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Le ballet des étourneaux | Olieron Adrilith

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Une clef traînait sur un établi encastré dans la roche. On percevait le déséquilibre encore intacte de la planche de bois, qui tenait essentiellement grâce à deux tréteaux. Les objets déposés dessus formaient un ensemble constant. Il suffit à l’all’ombra d’en soulever un pour faire trembler le reste. La balance était fine.

« Quelle ne fût pas sa surprise quand la hardiesse grippa son ami… » L’objet de métal pesait lourd dans une seule main, elle devait utiliser les deux pour accentuer la force dérisoire de ses bras. Elle se releva, se penchant sur l’automata inanimé et força une plaque dans son dos. « … qui… Ah, la vache. » Elle serra les dents, gonflant ses joues. « … partit au combat… Nom d’une Terraris, tu vas t’ouvrir oui ! » Quelques années dans l’humidité du caveau avait fini par avoir raison de la pièce. En piteux état, il aurait suffit à n’importe qui de placer un bon coup pour soumettre la plaque à l’ouverture. « … espérant-appâter-sa-belle-promiiiiiiiiiise… Aller ! » Jasmine invaincue, triompha de la bête de métal. Le petit couvercle grinça, elle avait les doigts à présent figés. Elle retira, tremblante, le cristal planté à côté de la batterie portative et l’examina. Techniquement, Cybèle n’en avait pas besoin pour le court-terme puisque la Mage revenait régulièrement la fournir en énergie, cependant il fallait admettre qu’avoir un cristal intact était toujours pratique, surtout lorsqu’il était demandé à Jasmine d’effectuer de long séjour dans d’autres cités. Elle prit des notes et se rectifia plusieurs fois jusqu’à retrouver l’habilité de son geste. Une fois cela fait, elle craint l’espace d’une minute l’action qu’elle devrait refaire dans le futur. La fraîcheur des lieux n’était pas propice à l’installation d’un automata, ce pourquoi il était primordial de refermer correctement. Elle souffla, réprimant un violent désir de suffisance et de paresse et lorsque l’effort aboutit, Cybèle s’éveilla.

« Cybèle ? »

« CY-BEL-02. » La machine se redressa.

« Je vais partir quelques jours à Izrheron. Donne-moi le fil s’il te plaît, pour la charge. » L’automata d’apparence solide, modèle étudié à l’origine pour le combat, se retourna d’un pas lent et tendit son bras. Un bruit authentique de l’ouverture d’une petite valve s’enclencha et l’embout d’un fil effrayant en sortit.Jasmine le prit et l’enserra dans sa main. Il fallait toujours faire attention, car se laisser-aller était tout aussi préjudiciable pour l’engin que l’all’ombra. Les batteries de bonne qualité ne se trouvaient pas à chaque coin de rue en Nueva.

Le flux transcenda les veines de la jeune femme qui, pour se concentrer afin de ne pas imploser, s’imagina les yeux fermés un souvenir précis de sa vie d’antan. L’imagination débordante, elle entendit clairement ses deux sœurs s’enorgueillirent autour d’un jeu de cartes. L’une gagnait en trichant et l’autre subissait en argumentant. Le spectacle l’avait fait rire, jugeant cette partie de cartes pourtant banale comme éprouvante. Pour les départager dans leur jeu face au dilemme, l’aînée leur avait induit une proposition qu’elles acceptèrent « Si cela n’est pas intentionnellement écrit dans les règles, vous avez le droit. »

« Énergie complète. » réveilla l’all’ombra, amusée par les voix de ses sœurs. Elle lâcha le câble dardé que Cybèle rembobina.

Toute sa fratrie avait assisté à la scène, debout près des murs. Leurs regards vitreux l’observaient sans la voir. Parfois leur corps répondait et certains nerfs actionnaient les muscles ; Jasmine, étourdie par l’énergie puisée, se releva pour s’approcher de l’un de ses frères aux longs cheveux de jais. Ses yeux tourmalines ne rassuraient pas l’aînée, et, franchissant la barrière d’opale qui le protégeait des affres du temps, elle lui baissa les paupières.

« Tu connais la procédure. » dit-elle en se retournant. Cybèle était débout, les yeux vifs et éclairés d’un éclat bleu.

« Procédure enclenchée. » La lumière s’empourpra. Jasmine prit ses affaires et quitta la grotte aménagée, délaissant au soin de l’automata la garde des lieux.



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Le dos d’un cheval avait toujours rendu l’all’ombra d’humeur irritable. Izrheron était à quelques heures de sa communauté ce qui, en soit, n’était pas à l’extrémité du pays. Cela n’empêcherait toutefois pas l’all’ombra de se plaindre des courbatures qu’engendrait un voyage qui, à s’y méprendre, était épuisant pour une personne n’ayant ni l’habitude d’une selle ni d’un périple de plus de deux heures. Les paysages défilèrent à la vitesse que prenait Belle-de-jour de la Colline de Grivois, l’alezan fauve et docile que chevauchait la femme encapuchonnée. Deux haltes furent nécessaires et à chaque fois, Jasmine eut l’impression qu’en mettant pied à terre, elle fondait sur le sol tant ses cuisses brûlaient. Faire demi-tour était tellement plus simple que de franchir le cap de la cité, encore à quelques lieux de l’endroit de son second arrêt.

« Bonjour, ami à cape. » enchaîna un parfait inconnu arrivé à sa hauteur. Elle était assise sur un rondin de bois, le visage plongé dans ses mains. Elle ne releva la tête qu’au moment où il lui toucha le sommet du crâne protégé par une capuche en lin.

« Pour qui vous prenez-vous ? » maudit l’all’ombra qui sortait d’un somme à peine reposant, surprise et meurtrie qu’il ait dépassé la barrière vitale de toute première intervention. A l’allure, c’était un barde.

« Oh, vous êtes une gente demoiselle ! Veuillez pardonner mon approche, il se trouve que je me suis égaré. Je vous ai appelé trois fois et... »

« Ai-je sur mon front la mention d’épicier ? Je n’ai pas à vous répondre. » Belle-de-jour avait les oreilles en avant, prêtant attention à la scène. Jasmine lui tapota l’encolure, les yeux gonflés.

« Je cherche Izrheron. »

« Par là-bas. » En indiquant d’un geste la direction, le vêtement qu’elle portait sur les épaules se découvrit. Le barde resta planté, tel un piquet, quelques secondes et lorsqu’elle lui fit face, elle soupira d'un air las.

« V-v...vous… »

« Non, je ne suis pas Isadore et non, je ne sors pas de votre livre de Contes. » Elle grimpa maladroitement sur le dos de sa jument. Ses jambes étaient devenues des guimauves, nulle doute qu’elle peinerait pour atterrir à la Cité portuaire sans avoir subi le mal d’une traversée terrestre. Comme pour attirer l’attention de l’all’ombra qui partait, le musicien à pied se mit à caqueter.

« Isadore des Bleuets offrit à l'épouse de son cadet le garant d'une longévité, que seule la chance leur offri-... » Au détour d'un buisson de fougères, la croupe de l'animal disparut. Le barde, essoufflé par la course, chercha sur le sol le moindre signe du passage de l'all'ombra.

Durant le récit, Isadore était reconnue pour sa serviabilité mais souffrait en contrepartie de la bonne fortune qu'elle apportait aux autres. Elle mourut le cœur arraché par son amant, persuadé d'avoir dans ses mains une bonne étoile. Jasmine détestait cette histoire que tous ne lisaient pas en entier, la plupart s'arrêtant aux livres les plus minces facilement distribués où l'héroïne offrait de son temps pour des quêtes absurdes. Sa peau étrange et sa capacité à rendre chanceux étaient deux facteurs indéniablement liés dans les ouvrages.


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Avril gorgeait les rues d'Izrheron d'un monde jeune et actif. Elle s'appuya quelques instants contre Belle-de-Jour qui ruminait de la paille dans l'écurie centrale du bord de la cité. Au préalable et pour rentrer, elle avait payé le palefrenier une petite somme qui l'avait fait tiquer.

« Nous sommes complets. » lui avait-il dit. « Cela ne va pas être possible. »
La main tendue, soupesant toujours la bourse qu'elle lui avait prêté. Quelques pièces en plus avait suffi à le faire taire et à accepter. « Votre jument vous sera rendue comme neuve ! » Elle ne tenta pas d'être aimable face à la blague, exténuée. Tout ce dont elle aspirait était un lit.

« Je reviens dans trois jours. Occupez-vous en bien. » Elle prit les sacoches vides suspendues sur les flancs de la Belle et les disposa sur son épaule mal lotie. La face à moitié cachée par son vêtement, justifié par le temps maussade de la baie, Jasmine s'engagea dans une allée. Trouver une auberge était la première de ses priorités.





luck
ft. jasmine
the herbalist

Cela faisait déjà plus que longtemps que tu avais foulé la terre de Nueva, peut être un peu trop même de par tes propres obligations alors que tu avais d'autres choses à faire à Mearian ou encore en Fhaedren. Beaucoup trop à faire en si peu de temps même si tu n'avais à craindre la mort, chose qui ne représentait pour ta race qu'un simple obstacle de l'ordre du temporaire. Tu avais cependant de plus en plus l'impression ces derniers temps de jouer contre la montre sachant que respectivement Ellgard et les mages noirs poursuivaient chacun respectueusement leurs manigances. Il était frustrant de devoir agir sans disposer de la moindre aide de toutes autres nations complètement ignares sur le cas du groupuscule qui se terrait en Fhaedren, hormis les hautes sphères de l'Ordre et les magisters qui commencent à recevoir leurs ordres pour mettre hors d'état de nuire tout individu affilié aux seraph corrompus si menace ils représentaient. Cela était la façon que vous aviez trouvé pour mettre vos hommes, votre armée sur cette piste mais avant tout concernant les corrompus cette tâche était ton fardeau. Simple raison pour laquelle tu ne pouvais éterniser ton séjour en Nueva celui-ci devant toucher d'ici peu de temps à sa fin.

Attend quelques jours en cette ville portuaire avant de retourner au mieux vers les terres chaudes d'Akantha, la matinée était quelque peu entamée en cette journée alors que pour une fois tu en avais profité pour te prélasser à la place de faire le tour des artisans, à la place de voir s'il n'était pas possible de ramener l'un d'eux à Mearian en un échange de bon procédé pour former certains mages à bien plus que l'enchantement. Vous disposiez de vos propres forges mais les nuviens avaient plus d'expérience et heureusement pour eux en quelque sorte pour un pays qui n'a eu à souffrir comme les autres de la chute de Fhaedren, une terre qui fut surtout d'accueil plus qu'autre chose à l'époque. Si seulement il était possible d'allier le savoir Nueva lorsqu'il s'agissait de travailler les métaux et les dons magiques des mages de Mearian face à l'Empire et aux mages noirs... Une belle utopie vu le désir d'inaction de Nueva et surtout le fait qu'ils refuseraient catégoriquement d'offrir une délégation là où réciproquement personnellement tu refuserais tout échange de bon procédé. Tu espérais juste une chose que Nueva reste dans son coin si la guerre venait à s'intensifier ou au mieux qu'elle reconnaisse l'existence des mages noirs et accepte d'épauler Mearian sur cette aspect.

Il n'y avait pas que l'artisanat qui t'intéressait en Nueva mais aussi leurs éventuels herboristes même si tu ne savais où en débusquer un efficace hormis traîner à la capitale au cœur de l'université. Tu ne pouvais retourner en la ville des sages cependant du moins pas durant ce périple mais tu avais pu ouïr quelques rumeurs en cherchant aux quatre coins de cette ville portuaire comme quoi une jeune femme se rendait souvent en ces terres pour réaliser des achats divers. Tu avais quelque peu baissé les bras à l'idée de chercher une aiguille dans une meule de foin même si son signalement était singulier. Un teint pâle, malade voir peut être quasiment cadavérique le tout lié à une chevelure d'or et d'argent comme on te l'avait décrit. Une personne d'une faible constitution, une malade ou alors l'une de ces rares créatures que l'on nommait all'ombra même si cela faisait très longtemps que tu n'en avais rencontré surtout de par généralement leur mode de vie. Peut être s'agissait il d'une croisée aussi qui avait hérité de l'aspect physique de cette race, tu te tenais là en la pièce principale de la taverne finissant de boire ton thé, la boisson la plus courante en la nation forêt.

Une silhouette finissant par entrer en l'auberge pour naturellement se diriger vers l'individu qui tenait les lieux afin sans doute de réserver une chambre ou alors demander simplement à boire. Tu avais attendu qu'elle finisse son entretien et qu'elle prenne place à l'une des tables pour doucement mais sûrement la décrire quelques mèches correspondant à la description que l'on t'avait fait d'une éventuelle herboriste qui se baladait au cœur de la ville parfois, le teint malade se liant au tout. Tu te levas dès lors car qui ne tentait rien n'avait rien, c'est ainsi que tu arrivas à se hauteur sans pour autant t'asseoir à l'une des chaises autour d'elle, tu lui demandas ceci simplement.

« - Excusez moi mais je suis à la recherche d'une herboriste ou plutôt d'au moins une personne qui a quelques connaissances avec les plantes et on m'a fait l'éloge des compétences d'une certaine personne qui correspond à votre description... Le hasard aurait il bien fait les choses ? »