Lost Kingdom  :: Akantha :: Falaises du bout du monde

Le temple sur la falaise

Voir le sujet précédentVoir le sujet suivant
Le paysage n'était rien de moins qu'apocalyptique. Un sol rocailleux, gris et terne s'étendait à perte de vue, formant çà et là des collines escarpées ou s'ouvrant au contraire en traîtres crevasses. L'air était sulfureux et brûlant, chauffé par la lave qui filtrait des innombrables gouffres parsemant cette terre inhospitalière. Plus intense par endroits, la chaleur déformait l'air et floutait la vision du petit groupe hétéroclite qui s'était engagé dans la zone.

Dépêché là par Villhelm de Méridion en personne, le duc en charge du plus vaste duché d'Akantha, la troupe avançait lentement, quasiment à l'aveuglette même. Le manque de visibilité n'aidait pas, pas plus que la topographie hasardeuse du terrain. A intervalles réguliers, les aventuriers se retrouvaient bloqués par d'énormes crevasses s'ouvrant sur les entrailles magmatiques des Falaises du bout du monde. Quand cela arrivait, ils perdaient généralement un temps considérable à faire des détours à la recherche d'un chemin alternatif. Si à terme ils n'en trouvaient pas, c'était là que John intervenait.

La magie du jeune homme était la principale raison pour laquelle il avait été accepté au sein de cette expédition. Capable de créer des objets de lumière solide à partir de rien, il avait la tâche d'ouvrir la voie là où elle ne semblait pas exister, matérialisant prises et ponts lumineux pour escalader des parois escarpées ou traverser des gouffres. Vu son utilité, le reste du groupe gardait un œil sur l'humain, s'assurant qu'il ménage sa santé et surtout, sa réserve de mana. La présence de John était vitale au succès de l'opération donc, mais le reste des mercenaires engagés n'était pas en reste.

Il y avait une elfe sylvestre en premier lieu. Répondant au nom de Penelo, l'individu disposait d'une magie de clairvoyance des plus utiles pour ce périple. Capable de projeter sa vision dans n'importe quelle direction à cent mètres à la ronde, elle étudiait régulièrement le paysage à la manière d'un rapace, avant de faire son rapport au chef de l'expédition. Ainsi elle aidait le groupe à se diriger au milieu des gaz sulfureux, des pierres tranchantes et des gouffres magmatiques.

Le reste du groupe, était composé de salamandres, y compris ledit chef d'expédition. Lymsleia de son nom, ce dernier était une femme robuste censée s'être déjà aventurée dans cette région inhospitalière. Enfin, les deux derniers consistaient en un maître et son élève. Ils étaient les seuls à se connaitre antérieurement à leur entrée dans la petite troupe.

Les trois salamandres étaient des guerriers de ce qu'en avait compris John, chargés d'assurer la sécurité de leurs compagnons et à terme, du succès de leur mission. Lymsleia - tout le monde l'avait rapidement surnommé Lym - disposait d'une solide réputation dans le monde du mercenariat et sa connaissance du terrain l'indiquait tout naturellement au poste de chef. Les deux autres étaient les Cœurs de magma, un duo de mercenaires vendant leurs services à la troupe du duc. Le jeune s'appelait Asch ; son maître, Gultar.

Des kilos d'équipements sur le dos, un foulard enroulé autour de sa bouche pour filtrer les émanations toxiques de la zone, John respirait bruyamment en progressant sur les pierres escarpées. Lym ouvrait la voie, suivie de Penelo, puis de John, lui-même talonné par Asch avec son maître qui fermait la marche. Les salamandres n'étaient pas gênées par les fumées comme l'humain et l'elfe et avançaient sans trop de problèmes.

Cela faisait un jour à peine qu'ils étaient entrés dans les Falaises du bout du monde. Selon les informations fournies par le duc, ils allaient en avoir pour encore de nombreux jours à voyager dans cette dangereuse partie du monde. Ils bravaient un sol qui n'avait probablement pas été foulé depuis des siècles, pas depuis que les quatre familles salamandres originelles s'étaient rangées sous la bannière du premier roi d'Akantha.

Ils cherchaient un temple, et la relique ancienne abritée à l'intérieur.
Un superbe paysage se dressait devant moi, enfin, la plupart dirait que ce côté désertique est dérangeant. Pour ma part, cela avait son petit effet de fin du monde, d’ailleurs, n’était-ce pas le nom de ce lieu ? Falaise du bout du monde. Bon, j’avoue que même si c’était « beau » à voir, à perte de vue, cela devient ennuyeux. Tout ce ressemble et je pourrais rapidement craindre de me perdre sans un guide qualifié.

Le souffre sortant des crevasses me réchauffais, peut-être même un peu trop, mais le plus ennuyant était que cet air chaud provoquait de déformation visuel, un peu comme de regarder son image dans l’eau, le reflet bouge à cause de l’onde. Tant qu’on se suivait cela allait, mais il fallait faire d’autant plus attention aux sols, qui pouvaient se révéler trompeur à cause de cela.

Ce que je faisais ici ? Le duc avait demandé un petit groupe et je ne sais pour quelle raison, il eu entendu parler de mon petit groupe (vue qu’il n’y a que moi et mon maître pour le moment) et nous furent ainsi embauchés. J’étais tout excité à l’idée d’aidé un duc, hors de l’armé.

Notre petit groupe marchais bien, une elfe sylvestre, plutôt mignonne, mais qui devait peiner avec ce souffre, nous cela aurait été plus l’humidité. Elle était notre guide et je ne la quittais pas des yeux pour ça. Juste pour ça...

Bon, la vrai guide c’était la guerrière salamandre, mais la perception de l’elfe était plutôt bonne.
Et finalement un humain, son pouvoir était franchement pas mal. Faire de la lumière solide, cela me semblait fou et plus ressembler à de la technologie que de la magie, mais tant que cela marchait...

Il nous aidait grandement, ainsi, nous gardions un œil sur lui et prêt à l’aider, le soutenir s’il se sentait mal.
Je discutais avec maître Gultar.

-Alors vous-êtes déjà venu ici maître ?

-Non, mon petit Percé, j’y avais rien à faire. J’ai bien entendu parler des légendaires golem de terre et du temple perdu. Certains parlaient même du dragon de la fin des temps. Souria-t-il avec un regard de défi qui ne me réconforta pas trop. Mais, je ne connaissais personne qui aurait pu me guider, alors l’envie de traîner seul et tomber sur quelqu’un ou quelque chose, ne m’a pas trop donner envie.

-Je vois.
Répondis-je penseur. Il vaut mieux faire attention les uns, les autres. Je posais ma main sur l’épaule de John, il devait nous entendre parler, on s’en cachait pas et parlait un peu fort. T’inquiète on est là pour gérer la baston. Le rassurais-je à ma manière.

Je sentis le regard de l’elfe nous foudroyez, visiblement l’idée d’avoir des guerrier un peu rentre dedans n’étaient pas très rassurant. Notre chef elle, se contenta d’un soupire.
Gultar rigola dans mon dos et me tapa sans ménagement.

-Toujours le mot doux. S’exclama-t-il, j’haussais un sourcil

-Je vous rappelle que c’est vous le premier à engager une bataille, alors me sermonner pas.


-Oh, mais c’est qui fait son rebelle ? Me taquina-t-il.

-Arrêtez, on est sensé être professionnel. C’est la première grosse requête qu’on nous confie !

Il fit mine de réfléchir.

-Oui, tu as raisons. Soyons droit, sur le qui-vive et de bon gardien.

Sérieux, on est doué, ayez confiance en nous ! Avais-je envie de m’exclamer, mais cela ferait un peu pitié et je crois que nous perdrions justement cette confiance qui s’amenuisait au fil de nos paroles.
John aurait bien voulu participer à la conversation mais il était à bout de souffle. Le simple fait que les salamandres puissent discuter dans leur situation prouvait leur supériorité physique par rapport à l'humain et à l'elfe. Elles ne semblaient pas le moins du monde essoufflées, leur simple héritage génétique ne suffisait pas à expliquer pareille endurance. Certes elles avaient une résistance naturelle aux gaz sulfureux des falaises, mais cela faisait tout de même des heures que la troupe avançait sans interruption, sur un chemin escarpé et pentu menaçant à chaque seconde de s'effriter sous leurs pieds. Assurément elles étaient des guerrières, leur résilience était supérieure et leur métabolisme plus adapté à l'effort. Ce simple petit détail suffisait à mettre John en confiance, peu lui importait que le duo maître-élève n'en fût qu'à son premier gros contrat.

Quelque temps après ils se retrouvèrent une fois de plus devant un obstacle, en la présence d'un énorme gouffre détecté à l'avance par Penelo et impossible à contourner. Suivant les indications de l'elfe, le petit groupe se fraya un chemin entre les falaises escarpées à la recherche du point le plus étroit de la crevasse. Cette traversée fut des plus difficiles, la roche étant friable par endroits. A chaque pas de la troupe, des torrents de gravillons dévalaient les pentes sous leurs pieds. Cela les rendait soucieux, forcés de prêter attention à chaque enjambée, chaque prise qu'ils empoignaient de peur que la pierre ne se dérobe sous eux. Ce détour leur fit perdre une bonne heure tant leur progression était laborieuse, mais ils parvinrent finalement à leur objectif.

Prenant une micro-pause devant la crevasse, large d'une trentaine de mètres, le groupe se prépara à effectuer la traversée. John évalua le chemin à suivre et commença doucement à générer des prises de lumière solide sur le rebord du gouffre. Franchir ce dernier allait devoir se faire en deux temps. Ils allaient d'abord devoir descendre dans la faille en suivant un chemin escarpé repéré par l'elfe, puis après avoir atteint cette position favorable, la véritable traversée allait pouvoir commencer.

Cette fois-ci ce fut John qui passa devant, progressant comme il le pouvait avec ses honorables capacités en escalade. Dès qu'un passage lui posait problème, il se créait une prise de lumière solide, s'en servait pour avancer et la laissait derrière lui pour le reste de la troupe. Tous ses compagnons escaladaient mieux que lui, mais en contrepartie ils portaient tous plus d'équipements, de telle sorte qu'autant que lui ils devaient se reposer sur les prises du jeune homme. Et quand chuter signifiait tomber dans un torrent de lave, même la plus endurcie des créatures était anxieuse et fragile sur ses appuis.

La fumée qui saturait continuellement l'atmosphère diminuait l'apport de lumière solaire et rendait donc les sorts de John moins efficaces. Il devait consumer plus de mana pour arriver à un résultat moins bon que d'ordinaire, mais il avait de la chance dans son malheur cependant. Le rayonnement rougeoyant de la lave en contrebas pouvait lui servir de second apport, bien que la lumière émise soit moins riche que celle du soleil. En somme le jeune mage devait travailler plus pour lancer ses sorts, mais il parvenait à tenir sa consommation de mana relativement basse. Son endurance en revanche diminuait à vue d’œil, forcé qu'il était de combiner un effort physique intense avec des sorts requérant un contrôle raffiné.

Ils atteignirent finalement une corniche escarpée sur laquelle ils purent prendre une petite pause. Ils avaient gagné une bonne dizaine de mètres en longeant le bord de la crevasse, mais le temps était venu de s'attaquer au gros du problème. Tandis que l'elfe expliquait à John le chemin le plus adéquat à créer pour finaliser leur traversée, les salamandres réajustaient leur équipement.

 - Il y a de nombreux appuis derrière ce rocher là-bas qui te donneront une base solide pour lancer ton sort, racontait Penelo, j'ai bien pris en compte ce que tu m'as dit à propos de tes créations brutes. Dans le cas présent cela devrait te faciliter la tâche.

Le jeune homme hocha la tête et remercia la prévoyance de l'elfe. Comme il le lui avait expliqué des jours plus tôt, matérialiser de grandes structures de lumière solide consommait naturellement beaucoup de mana et c'était d'autant pire quand il était question de les maintenir sur une durée étendue. De ce fait, générer un banal pont au-dessus gouffre, si c'était assurément la solution élégante, était aussi de loin la plus énergivore, menaçant de vider complètement les réserves de John avec le manque luminosité. De ce fait, la troupe était obligée de se débrouiller pour trouver des chemins alternatifs, permettant au jeune homme d'ouvrir une voie avec les sorts les plus légers possible et qui, de préférence, reposaient sur une base déjà solide.

Une fois qu'ils eurent tous récupéré leur souffle, les cinq compagnons reprirent leur dangereuse traversée. La corde qui les reliait avait ça de réconfortant, mais la difficulté évidente de la tâche pour John n'était pas pour les rassurer, pas plus que la chaleur rougeoyante de la lave en contrebas. Ils firent en dépit de leurs inquiétudes cependant et leur progression se fit bientôt lente mais constante.

Passé le rocher longiligne qui se dressait en conquérant au-dessus de la lave, cinq mètres au-dessus de cette dernière, John repéra les appuis décrits par l'elfe et s'en servit comme base à la création d'un pont de lumière solide. Pour la première fois depuis près d'une demi-heure, le jeune homme en tête put prendre appui sur un sol plat et durable. Ce dernier faisait le lien entre leur position et la falaise en face, laquelle il ne leur resterait plus qu'à escalader sur une dizaine de mètres pour sortir du gouffre.

 - Vous entendez pas quelque chose ? lâcha soudainement Asch Percedal.

Tandis que John avançait de quelques pas pour laisser la place à Lymsleia, le groupe échangea quelques regards avant de tendre l'oreille. Leur inquiétude était palpable.

Au milieu du doux grondement provoqué par la lave qui s'écoulait, des sifflements du gaz s'échappant de la croûte terrestre et des craquements de chutes de pierres, il n'était pas évident de distinguer le moindre son. Sur les nerfs cependant, les salamandres patientèrent et restèrent à l'écoute de ce qu'Asch avait supposément entendu. Leur patience finit par payer quand un feulement retentit loin devant eux, au-dessus de la falaise.

Naturellement les yeux se tournèrent vers Penelo, mais cette dernière était dans une position trop précaire pour prendre le risque de projeter sa vision. Indécis, John se tourna vers la chef de la troupe et lui demanda du regard s'il devait continuer à avancer ou non.

Avant qu'elle ne puisse répondre, un deuxième feulement répondit au premier. Tandis que leurs regards se portaient de nouveau sur la falaise, les échos d'un combat féroce retentirent bientôt à leurs oreilles, accompagnés des sons de griffes sur la pierre et de crocs déchirant la chaire. Forcé de se concentrer sur son sort, John parvint à garder la tête froide tandis que Lymsleia le rejoignait sur le pont de lumière. Il n'allait pas lui en falloir beaucoup plus pour céder à la panique cependant et à cinq mètres au-dessus d'un torrent de lave, c'était plus que déconseillé. La chef salamandre posa une main sur son épaule pour le rassurer et fit signe au reste de la troupe de les rejoindre dans le plus grand silence. Loin au-devant et au-dessus d'eux, une confrontation féroce et sanglante faisait rage entre deux bêtes sauvages non identifiées.

Avançant prudemment tandis que Gultar posait à son tour un pied sur le pont, John fut pris d'un frisson d'horreur pure quand un rocher se mit à dégringoler de la falaise, projetée par le combat des créatures. Observant le projectile pendant un temps qui lui parut infini, les yeux écarquillés, John envisagea de brûler le reste de son mana pour solidifier le pont à l'extrême, ou de faire disparaître la partie qui allait être percutée avant la catastrophe. Il n'avait pas un contrôle suffisant de sa magie pour cela malheureusement, encore moins les réserves nécessaires pour supporter autant de poids. Moquant son impuissance, la pierre percuta le pont de lumière solide et le pulvérisa sur le coup dans une gerbe de gouttelette lumineuse.

Tandis que le sol se dérobait sous les pieds de John, Lymsleia et Gultar, une prise de lumière solide disparut entre les mains Penelo, laquelle perdit l'équilibre.

Tous ensemble, ils chutèrent en direction du torrent de lave.
Après cette discussion qui heureusement ne fut pas repris pour nous décalquer du peu de notre expérience, nous avions repris la route, c’était éreintant, mais l’on tenait, je m’étais tût afin d’éviter de dire de nouvelle bêtise ou de chercher querelle futile avec mon maître.

Nous étions par la suite arriver à une énorme crevasse qui me fit me rendre compte de l’immensité du paysage une nouvelle fois. Je commençais franchement à me demandais si nous n’aurions pas du nous préparer pour quelques jours de voyage... C’était pas très rassurant.

Et bien que l’aventure fusse palpitante, je préférais mourir sur un champ de bataille, que de tomber dans la lave. Bien que j’aurais bien pousser maître Gultar pour voir sa résistance... Lui qui se vantait avec la peau plus dur que le diamant...

« Et une nouvelle crevasse » pensais-je lorsque nous prirent une pose, je commençais à peiner, ayant moins d’expérience que les trois autres et soutenant un sac plutôt bien rempli, je pourrais peut-être l’utiliser comme coussin pour dormir ici tiens.
Laissant cette idée de côté, je suivais le groupe, toujours à l’affut du moindre bruit, reprenant les prises de mes prédécesseurs afin de descendre toujours plus bas, donc toujours plus chauds... Je plains franchement l’humain, on avait intérêt à faire attention à ce que nos armes, armures, ne deviennent pas bouillante et enflamme nos vêtements, ce ne serait pas bien agréable.

J’observais John intrigué par ses pouvoirs qui me semblait fabuleux, Penelo discutait avec lui de la marche à suivre tandis que nous nous remettions d’aplomb pour la suite.

Nous n’avions rien à dire et cela nous esquivaient la soif, nous buvions le minimum, juste de quoi nous étancher, cela devenait de plus en plus pénible avec la chaleur, pour nous, les salamandres, cela allaient encore, nous ne nous déshydrations que lentement, mais il nous fallait comme même boire, j’en venais à espérer que l’un d’entre nous maîtrise l’eau.

Dans ce silence, je n’étais que plus encore aux aguets et ce fut lorsque John dut se concentrer sur la création d’un pont que je tiquais à quelques bruit sourd, j’haussais d’abord les sourcils, me focalisant au mieux, quand le bruit fut un peu plus fort, je demandais l’avis aux autres.

- Vous entendez pas quelque chose ?

Le silence fut alors palpable et l’inquiétude de mes partenaires, ne me réconforta pas trop. Ce fut long et je commençais à m’en vouloir lorsqu’un feulement me récompensa... ou me maudissais, selon votre appréciation de la chose. « Mince ! Il y a vraiment des créatures ici. » et quelques chose me disaient qu’elles devaient être plutôt grosse...

Me demandant ce que je pouvais faire, je vis les uns après les autres marchés sur le pont de lumière, et j’en eus un mauvais présage. J’usa alors de ma magie pour créé deux grosses dagues trident dont j’accrochais l’extrémité avec des chaines. Ne pouvant rappeler à moi-même les armes, je préférais avoir de quoi les tirer à moi.

C’est alors que le pire se produit, un rocher d’une envergure plus que descente tomba en direction de la structure lumineuse. J’étais le seul au bord du pont, les autres en pleins milieux n’auraient le temps de sauter d’un côté ou l’autre.

-GULTAAARRR !! M’écriais-je sans prendre la moindre précaution comparé aux créatures, pas le temps.

Faisant volte face il comprit d’un regard ce que je lui demandais de faire. N’étant pas sûr de ma force, je préférais lui laisser la tâche la plus compliqué... Le planter de dague, si c’était un sport.

Lui balançant mes armes celui-ci virevolta sur lui-même au moment ou le choc se produisit et d’un trait propulsa de toute ses forces les dagues sur la parois vers laquelle le groupe se dirigeait. La force de Gultar planta profondément les deux armes dans la pierre, tel deux accroches.

De mon côté, je créas deux autres dagues trident dont j’enfonçais les pointes entre les maillons métalliques avant de moi-même les retenir.
Tout cela me sembla tourner au ralenti, le pont se brisait alors que j’enfonçais les pointes dans le sol, Gultar perdit pied, mais attrapa d’une main John et l’autre la chaîne qui se trouvait alors tendu entre le fossé, accroché à la parois et retenu en arrière par moi.

Heureusement, mes deux autres compères furent vives elles aussi, Lymsleia attrapa la seconde chaînes alors que l’elfe tombant entre les deux, s’agrippa à la salamandre.

Quatre poids tirèrent violemment les chaînes, si je fus prêt, il n’en reste pas moins que le coup manqua de peu de me déboiter les bras, j’en grinças de douleur.

-Vite ! Je vais pas tenir longtemps ! Grognais-je à mes camarades.

Mon esprit se focalisait sur les lames qui me pompaient le mana, tandis que mon corps n’était qu’un bloc de roc maintenant les chaînes, prêt à les tirer si jamais mes armes cédaient de l’autre côté.

La salamandre balança ses jambes afin que l’elfe puisse attraper la chaîne et avec une agilité surprenante s’en tira dans les secondes qui suivirent.
Puis ce fut au tour de notre chef de monter dessus et de jouer à la funambule, je serais en admiration plus tard pour ça.

Pendant ce temps Gultar :

-Ecoute gamin, t’es épuiser, mais encore un effort, les filles ! Rattrapez le ! Lança-t-il en parlant de John qu’il agrippait l’avant-bras fermement, tant pis pour la circulation sanguine.

A peine étaient-elles de l’autre côté, qu’elles se retournèrent de concert, ce demandant s’il allait vraiment faire ça. Mon maître se mit alors à la balancer à bout de bras avant d’un coup, le tirer de toute sa force le plus loin possible, heureusement qu’il les avaient prévenus, car l’humain toucha tout juste le rebord avant d’être agripper et tirer en lieu sûr.

Il ne restait plus que Gultar au milieu du ravin, tenant d’un bras la chaîne, je pus alors me focaliser sur une des deux. Lentement, mais sûrement il se hissa avec le reste du groupe.
Je pouvais enfin soupirer, me laissant tomber sur mes fesses, je souriais fière de ma prouesse, les muscles en feux, je relâchais mon mana et les armes disparurent, laissant le bout d’une chaîne tomber dans la lave alors que je les tiraient pour en ranger une et garder l’autre.

-Bon, maintenant rejoins nous Percé !
S’exclama Gultar avant que Lym ne lui tape sur la tête lui intimant le silence, le bruit du combat semblait avoir cesser, mais pour quelle raison ? Vainqueur ou nous avions attirer leur attention ?

N’ayant point d’accroche de mon côté et ne voulant pas épuiser plus que nécessaire John, j’allais devoir traverser. Après avoir vue leur prouesse, j’avais bien une idée en tête.

- Gultar, l’attrape nigaud. Lui sifflais-je, il me regarda d’abord surpris, puis retint de justesse un rire, me faisait signe qu’il avait comprit, il prit une position de receveur. Bien sûr, la distance était trop longue pour que d’un saut (a moins de voler) j’atteigne de l’autre côté, ce qui rendait confus mes équipiers, plutôt inquiet.

J’attachais la chaîne autours de mon bras de sorte que je ne puisse pas la perdre durant le saut, je pris autant de distance que je pouvais et courut aussi vite que je le pouvais, sous le regard médusé de l’elfe, Gultar lui me souriait, fière comme un lion regardant son lionceau devenir un roi.

Je prie de la hauteur et sauta le plus haut, le plus loin possible. C’est alors que je balançais le bout de ma chaîne vers mon maître qui l’agrippa et murmura.

- sers les dents...

Il attendit le moment ou je commença à perdre de l’altitude pour tirer violement sur le lien métallique, étant au bout, je me retrouvas alors attirer tel un aimant, grimaçant, cette fois, mon bras était bien déboiter.
La distance n’était pas encore bonne, il fit alors comme les matelots, remontant l’encre. Je me retrouva de justesse à un bon mètre au-dessus de la lave, percutant le flanc de la falaise, j’en fus sonner, et bienheureux d’avoir attacher mon bras, bien que les maillons broyaient mon bras tandis qu’ils si mettaient à trois afin de me faire remonter le plus vite possible.

-ça c’est du travail d’équipe. Souriais-je allongé, le souffle court, le bras cinglé du métal, rougeoyant sur ma peau, à cause de la chaleur.

Je ne les écoutaient même plus, que ce soit remontrance ou félicitation pour l’épreuve, c’était génial, mais épuisant. Prions Ignaris afin d’arriver à bon port, dans ce royaume de feux et de cendre...
John acquiesça et remercia Asch de leur avoir sauvé la mise. Gultar et lui avaient réagi avec rapidité et efficacité et une catastrophe avait été évitée de justesse. Leur synergie était parfaite.

 - Tellement de sang..., grimaça Penelo quand le groupe eut enfin trouvé un peu de répit pour prêter attention à l'environnement.

Tandis qu'Asch se relevait avec l'aide de son maître, les autres ne purent qu'acquiescer devant leur macabre découverte. Un petit plateau encerclé par les rochers succédait à la crevasse et ses deux tiers étaient recouverts d'un liquide rouge sombre, presque noir. Il y avait des morceaux de chair déchirée par endroits, auréolés de sanglantes éclaboussures qui rougeoyaient sur la pierre.

 - C'est macabre, commenta John, toujours en train de récupérer son souffle.

Tandis que Lym partait explorer la clairière à la recherche d'indices, Gultar appela l'humain à venir l'aider fixer l'épaule de son élève. Suivant précautionneusement les instructions de la vieille salamandre, John aida Asch à s'allonger sur le dos et immobilisa son bras. Puis, tandis qu'il maintenait le torse de leur sauveur, Gultar attrapa son coude et le plia main tendue vers le haut.

Le blessé s'étant mis torse nu, l'humain était aux premières loges pour observer son épaule luxée, déformée, commençant déjà à gonfler et à se couvrir de contusions. Frissonnant devant ce spectacle, John retint un haut-le-coeur et dut détourner le regard quand Gultar commença lentement à faire pivoter son bras vers l'extérieur.

Pendant ce temps, toujours sur le qui-vive, Penelo avait projeté sa vision à la recherche des créatures qui avaient failli tous les tuer. Lym quant à elle fouillait minutieusement les débris de la zone de combat et Asch... Asch ne laissa pas échapper un son quand Gultar força son articulation, tirant plusieurs petits coups pour la remettre en place. John leva les yeux au ciel et retint un nouveau haut-le-coeur quand les os de la salamandre se ré-imbriquèrent, un bruit et une sensation de claquage se réverbérant dans ses bras qui maintenaient le torse du jeune guerrier.

Ce dernier laissa échapper un soupir de soulagement et fit lentement jouer son épaule sans se soucier des protestations de son maître. Tout aussi content que ce soit fini, John se releva et s'envoya une rasade d'eau pour faire passer le goût de bile qui avait envahi sa bouche - et de sang aussi, manifestement il avait percuté la falaise un peu plus violemment qu'il ne l'avait initialement imaginé - et eut juste le temps de ranger sa gourde que Lym revenait à eux, une sinistre trouvaille entre les mains.

 - Un tentacule de cerbérus, lâcha le chef du groupe en brandissant un immonde appendice ensanglanté.

De couleur noire teintée de rouge, le tentacule était long d'une bonne vingtaine de centimètres, déchiré à la base probablement par un coup de dents. Gultar grimaça instantanément à cette vision.

 - Encore ces saloperies..., grogna le vieux guerrier avec un dégoût évident. Elles sont partout décidément.

A leurs côtés, leur deux compagnons plus juvéniles ne connaissaient pas ces monstres, mais l'inquiétude de leurs aînés n'était pas pour les rassurer. John entreprit de quoi il retournait tandis qu'Asch remettait son haut avec l'aide de son maître. Son épaule était engourdie et lui faisait mal, il allait lui falloir un peu de temps pour récupérer.

 - Qu'est-ce qui s'est passé alors ici ? C'est quoi un cerbérus ?

 - Un molosse géant, haut de deux mètres au garrot. Ils ont une tête massive avec une crinière de ces tentacules, expliqua Lym en agitant le grotesque devant le nez de John. Ce sont des monstres dangereux et violents qui ont l'habitude de chasser en meute... mais ils sont aussi connus pour leur propension à se déchirer entre eux pour la domination du pack. A vu de nez je crois qu'on est tombé sur le résultat d'une lutte intestine, trois à quatre individus je dirais vu la quantité de sang.

 - Ce n'était pas une lutte intestine, contredit soudain Penelo, la voix légèrement tremblante.

Tous les regards se tournèrent vers l'elfe. Les pupilles de cette dernière étaient voilées par sa magie de scrutation. Plantée comme un piquet non loin du groupe, les bras ballants, elle ne remuait pas d'un pouce, la bouche entrouverte en une grimace terrifiée.

 - T'as trouvé les cerbérus ? demanda Gultar de but en blanc, comme elle ne semblait pas décidée à développer plus en avant son propos.

 - J'en ai trouvé un, pondéra l'elfe, avant de préciser : il a le cou emprisonné dans la mâchoire d'un autre monstre encore plus massif.

Ses quatre compagnons échangèrent un regard inquiet à cette nouvelle. Immédiatement, Lym lui demanda de lui décrire cette nouvelle créature.

 - Ça rougeoie comme si c'était couvert de magma. Trois mètres au garrot je dirais, ça a une queue et ça se tient sur quatre pattes. Ça ne bouge pas du tout, je crois que ça attend que le cerbérus sous sa mâchoire rende son dernier souffle. On dirait un gros reptile.

 - Un magmadios, comprit John avec une mine préoccupée, le duc nous avait mis en garde sur l'existence de cette créature.

 - Ça regarde dans notre direction, murmura l'elfe en réponse, une terreur pure filtrant de sa voix.

 - OK il faut qu'on bouge, réagit Lym. Où est le temple Penelo ? Et combien de temps pour l'atteindre ?

Tandis que les trois mâles rassemblaient leurs affaires en hâte en vue du départ, leur guide scruta une fois de plus le paysage avec sa magie à la recherche du chemin.

 - Je sais par où passer, les informa-t-elle bientôt. Vu les traces de sang qu'ils ont laissés, je sais par où sont parti les cerbérus qui ont échappé au magmadios, on va tâcher de les éviter. Navré mais on ne pourra pas se reposer de sitôt, je préfère passer une nuit blanche et me reposer plus tard en sécurité dans le temple plutôt que de dormir immédiatement avec une créature pareille rôdant dans les parages.

Tous acquiescèrent, cela allait de soi.

 - Il n'y a plus qu'à espérer que le cerberus lui remplira suffisamment l'estomac pour qu'il ne cherche pas à nous chasser, espéra Gultar avant de se relever avec des kilos d'équipements sur le dos.

 - Tu vas tenir le coup ? s'enquit John à l'adresse d'Asch, soucieux de la santé de la jeune salamandre qui, il y a encore peu de temps, avait une épaule déboîtée.
Ce périple avait commencer depuis peu de temps et pourtant nous étions, enfin, j’étais pour ma part déjà dans un état peu... Attractif. John m’avait remercier et si j’avais eu la force de lui sortir une tirade, je l’aurais fait sans hésiter, hélas... Ce ne fut pas le cas, je me contentas d’un clin d’œil complice.

Je ne faisais même pas attention au lieu ou nous étions, ce fut les paroles de Penelo qui attirèrent mon attention et en effet... Enormément de sang et de bout de chaire, rien de très rassurant je dirais même.
Même si je ne devinais pas quoi, je savais d’instinct que c’était animal, un gros prédateur avec une morsure effroyable pour laisser de tel morceau au lieu de belle taillade, coupure précise ou bout de flèche trainant par là. Et... C’était peut-être le pire qu’un groupe humanoïde à affronté. Parce que contre ce genre d’adversaire, la peur nous prends bien plus facilement que de vulgaire ennemie aussi grand que nous. Du moins, ce n’est que mon avis !

John en rajouta une couche et je gloussa doucement, sûrement un peu impacté par la douleur et un début de fièvre. Mon maître demanda à l’humain de venir l’aider à me remettre l’épaule, là je grimaçais à l’idée et inspira profondément.

-Allez petit, ça sera vite passer. Me souria-t-il maître de la situation.

-Dis celui qui est en bonne état physique. Grinçais-je des dents.

Il me fit signe de me taire afin de ne pas me mordre la langue, j’inspira, fermant les yeux et tâchant de me détendre au mieux. Pour mieux voir ce qu’il faisait, on retira mon haut, je gloussa à nouveau en voyant mon bras.

-J’y suis pas aller de main morte en faite. Soufflais-je.

-Imbécile d’apprenti. Se moqua-t-il avec un sourire acerbe, et sans me laisser le temps de répliquer, me rembriqua l’articulation sous une vive douleur et une grimace qui valait mille mot. Le son de mes os traversèrent mon corps en entier dont le crâne ce qui fut le plus dérangeant et me fit loucher, un relent gastrique menaçant d’être cracher sans préavis.

La douleur s’atténua alors rapidement, mais laissant reprendre mon souffle, je respirais une bonne goulée... de cendre. Je vérifiais alors que mon bras était bien remis, ce serait con qu’il faille le déboiter pour le remboiter... Je frapperais juste mon maître dans ce cas là. Il n’apprécia pas ma légèreté mais me laissa faire, m’en empêcher aurait plus risqué de faire un mouvement encore plus brusque qu’autre chose.

Notre Leadeuse arriva à ce moment là avec une... tentacule, « il y a des poulpes ou pieuvre ici ? » avais-je eu envie de demander surpris, mais elle donna un nom et Gultar n’apprécia pas trop, cela me revint en tête, il en avait affronté en groupe et même s’il s’en était sorti, il avait de mauvais souvenir des dégâts causés à ses camarades.

Tentant de remettre mon haut seul, Gultar m’aida à l’enfiler, ne pouvant plus lever le bras haut, je souffrais et ne pourrais certainement pas me défendre de ce côté là, mais... ça irai.
John demanda à ma place à quoi ressemblait un cerberus, pour ma part, je n’en n’avais jamais vue et ne me rappelais pas de la description faite par mon maître. Et ce que j’entendis ne me fit pas sourire, vue la taille de la bête, nous aurions de sacré soucis s’il l’on devait en affronter plusieurs d’un coup.

-Tsss... me contentais-je de grogner avant que l’elf ne vienne contredire les propos de Lym. J’haussais un sourcil, son ton était encore moins rassurant. Qu’avait-elle vue ?

Il eut un silence que mon maître brisa ne voulant pas attendre plus, la patience et lui...
Sa réponse me donna un frisson, quelle monstre pouvait dominer à tel point un groupe qu’il laisserai son adversaire se débattre sans bouger ?! Lym eut la bonne idée de lui demander une description et nous obtinrent une réponse préocuppante... Le Duc nous en avait parlé comme le souligna John, Gultar sembla chercher dans sa mémoire, mais pas d’anecdote à vue de nez. Il m’aida à prendre un sac sur le dos, reprenant une partie du poids afin de me soulager un peu, je m’excusais auprès de lui discrètement, buvant une gourde et bougeant délicatement mon bras.

Gultar fit alors une petite blague, enfin, pour moi, je l’entendais comme ça. Bien qu’il aimait se battre, il était raisonnable, c’était pour lui une manière de dire qu’il s’y frotterait bien mais dans d’autre condition plus favorable. Généralement, les reptiles ont des écailles plutôt résistante, si l’on y trouvais des brèches cela irait, mais sinon il faudrait arriver à le briser afin de le vaincre, c’est comment j’envisageais le duel et donc mes armes ne serait pas les meilleurs, dommage...

N’ayant pas grand chose que je puisse faire, je visionnais un tas de plan dans ma tête pour arriver à vaincre cette créature à plusieurs au cas où nous devrions agir rapidement. Je demanda alors quelque chose avant que l’on reprenne la route.

-J’apprécierais qu’on évite pour un petit moment de traverser des fossés, vue la taille de la bête, en un bond il pourrait traverser ce que nous mettrions du temps à passer, autant prévoir de faire un tour un peu plus long, qu’il devra faire, que de prendre plus de risque.

Gultar rigola et me tapa dans le dos, content que je prenne la parole, mais je grognas plutôt de douleur et il s’en excusa aussitôt. Je le fusillais du regard et répondis à John qui m’avait parler un peu avant ma prise de parole, alors que j’avais la tête ailleurs.

-Je vais pas mourir pour si peu, mais si vous pensez à vous battre, ne me compter pas dans la bataille ou pour deux positions, celle de l’appât ou alors le coup de poignard dans le dos final.

Je gardais le bras ballant afin de minimiser ma souffrance, écoutant les réponses suite à ma demande, nous reprenions la route avec un pas forcé, sans courir, mais une certaine allure afin d’avancer rapidement, de s’éloigner de ces prédateurs.
John observait anxieusement Penelo qui semblait au bord de l'évanouissement. Ils marchaient depuis trois heures sans s'arrêter à présent. Depuis tout ce temps, l'elfe alternait à intervalles réguliers entre repérer le chemin à suivre et surveiller le magmadios qui leur avait emboîté le pas de loin. Le soleil s'étant couché, elle perdait beaucoup de temps à déplacer sa vision pour profiter de l'éclairage de la lave, gaspillant beaucoup d'énergie au passage.

Asch la soutenait à chaque fois qu'elle projetait sa vision ; il ne fallait pas arrêter d'avancer. Mais même comme cela, avec sa vision à des mètres de là la jeune salamandre n'avait pas pu l'empêcher de trébucher, s'écorcher les genoux et les mains. Les membres tremblants et les yeux fiévreux, l'elfe était épuisée. Ses seuls instants de répit elle les avait en désactivant sa magie où elle retrouvait enfin la lueur réconfortante des lanternes que transportait le reste du groupe.

Malgré tous ces désagréments, Penelo continuait sans se plaindre, motivée par un feu qui redoublait d'ardeur à chaque fois qu'elle évaluait la position du magmadios : l'elfe était terrifiée. Son émoi n'était pas pour rassurer le reste du groupe, qui n'avait toujours pas aperçu la bête. A en croire l'elfe, c'était cependant clair, ils n'étaient pas de taille à l'affronter.

Ils avaient pris en compte les recommandations d'Asch et évitaient donc les gouffres. Le chemin s'en trouvait rallongé mais Penelo avait trouvé une voie qui leur permettrait d'avancer jusqu'au temple. Selon les dires de l'elfe, le magmadios se contentait de les surveiller, les suivant sans jamais prendre la peine de les rattraper.



Des heures plus tard, le groupe grimpait une falaise escarpée, avançant en zigzag en progressant sur un chemin probablement creusé par le passage constant de pèlerins, du temps où le temple était encore d'activité. Alors qu'il enjambait une marche naturelle dans la pierre, John regarda distraitement en bas de la falaise. Au travers du noir écrasant de la nuit, strié par les coulées de lave des falaises du bout du monde, il aperçut un point rouge solitaire au loin. Plissant les yeux, il comprit bien assez vite la nature de la chose.

 - Le voilà, souffla l'humain, faisant sursauter ses compagnons.

Cela faisait des heures que plus personne n'avait dit le moindre mot. Les trois salamandres et l'elfe suivirent le regard de l'humain et aperçurent à leur tour le magmadios, un point minuscule dans les ténèbres de la nuit.

 - Qu'est-ce qu'il cherche à nous suivre sans nous attaquer comme ça ? s'interrogea Asch, les lumières des lanternes se reflétant dans ses yeux de salamandre.

 - Il nous surveille, maugréa Lym en réponse, on est entré dans son territoire. Manifestement il a décidé de nous laisser nous rendre jusqu'au temple, mais rien ne garantit qu'il sera aussi clément à notre retour.

 - On verra bien, fit Gultar en haussant les épaules, pour l'instant contentons-nous d'atteindre le temple et de récupérer cette foutue relique.

Hochant la tête en réponse, le groupe se remit en mouvement. Ils y étaient presque. Le temple était au sommet de la falaise. Encore quelques efforts et ils trouveraient enfin calme et réconfort entre les murs rassurants de cet ancien domaine dédié au dieu du feu.
Cette histoire de bête à notre recherche n’était pas pour me plaire, je voyais bien l’effroi de notre guide elfe, serait-elle capable de se battre si cela devenait nécessaire ? J’en doutais quelque peu, elle risquerait de fuir ou de risquer immobiliser. Et n’en n’ayant jamais vu, affronter, je n’avais rien à redire ? Et d’une certaine manière c’était encore plus stressant, de se savoir pris en cible, d’être suivis et pourtant de ne rien préparer.

Ce qui m’amenais à tenter de développer des tactiques au cas où, j’espérais toutefois que cela n’arrive pas. Ce monstre n’était pas là pour plaisanter, enfin, cela devait l’amuser pour pouvoir écraser de ses mâchoires un cerberus.

J’avais toutefois une image floue, ce qui me permettais de garder encore un peu confiance ? Cependant j’avais trop peu d’information à son sujet, quel puissance, vitesse, agilité possédait-il ?

Réfléchissant profondément, je restais auprès de l’elfe, la soutenant autant que possible, elle se donnait à fond et tout le monde restait silencieux. C’était un silence pesant, on aurait presque pu penser que l’on cherchait à se dissimuler. Pourtant le flair de la créature lui permettait de nous suivre et il se rapprochait petit à petit, comme s’il attendait quelque chose.

Malgré mes bonnes attention, je n’avais pas réussi à la protéger complètement de son inattention. Elle terminai par se blesser, je l’aidais à se relever, d’un sourire rassurant et d’une main ferme.

C’est après un temps que John nous fit sursauter avec sa réplique. Mon sang fit un tour prêt à me battre, merde je ne l’avais pas vu venir. Je soupirais alors lorsque je me rendis compte que non, il n’était pas si proche... Même si l’on pouvait voir ses yeux brillants dans le noir au loin.

- Qu'est-ce qu'il cherche à nous suivre sans nous attaquer comme ça ? Grognais-je agacer par son attitude, cela me rendait anxieux, m’inquiétant plus qu’une décision simple, attaque ou fuite.

Notre chef déclara alors que nous étions sur son territoire, elle avait raison, qu’il nous laissai passer ? « Je sais pas... Il a plus l’air de s’amuser » pensais-je en silence. Gultar fut plus d’avis de ne pas trop y réfléchir et de se dépêcher.

D’ailleurs... La relique, c’est quoi ? Un œuf en or ? Un coffre remplit de trésor ? Une baguette magique ? Comment on allait le trouver ?
Déjà l’on pouvait observer le temps du dieu Ignis, j’en souriais intérieurement, priant cet ancien dieu perdu en secret. Peut-être nous offrirait-il sa protection ? Voir des armes...

-Allez on y est presque !

J’empoignais Penelo qui aurait rougi et pue se débattre si elle avait encore eu de l’énergie, lui souriant un brin charmeur. Je la tirais ainsi de mon bras valide.

Gultar ricana dans mon dos et s’amusa à me taquiner alors que je l’ignorais royalement, je ne tentais rien, j’aidais juste ma coéquipière. Grimaçant moi aussi de difficulté.

Je ne disais rien mais j’espérais secrètement que le magna... quelque chose ne resterait pas et partirait.
Le temple était un peu plus haut et fatigué comme nous l’étions nous mirent malgré tout une bonne demi-heure à grimpé en faisant des arrêts.
Relâchant l’elfe en haut, je ne pus m’empêcher de regarder plus bas et mon cœur s’étrangla à la vue de la créature.

Celle-ci nous observais, en silence, ne bougeant pas, comme si une limite lui empêchait d’aller plus loin. Elle était énorme, puissante, je comprenais mieux la frayeur de Penelo, heureusement celle-ci ne vit pas sa position et restait essoufler au sol.

-Je crois que c’est un domaine qu’elle ne peu approcher, ou qu’elle respecte. Répondit Gultar à mon interrogation silencieuse. Toutefois il ne vaux mieux pas la provoquer, viens on rentre.

Me tirant de ma rêverie je revins proposer mon aide à Penelo, mon regard se posant cette fois-ci sur l’architecture.
Fait avec de la roche noir, le style était brut autant que le lieu, un style simple mais puissant, avec une énorme porte dans ce qu’il semblait être du bois d’ébène noir. Cependant c’était peu probable, il aurait brûler avec le temps.

Il avait quelque corps en cendre, des armes et armures fondues devant les portes. Notre leader et Gultar, ceux en meilleur état poussèrent chacune les lourdes portes et pénètrèrent dans les lieux, suivis par nous, John restant derrière nous, plus lent ? plus curieux de l’architecture ?

Passant les portes nous furent parcourut d’un frisson, une magie aérienne plongeait le temple dans une douce brise oxygéné en permanence, permettant aux humains, elfes et autres races de vivre en ces lieux sans le souffre. Penelo en revint presque à la vie.

-De l’air frais ! s’exclama-t-elle heureuse, mais toujours tremblante. Rassuré, je l’aidais à ce poser sur un banc.

-Je proposerais bien de se trouver un lieu ou se poser, récupérer de nos efforts, nos blessures avant de chercher la relique. Peut-être y-a-t-il des pièges ou un test, défi pour la récupéré. Rien ne sert de se presser, je pense malheureusement que notre cher visiteur nous attendras. Peut-être que l’on peu même rester ici assez longtemps pour qu’il s’ennuie et part chercher nourriture ailleurs si l’on a des vivres. Proposais-je.
Pouvant enfin retirer son foulard, John ferma les yeux et prit une grande inspiration, profitant de l'air frai et pur qui flottait dans le temple. Qu'il était bon, libérateur même, de pouvoir respirer librement après tant de temps passé à souffrir des émanations nauséabondes des Falaises du bout du monde. Les salamandres ne semblaient pas partager sa béatitude à lui et Penelo, mais même elles paraissaient soulagées d'avoir atteint le temple. Une ambiance solennelle régnait dans ce lieu saint, Lym en particulier semblait en plein recueillement : ils étaient les premiers à pénétrer ce temple depuis des centaines d'années.

Les torches du groupe éclairaient en partie le hall dans lequel ils s'étaient arrêtés, mais ce dernier était tellement spacieux que la lumière diffusée par les flammes n'était pas suffisante. Pourtant et malgré l'absence totale d'éclairage si ce n'était leurs torches, un faible rayonnement semblait émaner des murs de la structure. Ainsi, ils devinaient les contours du plafond et l'agencement de la grande salle, baignés dans une faible clarté rougeoyante qui pulsait à intervalles réguliers, comme si le temple était vivant. Son architecture était singulière et les matériaux qui le composaient peu orthodoxe. Du basalte, du granite, du quartz, autant de roches laissant penser que la structure n'était qu'un immense amas de lave, qui avait fondu dans un moule en forme de temple, aussi improbable que puisse paraître l'idée.

De la lave fondue... et bien refroidie : il faisait étrangement frais dans le temple. Après des heures passées à cuire au milieu des falaises, jamais bien loin d'une coulée de lave ou d'un jet de gaz brûlant, John accusait légèrement le coup. La sueur qui l'avait maintenue à l'abri de la chaleur pendant tout ce temps avait à présent refroidi et, comble de la mauvaise blague, il avait un peu froid. Son nez coulant légèrement, il renifla et répondit à Asch :

 - Tout à fait d'accord, installons-nous dans ce hall pour la nuit - ou plutôt le matin -, reprenons des forces et poursuivons quand on aura récupéré. Je ne me sens pas de découvrir les mystères de temple dans mon état, poursuivit-il en décrochant son sac et en le posant à terre. Et il faut que je refasse mes réserves de mana.

Les autres acquiescèrent, mais une fois qu'ils eurent tous déposé leur barda au sol, Lym insista pour explorer au moins les premières salles du temple, histoire de s'assurer qu'il n'y avait pas de danger. Épuisés mais conscients que leur cheffe était la voix de la raison, ils se firent violence une dernière fois, formèrent deux groupes de deux et trois personnes et s'en allèrent inspecter ce nouvel environnement.

A la lumière de leurs torches, le hall se révéla somme toute assez vide. Il y avait des colonnes de part et d'autre de la salle, supportant la haute voûte du plafond et une statue étrange trônait en son centre. De taille massive, elle représentait une créature aux formes éthérées, vaguement humanoïde, que Gultar identifia comme étant Ignaris quand John demanda ce que c'était. Au moins ils étaient sûrs de ne pas s'être trompé de temple perdu. Les décorations étaient somme toute assez sobres, mais il y avait quand même quelques runes et autres glyphes anciennes gravées sur les colonnes et le socle de la statue. Les murs quant à eux étaient couverts de signes représentant le dieu du feu.

Au fond de la salle, à l'exacte opposée de l'entrée, une grande porte s'ouvrait vers un long couloir descendant avec un escalier, semblant plonger dans le cœur de la montagne sur laquelle reposait le temple. Comme cette voie semblait longue, ils convinrent de ne pas s'y aventurer pour l'instant : c'était probablement par là qu'ils devraient passer pour s'enfoncer au cœur du temple et récupérer la relique, cela attendrait donc qu'ils se soient reposés. Ils découvrirent également deux alcôves de chaque côté de ce chemin, de petites pièces dans lesquelles ils trouvèrent des vestiges appartenant aux anciens occupants du temple. Du mobilier, un autel et quelques morceaux pierres volcaniques, John se demanda à quoi pouvaient bien ressembler les adorateurs d'Ignaris, du temps où ce temple était encore en activité, et surtout à quoi pouvaient bien ressembler leurs rites sacrés. Etant donné ce qu'ils venaient de trouver, il penchait pour un tas de rituels et baragouinages sacrés impliquant des cailloux de lave et des flammèches magiques. Décidément il n'y avait pas une religion pour rattraper l'autre.

Il n'y avait rien de suspect ou de dangereux dans ces alcôves, seul le chemin creusé dans le cœur de la montagne restait une variable inconnue. Comme il n'était pas prévu de l'explorer dans l'immédiat et que la possibilité existait que quelque chose en sorte pour les égorger dans leur sommeil, ils établirent un tour de garde avant d'aller se coucher. Lym veilla la première pendant une heure et demie, puis ce fut le tour de Gultar, suivi d'Asch, de Penelo et enfin de John, lequel profita bien de ses six heures de sommeil ininterrompu. Réveillé par l'elfe - laquelle alla immédiatement se blottir près des salamandres, profitant de la chaleur qu'elles dégageaient dans ce hall sombre et froid -, il choisit de mettre l'heure et demie qu'il devait tuer à profit. Plutôt que de scruter les ténèbres du couloir sans rien faire, il en profita pour inspecter les murs du temple, les alcôves et les colonnes.

Le jour s'étant levé, il remarquait de nouveaux détails grâce à la lumière du soleil. Cette dernière filtrait depuis les vitres en obsidiennes translucides qui, à cause de l'obscurité, avaient échappé au groupe lors de son arrivée. Gardant tout de même un œil sur la voie vers le cœur du temple, le jeune technomage nota ses observations avant de reporter ses attentions vers leurs affaires au sol. Fidèle à lui-même, il mit un peu d'ordre dans leur équipement avant de préparer leurs rations. Quand ce fut fait, le temps était venu de réveiller le groupe.

 - D'accord, dit Lym après qu'ils eurent tous mangé un morceau et pris le temps de se réveiller, refaisons le point une dernière fois, exigea-t-elle, arrachant un grommellement à Gultar. Le Duc Ardent Villhelm de Méridion nous a engagés pour récupérer le trésor sacré de ce temple. Il n'a pas su nous dire ce qu'était cette relique : nous le découvrirons en mettant la main dessus. Tout ce que l'on sait, c'est qu'elle se trouve supposément au cœur de ce complexe et que, supposément encore une fois, il y a moyen qu'elle soit protégée par de la magie ancienne, des gardiens, des pièges ou des monstres, ou tout ça à la fois. C'est un temple d'Ignaris après tout.

 - Un poil de recherche en plus ne nous aurait pas fait de mal, commenta John en levant les yeux au ciel.

Lym ignora sa remarque et reprit en s'adressant directement à lui et Penelo, le regarde extrêmement sérieux :

 - Vous deux vous restez en arrière et vous ne touchez à rien, ce temple a été construit par des salamandres pour des salamandres. Tout ce qui n'est pas de notre race risque de déclencher des pièges ou de courroucer les esprits de nos ancêtres. Je vous avais prévenu qu'il faudrait vous montrer discret, c'est maintenant que ça se passe.

Les deux non-salamandres hochèrent la tête et attendirent la suite. A leurs côtés, Asch et Gultar écoutaient également en silence tout en préparant leurs armes. Ils avaient le regard affûté des guerriers qui se savaient en passe de partir au combat. John se sentait rassuré de savoir qu'il y aurait ces types en première ligne pour stopper n'importe quel danger.

 - Nous ne savons pas exactement comment est agencé le temple, poursuivit Lym en mâchonnant distraitement un dernier morceau de ration, mais je vous rappelle que j'ai déjà exploré des temples d'Ignaris, je sais plus ou moins à quoi on peut s'attendre. On reste groupé et en formation et on explore méthodiquement chaque pièce, chaque salle et embranchement. Penelo je compte sur toi pour nous donner un coup d'avance sur tout ce qu'on pourrait rencontrer, que ce soit devant ou derrière nous. John... pareil, fais au mieux ; je suppose qu'il n'y aura pas beaucoup de lumière dans les méandres du temple mais vous allez tous les deux devoir faire avec.

 - A ce propos, intervint l'humain, attirant l'attention des deux autres salamandres, durant mon tour de garde j'en ai profité pour inspecter les murs de ce hall, leur apprit-il (Lym plissa immédiatement les yeux, probablement mécontente que l'humain ne se soit pas contenté de surveiller le couloir). J'ai découvert des genres de... canaux - ou des veines on pourrait dire - circulant à travers le complexe, reliés à des braseros éteints et des pierres de quartz. Mon hypothèse c'est qu'ils servent à faire circuler du mana, donc je soupçonne la présence d'une source d'énergie quelque part dans le temple. Si on parvient à la réactiver, il y a moyen qu'on rétablisse l'éclairage du temple, ce qui, je vous le cache pas, me rassurerait pas mal.

Un petit silence accueillit la tirade de l'humain. Gultar se leva bientôt et s'en alla inspecter les murs du hall comme John l'avait fait un peu plus tôt. Il décela lui aussi les veines de quartz rouge qui slalomaient entre les gravures et les inscriptions et confirma bientôt les dires du jeune mage.

 - Très bien, acquiesça alors Lym en hochant la tête, on gardera l’œil ouvert pour ça. Cela dit, si on rétablit l'éclairage du temple, il y a aussi moyen qu'on active toutes sortes de pièges retors ou de gardiens élémentaires, je préfère éviter de bidouiller au hasard.

 - Si la relique est protégée par une porte blindée, le seul moyen de l'ouvrir sera peut-être de réactiver cette fameuse source d'énergie, fit remarquer Gultar.

Ils considérèrent l'hypothèse et hochèrent la tête : cela avait du sens. Si atteindre le temple n'avait pas été une partie de plaisir, le plus dur restait à faire commençaient-ils tous à réaliser. Le regard grave, ils se mirent en formation, fixèrent leur équipement et préparèrent armes et outils.

Tandis que John déglutissait avec appréhension, Penelo concentra son mana et lança un sort.

 - C'est parti, fit-elle tandis que ses yeux se voilaient et qu'elle projetait sa vision dans les ténèbres du couloir.