion remuer leurs instincts de survie.
Et puis, son effrayante célérité s’était manifestée et elle avait totalement disparu. Pendant une ou deux secondes, peut-être, avant d’apparaître subitement derrière le duo, se saisissant avec une facilité déconcertante du corps de l’homme qui possédait l’arme, l’envoyant valser jusqu’à la source d’eau glacée et visqueuse. Puis, d’une main, elle s’empara de la gorge du petit corps adjacent avec une délicatesse inouïe, prenant soin à ne pas briser sa nuque et s’occupant plutôt de lui retirer sa capuche pour observer le tourment de ses yeux mouillés et s’en repaître. C’était le visage d’une femme qu’elle connaissait, et sa mémoire fouetta le dragon en plein visage. Il resta stoïque un peu, et glissa sa main autour de la taille de la femme, un battement d’ailes l’emmenant un peu plus loin du bord de l’eau - elle ne voulait pas que l’homme, lorsqu’il remontera, la dérange -. Elle la tenait toujours entre ses doigts et la surplombait de toute sa hauteur, recouvrant sa constitution malingre de ses grandes ailes, la plongeant avec elle dans un linceul sombre. Un cocon inquiétant, confortable, mais glaçant. Elle arrivait à sentir son visage et mourrait d’envie de la dévorer, sentant la salive s’écouler le long de sa lippe, mais elle ne devait pas. La proximité avec son corps était presque excitante, et elle parvenait à sentir ses os craquer sous ses dents. Mais elle ne devait pas. Alors à la place, elle susurra doucement.

« Quelle surprise. »

Elle resta silencieuse un instant, le tissu de ses ailes caressant d’une façon étonnamment douce, presque maternelle le corps de la femme. « Ne serait-ce pas ma douce, mon adorable, mon exquise petite voyante ? »


Eleanor Blackwood
Aerith Faalenas
Scène érotique au milieu du rp



Sometimes, even your eyes will betray you ; But your instincts can never lie.



L'adrénaline eut l'effet d'un choc électrique et tout se passa très vite : le silence presque insoutenable fut brisé par le cri de Stephen qui se fit propulser par une force inconnue, son corps disparaissant dans la brume en moins d'une seconde, suivi simplement du son de l'éclaboussement provoqué par sa chute dans l'eau. Puis, les doigts griffus d'une main écailleuse s'enroulèrent autour du cou de la voyante, qui eut le réflexe d'attraper le poignet de la créature, laissant tomber sa canne sur le sol. Sa capuche fut retirée et le regard d'Eleanor se plongea dans les prunelles monstrueuses d'une créature qui raviva immédiatement des souvenirs bien désagréables dans son esprit. Elle n'eut même pas le temps de jurer qu'elle sentit une main se glisser sur sa taille, mouvement qu'elle tenta de stopper immédiatement en attrapant son autre poignet. Elle sentit du vide sous ses pieds l'espace d'un instant et tout autour d'elle devint sombre, créant une espèce d'intimité que la voyante n'appréciait pas du tout. La proximité exagérée entre elle et le monstre, son emprise sur elle et de ce fait, l'impuissance qu'Eleanor ressentait face à la silhouette qui, à ce moment, avait tous les pouvoirs sur elle, avaient de quoi la rendre extrêmement inconfortable. Son expression restait stoïque, mais la force avec laquelle elle serrait les poignets de la créature et la respiration plus rapide de l'All'Ombra étaient des preuves flagrantes de la tension qu'elle ressentait.

Les paroles du monstre la firent serrer des dents et la seule chose qui meubla le court silence qui suivit fut le son du garde du corps qui sortait de l'eau. Eleanor se tordit - bien trop faiblement - dans l'emprise de son "interlocutrice" dans le but de s'éloigner de ses ailes ; sans succès. La créature reprit la parole, sa question se faisant tout d'abord répondre par un regard froid, puis une inspiration et finalement, des mots prononcés poliment, mais laissant transparaître une froideur et un certain sarcasme :

- Ah... Aerith. J'espérais de jamais croiser ton chemin à nouveau. Mais à quoi bon repousser... l'inévitable ?

La voyante planta enfin son regard dans celui du dragon ancestral, tentant de ne pas paraître trop vulnérable malgré tout. Elle avait probablement l'air d'un cadavre ambulant comparativement à sa dernière rencontre avec Aerith. Les siècles avaient tendance à avoir cet effet, son état dégringolant presque à vue d'oeil au fil des années. C'était une faiblesse qu'Eleanor n'aimait pas montrer, surtout pas à plus puissant qu'elle... Du moins, plus puissant physiquement.

La tension monta d'un cran lorsque des bruits de pas se firent entendre, accompagnés par le son d'innombrables gouttes d'eau s'écrasant sur le sol, annonçant l'approche de Stephen. Sa voix ne tarda pas à tonner, remplie de méfiance et d'autorité, mais cachant une certaine crainte et... de l'inquiétude ?

- Lâche-la tout de suite, saleté ! Je te laisse dix secondes !

Presque immédiatement après sa phrase, le garde du corps s'étrangla avec, probablement, de l'eau et il commença à tousser, laissant à Eleanor le temps de reprendre son calme et de fixer Aerith avec une expression de marbre, très sérieuse. Elle parla d'un ton très bas, de façon à ce que seule la créature puisse l'entendre, tandis que la force qu'elle exerçait sur ses poignets écailleux se stabilisait en même temps que sa respiration.

- Je te suggère de te plier à sa demande pour cette fois. Il serait fâcheux d'attirer l'attention des villageois, d'amplifier leurs craintes à ton égard et de nous y impliquer...

... De plus, à ce moment, son souhait le plus cher était également de créer de la distance entre elle et le dragon. Ce genre de proximité était définitivement alarmant pour une All'Ombra ermite à la zone de confort relativement large. Et il était vrai qu'elle voulait éviter de nuire à sa réputation aux yeux des villageois étant donné son séjour forcé d'au moins trois jours. Après tout, il était évident que l'objet de toute cette peur était Aerith. Eleanor pouvait les comprendre. Elle-même ressentait un certain malaise en la présence du dragon. C'était un sentiment qu'elle avait presque oublié au fil du temps, mais cette rencontre l'avait définitivement ravivé. Après une ou deux secondes à peine, la voix de Stephen s'éleva à nouveau :

- J'ai dis, lâche-la !
ft. ✧ Aerith Faalenas

I liked it better

When you had no heart

Feat Eleanor & Aerith


Elle sentait les membres malingres de la femme s’enrouler autour d’elle faiblement, ne sentant qu’à peine la pression qu’elle exerçait sur elle. Le temps n’avait pas changé malgré tout - elle était toujours aussi faible et amorphe, en parfaite illustration à ceux de sa race. À y repenser, elle n’avait vu que très rarement des all’ombra forts physiquement à moins d’être un sang-mêlé. Ils étaient tous très faibles, rachitiques, pâles mais avait cette ancestrale affinité avec la magie. Fascinant, et pourtant, ils lui donnaient cette envie de les briser entre ses poings.

Elle aurait pu la briser, Eleanor. Sentir ses muscles craquer sous la pression de son poignet et mordre dans sa chair et sentir ce sang céruléen revitalisant parcourir son oesophage. Mais non, pas elle, pas maintenant, pas celle-là. Elle, était un précieux élément qui devait être préservé de sa faim consumante. Elle sentait la panique sous les mains de la femme, mais ses mots étaient toujours les mêmes ; clairs et froids comme une brise hivernale sur le creux d’une échine dénudée. Elle semblait se souvenir d’elle - elle ne fut pas étonnée. L’inévitable, oui. Aerith, à partir du moment où elle avait quitté la boutique de la femme, savait qu’elle la rencontrerait un jour ; mauvaise ou bonne auspice, nul pourrait le dire. Mais on n’échappe pas au destin. S’il existe.

Le dragon restait immobile, laissant filtrer dans sa prison tissulaire et écailleuse les rayons lunaires. Elle accorda un léger regard par-dessus son épaule à l’homme branlant qui sortait de l’eau, vêtements trempés. Un simple regard, elle ne prêta pas attention à ses jérémiades - même lorsqu’il appuya ses dires en ôtant de sa veste une arme de poing sans aucun doute elle gangrenée par la marée. Elle replongea son visage dans le suaire, sans jamais lâcher Eleanor. Elle l’observa, et écouta ses conseils.

Mais Aerith ne voulait pas. Cet homme était pathétique, et elle voulait s’amuser avec lui. Il n’avait pas l’air de la connaître ; il n’était pas bien grand ni musclé d’ailleurs, un gringalet un poil trop protecteur à son goût et qui avait osé faire face à la bête de l’apocalypse. Mais qui était-il, pour elle ? Son ami ? Son amant ? Elle aurait voulu forcer la réponse en éviscérant sur place l’homme, mais chassa rapidement cette sordide idée de son esprit infesté, jugeant que s’il était vraiment celui que l’all’ombra aimait, elle aurait creusé sa tombe. Eleanor ne devait pas mourir. Pas maintenant.

Elle ne fit que libérer la taille de la petite créature, gardant une main solide et pourtant délicate autour de son cou ; évoquant le fait qu’elle était capable de le briser en un simple mouvement trop brusque. Ses ailes avaient libéré son corps de l’absence de lumière, et elle regarda dans les yeux. Elle voulait s’amuser, mais elle ne pouvait pas. Elle avait déjà détruit une partie de la réserve naturelle de Nueva, et si ils ne connaissaient pas son identité humaine, elle ne voulait davantage attirer l’attention. Elle avait suffisamment de chance que le village qu’elle terrorise soit dans des contrées totalement perdues du pays, au vu de la grandeur de la forêt. Il fallait être raisonnable, Aerith. Un soupir, et elle lâcha la gorge d’Eleanor, poussant cette dernière dans le dos pour qu’elle rejoigne son compagnon.

Puis, lentement, ses traits avaient fini par devenir plus humains. Ses ailes retrouvaient leur chemin aux creux de ses omoplates, ses cornes celui menant à son crâne, sa queue à son coccyx, et ses griffes pieds et mains. Une apparence innocente, douce, bien loin du monstre imposant d’il y a quelques secondes. Elle croisa les bras, plissa les yeux. L’homme la mettait toujours en joue.

« Arrête, tu vas te blesser, siffla-t-elle. »

Un regard derrière son épaule - tout était toujours silencieux. Personne n’avait été ameuté, sans doute parce que personne n’osait vraiment sortir. Ils avaient peur, ils avaient raison. Mais même si tout ceci était amusant, ce n’était pas vraiment intelligent. Ainsi, elle soupira, reposant son regard sur les deux individus.

« Je ne m’attendais pas à te croiser ici, fit-elle en ignorant l’homme. Cela fait si longtemps. »

Environ deux cent cinquante ans, pas vrai ? Si ce n’était plus. Elle ne se souvenait pas exactement de la date, alors qu’il y a quelques temps de cela, elle lui semblait si évidente. Cela n’était pas important. Aerith avait beaucoup de trous de mémoire. Elle ignorait si elle était ravie ou totalement indifférente face à ces retrouvailles, n’étant pas là pour les fêter. Elle était persuadée qu’Eleanor non plus, d’ailleurs. Elle laissa sa voix porter, imprimée de sa neutralité habituelle.

« Puis-je savoir ce que tu fais dans un village réputé pour être terrorisé par un monstre ? »




Sometimes, even your eyes will betray you ; But your instincts can never lie.



Après un certain temps d'hésitation de la part du dragon ancestral, Eleanor fut enfin libérée, faisant quelques pas en tentant tant bien que mal de conserver son équilibre précaire. Elle sentit quelque chose de mouiller s'enrouler autour de sa taille : Stephen l'avait attrapée pour lui servir de support. Celui-ci se montrait extrêmement méfiant envers Aerith - avec raison -  et la voyante posa son regard sur leur interlocutrice menaçante. Elle écarquilla légèrement les yeux lorsqu'elle fut témoin de la transformation du dragon ancestral, qui avait adopté une apparence humaine. Elle ne savait pas qu'une telle chose était possible pour elle. Tout ceci était très intéressant, mais le garde du corps semblait se sentir encore plus inconfortable face à cette démonstration de camouflage. Eleanor ignora le regard méfiant qu'il lui lança et, agacée par sa proximité et le fait qu'il trempait ses vêtements, lui tapota l'épaule en le repoussant pour lui signaler de baisser son arme et de s'éloigner. Il obéit et en profita pour se pencher et lui redonner sa canne, qu'elle lui arracha presque des mains en se retournent et en s'éloignant de quelques pas tout en recachant complètement son visage sous sa capuche d'un mouvement sec.

Évidemment, l'All'Ombra était de mauvaise humeur à nouveau. Elle passa une main sur sa gorge, se demandant s'il était possible de voir les marques des doigts griffus d'Aerith sur sa peau si fragile. Aerith... Cette créature ne la voyait probablement que comme un outil, voire peut-être même moins que ça. Un être inférieur. Il lui serait si facile de la déchiqueter en mille morceaux... Eleanor devait se montrer extrêmement méfiante envers elle. À ses yeux, le dragon était un être surpuissant et infiniment intéressant, lui inspirant à la fois une certaine crainte, mais surtout un profond respect. Elle n'avait pas l'impression que Aerith était stupide, bien au contraire, ce qui la rendait positivement complexe et surtout, un être qu'elle ne devait pas être l'ennemi, à moins d'avoir des envies suicidaires. La voyante s'arrêta et se tourna vers son interlocutrice, la regardant de la tête aux pieds.

- Arrêt temporaire forcé.

C'était tout ce qu'elle avait besoin de savoir. Décidément, son apparence humaine était remarquablement précise. Elle ressemblait à s'y méprendre à une personne normale. Cette petite transformation était impressionnante et surtout, extrêmement utile, puisqu'il était maintenant possible pour la dragonne de se fondre dans le décor sans attirer de suspicions sur elle. Le déguisement parfait... Mais pour le moment, elle avait une grande curiosité à satisfaire. Eleanor balaya rapidement les alentours du regard. La brume s'épaississait de plus en plus, le silence était toujours aussi étourdissant et le froid commençait à la transir jusqu'aux os grâce à Stephen, qui avait trempé ses vêtements des épaules à la taille. Elle soupira imperceptiblement, puis ajouta :

- Il n'est pas sage de discuter ici. Rentrons.

Elle fit signe à Stephen de la suivre, se dirigeant vers l'auberge, qui n'était finalement pas très loin. Le garde du corps semblait énervé et extrêmement impatient, probablement tourmenté par d'innombrables questions que la voyante n'avait absolument pas envie d'entendre, et encore moins d'y répondre. Néanmoins, tout ceci n'empêcha pas le jeune homme de continuer à ouvrir les portes pour laisser sa patronne entrer dans l'auberge, mais il n'en fit rien pour Aerith, la laissant pousser la porte par elle-même comme pour se venger subtilement.

Aussitôt entrés à l'intérieur du bâtiment, le son saccadé de pas rapides faisant craquer les planches du sol se firent entendre et l'aubergiste entra, alarmé. Il apparût, tendu et sur ses gardes, dans le hall d'entrée et posa immédiatement son regard sur le trio. Il écarquilla les yeux de stupeur en voyant l'inconnue qui s'était rajoutée au groupe et éleva la voix, son ton massacrant le silence paisible du bâtiment, alors que l'homme s'avançait en direction de Stephen en agitant les bras au rythme de sa frustration et de sa peur :

- Mais qu'est-ce qui s'est passé, par tous les dieux ?! Je vous ai entendus quitter l'auberge et j'ai cru au pire, et maintenant vous ramenez une autre inconnue ?! Êtes-vous tombés sur la tête ?! Quel genre d'imbéci...

Le mouvement sec de la main d'Eleanor le coupa dans sa lancée, pris au dépourvu par la présence de la silhouette encapuchonnée qui n'avait, jusqu'à maintenant, presque pas interagit avec lui. Le ton à la fois glacial et autoritaire d'Eleanor fut plus que suffisant pour le faire descendre de ses grands chevaux :

- Je vous conseille de ne pas terminer cette phrase. L'inconnue est une connaissance dont vous n'avez pas à vous inquiéter. Toutefois, il est dans votre intérêt de savoir que vos rues sont parfaitement calmes.

L'aubergiste resta silencieux un instant, avant de poser son regard sur Stephen comme pour chercher son approbation. Ce fut à ce moment qu'il remarqua l'état de ses habits, qu'il ne tarda pas à pointer du doigt et à reprocher d'un ton accusateur :

- Il est trempé jusqu'aux os ! Qu'est-ce qui s'est passé avec ça ?

Eleanor fronça légèrement les sourcils, son expression étant toujours dissimulée. Cet aubergiste avait beau être inquiet, sa paranoïa commençait à l'ennuyer.  C'était une perte de temps. Face au silence de la voyante, Stephen se racla la gorge et répondit à sa place, ce qui sembla apaiser l'aubergiste.

- Ah, ça... C'est plutôt embarrassant. J'ai glissé sur le quai et je suis tombé...

Le propriétaire du bâtiment hocha la tête lentement, considérant la réponse de son client.

- Je vois... Je vais vous laisser retourner à votre chambre pour vous changer, j'ai pas envie d'être la cause d'un rhume. Ça ira pour ce soir, mais je compte bien vous poser des questions dès demain...

Il jeta un regard méfiant à Aerith, se grattant machinalement l'oreille avant de quitter le hall en direction de sa propre chambre, à l'étage. Eleanor leva les yeux au ciel avant de guider le dragon vers sa chambre. Une fois de plus, Stephen s'occupa d'ouvrir la porte, laissant cette fois Aerith entrer avant de la fermer, sans la verrouiller cette fois. L'All'Ombra marcha autour du désordre qu'elle avait créé en déposant ses notes et ses bouquins sur le sol, allant finalement rejoindre son lit pour s'assoir dessus. Une fois bien installée confortablement, elle put enfin détendre ses muscles fatigués par toute cette action, sans pour autant se laisser relaxer tout à fait. Après tout, elle était en présence d'une créature de légende... Et d'un garde du corps énervé. Celui-ci tapait du pied, les bras croisés au pas de la porte, fixant sa patronne à travers sa capuche. Il ne laissa même pas le temps au silence de s'installer, posant immédiatement sa question sur une intonation remplie de colère, mais aussi d'inquiétude :

- Je veux des explications ! Qui est cette... démone ?

Eleanor était trop fatiguée et exaspérée pour répondre à des questions dont la réponse était évidente. Et puis, Stephen n'avait pas besoin de savoir que la démone dont il parlait n'était autre qu'un dragon vieux comme le monde et connu à travers une vieille légende datant d'avant même sa propre naissance. Elle ne lui répondit donc pas, faisant simplement signe à Aerith de s'assoir. Stephen se pinça l'arrête du nez, puis abandonna, commençant à être habitué à ce genre de comportement de la part de la voyante. Il se contenta de prendre une chaise et de prendre place sur elle, plaçant son dossier vers l'avant pour qu'il puisse s'appuyer dessus. Visiblement, il avait pris la décision d'écouter et d'essayer de comprendre par ses propres moyens, comme un grand.

Eleanor retira sa capuche et son manteau. Elle ne s'en débarrassait normalement jamais même en présence de Stephen, mais elle pouvait bien faire une exception pour Aerith. Le morceau de tissus mouillé fit un court vol plané sur le sol juste assez loin pour ne pas ruiner le papier éparpillé partout autour de son lit, puis la voyante ajusta ses oreillers pour se faire un dossier confortable, laissant ses jambes étendues sur son lit pour laisser ses articulations en paix. Elle s'empara d'un journal et d'une plume conservés à sa portée, puis porta finalement toute son attention sur le dragon ancestral, son expression restant de marbre, mais son regard scintillant de toute sa curiosité et son intérêt. Elle parla sur un ton étonnamment dépourvu de sarcasme :

- Je n'ai que faire des motivations qui te poussent à terroriser ce village. J'aimerais seulement savoir si mes prédictions t'ont été utiles.
ft. ✧ Aerith Faalenas

Obliterate everything

good and great

Feat Eleanor & Aerith



Une réponse n’étant pas plus longue que cela, elle n’était pas étonnée. La créature séculaire qui se trouvait face à elle n’était pas spécialement loquace, et le temps n’avait pas changé les choses. Le dragon haussa les épaules de façon désinvolte, glissant ses doigts fins dans sa crinière albinos pour observer de nouveau les alentours et aux niveaux des arbres pour observer si des volatiles trop curieux n’étaient pas cachés. Paranoïaque. Un soupir soulagé en ne voyant rien (sa vision n’était pas excellente et pouvait lui faire défaut), elle reporta toute son attention sur la fragile figure de la diseuse de bonne aventure et de son...ami, dirons-nous.

Lorsqu’elle lui proposa - ou plutôt semblait ordonner - de rentrer, Aerith resta silencieuse, emboîtant le pas aux deux individus. Heureusement pour elle, ceux qui l’avaient vu à visage découvert n’étaient pas restés en vie suffisamment longtemps pour le dire, c’était bien connu : les morts ne parlent pas. Un sourire mauvais fendit en deux la face de la bête, ravie que sa couverture soit intacte et que rien n’ait tourné au vinaigre pour le moment. Au sein de l’auberge, elle laissa les deux individus s’expliquer auprès du gérant. Elle n’avait pas envie de se mêler à ça, ni l’envie, ni la force. Elle était monté en même temps qu’eux dans la chambre ; une petite pièce assez modeste mais qui devait amplement suffire pour une ou deux personnes. Personne n’était assez ennuyé dans sa vie pour passer des semaines ici, dans tous les cas.

La pièce était dans un bordel sans nom - elle épargnait l’All’Ombra des questions inutiles, n’étant pas du genre à s’immiscer dans la vie privée des gens même avec leur accord puisqu’elle en avait cure. Ses yeux s’étaient contentés de se glisser sur les papiers par terre, puis sur la literie et la décoration maigrelette et pauvre de la pièce. Elle se mordit avec violence l’intérieur de la joue suite à la question du sous-fifre, sa faim semblant de nouveau la ravager surtout pour un être aussi abjecte. Il n’avait fait que l’ouvrir pour rien, et il aurait pu faire office de berceuse s’il ne s’exprimait pas de façon aussi prononcée et vive. Aerith prit calmement place sur un siège plus ou moins en face du lit, il était à moitié délavé et recousu çà et là, la mousse d’ailleurs était en mauvais état et elle sentait son fessier déjà douloureux. Elle avait prit, semblait-il goût aux choses confortables. Mais cela ferait l’affaire, elle ne comptait pas perdre éternellement du temps avec ces histoires de retrouvailles aussi joyeuses puissent-elles être. D’ailleurs, elle ne l’était pas.

La créature des enfers glissa son regard sur la position d’Eleanor et des outils dont elle s’était emparée, bloquant un instant dessus. Suite à sa remarque, elle glissa son coude sur l’endroit dédié à cette partie du corps et laissa son visage fin accabler le dessus de son poing. Ses jambes courtes se croisaient, le pied pendant dans le vide ondulait distraitement. De sa main libre, elle pointa avec un mépris non dissimulé Stephen sans le regarder.

« Je ne te parlerai de rien tant que lui sera là.
- À qui tu…
- Va-t-en, misérable. L’homme voulait réagir, sans doute d’une façon toute aussi excessive mais les muscles du dragon s’étaient contractés d’un agacement se lisait clairement sur son visage. Son regard embrassa le sien, meurtrissant sa peau, s’insinuant en lui et déchirant chacun de ses os, chacun de ses abats. Elle lui faisait comprendre, de par un regard insistant et langoureux que s’il ne lui obéissait pas il risquerait d’y perdre la tête. Je ne veux pas de toi ici, laisse-nous tranquille. »

L’homme sembla glaçé et terrifié, ces exquis sentiments se mêlant à une colère sans nom. Il observa un instant sa maîtresse et voyant qu’elle ne semblait être de son côté finit par quitter rapidement la chambre. Un regard bien plus neutre se déposa alors sur Eleanor, et le doigt qui avait pointa l’homme se reposa en même temps que le membre entier qui l’articulait - son avant bras reposant confortablement sur l’accoudoir. Un simple murmure.

« Fais très attention à ce que tu notes. »

Un simple avertissement qui cachait derrière son vêtement d’apparat une menace sous-jacente qu’elle comprendrait assurément. Aerith le savait. Et puis, elle ôta de sa poche en cuir parmi les babioles une boîte rectangulaire de taille moyenne, l’ouvrant d’un mouvement désinvolte. En son sein, un fume-cigarette et quelques une de ces dernières qu’elle avait ramené d’ellgard, le tabac et le lyrium formant à tout deux un panacée illusoire pour beaucoup d’hommes. Pour elle, ce n’était qu’une façon de se mêler davantage à cette mélasse mortelle et paraître plus humaine. Parce qu’elle le devait. Elle devait étouffer ces signes singuliers qui, encore, ne trompaient pas et révélait le monstre qui était en elle. Elle souffla sur l'extrémité de la cigarette, l’air qui s’échappa de ses lippes finissant par se transformer en une flammèche dansante. Elle emboîta la cigarette dans l’autre outil et glissa celui-ci à ses lèvres, inspirant une profonde bouffée d’air ayant suffit à consumer la quasi-totalité de la cigarette. Elle déposa la cendre dans le vase à fleur qui se trouvait sur la table de nuit, recrachant la fumée qui se répandait dans l’air tel un poison insidieux. Aerith n’avait pas non plus demandé l’autorisation à la voyante de fumer.

« Utiles, je l’ignore, mais elles se sont avérées vraies, fit-elle. »

Elle laissa son regard se perdre dans le vide un instant, laissant les souvenirs immerger son esprit. L’euphorie qu’elle ressentait dûe à sa consommation de lyrium était intéressante. Pas suffisante pour créer une addiction, cependant mais intéressante.

« J’ai été bannie de Mearian, et j’ai dévoré un Seraph. »

Des mots lâchés comme ça. Ils se dissipaient dans l’air. Aerith porta ses lèvres une seconde fois à l'extrémité du porte-cigarette, faisant une seconde fois disparaître les cendres dans le récipient.

« Je t’épargne les détails. »

Elle préféra le souligner, au cas où. Ce n’était clairement pas une période dont elle voulait parler, parce qu’elle éveillait en elle des sentiments qu’elle n’aimait pas avoir contre la peau. Ils collaient.
Sangsues.

Elle redressa un bras et retroussa sa manche, dévoilant aux yeux d’Eleanor son poignet. D’un autre geste, elle déboutonna sa chemise (un peu trop grande à cause de sa précédente forme) jusqu’à la poitrine pour lui montrer son cou. Autour de ces deux surfaces se trouvait des anneaux, brillant d’une lueur opaline et changeant parfois de couleur en fonction de la luminosité qu’ils reflétaient. Ils ne bougeaient pas, et autour de la matière se trouvait des traces violettes profondes. Des liens qu’elle ne pouvait ôter, qui étaient ancrés en elle, ayant réussi à meurtrir dans la profondeur sa peau solide et impénétrable. Des entraves inhibitrices.

« Voilà. »

La position des liens ne trompait pas. Elle n’avait pas besoin de lui faire un tableau. Une nouvelle bouffée de lyrium, qu’elle crachait devant elle. Des liens s’échappaient des lignes rougeâtre, comme si les vaisseaux sanguins se trouvant sous son derme avaient explosé. Ils pulsaient au même rythme que son coeur, à une lenteur effrayante.

« Je suis une esclave. »

Lâchés comme un couperet, ce dernier se brisa sur son cou.
Aerith n’était pas morte.
Elle revivait.

« J’ai rencontré ce mystérieux corbeau dont tu me parlais il y a des siècles. Il vient de l’Empire. C’est mon maître… »

Un simple regard, la cigarette était consumée. Elle écrasait les dernières lumières restantes de son doigt. Un large sourire mauvais orna le visage démoniaque de la bête de l’apocalypse.

« … Et le salvateur de mon ennui. »