Lost Kingdom  :: Fhaedren :: Terres désolées

Réflexions nocturnes. [Feat. Oli.]

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Theliel revenait encore une fois vers le camp de fortune qui avait dû être monté dans l’urgence. Sur son épaule un mage Mearien qui semblait être en piteux état, il ne bougeait pas et échappait quelques faibles râles. Et elle traînait par le col le corps d’un autre, celui-ci complètement inanimé. Elle conduisit sur le lieu qui servait d’infirmerie provisoire. Une fois entre de bonne main elle soupira et frotta doucement les siennes l’une contre l’autre. Elle s’était attendue à devoir se battre cette fois encore, mais pas à se retrouver avec une telle infériorité numérique. Elle avait envisagé le fait que deux escouades impériales puissent se trouver aussi proches l’une de l’autre évidemment, mais qu’elles puissent se rejoindre aussi rapidement avait sans doute relevé de la chance ou du miracle. Elle repoussa d’une gentille main sur l’épaule une petite mage qui semblait vouloir s’occuper d’elle. Elle la dirigea vers les plus gravement blessés. Une petite paire de main en plus ne ferait pas de mal. De plus la Séraph ne souffrait pas. Quelque petites égratignures ça et là, un ou deux traits flambants tracés par des projectiles, quelques pansements et tout irait pour le mieux. Elle jeta un dernier coup d’oeil aux blessés avant de tourner les talons.

Elle rejoignit ses adjoints qui semblaient eux aussi s’en être plus ou moins bien sortis. Elle constata leur blessures rapidement avant de relever la tête. Elle commença par les féliciter brièvement, il est très important pour les hommes de savoir que ce qu’ils font est bien, après tout. Elle donna ensuite l’ordre de mettre en place une garde tournante en attendant d’être en mesure de pouvoir déplacer les blessés sans courir aucun risque. Une fois sûre d’avoir été bien entendue elle s’éclipsa de nouveau.

Sans-bruit, telle une ombre, elle rejoignit les morts qui avaient été allongés. Ceux qui avaient bien trop subi avaient été couverts par des voiles. Elle balaya la scène des yeux avant de les fermer.

"Donnez-leur, Seigneurs, le repos éternel, et que brille sur eux la lumière de votre face. Qu’ils reposent en paix.”

Juste par ces mots, elle invita les présents à se recueillir.

“Ces hommes et ces femmes, nous tous ici; nous oeuvrons au péril de nos vies, au côté des dieux pour que le futur de notre nation, pour que notre futur soit des plus brillants. Chaque personne ici est des plus méritantes et les faire reposer ici est une offense. Si nous ne pouvons leur offrir un dernier lit, retirez moi tous ces voiles et couvrez les de l’étendard pour lequel ils ont tout donné.”

Comme d’habitude Sélina avait parlé avec le plus grand calme, avec sérénité même, mais ses mots avaient été absolus. D’un geste elle couvrit sa tête de la capuche qui ornait son armure et se dirigea vers l’entrée du camp, elle se campa là et observa les alentours. La nuit allait sûrement être très courte et elle devrait s’assurer que chacun de ses hommes puissent bénéficier d’assez de repos. Le gisement de cristaux qu’ils avaient voulu contester allait sûrement bénéficier de renforcement et s’ils ne pouvaient le prendre par la force brute, il allait falloir ruser. Theliel ferma les yeux en soupirant par le nez. Les marges de manoeuvre étaient minces, les impériaux nombreux et les mages noirs sûrement terrés dans un coin attendant leur heure. Faire venir des renforts des alentours ne ferait que déplacer une faille, les faire venir de Mearian prendrait trop de temps.

Theliel rouvrit les yeux lorsqu’une petite main attrapa son bras, elle se retourna pour apercevoir la petite mage qu’elle avait croisé plus tôt, la regardant à peine, celle-ci lui tendit un caillou vert. Sélina esquissa un petit sourire en le récupérant, elle se concentra brièvement, faisant appel à sa faible magie pour déclencher celle de la pierre. En quelques instants, la moindre de ses égratignures avait disparue. Elle rendit la pierre à sa propriétaire avant de légèrement s’incliner en la remerciant. Celle-ci secoua vivement la tête avant de comme qui dirait, prendre ses jambes à son cou. Sélina roula des yeux plus amusée qu’autre chose par le comportement de la jeune femme. Elle semblait être dans son monde, et ce ne devait pas être plus mal au final.

La nuit avait fini par tomber sur le camp, Theliel montait toujours la garde. Assise le dos contre une roche, elle gardait son épée brisée contre elle. Devant elle, elle tenait sa main gauche ouverte à l’intérieur dansaient de petites sphères lumineuses semblable à des lucioles. Tenant son poste elle avait continué à réfléchir, à se faire des noeuds au cerveau en envisageant la probabilité de chaque possibilité. Elle observait la lumière de l’aube au creux de sa main. Elle était bien inutile sous cette forme. A peine aussi fiable qu’une allumette. Sélina esquissa de nouveau un léger sourire, elle referma sa main sur les sphères avant de se redresser pour poser ses yeux sur un point dans le noir.

“C’est à cette heure ci que tu arrives ?”






war
ft. theliel
strength

Cela faisait longtemps, excessivement longtemps comparé à tes habitudes que tu n'avais mis les pieds en Fhaedren. Un continent, un gisement géant simplement que tu avais délaissé depuis longtemps en terme d'intérêt, longtemps n'étant que quelques semaines à tes yeux. Trop occupé à devoir faire le tour des lieux où le pouvoir résidait en chacun des pays de ce bas monde, Akantha et Nueva, la politique ayant ses raisons à satisfaire surtout de par cette guerre que l'Ordre devait mener sur un seul front mais face à deux ennemis distincts tout deux avides de cristaux cependant. L'un pour son mode de vie esclave de ces pierres et l'autre pour des raisons qui t'étaient encore purement inconnues même si elles devaient être naturellement différentes de l'Empire. Tu avais passé ta journée à l'un des camps à l'arrière du no man's land qui divisait les deux camps même si celui-ci abritait des lieux encore ampli de cristaux à exploiter ou à ôter aux griffes de l'Empire là où vous en réalisiez une utilisation moins intensive, purement militaire actuellement pour tenir tête aux impériaux lorsque cela était nécessaire. Ces gemmes ayant à la fois une utilité pour vos recherches magiques tout comme pour vous les seraph encore purs convaincu que cette ressource devait être utilisable pour faire des découvertes sur la condition des corrompus et le processus en rapport.

C'est ainsi que tu mis ton nez dans les rapports des précédents jours même s'il n'y avait grand chose d'intéressant, quelques escarmouches un peu plus rares qu'à l'accoutumé. Il y avait un gisement prenable géographiquement selon les retours des espions même si la garnison semblait importante mais quelque peu coupée des lignes d'Ellgard de par un rare éloignement géographique. C'est plongé dans ta lecture que tu vins finalement recevoir un missive d'un des magisters qui faisait autant office d'éclaireur que messager et espion en ces terres désolées. Tu avais dévoré les propos couchés le papier avant de promptement quitter le campement pour rejoindre la zone qui t'avait était indiquée sur les écrits, ayant récupéré un cristal dans ta sacoche tandis que tu te dirigeais où les indications se devaient de te guider. Tu avais été informé d'un escarmouche en cours même si tu allais n'arriver que très tardivement, la nuit tombée sans doute vu que ce missive avait dû t'arriver que lorsque les affrontements furent quasiment finis. Situation relativement critique mais non pas insurmontable là où l'Ordre cultivait l’élitisme en son armée à la place de donner une armée au premier soldat qui se contentait de vouer totale allégeance à l'Empire sous les signes de l'armée.

Ce n'est bel et bien que la nuit tombée que tu arrivas sur place et ne tarda à être interpellé par une voix dont tu te rapprochais inexorablement, une voix qui émanait d'un des chemins qui menait à l'entrée du campement en ces terres désolées. Tu n'avais répondu directement dans un premier temps, ne laissant transparaître une quelconque réaction.

« - Malheureusement la diplomatie et la guerre sont deux choses intimement liées et effectivement je n'arrive que maintenant. »

Ayant passé tes dernières semaines à vagabonder ici et là en Akantha et Nueva, la diplomatie étant sans doute plus déplaisante à mener que la mise à mort d'un autre individu en prenant en considération toutes les variables comme le fait qu'il puisse avoir une famille ou non. Il y avait un certain réconfort dans le fait de revenir sur les champs de batailles, le réconfort de savoir à quoi pouvoir s'attendre face à Ellgard et aux mages noirs même s'ils se montraient plus que discrets eux dans ce second cas.

« - Et entre retourner dans l'un de ces palais ou simplement au cœur d'une bataille mon choix est vite fait, écouter des individus campés sur leurs positions qui ne veulent prendre le moindre risque par rapport à leur peuple alors que pour certains ils n'en ont jamais eu rien à faire une fois au pouvoir. »

Cela était paradoxal mais Fhaedren pouvait être au même titre que Theopolis un moyen pour se reposer bien loin de l'hypocrisie classique des politiciens même si tout ceci était nécessaire. Tu rajoutas ceci revenant sur la raison de ta venue ici précisément.

« - J'ai reçu un rapport comme quoi vous êtes tombé sur deux escouades d'Ellgard en voulant sécuriser un gisement, les pertes sont nombreuses ou équivalentes à celles ellgardiennes ? La seule information supplémentaire que j'ai eu c'est que vous êtes tombé sur deux escouades. »

À croire que l'Empire devenait plus affamé que l'accoutumé...



Theliel esquissa un sourire légèrement plus large lorsque les premières paroles de son frère parvinrent à ses oreilles. Toujours la même expression sur son visage. Comme s’il était figé sur ce modèle. Il avait cependant raison guerre et diplomatie était en effet deux fronts différents mais l’un sans l’autre ne ferait pas vraiment sens ces temps ci. Et aucun d’eux ne pouvaient encore être partout à la fois. Et même si la Séraph répugnait perdre ses hommes, elle se battait toujours avec un plaisir féroce pour sa nation. C’est bien pour cela qu’elle avait choisi d’officier dans l’armée plutôt qu’autre chose. Elle pouvait discuter politique, commerce et toutes ces autres choses, mais justice était de bien loin meilleur en la matière. Alors son terrain à elle, était la guerre.

Elle roula ensuite des yeux en soupirant d’un air amusé. Ça ne faisait pas si longtemps que ça et pourtant elle avait toujours tendance à oublier à quel point Olieron avait la pique facile. Elle fit un moulinet son épée brisée en main avant de la glisser dans la sangle qui tenait à son dos. D’un geste de la main, elle lui désigna l’entrée du camp, l’invitant à se mettre en marche avant d’elle même s’avancer.

“Tu sais bien comment sont les mortels qui ont du pouvoir. Soit ils sont prêt à tout pour en acquérir d’avantage, soit il prennent peur de le perdre et font tout pour le garder en faisant en sorte de ne heurter personne. Et surtout pas ceux qui les suivent.”

Elle pensa pour elle même que les immortels eux, savaient très bien faire les deux. Elle souffla doucement par le nez regardant son frère tout en s’avançant vers une petite tente qui avait été montée au centre du camp. Elle retira sa capuche en allant s’asseoir sur un siège improvisé. Elle joignit ses mains devant sa bouche, les coudes posés contre les genoux.

“Hm, deux escouades impériales. L’une d’elle était là pour sécuriser le gisement, cela ne fait aucun doute. Je m’attendais à des renforts mais ils sont arrivés bien trop vite. Cette bataille n’a pas duré plus de trente minutes. En un instant ils nous ont submergés, j’ai dû ordonner la retraite et nous faire replier ici.”

Elle soupira en fermant les yeux donnant en silence une dernière bénédiction aux morts avant de se remettre à parler, ses sourcils froncés et son regard trahissant une légère colère piquée de frustration.

“Les Ellgardiens sont morts en plus grand nombre. Mais nos pertes sont bien plus lourdes. Quinze idiots avec quinze bâton peuvent venir à bout d’un loup féroce. Nous avons réussi à ramener tous les corps et tous les blessés. Certains seront incapable de combattre de nouveau avant un moment. Pour très peu d’entre eux, ils ne combattront sûrement plus jamais.”

Elle prit une légère inspiration qui suffit à la calmer. Si elle était facilement contrariée, elle savait se contrôler.

“Cela fait un long moment que je n’ai pas aperçu de traces des mages noirs. Je sais qu’ils sont toujours à fureter de tous les côtés. Cependant, ils ne semblent pas décidés à passer à l’action pour le moment. Nous restons tout de même sur nos garde. Quelques éclaireurs sont dispersés sur les terres. Je reçois leurs rapports chaque matin. Et si les mages noirs ne bougent pas, l’empire semble se faire plus présent à proximité des gisements. En certains points une augmentation des effectifs est nécessaire.”

Elle se redressa légèrement posant sa joue contre son poing fermé.

“Et déplacer des hommes qui sont déjà en faction ici ne changera rien. Certaines de nos escouades ont subies de lourdes pertes et faire bouger les combattants serait comme faire bouger une faille. Il va falloir en appeler de Mearian. Mais là encore, si l’empire frappe avant qu’ils aient fait le chemin, nous pourrions prendre un sale coup. Quand au gisement que nous avons échoué à sécuriser aujourd’hui, la disposition du terrain fait que nous pourrions être apte à le reprendre. Mais ce serait risqué.”

Elle ferma un oeil gardant l’autre posé sur son frère, lui laissant son tour de parole.




war
ft. theliel
strength

Il était difficile de dire si la situation était aussi problématique surtout lorsque ta semblable vint énoncer les pertes concernant chacun des côtés. Les ellgardiens avaient perdu plus d'hommes ce qui était quelque chose de rassurant même si souhaiter la mort de bien d'autres n'était pas des plus plaisants, acceptable socialement. Même avec une légère infériorité numérique il devait être possible de faire quelque chose même s'il te fallait plus d'informations de ton côté sur le matériel ellgardien. Les informateurs de l'Ordre n'avait fait état d'un quelconque mouvement de troupes entre Fhaedren et Ellgard, aucun bateau ou encore dirigeable n'ayant fait son apparition. La dernière rotation de troupes des soldats ellgardiens devant dater, concernant le fait d'avoir du sang frais ils devaient être comme vous. Des cadavres s'accumulant alors que les hommes devaient attendre plus que jamais la classique rotation entre les nouveaux et anciens effectifs, leur réaffectation sur une autre parcelle du territoire détenu par l'Ordre ou alors où étaient amenés à voyager les prêtres. Tu ne voulais cependant pas laisser ce gisement aux ellgardiens autant de par l'importance de la ressource que de par la symbolique.

Les mages noirs n'étaient donc pas un problème, propos était plaisant à entendre. Tu doutais très fortement du fait de tomber nez à nez avec un corrompu en l'immensité de Fhaedren, ce qui n'était pas plus mal dans un sens peut être. Tu étais convaincu qu'en Fhaedren les mages noirs agissaient comme un principe d'action et de réaction, mettez à sac l'un de leurs lieux de recherche pour peu fallait il en trouver et ils ne tarderaient pas à réagir mais non pas forcement directement en Fhaedren. Il était frustrant d'affronter un ennemi comme eux qui se cachait en les différentes strates de la société, qu'importe la nation selon ce que vous saviez sur ce groupuscule enclin à soutenir les corrompus. Il te fallait une information supplémentaire pour savoir quoi faire vis à vis de ce gisement cependant, songeant au fait que les ellgardiens tout comme l'Ordre disposaient de moyens diverses pour faire varier les forces de leurs troupes sur le terrain. Tu déclaras ceci à l'attention de Force qui devait être la plus apte à répondre à la question efficacement.

« - Les assaillants semblaient posséder des armes lourdes ? Ou plutôt explosives surtout ? Il me faudrait savoir cela d'après ce que j'ai compris nous sommes toujours en infériorité numérique mais pour compenser le tout les pertes furent plus importantes pour les troupes impériales. »

Selon leur équipement il était réellement possible de tenter quelque chose, de plus si cela était nécessaire cela n'allait pas être une simple escouade mearienne qui allait leur tomber dessus, un quelconque bataillon d'anges mais plutôt deux seraph si cela s'avérait obligatoire. Il pouvait toujours être bon de démontrer que les divinités veillaient sur leurs fidèles autant au cœur des temples que sur le champ d'honneur en leur nom. Dans tous les cas deux seraph simplement sous leur forme humaine avec un petit soutien pouvaient largement faire pencher la balance en faveur d'un camp.

« Qu'importe l'équipement ennemi il y aura sûrement moyen de tenter quelque chose mais disons qu'il faudra adapter la stratégie ou non. Dans tous les cas tu as compris que je ne veux laisser ce gisement aux ellgardiens, il n'y a pas de petites victoires face à ceux qui marchent dans les pas d'Ephraïm comme ils le font. »

Il était inacceptable à tes yeux de voir une telle utilisation des cristaux et plus que tout une avarice comme la leur vis à vis de cette ressource qui avait déjà tant causé de travers. Tu fouillas ensuite dans ta sacoche avant d'en ressortir le cristal que tu avais emprunté en le camp d'où tu venais à l'arrière. Observant doucement l'objet magique en lequel résidait déjà l'essence d'un sort et non pas l'essence naturelle d'un cristal tout juste trouvé. Tu rajoutas ceci déposant la pierre sur la table avant d'en venir à cette simple constatation.

« - Je suis venu avec une arme que les ellgardiens ont sûrement déjà appris à craindre de par le passé avec mes capacités de mage il doit y avoir moyen de très bien l'utiliser pour reprendre ce qui nous intéresse tout en limitant nos pertes voir en les réduisant à néant avec la bonne stratégie. Tu serais capable de me décrire la géographie du terrain ? Du gisement ? Tant que celui-ci n'est pas sur une position sur élevée il y a moyen d'agir, il faudra juste le faire dès cette nuit. On a l'avantage de la nuit noire et il serait intéressant de récupérer la technomagie qu'ils pourraient avoir avec eux. »

Tu n'avais qu'une envie, écraser les ellgardiens pour les punir de leur impétuosité. Les cristaux n'étaient pas leur seule et unique propriété surtout pour ce qu'ils en faisaient, la technomagie, un gâchis sans nom.



Sélina s’avachit légèrement sur son siège de fortune en fermant les yeux de nouveau. Elle se remémora l'entrée en scène de l’empire comme si elle s’y trouvait encore une fois. Elle vit encore une fois la première escouade s’avancer leurs armes technomagiques en main. Elle vit les premiers coups échangés, les premier sang. La continuité d’un très court combat avant qu’une explosion ne retentisse, l’ombre de nouveaux soldats impériaux s’approchant par le flanc. Elle rappela à son esprit tout ce qui s’était passé un peu plus tôt, ne manquant pas un seul détail. Elle rouvrit ensuite les yeux.

“Ils portaient en majorité des armes légères et explosives, le combat rapproché n’a pas été chose aisée. La deuxième escouade en revanche portait des armes à longue portée ainsi qu’une arme balistique à la puissance élevée. C’est avec celle-ci qu’ils ont creusé notre flanc.”

Maintenant qu’elle y pensait de manière plus posée, cette intervention avait l’air bien plus organisée que ce qu’elle avait pu croire. Où alors comment auraient-ils pu avoir le temps de tirer de manière aussi précise. Elle soupira et posa ses doigts contre son front, elle y réfléchirait plus tard, elle avait d’autres choses à penser et un nouveau plan à mettre en place avec l’aide de son frère. Elle hocha la tête en accord avec les paroles de son frère.

“J’ai bien compris que tu ne voulais pas le leur laisser oui, et moi non plus. En plus d’être un gisement conséquent, sa position présente un aspect stratégique non négligeable.”

Elle haussa doucement les sourcils avant de se pencher sur le cristal que le Séraph venait de poser sur la table. Elle inspecta un instant l’objet avant de relever les yeux vers son frère posant une main contre la table. Encore une fois, elle fît parler sa mémoire les yeux fixés sur ce dernier.

“Le gisement se situe dans une cuvette, à l’est on y accède par de petits sentiers qui se glissent entre les roches. A l’intérieur, le terrain possède quelques reliefs qui permettent une vue ouverte sur le gisement. Le terrain autour de celui-ci est dégagé. Cependant des vents chauds emprisonnés dans la cuvette y font parfois passer des nuages de poussière qui nuisent grandement à la visibilité. Il y a également plusieurs formations rocheuses qui peuvent permettre une mise à couvert. A l’ouest cela ressemble plutôt à un labyrinthe de roche. Ce chemin est dangereux mais pas impraticable. Cependant je ne donne pas cher de notre peau si nous nous faisons repérer par des tireurs alors que nous traversons. Des éclaireurs ont été envoyé dans les grottes avoisinantes à la recherche d’un chemin creusé dans les parois.”

Theliel s’arrêta un instant elle se redressa de son siège posant ses deux mains sur la table.

“Mais, je doute que leurs chefs d’escouade soit assez intelligents pour penser que nous allons revenir cette nuit. Ils ont pris le gisement et ont eu leur victoire. Ils ont déjà monté leur camp, ils se sont relâchés. Ceux que nous avons le plus à craindre lors de notre approche, seront les gardes munis d’armes à longue portée et, dans l’éventualité où ils l’auraient gardé prête, leur artillerie. Il faudra détourner leur attention des accès au site. C’est à ce moment là, quand ils n’auront plus d’yeux, que nous pourrons frapper.”

Elle posa de nouveaux ses yeux sur le cristal.

“Je suis curieuse. Expose moi ton plan je te prie.”

Elle esquissa un nouveau sourire léger.

“J’aimerais savoir si mon excitation à retourner au combat est légitime ou non.”




war
ft. theliel
strength

Le fait que le terrain soit en partie à votre avantage en cas d'assaut avait de quoi être réconfortant à vrai dire. Vous n'alliez pas avoir à  vous triturer le cerveau pour trouver un angle d'attaque intéressant surtout qu'être en contre bas pouvait rapidement devenir pire qu'un enfer. De par le descriptif que tu avais eu il ne manquait pas de moyens pour mettre à mal tout groupe en stationnement en ce lieu surtout que l'Empire avait dû faire un choix, pour la nuit il était sans doute difficilement pensable d'établir un camp en dehors du gisement, le fait que cela soit une cuvette pouvait être utile paradoxalement face aux créatures nocturnes de Fhaedren mais face à une artillerie magique ou autre... L'utilité était proche du néant, cela était même du suicide plutôt. Continuant d'écouter attentivement les propos de ta semblable, l'équipement des ellgardiens semblait raisonnable d'ailleurs, rien de bien trop dérangeant. Un classique en soi hormis quelques petits atouts contre lesquels tu étais confiant, parmi les magisters présents il devient bien y en avoir qui appartenaient à une des divisions spécifiques de l'Ordre même si techniquement une nouvelle fois la simple présence de deux seraph même sous forme humaine pouvait faire clairement pencher la balance.

Ton plan se développant doucement mais sûrement dès lors, tu ne tardas à faire un signe à Force pour qu'elle te suive hors de la tente en laquelle vous vous étiez retrouvé. Il vous fallait revenir sur vos pas sachant que tu avais récupéré avant de partir le cristal que tu avais posé sur la table. Tu ne tardas à sortir du camp même si vous étiez excessivement proche de celui-ci, ton regard balayant en l'obscurité l'horizon à la recherche d'un certain amas. Il te fallait trouver de la roche, chose qui ne manquait pas en les terres désolées de Fhaedren. Ce fut avec un certain étonnement qu'en faisant le tour des lieux tu tombas sur ce qui semblait être un des anciens transports de troupes d'Ellgard, éventré, la rouille ayant commencé son œuvre sur la structure. Le véhicule devait être là depuis un bon moments, depuis bien des mois mais l'Ordre avait déjà s’assure qu'il n'y avait rien d'intéressant à récupérer en son cœur.  

« - Je crois que j'ai trouvé ce qu'il nous fallait. »

À défaut de trouver de la roche, cela allait faire l'affaire et c'est ainsi que tu vins poser aux pieds de la carcasse le cristal que tu avais amené. Restant quand même proche de celui-ci, tu l'activas en quelque sorte une aura magique s'en extirpant, celle-ci venant engloutir rapidement en une certaine zone les débris de la chose ellgardienne.

Il y avait un bruit typique, celui du fer, d'un quelconque métal qui se voit démantelé, découpé alors que le sol tremblait en parallèle. Tu te concentrais pour utiliser du mieux que tu le pouvais la pierre même si celle-ci vint se faire ensevelir par le sol, la terre qui semblait s'agglomérer autour de celui-ci. Le tout paressait s’ériger en une forme humanoïde, grossière malgré tout même si ton contrôle sur le cristal qui était devenu le cœur de la chose semblait lui offrir des détails appréciables comme des doigts en ses mains à la place de moignons qui auraient pu servir comme de simples masses. C'est ainsi que le métal du véhicule s'agglomérait à des endroits stratégiques pour former un semblant de cuirasse à la créature malgré tout bien vide émotionnellement de par son statut de création, tel un automata qui attendait de suivre les ordres. Les golems et leurs variantes représentant l'équivalent des véhicules lourds de l'empire même si celui-ci avait tout à envier à ses semblables précieusement fabriqués en les ateliers de l'Ordre. Il allait être suffisant pour un assaut alors qu'il était là les bras ballant attendant ses ordres.

« - Il pourra nous être utile et faire diversion à lui seul quasiment, sans doute faudra il lui attribuer un individu ou deux pour être sûr que les ellgardiens mordent à l'hameçon. »

Le plan présentait énormément d'avantages pour l'Ordre allant de la nuit à l'utilisation d'une de ces créatures magiques pour faire diversion, la géographie étant une carte de plus, tu vins conclure par ceci.

« - Lorsqu'il fera diversion le reste se chargera de prendre position dans le dos de l'ennemi ou du moins en des positions avantageuses. Je ne connais pas les spécialités ou talents de magisters encore aptes à se battre mais il n'y a pas de raisons que cela se passe mal. L'Empire n'aurait jamais envoyé en pleine nuit des renforts aux troupes déjà sur place. »



L’inquisiteur regarda son corbeau, et lui caressa la nuque d’un doigt distrait. L’animal avait volé longtemps pour venir le voir et lui apporter les réponses dont il avait besoin. Leur nouveau gisement, surveillé comme il se devait pour un endroit aussi précieux, était sur le point de subir une attaque. Il suffisait pour s’en apercevoir de regarder la carte des opérations et d’analyser les mouvements ennemis. Deux de leurs patrouilles avaient essuyé des défaites cuisantes dans des échauffourées avec l’ennemi. Ces derniers rodaient autour de leur nouvelle mine de cristal comme des mouches autour d’une charogne juteuse. Il retira sa main de l’animal, et rompit le lien télépathique qui les unissait, avant de le laisser s’envoler. Même sans les corbeaux qui patrouillaient le territoire, leur adversaire faisait tout pour rendre ses plans aussi évidents que possible. Il se leva, et regarda Aerith. Elle avait progressé. Elle se tenait devant lui, le regard vif et l’œil prêt. Il doutait encore de pouvoir l’employer pour des missions plus subtiles, mais il était sûr d’une chose la concernant : elle saurait s’épanouir dans le combat qui les attendait. Il lui fit signe de le suivre, et se leva, vissant son casque sur la tête. Ce soir, ils mangeaient à leur faim.

Il repoussa le pan de tissu épais de sa tente, et huma l’air du soir. Fhaedren avait toujours eu cette odeur particulière, qui savait vous prendre à la gorge et ne pas vous lâcher. Une odeur magique, entre l’ozone et la chair brûlée, entre la roche volcanique encore chaude et la neige carbonique. Entre l’odeur puissante des bêtes mutantes et des corps humains serrés. C’était l’odeur d’un endroit qui n’acceptait pas la compromission, qui avalait et détruisait les faibles et les imbéciles. Et ce soir, il était son agent privilégié, il était l'émissaire de sa volonté. Il regarda les centurions assemblés devant sa tente, et prit la parole sur un ton égal, sa voix tombant comme une condamnation à mort :

"La vermine fanatique prévoit un assaut sur notre nouvelle exploitation minière, ce soir sans doute. Vesh, Kem, vous rassemblez un contingent d’élite et équipé, et vous venez avec moi. Nous allons leur faire comprendre qu’ils sont toujours l’Ordre désastre. Les autres, en alerte jusqu’à nouvel ordre. Je doute que ce soit le cas, mais c’est peut-être un piège. Que la main de l’Empereur vous guide, fit-il pour achever son bref discours, accompagnant la parole d’un salut qui lui fut aussitôt rendu."

Ils avaient sans doute peu de temps, mais disposaient d’un avantage majeur. Contrairement à leurs ennemis, les responsables de l’armée ellgardienne étaient choisis pour leur compétence, et la compétition était rude, voire mortelle pour accéder aux postes les plus prestigieux. Le convoi militaire se mit rapidement en route, seul le bruit discret des moteurs technomagiques troublant le silence rigoureux de leur déplacement. Il devait avouer qu’il préférait normalement les affrontements plus standards, mais si l’ennemi était assez fou pour tomber dans les pièges les plus évidents, il n’allait pas refuser une main aussi généreusement tendue. Cette guerre durait depuis trop longtemps, et s’était enlisée à cause de l’incompétence généralisée qui régnait dans les deux camps. Il était grand temps de montrer au monde toute l’étendue de son génie, et ses ennemis, s’ils manquaient visiblement autant de superbe que d’intelligence, feraient néanmoins un excellent tremplin. Il ne leur fallut que peu de temps pour arriver sur place, la piste menant à une vaste cuvette située proche de leur exploitation minière. Holker avait d’abord été circonspect quant à l’emplacement de l’endroit, avant de rapidement comprendre qu’avec la bonne stratégie, il saurait s’avérer un atout précieux. Comme toute chose, il suffisait de l’exploiter intelligemment pour qu’il révèle avec une complaisance coupable toute l’étendue de ses atouts.

"Aerith, fit-il avec un large sourire. Je pense que tu vas apprécier ce qui va se passer. Assure-toi que ta performance soit bonne ce soir, et je te promets que tu pourras manger à ta faim."

Il posa sa main sur sa tête, et frotta brièvement, avant de sauter hors du véhicule et de regarder le camp. Ils étaient nombreux, et plus encore dans les mines. Il regarda le responsable du camp se porter à son niveau, et le saluer, avant de réciproquer le geste et de lui parler :

"Tout est prêt ?

- Oui, votre excellence.

- Parfait."

Il avait été simple de le prévenir. La technomagie permettait l’usage d’appareils capables de transmettre leurs paroles sur de courtes distances, et Holker avait rapidement compris l’avantage de ces machines. En installant de nombreux postes-relais sur leur territoire, il s’assurait que les ordres et les informations circulent avec une efficacité jamais vue auparavant. Chaque jour qui passait voyait l’armée d’Ellgard se moderniser un peu plus, tant au niveau de ses équipements que de sa manière de fonctionner. Bientôt, ils seraient prêts, et ils déferleraient sur Fhaedren pour en chasser leurs rivaux. Il frissonna légèrement, l’idée du carnage à venir l’emplissant d’un plaisir qu’il eut du mal à dissimuler. Il remercia son casque pour l’ombre complice dans laquelle il plongeait son visage, et s’apprêta à recevoir leurs invités avec tous les honneurs qu’ils méritaient. Qu’ils sachent ou non qu’ils étaient attendus ne faisait plus aucune différence, maintenant.


Le dragon ajustait sa cuirasse plaquée contre sa poitrine, un large sourire parasitant ses lèvres colorées. Elle avait appris une chaleureuse nouvelle ce soir. Oui !
Ce soir, ils allaient festoyer.
Ces pauvres fous s’étaient montrés plus curieux qu’ils ne devaient l’être, et la punission qu’ils allaient recevoir serait exemplaire. Fhaedren était une terre de conflit sempiternelle entre Mearian et Ellgard, hélas pour les religieux certaines choses ne pouvaient tout simplement pas passer inaperçues. Aerith avait eu la chance, le privilège absolu de participer à cette purge, sans doute cela était un des nombreux avantages d’être l’esclave d’une figure comme lui. Après s’être rongé la griffe d’une impatience sans nom accompagné d’un fouettement erratique de son épaisse queue contre le sol, ils avaient fini par sortir de la tente. Aerith restait derrière l’homme, emplie d’une humilité dont elle n’aurait été capable de faire preuve il y a de ça quelques mois. Elle écoutait silencieusement son discours, les bras croisés et la figure basse. Elle finit également par le suivre, toujours dans un mutisme total d’apparence mais un affolement mental sans aucun comparatif. Tout bonnement excitée par la situation, elle se délectait de pouvoir partiellement assouvir sa faim par la dévoration des rats galeux, en espérant qu’elle ne doive rien partager avec les charognes de l’Inquisiteur.

Arrivant sur les lieux, la bête balayait les lieux d’un regard détaché, humant l’odeur du souffre qui semblait plus forte à certains endroits de ces terres désacrées. Cet endroit en faisait parti.
A moins que ce soit l’odeur de la victoire ?
Les mots du Maître captaient directement l’attention de l’Esclave, profondément satisfaite par ce qu’il venait de lui déclarer. Il lui suffisait simplement de ne pas faire d’erreurs, et elle serait récompensée. Deal qui lui semblait tout à fait réalisable, elle sentait déjà la salive monter à sa bouche. Lorsque sa main lui accorda une légère friction, elle esquissa un sourire.

« Bien sûr, maître. Vous pouvez compter sur moi. L’échec n’est dans tous les cas pas envisageable. Il faudra espérer les récupérer en un seul morceau, cependant. » La dernière phrase fut soufflée de façon plus basse que le reste de sa réplique, avec le même engouement malgré tout. Son corps quitta son véhicule, lissant les puissantes écailles recouvrant ses bras. Elle suiva Holker et, de nouveau, s’arrêta à un ou deux mètres derrière lui. Les efforts qu’elle menait autrefois étaient à présent si naturels qu’ils ne pouvaient plus être qualifiés comme tels. Elle progressait, et s’en rendait elle-même compte. Il fallait dire qu’elle ne s’ennuyait pas en sa compagnie, et c’est cette bonne humeur constante qui la rendait plus docile. Elle observa une seconde le responsable du coin de l’oeil, avant de, de nouveau attarder son attention sur le décor. Ils étaient beaucoup. L’accueil allait être pour le moins chaleureux.

Il fallait simplement être patient, à présent.
La patience est une vertu, après tout.






Elle suivit son frère sans piper mots. Il savait parfaitement ce qu’il faisait comme toujours. Le phénomène qui se produisit sous ses yeux la laissa un instant pantoise. Alors voici ce dont les cristaux pouvaient être capable avec l’aide de la magie. Elle observa un instant la créature en détail plissant légèrement les yeux sans oublier d’écouter les propos de homonyme. Elle réfléchit elle même un instant. Au vu des forces de l’Empire créer une diversion serait en effet la meilleure de solutions. Mais qu’en était il donc de l’infiltration. Il allait en effet falloir faire l’inventaire de ceux qui pouvaient encore marcher au combat. Et plus important encore, de leurs habilités et magies respectives. Sélina tourna les talons, elle leva la main en direction du camp. Une petite boule de lumière ridicule s’y manifesta. Elle transmit en morse le signal de rassemblement aux gardes en faction. En moins de temps qu’il n’en aurait fallu pour le dire, l’agitation se fit dans le camp et les soldats Meariens commencèrent à descendre le chemin qui menait aux deux Séraphs. Theliel entre temps dissipa la lumière d’un geste de la main et les observa un à un insistant sur les blessés plus que les autres. Elle fit face à Justice.

“Voici ceux qui peuvent encore combattre.”

Elle désigna deux mages d’un signe de tête.

“Ces deux là disposent de magies défensives avancées. Si tu veux assigner des personnes à ta création, je suis sûr qu’ils feront l’affaire et qu’ils sauront rester en vie.”

Elle soupira légèrement en désignant ensuite la petite mage qui lui avait apporté le cristal vert un peu plus tôt.

“Elle ne parle pas, c’est une couarde. Mais sa magie de soin est la plus efficace de ce bataillon, nous ferions bien de la garder à couvert.”

Elle pointa du doigt un autre mage.

“C’est une salamandre. Sa magie de feu pourrait être un atout non négligeable dans cette bataille.”

Elle croisa ensuite les bras faisant face aux soldats qui se demandaient encore sûrement ce qui se passait pour la plupart. Inutile de les faire attendre plus longtemps.

“Nous repartons cette nuit. Nous n’allons pas nous laisser marcher sur les pieds par les impériaux ni ne leur laisserons ce qui nous appartient. Nous allons reprendre ce gisement de cristaux et nous allons aussi leur faire payer pour ce qu’ils ont fait à nos camarades. Nul besoin de vous dire que tant que la main de Justice marchera avec nous vous serez sous ses ordres autant que les miens.”

Les soldats acquiescèrent d’un même mouvement et Sélina elle releva la tête vers le diplomate.

“Je te laisse leur expliquer la suite des opérations. Et si tu as des questions à leur poser, n’hésite pas.”




war
ft. theliel
strength

Un contingent non pas spécialement mince ni des plus imposants, au moins celui-ci aurait le mérite de ne pas faire un boucan en se déplaçant en pleine nuit en Fhaedren. Tu avais attentivement écouté la composition du groupe, un éventail de talents appréciables comme le voulait en temps normal la répartition des magisters selon leurs capacités propres. Expliquer la suite des opérations allait cependant être complexe malgré tout de par le fait que tu n'avais eu qu'une brève description du terrain où se trouvait le gisement. Il allait falloir d'abord pouvoir au moins observer discrètement la disposition du camp ennemi sans doute mis en place avant de pouvoir évaluer une stratégie plus poussée qu'une simple diversion afin de prendre d'assaut le tout. Il vous manquait des informations précises afin de mettre le tout en place et ce n'est qu'une fois sur le terrain que ces informations seraient gagnables. La nuit allait être excessivement longue voir écourtée pour certains même si tu voulais n'envisager cette possibilité pour chacun des individus de ce contingent, du moins pour chacun des mortels. Une guerre n'était jamais plaisante à mener mais il fallait faire ce qui était nécessaire parfois et ne pas choisir la facilité.

Il y avait une éventualité que tu ne voulais cependant pas écarter chose dont tu fis rapidement part à ta semblable séraphique avant que le groupe se décide enfin à partir.

« - Si l'issue du combat sur place est trop serrée je préfère que l'on sabote le gisement à défaut de s'en emparer je ne veux pas qu'Ellgard puisse l'exploiter. Cela devrait être facilement réalisable s'il s'agit de certains types de cristaux. »

Reportant ensuite ton attention sur le reste du groupe tu allais devoir rester évasif concernant la stratégie à adopter de par la suite, du moins une fois sur place tandis que tu ne préférais développer quelque chose de fixe. Il était inutile de penser à quelque chose qui pourrait rapidement s'avérer obsolète.

« - Une fois sur place nous nous diviserons sûrement en deux contingents dont l'organisation dépendra des compétences de chacun, le but étant de créer une diversion ou du moins de développer un effet de tenaille mais tant que nous n'avons pas pu observer un minimum la disposition du contingent ennemi je ne peux pas plus m'avancer. »

Ce n'était pas comme s'il s'agissait d'une future bataille rangée entre deux contingents de plusieurs centaines, milliers d'individus non cela était de la guérilla comme l'ensemble du conflit tout bonnement. Des escarmouches s’enchaînant, il fallait s'adapter à bien plus de variables et bien souvent l'adaptation avait été décrite à travers les âges comme une chose aussi vitale qu'efficace pour tenté de palier à des problèmes.

Il ne vous restait plus qu'à partir en direction du futur lieu de cet énième escarmouche en ces terres, comme un sempiternel recommencement paradoxalement juste pour la richesse d'un territoire en des cristaux qui obnubilaient bien trop certains. Tu n'étais dans tous les cas pas le meilleur placé pour guider tout le petit groupe de par ta connaissance juste théorique du terrain ou plutôt de cette partie précise de Fhaedren. Tu ne t'étais point fait prier pour déclarer ceci à l'attention de Theliel alors que sur ce point tu allais te montrer dépendant de sa personne et de celle des autres individus du groupe.

« - Tu devrais prendre la tête du groupe, tu connais mieux le terrain que moi jusqu'au gisement vu que tu as déjà eu à te battre dans les environs. Hormis du théorique concernant les lieux je ne suis pas spécialement bien placé pour guider tout le monde. »

Cela ne vous avait empêché de vous mettre doucement mais sûrement en marche en attendant que l'avatar humain de la Force se décide à guider tout le monde. Une créature de terre et de métaux liée à un groupement de magisters qui ne devaient pas en être dans tous les cas à leur premier affrontement en ce bas monde là où un autre allait se profiler une fois arrivé sur place, il y avait sans doute comme un désir. Le désir de fait payer aux ellgardiens un tribut en compensation du précédent après midi alors que le gisement ne devait être la seule motivation de certains individus. L'homme avait raison parfois et de par ses émotions ses motivations.



Holker regarda autour de lui, inspirant une profonde bouffée d’air. Il avait toujours apprécié les odeurs du camp militaire. Si beaucoup de ses pairs parlaient des relents de sueurs, de latrines et de promiscuité avec un nez froncé et une mine dégoutée, l’hybride n’avait rien contre ces odeurs. Elles étaient vraies, elles étaient pures. Elles lui rappelaient son enfance, et le plongeait dans une forme de nostalgie, lui rappelant le temps des jeux et des plaisirs simples, quand sa seule préoccupation était encore de lire et de se préparer pour l’avenir glorieux qui l’attendait. D’écarter les autres gamins trop insistants, aussi, mais maintenant qu’il prenait du recul, il se rendait compte que c’était plus un plaisir un peu besogneux qu’une véritable corvée. Par-dessus la fragrance charnue des corps humains industrieux et tendus, il pouvait sentir celle, plus froide, du métal et des cristaux. Il était heureux de savoir que les gisements étaient en sécurité sous terre, dissimulés à l’abri des regards et des mains mal intentionnées. Seuls les équipements miniers et les lourds convois de transport et de ravitaillement permettaient réellement de savoir ce qui se passait ici, le seul tunnel d’accès à la mine étant caché sous plusieurs couches de métal imperméable.

Même les bords du cratère avaient été mis à contribution, et sur ces derniers s’élevaient de lourds et épais murs, leur vitesse d’érection et leur modularité se faisant la preuve indéniable de la supériorité du génie Ellgardien. Holker avait conçu ce site à l’image des réformes qu’il avait imposé à Guerre : froid, efficace, se faisant à la hauteur de sa méfiance paranoïaque. L’hybride avait installé d’autre mesures d’urgences, mais préférait ne pas y penser maintenant, connaissant la propension des divinateurs et des télépathes de Mearian à utiliser leur métamagie. Déjà, il sentait leur influence néfaste, mais se rassurait simplement : l’incapacité flagrante de leurs dirigeants à se rendre compte de leur propre inaptitude était la plus belle assurance de sa victoire.

Il regarda Aerith, et un sourire fleurit sur son visage. Elle était la preuve vivante qu’il commençait à laisser son empreinte sur le monde. Elle était sa première œuvre, la première note d’une grande symphonie, d’un projet glorieux qui se formait dans sa tête depuis maintenant longtemps, d’un plan qu’il allait mettre à exécution rapidement. Il suffisait juste, maintenant qu’il en avait l’essence, d’arriver à le mettre en forme de manière convaincante.

"Aerith. Les gens de Mearian sont désespérés. Ils savent que l’Empire ne peut que gagner, et que chacune de leurs maladroites tentatives ne fait que rapprocher l’inéluctable. Ils vont sans doute tenter après la défaite d’aujourd’hui de prendre leur revanche d’une manière ou d’une autre. Je compte sur toi lorsque leur débâcle atteindra son paroxysme pour identifier leurs meneurs et frapper."

Il la regarda un instant, et continua :

"Capture-les si c’est possible, mais ta priorité reste ta propre sécurité. L’important est de faire passer un message, que leurs troupes voient revenir des généraux piteux et dévastés. Si tu ne peux pas les appréhender, tue-les. Sinon, blesse-les. De manière très visible. Défigure-les. Rends-les hideux, couvre-les de honte. Rends-moi fier."

Il ne restait plus qu’à attendre. Les gens d’Ellgard avaient déjà fait le premier pas, préparant le terrain pour recevoir leurs adversaires comme il se devait. C’était maintenant à Mearian de répondre à leur invitation, et de montrer ce qu’il pouvait faire. L’Inquisiteur avait rapidement appris à ne pas trop en attendre de côté-là, mais il restait néanmoins vigilant, prêt à réagir au moindre imprévu.


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Réflexions nocturnes

A lie told often enough becomes the truth.

L’impatience rongeait sa chair depuis la surface et agitait son âme. Cela faisait si longtemps qu’elle attendait qu’une occasion comme celle-ci se présente - celle de pouvoir enfin laisser libres flots à sa rage et à sa béllicosité, deux magnifiques choses restées endormies et sommeillaient depuis bien longtemps et ce peu importe toutes les exquises choses qu’Holker lui avait fait goûter depuis qu’elle était à son service. La correction qu’ils allaient leur infliger - si elle ne le savait pas encore - serait mémorable et à graver dans le marbre par Mearian - douce défaite du mois d’avril qui devrait sans doute être inscrite dans le calendrier afin de permettre au peuple akanthien et mearien de profiter d’un jour férié de plus, la complaisance de ces peuples dans leurs propres faiblesses pouvant pour une fois être bénéfique à leurs habitants.

Qu’il était compliqué de se contenir lorsque les prémices d’un carnage étaient déjà tracées, il ne manquait plus d’ajouter la couleur, les ombres se dessineront elles-mêmes. Le rendu sera beau. Esthétique. Bien sûr, il ne risquerait de plaire au peuple religieux qui n’avait aucun raffinement en ce qui concernait les oeuvres bien exécutées mais il était réducteur de condamner leur ignorance sachant que celle-ci les avait sauvés à maintes reprises.
Pas ce soir, mais cela leur servira de leçon à l’avenir et ils apprendront rapidement à rester dans leurs trous plutôt que de pointer le museau vers la surface.

Au fond, Aerith n’avait aucune revanche à prendre contre Mearian lui-même. C’était cette humiliation qu’on lui avait infligée qui tordait ses tripes et la secouait d’une rage écumeuse. Ce n’était pas suffisant pour partir en croisade contre eux, mais si telle était la volonté d’Holker et qu’elle pouvait assouvir ses appétences sans retenu grâce à cela - pourquoi cracherait-elle dessus ?

Ses yeux, vifs, s’étaient dirigés vers Holker. Elle sourit, ne sachant cacher le rideau albâtre qui se trouvait juste sous sa chair. Ses mots étaient plaisants et la plongeaient dans une profonde satisfaction - une joie clairement visible sur son visage d’autant plus qu’elle n’était pas habituelle et rarement perceptible. Ses yeux, injectés de sang trahissaient presque aussi bien que sa poitrine se soulevant de façon bien plus sporadique l’excitation qui irriguait son être.

Vite.
Elle avait tellement faim.

« C’est assurément dans mes cordes, souffla-t-elle, ses griffes s’entrechoquant en une sonorité métronomique. Vous sortirez de ce combat couvert de gloire et Mearian couvert de honte, monsieur. »

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Théliel attendit que chacun soit paré à partir écoutant avec les autres tout ce qu’Olieron avait à dire. Silencieuse, concentrée. Elle hocha légèrement la tête lorsque son frère lui fit part de sa volonté dépendant du tournant de la bataille. Saboter le site était effectivement une possibilité que la Séraph avait préféré tenir à l’écart de ses plans jusqu’à présent. Certes ils pouvaient les détruire mais la taille du gisement et le nombre exubérant de cristaux qui devaient s’y trouver avaient fait germer une autre possibilitée, celle d’une réaction peu appréciable liée à la destruction de ceux-ci. Mais Justice avait raison, le laisser aux impériaux serait de la pure folie. Elle répondit de manière à ce que seul son frère puisse l’entendre.

“J’avais écarté cette possibilité. Il y a bien trop de matière. Mais je suppose qu’avec ce dont nous disposons maintenant, on devrait être en mesure de le détruire et de s’en sortir si quelque chose devait arriver.”

Sélina était par contre tout à fait d’accord sur le second point. Une diversion serait un atout énorme qui leur permettrait de frapper un grand coup avant que l’ennemi ne puisse se rendre compte de ce qui lui arrivait. Les tirs seraient détournés d’eux pendant ce temps et c’est tout ce qu’il fallait à la guerrière qui excellait lorsque le combat tournait au rapproché.

“Comme je te l’ai précisé, deux escouades sont sur les lieux. Cependant j’ignore s’ils ont été rejoint par des forces supplémentaire. Deux escouades vont peiner à défendre sans appui. J’imagine qu’une troisième a pu être appelée. Mais moi non plus, je ne peux m’avancer sans l’avoir vu de mes propres yeux.”

Sélina tourna les talons à l’issue de leur échange se dirigeant vers le groupe de mages qui attendaient les directives en silence. Elle les fixa un instant sans piper mot, glissant ses yeux sur eux, observant le visage de chacun, lisant cette détermination qui luisait dans leurs yeux. Tous de fiers combattants aux yeux de la Séraph. Elle finit par prendre la parole calmement.

“Marchez derrière moi. Attendez les directives pour agir. Silence et discrétion sont de mise. Nous ne savons pas sur combien d’ennemis nous avançons, nous ne connaissons pas tous les moyens qu’ils ont en leur possession. Gardez les yeux ouverts et redoublez de prudence. Ne vendez pas vos vies inutilement.”

Elle ajouta plus bas.

“Et priez pour pouvoir admirer la lumière de l’aube.”

Elle tourna de nouveau les talons accompagnant le mouvement d’un geste de la main invitant le groupe à la suivre. Ils quittèrent le camp pour la nuit noir et la terre brûlée de Fhaedren. La Mearienne recouvrir sa tête de son capuchon prenant la direction du site. Ses yeux n’avaient de cesse d’être à l'affût, elle guettait également le moindre bruit suspect. Fort heureusement, rien ne vint. Elle stoppa la marche d’un nouveau geste de la main arrivé à proximité du site, elle leva la tête et chuchota dans la nuit en se tournant vers le groupe.

“Trouvons un point d’observation. Ensuite nous aviserons de la meilleure stratégie à adopter. Que chacun reste à couvert. Leurs tireurs d’élite surveillent sûrement le périmètre et des tours de garde ont dû être mis en place.”
Vae Victis

Il put rapidement les voir arriver, une troupe brillante de soleil reflétant les espoirs imbéciles de leurs supérieurs. Leurs ennemis. Il y avait dans l’air quelque chose de spécial, quelque chose qu’il ne parvenait pas réellement à identifier malgré ses sens supérieurs. Peut-être était-ce simplement son imagination fertile et sa propension à se laisser aller au mélodramatique. Peut-être y avait-il dont la manière qu’avait la poussière du vieux continent de s’élever en tourbillons spectraux et prophétiques vraiment quelque chose à comprendre. Au final, une chose restait véridique, une chose le liait à tous ces hommes qui avançaient sur un échiquier dont ils ne pouvaient pas voir toutes les cases. Il était le principal coordonnateur, le maître d’orchestre privilégié qui allait leur présenter sa dernière pièce. Tous, qu’ils le savent ou pas, allaient danser et chanter et assister à sa représentation, tous allaient la gouter et l’apprécier à sa juste et grandiose valeur. Seul le golem d’en face l’inquiétait, lui qui se détachait déjà sur l’horizon déclinant comme une masse blanche et calcifiée, comme une tour imposante et prête à s’abattre sur eux. Peu importait. Il ne serait pas un accroc dans son plan, mais simplement un imprévu qui lui permettrait d’ajouter encore quelques délicieuses notes à sa partition.

Il regarda les hommes se mettre en place autour de lui, tous équipés d’un masque à gaz accroché dans le dos, aussi précieux qu’invisibles, et il attendit, les bras croisés, que leurs ennemis se rapprochent. L’armée Méarianne pouvait autant qu’elle le voulait tenter d’être discrète, mais l’Inquisiteur possédait lui des centaines d’yeux, planant et tournant dans le ciel comme un vol de vautour ; Il avait perçu leur arrivée depuis longtemps déjà, et son esprit supérieur de tacticien avait échafaudé des plans dans les plans de ses plans, paré à répondre à toute éventualité. Il tendit la main à un de ses soldats, ce dernier lui tendant un appareil technomagique lui permettant d’amplifier sa voix et de la faire porter par-delà les étendues calcinées qui le séparait de ses proies.

"Soldats de Mearian, clama-t-il d’une voix calme et assurée, comme s’il s’apprêtait à énoncer des faits évidents. Vos dirigeants incapables vous entrainent de défaites en défaites dans une guerre d’agression aussi vaine qu’illégitime. Aujourd’hui encore, vous foncez tête baissée vers l’abattoir. Nos positions sont solides, leur plan enfantin éventé, et votre entreprise vaine ! Battez maintenant en retraite, et nous vous laisserons partir sains et saufs ! Poursuivez cet acte fou, et subissez le courroux impérial !"

Holker n’avait aucune envie de les voir partir. Il connaissait bien les faiblesses des dirigeants de Mearian, et savait que malgré tous leurs beaux et longs discours sur les vertus qu’ils se voulaient représenter, ils étaient rongés par de bien humains faiblesses, parmi lesquelles la fierté occupait une place de choix. En quelque phrases, Holker venait à la fois de leur couper la possibilité de battre en retraite la tête haute et de s’assurer que les survivants (il comptait bien en laisser repartir quelques-uns qui transmettraient au reste de l’armée adverse le récit de cette journée fatidique) dresseraient un compte-rendu particulièrement gouleyant de ses actions. Ses hommes hurlèrent leur approbation, leur vois montant vers le ciel comme une offrande, et il attendit un instant l’éventuelle tentative de réponse de ses ennemis. A cette distance, et sans l’aide d’un appareil capable d’amplifier sa voix, il aurait été impossible pour quelqu’un de normal de leur répondre sans que sa voix ne se casse en quelques secondes. Holker le savait pertinemment, et riait intérieurement de son tour, imaginant d’ici la mine dépitée des commandants adverses.

Comme il pensait, ces derniers ne lui répondirent pas, et seul le lien qu’il entretenait avec ses corbeaux lui permit d’entendre les mots rassurants du commandant ennemi. Ses adversaires se campèrent juste hors de portée de leurs armes, et le golem, qui ne les accompagnait pas mais les avait pendant ce temps contourné, chargea. Holker se demanda un instant ce qu’ils espéraient obtenir d’un plan aussi malhabile, et craignit même que cette diversion ne cache une autre action, celle-ci bien plus vicieuse. Mais non. Il le savait, il voyait via ses yeux célestes que les plaines qui les entouraient étaient vides, que toutes les forces ennemies étaient scindés en deux groupes. Il devait se rendre à l’évidence, et accepter la médiocrité manifeste de l’esprit qui lui faisait aujourd’hui face sur le champ de bataille. Il ravala sa déception, se consolant en pensant que cela lui fournirait au moins un moyen d’apaiser ses pulsions les plus primaires, et il attendit que le golem charge, pointant sur lui les canons de la position fortifiée. La créature artificielle, obéissant sans la moindre initiative personnelle à ses directives, chargea leur position et fut accueillie par une salve de canons destructrice, son torse fumant se parant de cratères. Holker ne doutait pas de l’efficacité d’une telle chose, mais seule, elle ne pouvait pas espérer tenir face aux attaques concentrées de l’artillerie ellgardienne. Ses adversaires en avaient profité pour attaquer sur l’autre front, et Holker ordonna rapidement la retraite de ses hommes, ces derniers étant assaillis par le barrage magique de ses adversaires. Sans le soutien total de son artillerie, ils se retrouvaient incapables de lutter à armes égales, et durent laisser leurs adversaires prendre d’assaut les murs qui surplombaient la cuvette. Quand ces derniers furent engagés, Holker se saisit une nouvelle fois de l’appareil qu’il avait gardé pendant tout ce temps à son côté, et lâcha quelques mots d’un ton satisfait.

"Gaz."

Une simple injonction, un ordre a priori anodin, et tout le détachement ellgardien s’équipa d’un commun accord, leur position désengagée leur permettant de fixer rapidement les sangles des masques. Quelques secondes plus tard, une fumée transparente et à peine visible à cause de la chaleur qui troublait l’air se répandit sur les lieux, étouffant les hommes et commençant son action insidieuse. Ils avaient déjà gagné. Il regarda Aerith, et hocha la tête, lui expliquant qu’elle avait le champ libre.


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Réflexions nocturnes

A lie told often enough becomes the truth.

Les soldats s’activaient et leurs corps se mouvaient, s’affolaient. Aerith glissait ses yeux sur eux, puis sur son maître, et semblait trépigner. Elle voulait plonger dans les masses meariennes et se repaître de leurs corps malingres et lisses. Elle voulait se transformer, retrouver ses traits naturels, ouvrir la gueule et engloutir les soldats paganistes au sein de cette dernière, les sublimer vers une chute certaine dans son estomac. Sentir la satiété caresser son être alors qu’une douce aria hurlerait en elle, cherchant à s’échapper de sa gueule. Les hurlements plaintifs et agonisants des soldats. Mais elle ne pouvait pas et plus important encore, elle ne devait pas.

Alors elle était restée immobile et muette, ses orbes se baladant sur les masses qui s’entrechoquaient, tombaient, se relevaient, hurlaient. La voix d’Holker dans le mégaphone technomagique avait retentit comme un avertissement vain et illusoire face à un ennemi sourd et enragé, trop idiot dans tous les cas pour réaliser la situation dans laquelle il s’était lui-même enlisé et dans laquelle il ne pourrait sortir. Le plan et la stratégie d’Holker étaient faillibles seulement dans une situation dans laquelle l’altérité pouvait avoir la possibilité même la plus maigre de braver à contre courant son destin. Ici, celui-ci était scellé, cadenassé et soudé. Aerith glissait ses yeux sur le golem artificiel qui s’agitait comme une créature désarticulée et fidèle esclave d’ordre maladroits. Sous les assauts ellgardiens, elle était bombardée et ravagée, son coeur rapidement dévoilé et détruit. La matière s’écroula pitoyablement sous les rugissements victorieux des hommes

Ces derniers enfilaient, suite à un ordre concis de l’Inquisiteur d’épais masques anthracites leur creusant des yeux béants et des gueules allongées. Aerith sentit dans l’instant d’après quelque chose de lourd et d’épais, pourtant indicible envahir l’air et polluer ce dernier par un insidieux biais, quelques étranglements se faisant déjà subtilement entendre. Le dragon considérait la mort par le poison aussi belle que odieuse ; en effet, elle ne laissait aucune trace en fonction des propriétés chimiques employées pour ce faire, une peau parfois sublimée ou au contraire ravagée par des oedèmes purulents mais dans tous les cas une gorge serrée et une agonie certaine par l’invasion des organes, ou l’obturation de l’unique conduit cylindrique permettant la continuité de la vie. Lorsqu’un amas s’y logeait et empêchait la respiration, cela signait en général un allé simple, direction six pieds sous terre. Aerith esquissa un sourire satisfait, ce dernier s’allongeant sur sa face lorsqu’Holker lui donna la permission de quitter sa position pour enfin trouver satisfaction dans ce décor apocalyptique, sur son parquet cramoisi aux constellations organiques.

Elle bondit sans plus attendre, animée par un entrain qu’elle n’avait réussi à voiler. Elle se glissa dans la foule ellgardienne, rejoignant le terrain ; affrontant directement les lourds relents empoisonnés qui restaient dans l’air. Elle sentait le gaz infiltrer ses narines, brûler sa gorge et envahir cette dernière d’une lancinante douleur. Le produit chimique rongea sa peau, boursouflant cette dernière de légères bosses disgracieuses. Ses organes internes brûlaient. Ses yeux pleuraient, mais elle courrait, un filet de salive perlant le long de son menton, et elle voulut se transformer. Mais elle ne pouvait pas, encore une fois. Alors, elle s’était contentée de se réfréner, dévorant sa lèvre inférieure. Les corps encore debout étaient pauvres, la plupart s’écroulant après de longues minutes d’agonie et de combat avec la vie qui leur fut arrachée. Les autres étaient dans un état déplorable, baignant dans le sang encore frais de leurs alliés ayant eu la chance de se faire occire par la lame et les balles plutôt que par le gaz. Aerith s’aventura plus profondément dans le champs de combat, là où les ellgardiens n’avaient pas encore mis les pieds. Elle s’empara d’un corps, deux, trois, et ouvrit sa bouche ; orifice s’étirant pour dévoiler une gueule béante et abyssale. Elle avala les soldats en prenant à peine soin de les mâcher - sachant le sort qui les attendait au creux de son estomac au fluides noirs. Les cadavres furent engloutis et avaient disparu aussi rapidement qu’ils furent déglutis, une légère déformation de ses chairs intérieures se faisant voir depuis son abdomen avant que ce dernier ne reprenne sa forme originelle, fine et musculeuse.

Derrière eux, les meariens avaient laissé un goût âpre. Un goût dégoûtant, qui semblait affecter sa langue et sa gorge. Après quelques secondes, elle régurgita un liquide violacé accompagné quelques os déjà rongés par l’acide, et grimaça. Le gaz avait attaqué les corps des croyants dans la profondeur, et corrompu leur goût. Ils ne valaient plus rien, et Aerith ne pouvait se repaître d’eux dans un état comme celui-ci. Son organisme ne serait pas capable de le digérer, et elle sentait déjà une sensation d’inconfort se glisser en elle. Ses mâchoires se serraient, et elle se retourna alors, ses pieds claquant dans la terre trempée par le sang des hommes, et essuyant le sang sur sa bouche d’une main elle-même couverte d’hémoglobine. Sa face était fermée, contrariée. Elle observa autour d’elle, et soupira.

Mearian devra essuyer une nouvelle défaite, aujourd’hui.

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