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Chapitre 1 : Les ruines de Pitioss [Pv Viladra & Victor]

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« Je te demanderai juste de venir me rejoindre à Lenalaserine. Je répondrais à toute les questions qui te remplissent la tête en ce moment même. Bienvenue chez les mages noirs. Car je sais d'avance que tu vas accepter mon offre. Tu as toujours eu une part sombre en toi et c'est le moment de l'exploiter. »

Vàli savait ce qu'il devait faire à présent. Tant de questions, tant de réponses à connaître. Comment son frère pouvait-il être encore en vie ? Était-ce un usurpateur ? Il ne pouvait le savoir. Mais il devait en avoir le cœur net et voir le visage de son petit frère. Ainsi, il s'était mis en route en direction de la capitale. Après quelques heures de marche, il était arrivé au devant d'une étendue d'eau magnifique. Celle-ci étincelait d'un bleu cristallin et les quelques vagues lui donnaient une aura humble et relaxante. Jamais il n'avait vu ça auparavant, lui qui ne connaissait que la tourmente et la solitude. S'approchant du bord, il huma l'air frais et se permit de prendre une pause pour contempler ce splendide tableau. De l'eau, des arbres, quelques touches de vert ici et là, quelques pentes et vallées pour orner le tout. Il semblait se perdre dans la tranquillité ambiante, ne pensant à rien d'autre qu'au vent soufflant sur l'eau.  Il se rapprocha du bord et regarda l'être qu'il était dans le reflet tortueux. Un jeune homme amaigri, cerné et mal soigné. Une goule au teint livide qui ne savait pas quoi faire de sa vie. Qui se posait tant d'interrogations. D'un geste de la main, il balaya son reflet ce qui eut pour effet de laisser place à un autre visage. Le visage d'un monstre. Le visage de Binah. Son ami imaginaire avait des yeux fait de pourpres et des crocs dégueulant par-dessus ses lèvres. Des cornes longeaient chaque coté de son crâne dépourvu de cheveux. Il semblait ricaner. Aussitôt le jeune homme se releva et regarda derrière lui.

Personne.  

Et lorsqu'il se retourna pour à nouveau plonger son regard dans l'eau, Binah n'était plus là. Ce n'était que lui, le dévoreur de chaires humaines. « Putain de merde ! Tu vas continuer longtemps ce petit jeu !? Pourquoi ne m'adresses-tu plus la parole ? Qu'ai-je fait de mal pour que tu te comportes comme ça !? Putain d'enfoiré !  » grommela-t-il, cassant le rythme tranquille du lac. Quelques volatiles s'envolèrent au loin tandis qu'il tourna les talons, reprenant son périple sans se reposer. Et, alors qu'il reprenait le sentier qu'il longeait, le vent se mit à tourner en contre-sens. Un murmure s'éleva au loin. Venait-il de sa tête ? Ou était-il bien réel ? Vàli était confus au point de penser qu'il perdait la tête. Le murmure prit plus d'ampleur et il entendit ces quelques mots : « Longe le lac, continue ton chemin et engouffre toi dans les ruines. Pitioss t'attends...  ». Il n'était pas fou. Ce murmure était bien réel et semblait venir d'un peu plus loin. Réfléchissant un instant sur la situation, il croisa les bras et observa une nouvelle fois le lac. « Les gens se foutent de moi ?Pitioss ? C'est quoi de ce délire ? Un ami de Binah ? Pff, tant qu'à faire, autant aller voir ça.  ». Il écouta alors le murmure et longea le bord du lac. Quand bien même l'herbe était haute et montait à ses genoux, il pouvait voir les traces d'une ancienne route, avec quelques pavés exhibitionnistes et couverts de mousses. Après quelques minutes à marcher, à monter, à descendre, il se retrouva face à un vestige du passé. Une façade discrète mais mystique qui se cachait entre arbres de chaque cotés et flaque d'eau gigantesque juxtaposée.



Vàli s'avançait alors pour contempler de près ce vestige inopiné. L'entrée semblait toute faite, bien ouverte et enclin à accueillir de curieux visiteurs. C'était étrange mais sans plus. Les statues jonchant les cotés semblaient être en mauvais états cela dit et  certaines semblaient vouloir perdre leurs têtes. Juste au-dessus de l'entrée, le visage d'un monstre cornu trônait. De grands yeux de pierre et une gueule béante pourvue de crocs qui feraient pâlir un dragon. Les yeux quelque peu écarquillés, le néophyte de l'aventure continua de marcher vers l'entrée. Il n'y avait aucun bruits hormis celui de l'eau s'écoulant quelque part.  « Quest-ce que je vais bien pouvoir foutre là-dedans moi ? Tout seul en plus. Je suis autant désespéré que ça ? A écouter des bruits étranges venu de nul part ? Bordel, je sens que je vais le regretter...  »
Crochet du droit. Petit pas en arrière, esquive basse, uppercut en plein dans les dents. Il est désorienté. Je presse mon avantage. Je suis sur lui. Coup de tête, je lui bourre le ventre, le roue. Il se roule au sol. Bien.

« Salaud ! Tu crois que tu peux t’en sortir comme ça ? »

Il veut répondre, du sang lui sort de la bouche, je ne lui laisse pas le temps, il ne peut que couiner. J’arrête de le fracasser un instant, je le relève, le remet sur ses pieds. Il tremble de peur. Il aimerait fuir. Je l’attrape par les cheveux, j’écarte son cou, je relève doucement mon masque et j’y plonge mes canines. Il voudrait se débattre mais il est trop faible. Je prends deux ou trois gorgées bien goulues. C’est mon salaire, je rend les rues plus sûres après tout. Je m’essuie rapidement la bouche avec ma manche puis je le repousse. Il tombe en arrière. Satané voleur, il a cru qu’il pouvait semer le désordre dans ma ville. Je ne fais que lui rendre la monnaie de sa pièce : il s’apprêtait à molester des passants pour prendre leur argent. Quand on a faim, quand on veut s’en sortir, on vole des nécessités, pas de l’argent, ou on se vend au marché. Je le sais, j’ai passé une bonne partie de ma vie réduit en esclavage. Il y a de bons maîtres. Je n’ai juste pas eu de chance.

« Que je ne t’y reprenne plus. La prochaine fois je te vide et j’en fais du boudin, d’accord ? »

N’attendant pas de réponse, je pars, disparaissant dans la nuit. Je vais me cacher dans une bâtisse abandonnée après avoir fait quelques détours pour semer d’éventuels poursuivants. Je retire mon masque, je cache le reste de mon uniforme.

Victor prend le reste de la route. Il rentre d’un pas mal assuré, presque suspect tant il vérifie ses arrières. Il n’a pas peur pour sa sécurité mais pour son intimité. Il ne voudrait pas que le monde d’en bas, qu’il aime penser qu’il terrorise, découvre ce qu’il était sans son masque. Et qu’on le lui retire. Ce serait pire que tout.

Il s’effondre sur un fauteuil dans son taudis. La nuit commence à se terminer, à laisser sa place au petit jour. Loué soit Lumenal. En ce moment, toutefois, il n’avait pas de grosse cible. Le mois de juillet. Le calme. Les pires criminels ont besoin de vacances. Où les criminels vont-ils en vacances ? C’était une pensée amusante mais que le vampire écarta comme ridicule.

Toutefois... S’il n’avait plus grand chose à faire ici, il ferait bien d’aller voir ailleurs. En avait-il les moyens, en ce moment ? Les finances, c’était pas trop ça, il faut l’avouer. Mais... Il avait déjà travaillé sur un bateau. Peut-être qu’il pourrait rentrer dans un équipage, le temps d’un voyage ? Il voulait aller vers Nueva mais, depuis Everbright, le voyage était long. Peut être une escale à Mearian aussi, ce qui ne l’arrangeait pas, il ne voulait pas s’arrêter dans ces sales contrées pleines d’hérétiques. Voler un bateau, ce serait plus ou moins possible, mais il ne le voulait pas, à moins que ce soit un bateau de ces sales contrebandiers. Nueviens d’ailleurs. Il pouvait faire d’une pierre deux coups. Peut être pas voler le bateau, mais se cacher dedans le temps du voyage et retenir leurs visages, leurs noms, pour faire quelque chose d’eux à l’arrivée, oui...

Le soir tombe à nouveau. J’ai passé la journée à somnoler. Une fois mon second visage mis en place, je suis de nouveau la Mascarade et j’ai besoin d’informations. Sur le port d’Everbright, la meilleure place pour trouver des informations sur des bandits et autres malfrats ? Le lycan-qui-boîte bien sûr ! Ils me connaissent bien... Je dois faire attention en rentrant, le patron a une arbalète maintenant et quand il voit mes gants pousser la porte, il tire, il me connaît. Je me plaque sur le côté et je fais semblant de rentrer. Ça ne manque pas. Le tir aurait touché dans le mille, si ça avait été moi. Mais c’était juste un gant porté à bout de bras. Dommage pour lui. Je pénètre à l’intérieur le temps qu’il recharge. Les regards se portent tous sur moi, colère mêlée d’angoisse. Je n’ai pas que ça à faire. Je me met au bar.

« Lâche ça, je ne veux pas d’ennuis ce soir.
- Comme tous les soirs, hein ! Qu’est ce que tu viens foutre ici je t’ai déjà dit de ne jamais revenir. Ça t’a pas suffit l’autre fois ? »


L’autre fois. Ils m’avaient attendu et je me suis fait rosser à l’arrière du bar par des gens assez patibulaires. Ils ne me connaissaient pas encore assez. Ils allaient me démasquer pour voir à qui ils avaient affaire, j’ai perdu le contrôle. Je crois que je n’ai tué personne vu que le patron est toujours là.

« Relax. J’ai besoin d’un passage pour Nueva. T’as pas un petit gars qui transite ce soir, dis ? J’avais élevé la voix afin que tous m’entendent. Personne ne voudrait vraiment de moi sur son bateau mais je suivais des regards, j’observais.
- Qu’est ce que j’en sais de ça moi, j’ai l’air d’une agence de tourisme ou comment ça se passe ? Bon tu bois un truc ou t’es encore venu nous faire chier avec tes histoires ?
- Mets un rhum. Et un de tes bonbons là. Ils sont délicieux. »


Je relève légèrement mon masque, comme de coutume. Comme à chaque fois, le patron essaie de deviner s’il m’a déjà vu avant. En vain.

Mon observation a déjà porté ses fruits, je ne reste qu’en attendant de pouvoir suivre les hommes que j’ai repérés. À l’instinct, j’ai cru deviner qui avait une petite opération cachée car si la plupart des gens baissent les yeux ou font mine de m’ignorer, j’ai vu plusieurs regards se tourner vers une tablée, avant de remarquer que je les regardais moi même. Ils détournèrent vite le regard mais trop tard : j’avais tout vu. J’espère que ce n’est pas un piège. Je n’ai pas que ça à foutre.

Je mâche tranquillement mon bonbon quand ils commencent à partir. Je paie ma note sans faire d’histoire et je pars quelques instants après eux. Ils vont effectivement vers le port. Ils souhaitent déguerpir à la faveur de la nuit, apparemment. Le voyage serait assez long et ils rentrent avec du bon butin. Je les vois charger des tonneaux. Ils ont l’air lourds. Parfait. Alors qu’ils s’apprêtent à charger les derniers, je fais une diversion en lançant une caillasse sur un truc métallique qui traînait au sol non loin. Le bruit les attire, les inquiète. Ils ne veulent pas être repérés. Ils regardent dans la direction opposée des tonneaux. Je me faufile, grâce aux ombres et aux bâtiments du ports, derrière eux. Je réussis, grâce à leur inquiétude et leur quasi certitude d’avoir été repéré, à m’infiltrer sur le bateau. Je me rends dans la cale, je me planque derrière des tonneaux déjà chargés, j’attend.

Le voyage est effectivement long et très peu confortable. Je n’ai pas le mal de mer mais mon espace est confiné, réduit. Les matelots sont moins attentifs depuis que nous sommes loin de la côte Akhantienne. Tant mieux, je commençais à avoir du mal à me retenir de faire mes besoins et je ne voulais pas faire là où je dors aussi. J’entends des disputes parfois. Normal, je leur vole des provisions et ils sont assez rationnés déjà. Ça leur apprendra à faire passer des marchandises sans payer les taxes.

Je ne sais pas combien de temps nous avons mis pour arriver, mais ça a été assez long. J’ai eu du mal à discerner le jour et la nuit et à compter les jours car il arrivait que je ne puisse pas sortir de la cale du tout. Je quitte le navire avant d’arriver à Lelanaserine, je ne veux pas avoir à participer au déchargement et surtout à fuir ces types. Je pourrais les fracasser, sans doute, mais en plein jour, devant trop de monde, trop risqué. Je ne sais pas s’ils ont des amis sur place. Plutôt fuir avant. Je leur laisse un message d’au revoir sous la forme d’un ration à moitié mangée laissée à côté d’un d’entre eux, ronflant. Je ne serai pas là pour voir comment ils résoudraient cette affaire mais... Ça m’amuse déjà.

Je rejoins la cote à la nage, ce qui me prit plus d’efforts que ce que j’aurais imaginé mais j’y parviens. Je me hisse sur le sol au prix de quelques derniers efforts. Je crois qu’à ce moment j’ai perdu connaissance, car il faisait nuit quand je suis arrivé et le soleil était un peu haut quand je me suis réveillé. Il faisait assez chaud, j’avais séché, tant mieux.

Je me frotte pour m’épousseter un peu, puis je marche un peu dans les terres. Étant donné que je n’ai aucune idée d’où je suis, je n’ai aucune idée de par où est Lelanaserine. Génial. Ça fait un moment que je n’ai pas eu de sang, non plus. J’ai plus l’habitude que je ne devrais, je tiens. Mais sans nourriture, sans vivres, si je me perds... J’aurais du mal, dans quelques jours. J’espérais que ça n’en arriverais pas là.

Ah, Nueva ! C’est beau. Plein de lacs. J’en boirais bien un peu l’eau, il faut dire que j’ai été très rationné en eau potable pendant tout ce voyage. Il paraît qu’il ne faut pas trop. Peu m’importe. Je prends quelques gorgées de l’eau clair, je ne sens rien de spécial. Très bien.

Je faisais le tour, un peu, de ces nombreux lacs, en me demandant s’il n’y avait pas quelque chose comme un panneau que je pourrais avoir, des indications géographiques, un sentier, une piste. Ça semblait compromis. Au loin, je pouvais voir des genres de ruines. Je m’en rapprochais. Il doit y avoir, peut être, des gens, des archéologues, des braconniers, des panneaux, quelque chose. Tien, j’ai oublié mon panneau à la maison. En même temps, difficile à faire passer à bord. J’irai m’en refaire un avec le bois du bateau de mes gracieux passeurs, hé hé. Enfin, plus tard.

Alors que je me rapproche, j’entends du bruit. C’est léger. Mais on dirait quelqu’un. J’accélère le pas afin de le rejoindre. Qu’est ce qu’il marmonne, lui ? Il a l’air seul. Mais il a aussi l’air de pénétrer dans ces ruines peu ragoûtantes, là. Pourquoi faire ? Ça n’avait pas l’air commode. Il n’avait pas l’air d’un archéologue, non plus, ou d’un historien, ou de qui que ce soit d’officiel. En même temps, y avait-il qui que ce soit d’officiel à Nueva pour s’occuper de ces ruines ? Y restait-il seulement quoi que ce soit, à l’intérieur, ou ces pilleurs de marchands avaient-ils tout vidé déjà pour se faire quelques piécettes ?

Quoi qu’il en soit, en se rapprochant et, ignorant l’architecture pour se concentrer sur cette personne que je vois, je lance :

« Hé toi, qu’est ce que tu fais là dedans ! C’est un truc nuevien de piller les tombes ou est ce que tu t’es dit qu’aller t’enfermer dans une ruine vétuste qui menace de s’effondrer c’était une bonne idée ? As-tu seulement le droit d’être ici hein ? Je baissais ma voix après cette diatribe afin de réfléchir à voix haute : enfin c’est pas très gardé non plus donc si c’est interdit les autorités ne sont pas très efficaces... et recommençais plus haut : Peu importe, je SUIS une autorité. On ne descend pas sans moi. Et on me répond. Qu’est ce que c’est que cet endroit ? »

Ce disant, je m’étais rapproché, mais je me méfiais. Je gardais une certaine distance avec mon vis à vis, une distance de sécurité. Je suis masqué et habillé entièrement avec ma petite panoplie qui cache tout mon corps, gants, bottes, grand manteau, donc on ne peut pas me reconnaître, à moins de déjà avoir entendu parlé du justicier, de la MASCARADE, mais tant que je n’ai pas pu déterminer l’attitude de cette personne, je ne peux pas me rapprocher. On ne peut jamais prendre trop de précautions en territoire inconnu. Et puis bon, au mieux, il trouverait la capitale mieux que moi et je pourrais le suivre (plus ou moins avec son consentement) et au pire... Ça fait longtemps que je n’ai pas bu de sang. Mais je ne suis que la Justice, je n’ai pas envie d’en arriver là. Je crois.

ft. Victor Skaare

ft. Vâli Gungnir

「Honneur aux ombres」
Ma balade dans les ruines de Faedhren m'avait laissé un goût nostalgique et il était temps pour moi de m'en aller. Ayant fait la rencontre d'Azazel, inquisiteur et collègue de ma chère Victoria, une nouvelle envie de tranquillité et de solitude m'assaillit à nouveau. Réfléchissant longuement à l'endroit idéal pour la retrouver, je restai encore quelques instants au milieu des ruines pour trouver mon bonheur parmi les innombrables choix qui s'offraient à moi. J'avais arpenté ces terres durant de longues décennies, je connaissais les recoins les plus sombres de cette planète et avais appris à apprécier ses secrets les plus enfouis. Pourtant malgré les siècles qui me précédaient, j'avais encore ce manque de nouveauté, cette envie de découverte qui arrivait à surpasser tous les desseins les plus noirs qui pouvaient m'habiter. Je voulais me tenir loin des civilisations grouillantes et jacassantes, m'éloigner de cette agitation en perpétuel mouvement mais qui ne s'améliorait pourtant pas. J'étais lassée, lassée de cette vie ennuyeuse et monotone dont même la chute n'améliora en rien mon quotidien. Je me fondais désormais dans la masse, l'époque de ma grandeur et de ma gloire se trouvant désormais loin derrière moi, effacée des livres et des mémoires. Il était amusant de voir à quel point la vie pouvait se montrait cynique... Elle vous offrait le monde au creux de vos mains, et d'un souffle glacial, vous retirait tout ce à quoi vous teniez. Je n'étais plus attachée à ce superflu, désormais... La richesse, la consécration et la popularité étaient des principes qui me paraissaient bien fades, maintenant... Alors que jadis, ils ponctuaient ma vie comme une horloge bien huilée.

Mon portail s'ouvrit au milieu d'une forêt sombre et rafraîchissante. Les arbres s'élevant tant bien de  la terre que de l'eau, une multitude de lacs et de ruisseaux serpentaient entre leur tronc tortueux, rendant ce paysage d'une beauté féeriquement inquiétante. En ce lieu reculé de Nueva, peu de personnes ne s'y aventurait, préférant les endroits bien plus accessibles et moins ardus. J'aimais me rendre ici, cela me rappelait un peu les sources de Mearian où je passais beaucoup de temps, autrefois. Déambulant au hasard dans ses bois dans un silence religieux, je mis peu de temps à aviser un amas de pierres délabrées entre les buissons et les lianes sauvages. Curieuse, je m'y approchai tranquillement afin de voir ce qu'il en était et fus surprise de constater qu'il s'agissait en réalité de l'entrée d'un bâtiment en ruine. Ignorant la taille que devait faire ce monument, j'hésitai quelques instants puis me décidai à m'y engouffrer. Après tout, je me plaignais de ne pas faire assez de découvertes... Peut-être était-ce la providence qui m'avait placé cette nouveauté sur mon chemin.

Le sol de pierre et les larges colonnes à moitié brisée démontraient là les traces d'un lieu autrefois majestueux. Contrairement à moi qui n'étais pas sous la domination du temps, cet endroit en avait fait les frais et je pouvais même apercevoir les marques de pillages anciens. Sans doute vidé de ses richesses depuis longtemps, le lieu semblait désert et seul le bruit des insectes m'accompagnait dans cette nouvelle aventure. Inondé depuis longtemps, un lac intérieur s'était installé dans la pièce principale, son eau pur illuminant les murs de ses reflets. Me téléportant sur le balcon ceignant les murs principaux, je regardai de cette hauteur cet endroit sinistre, regrettant qu'il n'ait pas été réhabilité. C'était typiquement le genre d'endroit à l'écart de tout qui pouvait me plaire... Avoir une quatrième dimension était un luxe dont peu de gens bénéficiait, mais vivre confortablement dans la réalité était tout de même plus civilisé... Peut-être que si j'avais un peu de temps, je pourrai tenter de rendre cet endroit plus habitable... Après tout, personne ne risquait de...

Hé toi ! Qu'est-ce que tu fais là-dedans !

Et merde. La providence n'y était pour rien, en fait. C'était bel et bien ma malchance légendaire qui venait se foutre de moi après un petit brin d'espoir... Deux fois que je me rendais dans des endroits perdus, deux fois que je tombais sur quelqu'un. L'exclamation avait été poursuivies par des paroles moins fortes, et je n'entendis pas la suite.
Baissant mon regard vers l'entrée qui se trouvait maintenant à l'opposé de ma position, je pouvais apercevoir une silhouette indubitablement masculine s'arrêter brusquement. Comprenant que l'éclat de voix que j'avais entendu ne venait pas de lui, je restai silencieuse jusqu'à ce qu'une deuxième ombre ne se glisse à la scène. Visage masqué, grand manteau, j'avais l'impression d'assister à une pièce de théâtre mal jouée. Me glissant dans ma dimension pour redescendre et m'approcher sans un bruit, je m'arrêtai à l'ombre d'une colonne et ressortis dans la réalité, regardant les deux individus qui avaient eu la géniale idée de venir ici. Ou peut-être était-ce tout simplement moi qui n'étais pas douée pour trouver des lieux tranquilles.
Le visage de celui qui se tenait le plus proche de moi m'était vaguement familier et je me demandai une fraction de seconde si je ne l'avais pas déjà vu chez les mages noirs. N'étant pas spécialement physionomiste, je ne m'arrêtai pas sur ce doute et fixai son interlocuteur plus attentivement. Il était évidemment impossible de deviner à quoi il ressemblait, même si sa voix indiquait clairement son sexe. Son masque, en perpétuel mouvement, était un phénomène que je n'avais jamais vu. Un détenteur d'artefacts, ou bien un mage, je ne savais pas... Ne cherchant pas spécialement à cacher ma présence, puisqu'après tout ma solitude était foutue, j'affichai un air légèrement anxieux et attendis d'être remarquée. Ce qui ne prit pas beaucoup de temps, d'ailleurs... A croire qu'ils étaient plus observateurs et sensitifs que les gens lambdas.

Oh... Lâchais-je, légèrement hésitante. Navrée, je ne savais pas que cet endroit appartenait à quelqu'un.

Bon, il ne fallait pas en jouer des tonnes non plus, et je repris donc progressivement une expression plus calme, la gardant néanmoins teintée d'une pointe de crainte justement dosée. On ne savait jamais... Je me méfiais des hommes comme de la peste, encore plus de ceux que je croisais dans des endroits isolés. Mon karma n'aurait pas été aussi entamé si je n'avais pas du me débarrasser maintes fois d'abrutis doublés d’imbécillités et de misogynie. Autant ne pas paraître comme une menace dès le début... Si hostilités il devait y avoir, je préférais encore les voir se taper entre eux comme des crétins.

L'étrange ruine appelait notre personnage. D'un murmure ou d'une présence attirante, Vàli se devait d'aller jeter un oeil à l'intérieur. On lui avait intimer d'y aller et de rencontrer Pitioss. Pour la goule, il n'était là que mystères et confusions. Ne pouvait-il pas avoir un instant de répit ? Bien évidemment que non car à peine avait-il eut le temps de poser ses pieds sur les dalles rongées par le temps qu'on l'accostait avec de grandes paroles. Confus, encore, il tourna le dos aux ruines pour voir de quoi il s'agissait. Un homme trônait là, derrière lui, avec une apparence qu'il n'avait jamais vu auparavant. D'un autre temps, avec un peu de hardboiled en lui, il revêtait une sorte de masque bizarre qui faisait mouvoir des tâches aux allures de celle que les dalmatiens possèdent. Ou celles des vaches broutant leurs herbes dans les champs. Arquant un sourcil et se grattant la tempe en l'écoutant, Vàli soupira. Putain, jamais on me lâchera la grappe...

« Je ne suis en aucun cas un pilleur, juste un voyageur faisant une halte non loin de là. Une voix, un murmure m'a invité à venir ici, moi, Vàli Gungnir. Et c'est ainsi que, suivant le sentier que tu as sans doute pris toi aussi, je me suis retrouvé ici. De plus, je viens à peine d'y poser les pieds. » répondit-il fermement avant de reprendre après avoir reprit une inspiration .« Je n'aime pas être dérangé d'un seul coup comme ça. Je n'ai, j'imagine, pas le droit de venir ici, tout comme toi, étrange homme. En ces lieux, les autorités font pâles figures.Je ne te crois pas et de plus, tu es louche à souhait avec ton accoutrement, est-ce ainsi que tu gagnes la confiance des gens que tu rencontres ? »

Se passant la main dans les cheveux, il se retourna pour observer à nouveau l'entrée. Il crût avoir la berlue. L'espace d'un instant, il avait vu quelque chose se distordre et disparaître. Fronçant les sourcils, il se concentra un instant, à la recherche d'un quelconque nouveaux détails. Rien. Mais il avait une étrange sensation, comme s'il était observé. « Tout comme toi, je ne sais rien de cet endroit mis à part qu'un dénommé Pitioss m'y attends, sans doute tout au fond de ces ruines. On m'y invite, alors je dois y aller. ». Soudain, il nota quelque chose de nouveau dans ce décor figé. Une ombre mesquine qui restait immobile. Enfin, il avait trouver la source de cette gêne qui l'affligeait. Une femme au corps élancé et à la chevelure noir de jais. Un oiseau de mauvais augure ? Pitioss en personne ? C'était une femme ? Un premier ennemi de ces ruines silencieuses ? Il soupira avant d'adresser la parole à ce nouveau personnage.  

« Es-tu une ennemie ? Est-ce toi Pitioss ? Ou encore un nouvel énergumène venant stopper ma progression ? »  fit-il en lui jetant un regard sombre avant d'adresser le même à l'homme derrière lui. Il s'avança pour monter les marches et mieux voir cette dame issue de nulle part. « Je ne suis pas trop un adepte de l'inconnu, surtout quand on m'y oblige. Présentez-vous, que je sache si vous êtes hostiles ou non. Qu'on mette la situation au clair vu que le temps m'est compté ».

Elle avait une apparence charmante. Un peu à la manière d'une femme croqueuse d'homme peut-être ? Il ne savait pas vraiment quoi en penser mise à part qu'elle ferait un met de choix à becqueter. Cette situation était bien étrange quand même.Ces ruines ne devaient pas avoir souvent de la visite et là, en quelques minutes, elles venaient d'accueillir trois personnes ? Etrange. Après quelques marches montés, il leva les yeux au ciel quand soudainement, le murmure qui l'avait guidé ici reprit, plus élevé dans le ton. « Engouffrez-vous dans les ruines, Pitioss vous attends. A partir de cet instant, vous ne pouvez plus rebroussez chemin. Les ronces vous dévoreront si vous osez fuir; »

Surpris d'entendre à nouveau des paroles, il voulut vérifier aussitôt qu'il n'était pas fou, qu'il n'était pas le seul à l'entendre. Alors il reprit tout de suite après. « Vous l'avez entendu vous aussi !? Je suis pas dingue !? Dites-moi si vous aussi, vous l'avez entendu ! ». Le sol se mit à trembler d'un seul coup et tandis que Vàli essayait de ne pas trop tanguer, il se rendit compte que des ronces commençaient à s'élever à hauteur d'arbres, obstruant tout éventuels retours en arrière. Le sentier compris. Il n'y avait plus qu'à présent un mur de ronces aux épines monstrueuses tout autour de l'entrée.


Spoiler:
 
J’avais peut être été un peu présomptueux en arrêtant cette personne dans son élan. Après tout, j’ignorais moi même si quelqu’un en avait quoi que ce soit à faire de ces monuments croulants mais dans le doute, il valait mieux protéger le citoyen de lui même.

Une deuxième personne était apparue, d’un peu nulle part il semblait car je ne l’avais pas remarquée. Mes sens peuvent me faillir, parfois, mais quand même, je pense que je l’aurais vue. Enfin peut être ? Je ressors d’un sacré voyage. Et peut être que ce petit brin de nage que j’ai eu à faire m’a embrouillé… J’ai eu de meilleures idées, quand même. Me déplaçant en me rapprochant de la personne qui s’apprêtait à pénétrer à l’intérieur du bâtiment, je lui répond nonchalamment :

« A vrai dire… Moi non plus, je ne sais pas. Mais ça paraît logique, on ne construit pas des choses dans la nature pour le plaisir des yeux. Je haussais les épaules. Au pire il s’agirait d’une ancienne tombe, et rentrer dans les tombes des gens qu’on ne connaît pas, ce n’est pas respectueux. »

Je m’arrête à une distance raisonnable. Si cela y vient, je peux m’élancer et avoir mon poing dans sa figure en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Et à moins qu’il n’ait un moyen de m’attaquer à distance, je pourrais me défendre si nécessaire. C’est un peu moi qui le dérange dans ses aventures personnelles, là, mais je préfère rester prêt à tout. Je pourrais partir. Je devrais peut être partir. Mais… Je ne connais pas la route jusqu’à la capitale… J’aurais dû emmener une carte. Je vais rester, peut être qu’une de ces deux personnes saura me renseigner.

Je n’aime pas le ton que cet homme, ce Vali, prend avec moi. Il ne me connaît pas. Ou il fait exprès, il me défie. Je penche pour la première option. La confiance, quelle idée. Je n’ai pas besoin de confiance.

« Je suis une autorité partout où je vais. Ce n’est pas seulement la justice des hommes mais aussi la moralité des actes que je juge ! Quant à moi je… suis égaré. Et mon costume n’est pas louche ! Il est nécessaire. Vous pouvez m’appeler Mascarade. Et si quelqu’un connaît la route jusqu’à la capitale, je lui serais reconnaissant de me l’indiquer. »

Je prenais un ton indigné, qui avait l’air légèrement ironique avec la combinaison de ma voix rauque et du fait que ce n’était pas une posture que je prenais souvent. En tout cas, ce Vali avait l’air très méfiant, sur la défensive, pour quelqu’un qui ne faisait que prendre un sentier et écouter une voix ! Une voix ? Je n’avais rien entendu de tel, personnellement. Peut être qu’il perdait les pédales ou qu’il se moquait vraiment de moi. Contre mon idée de prudence, je décidais de me rapprocher de l’édifice pour l’examiner de plus près. C’était un mystère à élucider, si des choses d’outre monde ou on ne sait trop quoi commençaient à harasser les citoyens, il fallait aussi les punir. La Justice n’a pas de limites !

Une voix terrible s’éleva, alors que je venais simplement de commencer à m’approcher, et le sol se mit à trembler. Serrant le poing vers l’édifice, je m’exclame :

« Rah, tu oses me retenir, monstre ? Montre toi, nous n’avons pas que ça à faire ! se retournant vers les deux autres : Hein ? Je vous l’avais dit, ces ruines sont dangereuses, c’est pour ça qu’elles sont restreintes d’accès. Si j’en crois cette chose, ou cette personne, nous ne pouvons plus partir… Enfin, ça me donne envie d’aller lui donner une bonne correction à ce… Pitioss ? Je sens mon sang bouillir dans mes veines, je vais lui refaire le portrait. »

Ce disant, je leur lançais à chacun un dernier regard, comme pour demander s’ils approuvaient mon plan d’action ou pas. De toute façon, ils seraient bien obligé d’y rentrer, à moins qu’ils n’aient tous une magie de déplacement ou on ne sait quoi. Peu importerait alors, je ferais ce qui doit l’être moi même. Me retournant sèchement, je poussais un grognement et rentrais enfin dans ces ruines, le pas décidé, les poings serrés. Nous nous en sortirons et quelqu’un m’amènera à la cité des sages, et c’est tout !

ft. Victor Skaare

ft. Vâli Gungnir

「Honneur aux ombres」
Cette situation était tout ce qu'il y avait de plus étonnant. Ne me prenez pas pour une voyeuse, j'en serais vexée, mais c'était sans aucune honte que j'avouais avoir envie d'observer ce qu'il se passait en tant que spectatrice. Appuyée contre un pilonne à moitié en ruines, je regardais alors ces deux hommes s'affronter dans une petite joute verbale, me demandant avec amusement si tout cela allait dégénérer. Les hommes de guerre n'étaient pas ce que l'on pouvait communément appeler des personnes distinguées... Et j'avais vu beaucoup trop d'abrutis se taper dessus pour une cause perdue ou tout simplement à cause d'un malentendu.

Néanmoins, j'avais l'impression que je n'étais pas face à deux piliers de taverne standards, et quand celui au visage découvert s'exprima dans un langage à la limite du soutenu, je retins un sourire satisfait. Bon, beaucoup de choses pour m'apprendre qu'il entendait des voix et qu'il n'appréciait pas la façon dont son interlocuteur l'avait interpellé... Mais cela avait le mérite d'être plus ou moins clair, et surtout correctement énoncé. Comme quelqu'un dans un public de théâtre, je posai alors mon regard sur la seconde personne, curieuse de voir quelle serait sa réponse et si cette petite pièce de théâtre valait le coup d'être regardée jusqu'au bout...

Il lui répondit un peu brusquement, mais d'une voix passionnée par sa défense acharnée de la justice. Encore un ? Pour moi qui avais côtoyé le seraph même de cette vertu, c'en était presque décevant. Cela suffisait, ces espèces de gardiens qui se battaient au nom de quelque chose... Mais peut-être étais-je tout simplement égoïste, et que je ne pensais qu'à moi. Oui, c'était possible... On ne pourrait pas dire que je n'étais pas honnête, au moins.
M'apprêtant à répondre à la question du dénommé Vâli Gungnir, une voix s'éleva alors des profondeurs, m'empêchant de m'exprimer. Il ne faudra pas dire que je ne fais aucun effort... Si même le surnaturel me coupe la parole, je ne peux plus rien faire.

Mascarade, puisque c'était ainsi qu'il aimait se faire appeler, réagit à cette interruption avec fougue, exprimant son envie d'en découdre et soulignant que de toute façon nous ne pouvions plus nous échapper. Retenant un sourire, je me contentai d'hôcher légèrement la tête. Il n'existait aucune personne, aucune prison qui serait capable de m'enfermer... Et partir de là me prendrait le temps d'une fraction de seconde. Je pouvais aussi leur proposer de m'accompagner, leur faire quitter ces ruines, mais comme je vous l'ai dit plus tôt... J'étais dans une période d'ennui, voire même de mélancolie. Pour une fois qu'il m'arrivait quelque chose... Autant en profiter. Puis, mine de rien, ils m'intriguaient, ces deux-là.

Me décollant enfin de mon support, je m'avançai légèrement vers eux et me tournai vers Vàli, mon visage serein en espérant qu'aucune animosité ou aucune froideur n'habitaient mes traits. Je n'étais pas d'humeur agressive, mais j'avais conscience que je pouvais parfois exprimer malgré moi des sentiments peu agréables, et on m'avait souvent reproché d'avoir un regard glacial là où il n'y avait en fait rien de tout cela. Je travaillais donc durement sur mon image... Déjà que j'étais cataloguée corrompue, autant limiter les dégâts.

Désolée, je ne me suis pas présentée effectivement. Dis-je alors d'un ton calme qui tranchait avec leur énergie martiale. Viladra, tout simplement.

C'était bref et succin, et dire mon prénom ne poussait pas forcément à la confiance... Mais au moins ils pourraient mettre une identité sur un visage et n'auraient pas à galérer s'ils devaient m’interpeller en cas de pépin. Reportant mon attention sur l'étrange voix qui nous avait invité à pénétrer dans ces ruines délabrées, j'oubliai toute envie de m'installer ici. Ce genre de phénomène, ça n'annonçait en général rien de bon... Et venant de de l'Ordre des Astres, autant vous dire que tout ce qui touchait à des voix ou des présences divines avait le don de m'exaspérer fortement...

Puisque nous sommes coincés... Repris-je après un petit temps de silence, allons donc voir ce que nous veut cette charmante personne ?

Emboîtant le pas du défendeur de la justice, j'avançai d'une démarche tranquille, observant attentivement les environs. Le dernier de la bande semblait m'imiter, et je me reposai une dernière fois la question. Vàli Gungnir.... Oui, je me rappelais maintenant un peu d'où j'avais pu le croiser. C'était un mage noir... Et si je cachais mon identité de seraph, je me doutais qu'Ekhart était au courant. En revanche, les autres n'en avaient aucun idée, et je ne comptais pas inverser la tendance.
Il ne pouvait faire pire en matière de discrétion et de solitude.Vàli qui souhaitait juste faire son périple sans être vu, reconnu se devait de  tomber sur deux personnes au beau milieu de nul part.Ca avait le don de le mettre en boule. L'homme s'était présenté et Vàli l'avait trouvé bien présomptueux, un poil excentrique avec son nom de super-héros. La justice hein ? La justice pour notre personnage était subjective et chacun pouvait agir comme bon lui souhaitait. Preuve en est, il avait tué, dévoré bon nombre de personne et on l'avait exilé du village natale puis des années après, il s'était fait avoir une nouvelle fois et s'était fait torturer dans le sous-sol d'une maison. Pour la deuxième acolyte, elle était mystérieuse et alors que tout le bordel de Pitioss se mettait en place, elle avait donné son nom, Viladra. Que faire ? L'homme avait prit l'initiative et la femme avait emboîté le pas. Vàli, lui, était resté en arrière les bras le long du corps et immobile. Son regard se posait sur les murs acérés derrière lui et par la suite sur les deux inconnus devant lui. Se mordant la lèvre, il hésitait et ainsi s'engageait un monologue dont il avait le secret.

« Qu'est-ce que je dois faire bordel ? Les suivre ? Continuez l'aventure en compagnie de ces deux personnes ? Moi, Vàli, l'homme qui avait toujours réussis à se démerder tout seul ? Et la bouffe ? Si je commence à avoir faim en leur compagnie, je vais faire quoi ? Les bouffer ? Impossible, je ne suis pas assez doué pour choper deux gens dans ma gueule. Peut-être la femme ? On dit toujours qu'il est plus facile de choper les femmes que les hommes mais l'autre ne me déplaît pas trop. Je lui ferai fermer sa grande bouche en lui extirpant son masque étrange et en lui arrachant les lèvres et en me les servant comme amuses-bouches ? Non, non. Je dois rester...normal. Je ne peux pas me laisser aller. En plus, ce truc, ce Pitioss m'avait visé moi d'abords. Qu'en était-il ?
C'est mon destin ? Raah, je sais pas. Je sais plus...
» pensait-il en marmonnant à voix basse. Il se vida l'esprit quelques secondes avant de lâcher l'affaire et de les suivre, la mine renfrognée et leurs jetant un regard à la fois blasé et mesquin.

Les rattrapant doucement, il répondit affirmativement à Mascarade. « Très bien, je vous suis vu que de toute façon, c'est à moi que la voix a décidée de parler en premier. Mais sachez deux choses, je ne suis pas votre ami, si je me retrouve en danger, je ne me gênerai pas pour vous laissez en plan. Pour la deuxième, si richesses il y a au fond de ce truc, je me permet d'en récupérer la moitié. J'ai besoin d'argent pour mon périple. ». Il dépassa Mascarade pour se mettre devant lui, comme pour reprendre le leadership de leur relation naissante. Il ne voulait pas se soumettre alors que c'était à lui de présider cette exploration. « Je me permet de passer devant par contre, pas que je veux pas mais c'est à moi d'ouvrir la marche. Et puis si quelqu'un se fait dévorer, ce sera certainement par derrière...aha. » avait-il dit d'un ton assez froid.




Après avoir marché quelques minutes, il se retrouva face à une pièce assez étrange. Le sol était couvert d'eau aux trois-quarts et quelques plateformes étaient tenues par de maigre piliers qui semblaient vouloir s'effondrer sur le champ. A chacune de ses plateformes étaient disposées des passerelles qui les reliaient entre elles. Ces mêmes passerelles semblaient d'une fragilité déconcertante, elles-aussi. Vàli ravala sa salive en voyant ça et tourna la tête vers ses compagnons de fortunes. « Bon, finalement, je vous laisse passer devant tiens. Viladra, nous feriez-vous l'honneur de passer devant ? On ne le remarque peut-être pas mais je suis quelqu'un de galant ainsi, je vous laisse l'avantage de me passer devant... » lui intimait-il d'un sourire découvrant ses quelques crocs. L'eau laissait quelques remous et quelques bulles remontaient à sa surface. Signe indéniable qu'elle avait quelque chose en son sein. Cela pouvait n'être que du gaz mais sait-on jamais, ces ruines pouvaient se révéler plus dangereuse que prévu. « En plus, tu sembles être quelque peu expérimentée en matière de souplesse et de délicatesse. Preuve en est, tout à l'heure, tu nous épiais depuis je ne sais combien de temps. Ces passerelles supporteront sans doutes tes pas de velours, ahah. » termina-t-il en jetant un coup d'oeil à Mascarade.
Tout le monde était pénétré dans l’antre à ma suite. L’initiative était prise mais il y avait encore des… débats quand à quoi faire, comment. Viladra, la femme qui était arrivée après moi, semblait contente d’observer d’un peu en arrière. À l’inverse, Vali, qui était là avant moi, voulait à tout prix prendre les devants. Un aventurier vénal, hein… Pourquoi pas. Haussant les épaules, je rétorquais :

« Très bien, passe devant. Il faut bien que quelqu’un le fasse. Et puisqu’il y a manifestement un résident dans cette bâtisse qui a décidé de nous mettre des bâtons dans les roues, c’est raisonnable de se dédommager sur ses biens. »

Quant à la remarque sur les gens qui pourraient se faire manger, je me retournais en fronçant les sourcils vers Viladra. Ces citoyens sont sous ma protection, après tout.

« Si tu souhaites passer devant moi, je t’en prie, prend l’initiative tant qu’il est encore temps. Je n’identifie pas la menace aussi clairement mais… bandant le muscle de mon bras gauche, le tapant de la main dans un geste exagéré, je continuais : s’il arrive quoi que ce soit de vivant dans cette direction, j’aurai de quoi lui faire réfléchir aux conséquences de ses actes ! »

A peine quelques couloirs passés, le meneur voulait déjà rechanger. Il fallait dire, la nouvelle pièce n’inspirait pas confiance. La flotte faisait des bulles et avait l’air vraiment… sale. C’était le mot juste. Tout inspirait la fragilité et la vétusté. C’était évidemment un genre d’impasse ou de piège pour arrêter la progression des pillards. Ce qui était totalement en contradiction avec la voix et son désir de nous retenir et de nous faire explorer.

«  Ah ! On change de chanson au moindre danger, il fallait rester à l’extérieur si ça te fous la frousse, l’inconnu, au lieu d’écouter les voix bizarres dans les ruines peu recommandables ! »

Ceci dit, les sarcasmes n’aidaient pas non plus. Je me rapprochais des différentes plateformes, pour les observer doucement, et aussi pour regarder ce qu’il se passait dans le liquide bizarre qui remplissait les creux. Je restais un peu vigilant quand même car vu le courage du dénommé Vali, il ne serait peut être pas au dessus de lui de me pousser dans la flotte pour voir ce que ça fait. Ce serait un peu désagréable et je serais obligé d’essayer de le tuer après. J’aimerais éviter. En tout cas, à l’intérieur de l’eau se profilaient quelques remous qui laissaient deviner un peu de vie, et cette vie n’avait pas l’air amicale, au premier abord. Qu’est ce qui pouvait être amical dans des ruines pourries habitées par un esprit frappeur ? Je préférais rester sur mes gardes.

« Bon, si personne n’a d’objection, je vais tenter quelque chose. »

Je m’approchais de la passerelle fragile pour la tester du pied. Ça avait l’air de tenir plus ou moins mais… Je n’avais pas très envie d’y mettre vraiment les pieds, de m’y engager pleinement. Ce n’était pas dans mon habitude de manquer d’assurance mais ça avait tout l’air du plan foireux. Je me retournais un instant vers mes camarades, en arrière. Je ne pouvais pas reculer. La passerelle devant moi avait l’air assez courte pour que je puisse me rattraper, le cas échéant, si j’en tombais, à la prochaine plateforme stable… probablement.

Je prends une inspiration. C’est parti.

Sans prévenir, je m’élance d’un pas décide, poussant de toutes mes forces. Je fais un premier pas qui ébranle la fragile passerelle. Je pousse de toutes mes forces pour m’élancer le plus loin possible. J’atterris en fin de passerelle, au fond, mais la force de ma poussée en brise un morceau et je trébuche malencontreusement. Heureusement, j’avais prévu cette éventualité et ma main est déjà prête à me rattraper au rebord de ma destination. En contrebas, les remous s’intensifient juste en dessous de moi. Je prends appui avec mes pieds, pousse avec les bras et me hisse tant bien que mal.

« Bon, si c’est pas pété après ça, c’est que ça passe plus ou moins. Je crois. Vous faites de la magie, vous ? C’est peut être une bonne idée si vous pouvez sauter plus haut que moi ou voler. Au pire tentez le coup, si je peux je vous rattrape. Enfin j’essaie. »

Un peu de bonne volonté ne pouvait faire de mal à personne ! Je proposais mon aide, on ne pouvais pas savoir ce qu’ils en penseraient. D’autres chemins étaient ouverts pour traverser la pièce mais leur passerelle demeurait non testée. Quant à moi, j’avais peut être déraisonnablement abîmé la mienne. Enfin, il y avait moyen de traverser, quoi !

ft. Victor Skaare

ft. Vâli Gungnir

「Honneur aux ombres」
Nous nous déplaçâmes dans un silence appréciable durant quelques temps jusqu'à ce qu'enfin, nous débouchions dans une pièce immense aux couleurs anciennes et effacées. A vrai dire, cela ressemblait plus à une grotte qu'à autre chose et seuls quelques rares vestiges d'une architecture vétuste prouvait l'intervention de la main de l'homme. La salle, si on pouvait l'appeler ainsi, était d'une taille phénoménale et une espèce de rivière boueuse la traversait, sa couleur et les bulles qui y remontaient n'inspirant guère confiance. Des passerelles en ruine la traversaient, donnant la possibilité à un fou ou à quelqu'un d'agile d'atteindre l'autre côté. Je n'avais aucune idée de leur solidité mais pour quelqu'un ne possédant pas une capacité de déplacement, l'itinéraire s’avérerait bien inquiétant... Et j'avouais sans honte que cela m'amusait énormément.

La voix de Vàli se fit de nouveau entendre dans mon dos et je me retins de lever les yeux au ciel. Ainsi que de lui arracher la langue, accessoirement. Pourquoi donc était-il aussi bavard... Je n'étais certes pas la plus sociable, mais il y avait des limites entre ne rien dire et trop en faire. Me poussant à y aller la première, je me tournai alors vers lui et haussai un sourcil avant de lui sourire d'un air narquois. Allons bon... Autant de palabre pour au final renoncer devant une petite difficulté ? Voilà bien qui était amusant... Il n'était pas si différent de la vermine qui grouillait à la surface de notre planète, au final. Dommage... J'espérai que notre dernier invité aurait au moins l'amabilité de m'amuser plus que cela.

En réponse à mes espérances, je n'eus pas le temps de répondre que Mascarade, puisqu'il voulait qu'on le nomme ainsi, répliqua à ma place en apostrophant le jeune homme d'une remarque acerbe et moqueuse. Lâchant un léger rire, j'acquiesçai doucement quand il se proposa d'y aller en premier. La galanterie, bien que c'en n'était pas ce cas-ci, était toujours un principe que j'appréciais malgré mes nombreuses années d'existence.

Avec plaisir, répondis-je, une pointe d'amusement dans ma voix. Il faut bien qu'il y ait un volontaire courageux...

Et souriant à Vàli qui se tenait toujours immobile à mes côtés, je le dépassai alors, suivant l'individu masqué jusqu'au bord de la corniche. Le regardant s'élancer, je notai ses aptitudes physiques appréciables et frissonnai légèrement lorsqu'il manqua de tomber. La question que je me posais était de savoir si j'aurais désiré ou non qu'il échoue... Je ne souhaitais la mort de personne sans aucune raison valable, mais j'aimais voir de l’inattendu et il fallait dire que ces derniers temps ne m'en avaient pas apporté beaucoup...

L'eau semblait s'agiter un peu plus lorsqu'une pierre tomba à sa surface. Cela ne faisait pas de doute, quelque chose se trouvait en son sein et n'aimerait sans doute guère qu'on la dérange ainsi... Je me demandais quelle créature ou bien quelle magie il pouvait s'agir. J'aimais les surprises, encore plus quand elles étaient synonymes de spectacles imprévus. Pourtant, si je flirtais avec le danger continuellement, j'avais toujours pris soin d'assurer mes arrières... Et je me délectais des actions de ceux qui ne se montraient pas aussi prudents que moi.

Quand notre acrobate se tourna vers nous pour nous proposer de traverser par nos propres moyens, je décidai de mettre mon cynisme de côté afin de faire preuve d'un peu de bonté... Enfin, appelez cela comme vous le souhaitez.
Disparaissant de ma position, je réapparus alors devant lui, sur la fine corniche qui sembla supporter ce nouveau poids avec peine. Des craquements de pierre se faisant sentir sous nos pieds, je jetai à peine un regard au sol avant de tourner mon visage vers celui de mon voisin, toujours masqué.

Puis-je te proposer un moyen de déplacement plus fiable, et surtout plus rapide ? Demandais-je, d'un ton tranquille.

Et montrant distraitement derrière moi, je fis apparaître un portail en lui donnant une forme scintillante afin qu'il puisse être vu de la réalité. Évidement, il pouvait se méfier de moi et refuser mon offre, cela ne m'étonnerait pas. Mais j'avais au moins fait une bonne action en proposant mes services... Ce n'était pas tous les jours que cela m'arrivait.
Mon sourire s'agrandissant légèrement quand je regardai Vàli de l'autre côté, je rajoutai quelques paroles d'un ton d'une amabilité ironique.

A défaut de ne pas t'être lancé en premier, dis-je alors, peut-être as tu besoin de mon aide ?

Ah, la fierté masculine... Aussi puissante que celle des femmes, elle transparaissait néanmoins souvent de façon beaucoup moins fine et délicate. Allait-il se borner devant ma provocation ? Ou se montrerait-il plus intelligent en favorisant l'efficacité... Je commençais enfin à trouver cette pièce amusante.
«  Ah ! On change de chanson au moindre danger, il fallait rester à l’extérieur si ça te fous la frousse, l’inconnu, au lieu d’écouter les voix bizarres dans les ruines peu recommandables ! ». La goule l'avait bien méritée. Bien évidemment, il avait voulu jouer au héros mais s'était débiné comme un chien repart la queue entre ses jambes. Vàli n'avait pas vraiment eut envie de rétorquer et s'était contenté de dévier les yeux vers l'eau mystérieuse qui bouillonnait. Comme tous, il était curieux de savoir ce qu'elle pourrait receler. « Bon, si personne n’a d’objection, je vais tenter quelque chose. ». Bah vas-y, j'espère bien que tu tomberas et te fera dissoudre ou bouffer par quelque chose...Assez contradictoire, Vàli avait toujours eut du mal à interagir avec autrui et là, dans cette situation, il voulait à la fois briller et être en sécurité. Ne rien foutre en somme tout en étant le héro de cette aventure. Pour notre goule, les autres étaient tous les mêmes. Tous se ressemblait par leurs manières d'agir. « Avec plaisir, il faut bien qu'il y ait un volontaire courageux...» répondit Viladra, accompagnant le premier à sauter avec une petite pointe de sarcasme envers la goule. Et son souhait de le voir chuter tomba à l'eau car avec une certaine agilité et dextérité, Mascarade avait réussit à gérer les passerelles. Puis ce fut le tour Viladra qui usa d'une magie que Vàli n'avait jamais vu auparavant. En effet, elle disparut en un instant pour réapparaître de l'autre coté, sans être essoufflée.

Tous deux attendait maintenant que notre héros se mette en route. Enfin, pas vraiment...puisque Viladra proposa de l'aider et par ce moyen, d'atteindre la fierté inégalable de Vàli. Fronçant ses sourcils devant le sourire de la femme, il répliqua sèchement. « Ne vous inquiétez pas. Je pense pouvoir gérer, voyez ma stature ? Je pense sans me vanter être plus léger que Mascadarade. ». Les passerelles émettaient un sourd lourd et quelques petites pierres tombaient dans l'eau, attisant le feu d'une quelconque présence. Inspirant profondément, notre homme prit alors son élan et sauta avec la grâce d'un pélican sur la première phase. Atterrissant avec fracas, il reprit son équilibre malgré une plateforme branlante et d'un maigre sourire, il leva la tête en direction de ses deux compagnons. « Alors ? Voyez comme je suis gracieux, la plateforme ne bouge guère sous mon poids ! ». Hélas, il parla trop vite car d'un seul coup, les bulles laissèrent sortir son monstre : Un requin. Un squale toutefois bien différent des autres car il arborait une peau verte éclatant telle une émeraude. Ses yeux étaient vitreux sans trop l'être et ses nageoires étaient monstrueuses mais surtout, tâché d'une mousse étrange. Sa gueule, quelque peu béante, revêtait des crocs usées et bien ordonnées. La plateforme ne mit que très peu de temps avant de basculer sur le coté, emportant Vàli dans son élan. « Oh putain ! ». Le poisson manqua de peu de lui croquer un bras avant de replonger dans son eau, histoire de reprendre un autre élan sans doute. « Faut que je me grouille bordel! ». Il reprit ses esprits et sauta sur l'autre plateforme avec quelque difficulté. Le requin repointa le bout de son nez en bondissant une nouvelle fois pour faire basculer le support.

Malin le bougre. Vàli comprit rapidement la technique et comme les dominos s'entrechoquant, les pierres se mirent à pleuvoir. Dans cette précipitation, les secondes lui parurent être des minutes, des heures, une éternité. Le souffle court, il bondit alors sur la dernière pierre avant de reprendre comme un lapin pour rejoindre l'homme masqué et la femme. Un claquement sec retentit derrière lui au même moment. La bête n'avait pas réussi à choper son repas mais toutefois, elle restait à l'affût, sans prendre la peine à présent de se cacher. Ravalant une énième fois sa fierté et reprenant son souffle malmené, il s'adressa à ses compagnons. « Peut-être que j'aurai dû accepter. Cette satané bestiole m'a foutu les jetons. Heureusement qu'elle ne reste que dans l'eau... ». Comme pour se jouer de lui, l'eau se mit à exploser derrière lui, faisant jaillir des tombes d'eaux visqueuses. Une autre bête fit son apparition, avec dans sa gueule le requin qui voulait Vàli comme casse-croûte.



Cathulu - Le gardien des eaux putrides

Impressionnant de par sa taille, plus de quatre mètres de hauteur, la bête arborait de fières tentacules de chaque coté de sa gueule. Le requin glissa lentement dans sa bouche comme si ce n'était qu'un spaghetti. Se dressant derrière eux, la bête semblait avoir d'étranges intentions. Vàli tourna la tête vers ses collègues et leur demanda discrètement que faire. « J'ai rien fumé mais là, on est pas un peu dans la merde ? On ne peut plus faire marche arrière là ? Le mur de ronces puis cette bête qui se dresse derrière nous, c'est aussi un autre mur pour nous empêcher de reculer ou quoi ?».

« Effectivement, goule. Nous servons de mur comme tu l'as bien discrètement dis. Si vous souhaitez faire demi-tour, il faudra vous frotter à nous et croyez-moi, ce sera difficile. Je ne vous attaquerai pas sauf si bien évidemment vous voulez vous frotter à moi. Toutefois, je ne suis pas comme les autres. Je suis moins féroce, moins impulsif. Je vous laisse me poser deux questions, j'y répondrais avec...sincérité.»

Après autant d’efforts, la vérité, c’est qu’il aurait été terriblement aisé de apsser vu que Viladra avait une capacité géniale qui semblait être la téléportation… J’avais gaspillé pas mal d’énergie à rien. D’ailleurs, ne pourrait-elle pas tous nous faire sortir immédiatement ? Ce serait pratique… Mais non ! Il faut apprendre une leçon aux sales bêtes qui peuplent cet endroit maudit : quand on est mort, on reste mort, ou alors on ne vient pas faire chier les vivants. C’est pourtant simple, comme règle, mais certains esprits ont du mal à la suivre et je suis là pour la leur rappeler.

Notre chef d’aventure improvisé avait décidé que comme j’avais réussi à passer, ça voulait dire qu’il y parviendrait aussi. Grand bien lui fasse : comme moi, il avait eu un peu de mal, mais ça avait fini par réussir. Comme quoi, au lieu de faire le timoré…

Mais devant moi, Viladra me proposait une alternative pour passer. Son propre mode de transport, qu’elle étendait à ma modeste personne ! C’était fort sympathique, ainsi je ne me fis pas prier.

« Je te remercie bien, ce n’est pas que je suis contre toutes ces acrobaties, mais… Hé bien, si on peut faire plus rapide, je ne vais pas me gêner. »

Et sur ces mots, je rentrais dans le genre de portail qu’elle avait ouvert devant moi. Je ressortais de l’autre côté, ce qui avait l’air d’être la sortie de cette pièce, ou tout du moins pas loin. C’était assez étrange. Je m’attendais à subir un genre de distorsion, un changement quelconque, quelque chose d’extraordinaire ! Mais rien. J’avais l’air, en sortant, plus désorienté que si j’avais été propulsé ou si ça donnait la nausée un peu comme le mal de mer. Je me palpais pour savoir si j’étais vraiment entier. Ça avait l’air d’être le cas : pratique. Je faisais un signe d’approbation, le pouce levé, à Viladra, en me disant que décidément, ça sentait la pastèque, dans le coin. Alors que j’avais l’espoir d’avancer un peu plus, il fut brisé par les événements.

Je ne pouvais pas dire si c’était Vali qui avait déclenché cette arrivée avec sa traversée, ou bien moi, ou alors si ça se déclenchait tout seul quand on avançait un peu trop dans cette pièce bizarre. Quand on y réfléchissait bien, rien de ce qui se déroulait dans ces ruines n’avait de sens.

Les événements actuels, c’était qu’une bestiole géante de plus de 4 mètres et bien bizarre était sortie des abysses afin de nous poser des questions. Enfin, c’est ce que j’ai compris, puisqu’elle a dit qu’elle nous empêcherait de faire demi tour, mais pas d’avancer… Je me prêtais néanmoins au jeu des questions, en lui répondant ainsi :

« Créature dégoûtante, je ne sais pas quel est ton but en sortant de ces eaux pour nous faire causette, puisque de toute façon nous ne pouvons déjà pas faire demi tour à cause des ronces dehors, mais comme tu nous donnes l’opportunité, je vais te poser les deux questions dont tu nous parles. Ma première question est : ‘comment précisément arrive-t-on le plus rapidement possible jusqu’à la créature, Pitioss, qui garde cet endroit ?’. Marquant une pause, je réfléchissais à ce que serait ma seconde question. Si la première était totalement pratique, je ne savais pas comment il allait répondre ni s’il était digne de confiance. Mais comme il ne nous attaquait pas et nous proposait cela, je prenais la peine de participer. Au pire, je pourrais toujours revenir en arrière et lui apprendre ce qu’il en coûtait de se moquer de moi. Mais ensuite… Ma deuxième question est : ‘quelle est la manière la plus efficace de punir Pitioss pour l’acte de nous avoir coincé ici pour un temps indéterminé ?’. C’est tout ce que je veux savoir pour le moment. »

Alors qu’entre mes deux questions je faisais un genre de léger cents pas pour me donner le temps de la réflexion, j’étais maintenant résolu, les bras croisés, faisant face à la bestiole gigantesque et tentaculaire qui avait émergé d’un peu nulle part. J’attendais les réponses…

ft. Victor Skaare

ft. Vâli Gungnir

「Honneur aux ombres」
Mascarade accepta ma proposition sans hésiter et je résistai donc à l'envie de le faire réapparaître en plein milieu de l'eau bizarre. Pour le coup, il était rare que l'on me fasse confiance aussi facilement et le petit cœur nécrosé de la corrompu que j'étais eu néanmoins l'envie d'honorer ce fait extrêmement rare. Ce fut donc en toute sécurité et avec une légère pointe de regret que je le laissai débarquer tranquillement de l'autre côté. De bonne humeur, j'eus même la petite folie de rajouter une légère odeur de pastèque afin de rendre le trajet plus agréable. Si je n'avais pas perdu mon temps à foutre le bordel partout, j'aurais pu ouvrir une agence de voyage de luxe et je serais actuellement en train de me baigner dans un jacuzzi rempli de champagne. Que voulez-vous, on ne faisait pas toujours les bons choix dans la vie.

Vàli refusa évidemment mon aide et ce fut aux côtés de l'homme masqué que je contemplai alors sa traversée particulière. Il était aussi fin et délicat que pouvez l'être un cachalot dans un verre d'eau, mais il semblait tout de même s'en sortir et je ne fis aucun commentaire bien qu'une envie moqueuse me titillait l'esprit. Ce fut quand un requin étrange manqua de le gober que mon sourire narquois s'amoindrit, me prouvant par cette interruption étonnante que nous n'étions pas dans un endroit de tout repos. Bon, un squale était encore un adversaire facile malgré sa taille étonnante... Et j'avais toujours aimé le poisson cru.

Un craquement sinistre résonna dans la caverne et le justicier et moi eûmes le loisir de contempler l'écroulement des plates-formes une à une tandis que notre dernier compatriote battait un record de sprint pour nous rejoindre avant que tout ne disparaisse dans les flots. Alors là, en dehors de sa performance athlétique, heureusement qu'il n'y avait pas d'épreuve de discrétion car nous étions recalés sans aucune hésitation... Je sentis une lassitude accablante peser sur mes épaules, alourdie par la phrase que lâcha le jeune homme. Mais qu'est-ce que je foutais ici...

Oui, peut-être... Me contentais-je de répliquer en retenant un soupir.

Je n'eus pas le temps de me poser encore plus la question qu'une gerbe d'eau explosa, nous arrosant copieusement tandis qu'une créature dégueulasse et tentaculesque goba le requin comme on le ferait dans un concours de flamby. Là, c'était un adversaire plus coriace et ma logique infaillible commençait déjà à me souffler qu'il valait mieux que je me tire.

Finalement, cette étrange apparition se contenta de nous parler, nous offrant la possibilité de lui poser des questions. Elle nous appris également la nature du jeune homme et je retins une grimace. Je n'aimais pas tellement les goules, elles étaient souvent impulsives et macabrement gourmandes. Attendez... Moi j'étais venue ici à la base pour me balader et contempler des vieilles ruines délabrées et inoffensives. Voilà que maintenant un poulpe géant se la jouait père Fouras en face de nous. Certains avaient raison : quand on faisait de mauvaises actions, le karma se retournait contre nous... Et le mien se foutait allègrement de ma gueule.

Je n'avais aucune question à poser et je trouvais la situation de plus en plus ridicule à défaut d'être dangereuse. Finalement, ce fut Mascarade qui prit la parole et il demanda tout simplement comment arriver au dénommé Pitioss et le moyen de le vaincre. Tant de sérieux, ici... C'en était presque ennuyeux. Au moins, il nous avait épargné les grands questionnements philosophiques sur l'importance de la vie ou sur ce qu'il y avait après la mort.

Si accessoirement on pouvait aussi savoir ce qu'on fabrique ici, ajoutais-je sans vraiment m'adresser à quelqu'un en particulier. Si on a droit à une réponse bonus, évidemment.

En réalité, je commençais à m'amuser autant qu'à redouter ce qu'il se passait. Je n'avais pas peur de cette situation, ma magie étant bien trop pratique pour que je doute sur mes capacités... Mais je craignais par-dessus tout d'être déçue de la tournure que prendraient les choses et de me retrouver à nouveau à m'ennuyer. Enfin, il y avait encore de l'espoir : un poulpe, une goule et un homme qui se la jouait super-héro... C'était tout de même un bon cocktail quand on souhaitait de l'originalité, je n'allais pas me plaindre...
Alors qu'il reprenait son souffle, Vàli observa l'homme masqué prendre les devants face à la créature tout droit sorti d'un récit de créatures cosmiques. Mascarade faisait les cent pas en mode détective pleinement plongé dans d'intenses réflexions. La goule se taisait de toute manière et laissa les choses se dérouler comme elle devait se faire. Après tout, il avait été d'un incroyable ridicule alors autant se faire discret. Le Cathulu resta immobile, ses tentacules gigotant lentement de chaque cotés de la pièce. Comme des pendules, elles se mouvaient de gauche à droite, hypnotique.

« Jeune homme impétueux, la créature dégoûtante que je suis va répondre à tes questions. Pour la première, sachez que les ruines comportent différents couloirs, différentes salles. Pour arriver à Pitioss, il vous faudra franchir quatre salles. A chaque salles, vous ferez la rencontre de mes confrères. »

La créature plongea ses yeux vitreux sur la silhouette de Viladra, comme si elle sentait quelque chose de particulier en elle. Puis, elle reprit son discours.«Je suis la créature la plus sage que vous rencontrez. Les autres sont d'un autre calibre,
bien évidemment. En fonction de chacun, vous aurez certainement des objectifs à accomplir, j'imagine.
» Termina-t-il en délaissant Viladra des yeux. «Quant à la seconde question, je ne peux pas vous répondre précisément. Sachez seulement que si vous atteignez Pitioss, vous devrez vaincre un cauchemar. »

Vàli tiqua et afficha une mine désappointée. Toute cette aventure était pour lui un cauchemar. Un mélange de folie et de connerie. Entre les voix qu'il pouvait entendre, les pensées qu'il pouvait avoir et ce connard de Binah qui allait et venait pour le taquiner, il était servi. La femme du groupe fit une remarque sarcastique et essaya de gratter une question bonus mais la bête cligna ses yeux plusieurs fois avant d'arborer...un étrange sourire dépourvu de réalisme. «Le destin réserve parfois des surprises. J'imagine que si vous avez été réunis ici, ce n'est pas pour rien. Ne songez bien évidemment pas à faire demi-tour, je me ferai une joie de vous étrangler avec mes tentacules, comprenez-vous bien, chers aventuriers ? »

La goule s'impatientait et vint taper l'épaule de Mascarade.«Bon, on a terminé ici, je pense qu'on peut poursuivre notre chemin. Après tout, tu as posé les deux questions à cette bête. On n'en saura pas plus. ». Il lâcha son épaule pour prendre la direction du couloir suivant, les mains dans les poches, la mine renfrognée. «La prochaine fois, essaie de demander l'avis des personnes qui t'accompagnent et de pas te la jouer solo. Je pense que ça sert à rien de jouer le justicier détective solitaire, après tout, on est tous dans la même merde. ». A ce moment, Vàli n'avait qu'une envie : Fumer une clope pour se détendre. Mais il n'avait rien en stock et devait se contenter de faire cette quête digne d'un jeu vidéo. Prenant de l'avance sur ses acolytes, il murmurait des injures incompréhensibles, imitant le nain grincheux par la même occasion.

«Les goules...sont décidément toute du même calibre. Aussi horrible à l'extérieur qu'à l'intérieur. » rajouta la bête avant de se raidir, bloquant tout retour en arrière possible.

Sans s'en rendre compte, Vàli s'était rendu dans la pièce suivante. Une salle totalement différente de la précédente. Les murs étaient lisses, blancs, sans aucune formes d'imperfections. Le sol, quant à lui, était fait d'un marbre noir impeccable. Toutefois, au milieu de cette salle, on pouvait y distinguer un trou assez gros pour faire passer un être humain. Se rapprochant du bord, Vàli ne pouvait distinguer le fond. Ce qu'il voyait n'était que ténèbres. «Quoi...pas de couloir ? C'est quoi la prochaine étape ?
On doit sauter dans ce trou, comme des ploucs ?
». Il releva la tête et essayait de voir une autre issue, une autre route. Mais il n'y avait rien sur les murs blanchâtres. Il n'y avait que ce trou insolite.

La créature était moins impressionnante qu’il n’y paraissait du premier abord. Au lieu de se vexer, de se fâcher, de se démener, de nous barrer la route, elle répondait aux questions, bien sagement. Hé bien tant mieux, au final. Moi ça m’allait très bien. De toute façon, j’étais là pour aller régler le vieux dans le fond de la structure et rentrer chez moi. Rien de bien compliqué et je n’avais pas besoin de tabasser les monstres bizarres surnuméraires qui y habitaient.

Les réponses à mes questions étaient floues. C’était bien la peine d’être une bête pleine de sagesse et de puissance et de faire de grandes pompes pour me dire « je sais pas trop tu verras bien ». Pas merci, la bestiole ! Faudrait faire avec.

L’autre vint ensuite pour me causer de ses états d’âmes. Je haussais les épaules, indifférent.

« Tu avais une meilleure question à poser ? C’était le plus important à savoir. Moi je pensais qu’on avait deux questions chacun, et puis on a pas de temps à perdre avec ces trucs là. Il faut avancer. »

Mêlant la parole aux actes, j’allais de l’avant, sans faire attention au monstre tentaculaire qui continuait à marmonner dans son coin. S’il n’était pas là pour nous aider plus et qu’il ne causait pas de tort, nous n’avions rien à faire de plus avec lui. Par principe, vu qu’il bridait ma liberté de retourner en arrière, j’avais envie d’aller lui expliquer le fond de ma pensée avec mes poings, mais vu que pour l’instant je ne voulais pas aller dans cette direction, je gardais la ferme résolution de le laisser en paix.

Toutefois, la salle suivant n’avait rien à voir du tout avec ce que nous venions de traverse. Du marbre, un trou, une salle vide. Le trou avait l’air d’être la seule manière d’aller de l’avant, mais qui serait assez bête pour se jeter la tête la première dans un danger qu’on ne pouvait pas estimer ? Pas moi en tout cas. Je suis un homme d’action, pas de suicide. Je préférerais retourner tabasser l’autre machin, au moins je sais à quoi m’en tenir.

En attendant, vu qu’on ne pouvait pas trop savoir ce qu’il en retournait et vu que la ruine était ancienne, je testais la solidité de la construction avec prudence. Je cognais quelques murs pour voir s’il y avait des choses de l’autre côté ou pas, du genre d’une salle, avec une force croissante si ça me résistait. De la même manière, je tapais du pied sur le sol pour voir si c’était solide. Si je pouvais agrandir le trou, peut être qu’on y verrait plus clair et qu’on pourrait traverser tranquillement. Ce serait le plus optimisé, en réalité.

Dans le doute, me disant que peut être que mes compagnons faisaient un peu de spéléologie, je demandais (sans trop d’espoir toutefois) :

 « L’un d’entre vous a-t-il une corde ? Une lampe, une torche, des allumettes ? Quelqu’un fait du feu ? C’est le moment de sortir le lapin du chapeau là, parce que personnellement je préfère encore aller frapper le truc visqueux de l’autre côté que de me jeter dans la gueule du loup aveuglément. Qui sait ce qu’il y a en bas et si l’autre ne nous a pas menti. Je ne suis pas serein. »

ft. Victor Skaare

ft. Vâli Gungnir

「Honneur aux ombres」
Une fois les questions posées, j’écoutai vaguement mascarade et Vàli se chamailler et je leur emboitai le pas dans la salle suivante. Plus le temps passait et plus je me demandais ce que je faisais ici. J’avais suivi deux inconnus dans des ruines délabrées, j’étais tombée sur une espèce de kraken inoffensif qui n’avait fait que répondre à des questions sans vraiment nous donner d’information, et je persistais dans ma bêtise à les suivre. Sérieusement, je devais réellement m’ennuyer pour prendre des décisions pareilles…

La salle suivante était nettement mieux préservée que les précédentes. Une pièce d’une blancheur immaculée, d’un sol de marbre noir veiné, et un trou. Non, je n’exagère pas, en son centre il y avait un gouffre d’un diamètre pouvant laisser passer qu’un homme, qui ne montrait qu’une noirceur infinie. Tandis que Mascarade faisait le tour des lieux pour tenter d’en savoir plus, je ramassai une pierre et me penchai vers le précipice, jetant l’objet à l’intérieur. Tendant l’oreille, j’entendis à peine le choc à suivant sa chute, et j’en déduisis assez rapidement que sauter à pieds joints dedans serait une mauvaise idée. A moins que l’un des deux ne possède une technique de vol ou de déplacement magique, j’étais la seule à pouvoir jeter un œil dans ce bordel. Grimaçant légèrement, je relevai la tête vers l’homme masqué qui demandait sans trop de conviction si l’un de nous possédait une source de lumière. Ah, ça au moins, ça ne me demandait pas trop d’effort…

Je peux trouver ça. Répondis-je simplement avant de disparaître.

Réapparaissant dans un village non loin de notre position, je ne cherchai pas cinquante ans et arrachai trois torches accrochées au mur d’une ruelle. Effectuant le trajet retour, je les tendis à mes confrères temporaires avant de sortir un briquet et de les embraser une à une. Bien, ceci étant fait…
Prudemment, j’ouvris plusieurs portails à intervalle régulier dans les profondeurs, jetant un œil avant de m’y risquer. Quand j’atteignis enfin le fond, je remarquai alors qu’il n’y- avait qu’une plate-forme rocheuse, le reste étant entouré d’une eau d’un noir profond sans qu’aucune ride ne vienne troubler sa surface. La lumière de ma torche ne suffisait pas à éclairer les parois, il était impossible de deviner la taille que faisait cet endroit. Le promontoire sur lequel je me trouvais faisait environ cinq à six mètres de longueur et de largeur. Il régnait un silence oppressant et l’air froid semblait figé. Génial…

« Mais qu’est-ce que je fabrique là, bon sang. »

Ouvrant un portail à la surface, où l’entrée n’était qu’un vague point lumineux au-dessus de ma tête, je laissai le son de ma voix franchir la distance afin que les deux m’entendent.

Si vous voulez descendre, pour le moment c’est sur… Mais je vous conseille de ne pas avoir peur du noir.

Les choses étaient bien trop calmes, cette espèce de lac souterrain n’avait rien de naturel et quelque chose me soufflait que ses eaux n’étaient pas inoffensives. Quelque chose, ou plusieurs choses, devaient sans doute se terrer à l’intérieur, et son immobilité étonnante me dissuader de troubler son contenu en y jetant un caillou. Espérant que l’un des deux autres n’aurait pas l’idée d’aller s’y baigner, j’eus l’honteuse pensée de me dire que finalement, cela pourrait aussi nous permettre d’en savoir plus…
Mascarade ne tarda pas à me rejoindre et je m’écartai légèrement pour lui faire de la place. Malgré la lumière de nos deux torches combinées, on ne voyait pas plus qu’au-delà de quatre ou cinq mètres.

Voilà qui est rassurant, commentais-je ironique, une vision limitée, un lac qui ne semble pas être bien naturel, et un misérable champ d’action si jamais on venait à se faire attaquer. J’adore.

La salle était étrange mais les questions de Mascarade l'étaient encore plus. Pensait-il vraiment que Viladra et lui avaient la tête d'un spéléologue ? Ou qu'ils avaient tout l'attirail du petit Indiana Jones ? La goule se retint de tout commentaire, préférant contempler la pièce. La solidité de la pièce n'était plus à prouver, surtout après le palpage que l'homme masqué avait fait. Viladra disparut dans l'instantané, réitérant ses petits mystères de tout à l'heure. Qu'allait-elle faire ? Il n'eut le temps d'y répondre qu'elle était déjà de retour. Avec comme cadeau, trois jolis torches. Vàli accepta ce cadeau et la remercia d'un hochement de la tête.

Puis, toujours en silence, il observa Viladra prendre les devants. Sacrée femme forte qui n'avait pas froid aux yeux. Abusant de son pouvoir, elle disparut dans les bas-fonds de ce trou étrange, étroit et humide. Regardant son comparse de fortune, Vàli s'avança de quelques pas et rajouta d'un voix intensément calme. « Je vais sauter, je te laisse refermer la marche. ». Puis il alla s'immiscer dans les portails créés par Viladra, la retrouvant sur une nouvelle plateforme. Heureusement que les torches étaient là sinon, ce serait l'obscurité la plus totale. Accompagné d'un silence qui pourrait rendre fou si on y restait trop longtemps. L'eau semblait tâchée d'une encre de chine et n'arborait aucun plis, aucun mouvements. Et même les pas posés par les aventuriers sur le promontoire n'avaient aucunement entacher cette tranquillité déconcertante.  

« Et bien, c'est sacrément ténébreux ici et regardez-moi cette flotte, vous avez déjà vu une eau de cette couleur ? » fit Vàli tout en se rapprochant du bord. Malgré la torche et sa lumière, il fit la surprenante découverte de ne pas voir son reflet dans l'eau. Que faire ? La goule n'y voyait pas trente-six solutions : Il fallait plonger dans cette eau. Mais tellement de paramètre à prendre en compte. En dehors d'un éventuel danger, pourquoi cette couleur ? Quel en était la profondeur aussi ? Se grattant la tête en poursuivant sa réflexion, il se releva pour regarder ces acolytes. « Bon, j'imagine que vous aussi, vous y avez pensé alors j'y vais, de toute façon, vos vies semblent avoir plus d'importance que la mienne. Un justicier et une wonderwoman qui peut faire des choses de ouf, voilà quoi. »

Aussitôt il se redirigea sur le rebord et s'assieds un instant. Inspirant profondément, il finit par se jeter dans la gueule du loup, la torche bien levée en l'air. Il sentit l'eau envahir ses vêtements, les imprégner pour aller croquer sa peau d'une caresse légèrement glaciale. Rapidement, cette même eau atteignit son nombril puis s'éleva pour atteindre son torse. Expirant sourdement, il tata le fond avec son pied et s'assura de sa sécurité. « Voilà, voilà, l'eau est un peu fraîche, un peu noir mais ça a l'air d'aller, vous voyez ? Ca vous rassure un petit peu, les copains ?   ». Hormis le silence et la tranquillité oppressante du lieu, il ne sentait rien de particulier. Enfin pas encore...
Décidément, les pouvoirs de Viladra sont véritablement pratiques. Que la lumière soit, lui suffit-il de penser, et la lumière est, sans autre forme de cérémonie. Moi je n’ai que mes poings pour me sortir de ces situations. Je pense que si j’avais été seul j’aurais tenté ma chance avec l’autre poulpe, de toute façon il le mériterait bien si nous n’avions pas mieux à faire.

Toujours était-il que nous étions parvenus à descendre dans ce sale trou. Ces ruines étaient vraiment étranges. Je n’avais pas connaissance d’un tel réseau souterrain en dessous de Nueva. Enfin, en y réfléchissant bien, était-il vraiment étonnant qu’il y ait un réseau de lac sous les lacs de la surface ? Cette réflexion me rappelle que je n’ai jamais été éduqué en géologie et que je n’y connais rien du tout.

« Etrange, cette affaire, m’exprimais-je, les mains dans les poches. Non, je n’ai jamais vu de la flotte comme ça. Et vu le poulpe de tout à l’heure, ça ne me dit rien qui vaille… Mais on voit foutre rien là dessous ! Il faut bien progresser. Là, je te suis. »

Levant ma torche bien haut, je sautais sans plus de cérémonie dans l’eau étrange. On a pieds là dedans, bonne nouvelle. Elle était bien fraîche par contre, l’autre ne mâchait vraiment pas ses mots!Enfin, j’ai l’habitude du froid. Je n’ai pas exactement vécu ma vie dans un lit douillet…

Je faisais quelques pas dans une direction au hasard, me demandant bien où est ce que nous pourrions aller pour nous sortir de là. Il fallait bien prendre une décision mais, à la longue, faire un trajet dans le noir dans une eau profonde et froide, ça pouvait avoir des conséquences sur le moral et sur l’énergie des troupes… Même moi, d’ailleurs. Je n’ai pas que ça à faire : il faut aller donner une bonne leçon à celui qui trouve drôle d’enfermer des pauvres gens dans ses ruines sales (et moches).

« Bon… S’il y a une sortie, pour progresser, sans doute qu’elle se trouve aux extrémités de la salle ? J’imagine que nous ne devons pas ENCORE plonger dans un trou inconnu et en plus sous l’eau. Sinon on retourne tabasser l’autre là parce qu’il n’est pas question que je me noie là dedans. Marquant une petite pause après ce que je considérais comme une bonne petite boutade, je continuais : On peut avoir un plan très simple, et c’est d’aller tout droit dans une direction jusqu’à tomber sur un mur, puis longer les murs jusqu’à trouver une ouverture. Puis, avec de la chance, l’autre type qui a fait sa tombe là est juste un petit farceur, et nous n’aurons, comme la salle précédente, que des salles vides sinon un peu chiantes à traverser et ce sera très bien. On lui met deux ou trois baffes pour lui rappeler que c’est illégal et il nous remercie. Ce serait le meilleur des cas vraiment. »

Sauf que rien ne se passe jamais comme dans le meilleur des cas. Je me garde bien de le rajouter, mais tout le monde le comprend, je pense. Pas besoin de le dire…

En tout cas, je prends la tête de la file et je m’enfonce vers une direction au hasard, tant que je ne m’enfonce pas, tant que j’ai pieds. De temps à autre, je rapproche la torche de l’eau, légèrement, afin de voir s’il y a quoi que ce soit à l’intérieur, mais sa couleur et le déplacement du fond provoqué par mes pas m’empêche d’y voir. Jusqu’à ce que…

« Quoi ? Merde ! »

Seule exclamation que mes compagnons purent voir avant qu’un bruit d’eau qui éclabousse ne retentisse, ma torche ne s’éteigne, tombée, et des milliers de jurons terribles ne se fassent entendre à des intervalles variés comme je rentrais et sortais de l’eau régulièrement. Un genre de truc, une tentacule, une algue, un quelque chose, je ne sais pas, moi !

En se rapprochant, à la faible lueur d’une torche pas trop éloignée, mes camarades pourront toutefois apercevoir mieux que moi la bête qui nous guettait. Rien de plus qu’un serpent géant…

ft. Victor Skaare

ft. Vâli Gungnir

「Honneur aux ombres」
Lorsque je vis Vàli plonger dans l’eau, je ne pus m’empêcher d’esquisser une grimace contrariée. Mais quand mascarade se décida à le suivre, je me retins de lâcher un soupir et les laissai alors progresser dans le sombre liquide. J’avais oublié à quel point la gente masculine était dotée d’une discrétion et d’une finesse hors normes… Là, pour le coup, s’il y avait quelque chose dans ce lac, on l’avait réveillé bien comme il faut et l’effet n’aurait pas été différent que si nous nous étions mis à hurler à l’unisson pour annoncer notre présence.
Les observant avancer prudemment, je fus au moins satisfaite de constater qu’autour de notre petit îlot, il y avait pied. Si jamais une créature devait se terrer là-dessous, elle ne devrait pas être aussi énorme que cela, sinon nous l’aurions remarqué bien avant.

Mascarade nous donna son avis sur la situation et, toujours sur mon rocher la torche en l’air, je fus assez d’accord avec lui-même si l’idée de devoir tâtonner pendant des heures faisait poindre une envie de me tirer vite fait bien fait. J’étais restée jusque là, poussée par la curiosité et l’ennui, mais entre rentrer bien au chaud avec un jambon-beurre et patauger dans la vase pendant des heures…
Son exclamation me sortit de mes pensées et je vis alors sa torche s’envoler avant de tomber lamentablement dans les flots, s’éteignant aussitôt. Notre lumière n’étant désormais couverte que par celles de Vàli et moi-même, je me collai une paire de baffes mentales et me décidai enfin à mettre un pied dans l’eau, retenant un juron sous sa morsure glacée.

Qu’est-ce qu’il…

Je n’eus pas le temps de finir ma phrase que deux yeux brillants sortirent de la surface à quelques mètres de Mascarade qui était le plus avancé. Faisant entrer ma torche dans un portail pour la faire ressortir au niveau de l’étrange créature, nous eûmes tous le plaisir de voir un énorme serpent marin qui semblaient nous regarder comme un boulimique le ferait en matant un buffet à volonté.
Il ne manquait plus que cela…

La queue du reptile jaillit alors de l’eau et fusa dans notre direction, décidée à nous faucher comme des quilles de bowling. Réflexe stupide, je ne sais pas, je me téléportai afin de l’éviter et, d’une détermination sans faille, armai mon poing serré, déterminée à en découdre. Lorsque mes phalanges s’écrasèrent sur le corps écailleux du monstre, un faible craquement résonna et j’eus un sentiment de victoire durant une fraction de seconde avant que la douleur ne fuse dans ma main.

Putin de…

Vous faisant grâce du vocabulaire fleuri que je laissai échapper, je me déplaçai un peu plus loin et constater que mon auriculaire s’était fracturé sous la solidité de la peau du serpent. M’enroulant rapidement mon extrémité meurtri à son voisin afin de l’immobiliser, je sortis alors mon sabre et tournai mon regard vers les deux hommes légèrement devant moi. Face à une bestiole comme ça, il faudrait que je me téléporte au niveau de sa tête afin de l’embrocher, mais autant se reposer aussi sur ses compatriotes lorsqu’on en possédait…

Je suppose que vous serez un peu plus efficaces que moi, ne pus-je m’empêcher de lâcher malgré ma main engourdie.

Du moins, il n’y avait qu’à l’espérer, car je comptais bien faire une économie de magie. Je ne souhaitais pas user de ma forme séraph, et je m’étais fixée la limite d’un ultime portail pour quitter les lieux si jamais j’arrivais je sentais que je ne pourrai plus continuer à me battre sous forme humaine. Quand même, s’amuser était une chose, détruire sa couverture pour un ver de terre en était une autre…